By Maria poumier | February 18, 2012 at 05:16 AM EST | No Comments
LA MÈRE DE DIEU CONTRE L'HOLLYWOODISME
Promoting the Holy virgin in feature films as a reaction against Hollywoodism,
by Maria Poumier, Tehran FAJR Festival, february 2012 Abstract:
"The Holy Virgin has been an important subject, as an opportunity for historical reconstitutions, in the first decades of Hollywood cinema, but since the 1970's it had almost disappeared, until Mel Gibson's "The Passion of the Christ", in 2003. Now, as the iranian cinema has done, with Saint Mary, by Shariar Bahrani and M. A. Aliakbari, 2007, we should promote a revival of the Holy Virgin Saint Mary as a subject, in the frame of an alternative cinema against Hollywoodism. One main reason is that Christians and Muslims worship Her, with no significant theological difference; another reason is that where she congregates huge pilgrimages, it always brings a kind of solution to very heavy struggles between different cultural and ethnic communities. Last but not least, the absolute beauty of Her Person creates positive exaltation and harmony in the most different audiences, except between zionists (Jewish and "Evangelist" Christian ones). In some fields, propaganda and counter propaganda or rationalist argumentation do not succeed to unify people for a just war. Feature films or TV series based on the actualization of Her Perfection and Virtues may mobilize honest persons on a very high level. A franco-iranian project is on its way to be realized in 2012".
Points to be developed:
There is a real demand for compassionate and merciful films in the West - Saint Mary is an important theological common place between Christians and Muslims - Zionists reject Saint Mary, both Jewish or so called Evangelists - She is a subject for our time, not only historical feature films - She still appears in different countries - The case of Guadalupe Holy Virgin in Mexico - Saint Mary creates new feelings and new cultures - The power of critique is one of Her powers - She repairs bad feelings between Muslims and Christians - The different moments of her story are a romantic mainspring - A new subject for screenplays: the Fourth age, a screen for Contemplative Holy Virgin - 2017 : a year of encounters around Fatima.
maria.poumier@wanadoo.fr
http//:www.plumenclume.net
Promouvoir la Vierge Marie dans le cinéma en réaction à l'Hollywoodisme
par Maria Poumier, Téhéran, février 2012
Points à développer:
- Une réelle demande dans le public
- Marie Mère de Dieu et trait d'union entre chrétiens et musulmans
- Les sionistes rejettent Marie
- Les atouts du sujet
- Les apparitions continuent
- L'exemple de la Guadalupe au Mexique
- Marie créatrice
- Le pouvoir critique de Marie
- Marie réparatrice des ressentiments entre chrétiens et musulmans
- Marie ressort romanesque
- Au cœur des nouveaux scénarios: l'apparition du 4° âge
- Uneannée de convergences: 2017 autour de Fatima
- Une réelle demande dans le public
Le cinéaste catholique polonais Christophe Kieslowsky a marqué le cinéma occidental en 1988,
avec une série de dix films courts pour la télévision, illustrant chacun l'un des Dix commandements
bibliques, son Décalogue. Réalisée avec de très petits moyens, centrée sur des personnages tout à
fait ordinaires et des situations courantes du monde urbain moderne, cette série a fait découvrir
au public occidental sa propre soif de productions inspirées par l'espérance religieuse, dont rien ne
permettait de soupçonner l'existence dans un univers dominé par l'ivresse de la consommation.
C'est même une des faiblesses d'Hollywood, de toujours sous-estimer ce besoin fondamental de l'être
humain. Il y a là une place à occuper. Ces dernières années, de nombreux films inspirés par la foi,
l'espérance et la charité, ont remporté des succès inattendus: en France, ce sont Les choristes, de 2003,
par Christophe Barratier, Des Hommes et des Dieux, de Xavier Beauvois, en 2010 (sur l'assassinat
des moines de Thibérine en Algérie), Intouchables, d'Eric Toledano, en 2011. Ce dernier film, une comédie sans prétentions, mais qui est portée par la confiance joyeuse dans la bonté chez des gens aux intérêts les plus différents, au point de susciter des miracles, provoque à son tour un grand soulagement dans le public, et prouve s'il en était besoin que la gentillesse, vertu si chère à l'Iran, nous est indispensable, et quelle fait très bon ménage avec le rire.
- Marie Mère de Dieu et trait d'union entre chrétiens et musulmans
La sainte Vierge Marie est un personnage commun aux religions chrétienne et musulmane[i]. Elle y est reconnue en tant que personnage historique, et en tant que theotokos, "Mère de Dieu", ce qui, en termes laïques et modernes, peut se traduire par l'équation suivante: C'est la nature qui amène Dieu sur terre, de façon continue, depuis la nuit des temps, et la reconnaissance de celui-ci comme tel. En d'autres termes, au plan de l'humain, la dévotion envers la nature est l'attitude originelle qui permet à l'homme de se surpasser, de faire que Dieu se manifeste, en lui et dans le monde. Nul ne conteste la virginité perpétuelle de la nature, quelles que soient les tentatives humaines pour l'infléchir, la violer, la soumettre, s'y substituer. Nul ne conteste non plus sa fécondité merveilleuse, qui ne requiert aucune intervention humaine. C'est sur le fond de ces évidences universellement admises que chacun peut comprendre l'importance du dogme de la virginité de Marie, mère de Jésus. Pour un lecteur croyant, soit musulman soit chrétien, ces affirmations semblent bien réductrices. Mais si l'on se place dans la recherche d'expansion du spirituel qui caractérise le cinéma iranien dans son ensemble, cette perspective minimaliste est utile comme point de départ, pour la rencontre avec des publics occidentaux, déchristianisés.
- Les sionistes rejettent Marie
La conférence internationale de Téhéran sur l'"hollywoodisme" vise à combattre, à juste titre, l'empire sur les esprits du cinéma américain dans ce qu'il a de pire. Et justement, ce qui est un dogme pour catholiques, chrétiens d'Orient et musulmans, la virginité de Marie, est ce que rejettent juifs et protestants, au nom de la science profane. Pour les premiers, Marie n'était qu'une prostituée; le Talmud s'est construit comme expression du judaïsme rabbinique postérieur à la vie de Jésus, en réaction contre la dimension universelle et généreuse pour laquelle le Christ avait mené une révolution à l'intérieur du judaïsme. Dans ces textes qui restent canoniques pour le judaïsme, quoique cachés autant que possible aux lecteurs non juifs, Jésus est très précisément qualifié de fils de prostituée. Même s'ils ne sont pas enseignés comme textes sacrés aux enfants juifs, ils structurent leur inconscient, les amenant à dévaluer et à mépriser tout ce qui concerne la Sainte Famille. Pour les protestants, tenants d'une rationalité souvent étriquée, l'esprit dit scientifique limite considérablement leur horizon métaphysique, les met en dépendance de l'exégèse juive.[ii] Amputant gravement la Vierge Marie de ses attributs divins, la subordination théologique consentie au point de vue réactionnaire juif face au Nouveau Testament est ce qui permet au secteur le plus inféodé des protestants de justifier leurs options sionistes colonialistes et leur mépris des peuples affaiblis mais autonomes dans leur pensée.
Nous montrerons ici la portée du dogme marial, qui peut soutenir le combat unitaire des musulmans et des chrétiens contre les guerres coloniales. La Vierge Marie, on le verra, peut intervenir et créer des ponts de façon inespérée, comme elle l'a toujours fait. A nous de l'y aider...
- Les atouts du sujet
Nombreux sont les films occidentaux qui ont traité de la biographie de la Vierge Marie, avec des reconstitutions historiques[iii]. Le cinéma iranien à son tour a produit Sainte Marie, du réalisateur Mohsen Shariar Bahrani[iv], inspiré par la dévotion de l'iman Khomeiny lui-même envers cette figure fondamentale de l'islam, puisqu'elle est l'une des quatre femmes du plus haut degré de perfection selon le Coran[v]. Cette notion de perfection est importante, car elle nous permet de développer la stature de Notre-Dame dans toutes les dimensions, à partir de la beauté, qui est la perfection telle qu'elle crève les yeux de tous les mortels, telle qu'elle fait l'unanimité. Il s'agira ici de quitter la perspective du document historique, de renouveler complètement cette thématique, d'envisager un autre regard, celui de l'actualité et de la présence de la Vierge dans le monde contemporain.
- Les apparitions continuent
Une première manifestation de la présence de la Vierge dans le monde contemporain, c'est la vigueur des cultes suscités par ses apparitions. On peut constater l'attrait salutaire des pèlerinages où concourent chrétiens et musulmans, autour de lieux où se sont produites des apparitions de la Vierge, à des dates récentes ou reculées. Le plus ancien est le pèlerinage à Ephèse, où dit-on, saint Jean emmena la mère de Jésus finir ses jours. Le plus récent et dynamique est celui de Medjugorge, en Bosnie, en 1981. On dit que la sainte Vierge continue à s'y exprimer le 25 de chaque mois. Mais en 2011, on a signalé des apparitions à Yopugan, en Côte d'Ivoire, et ce n'est certainement pas fini! Et le pape Benoît XVI tient à valider par ses voyages le plus grand nombre possible de ces sanctuaires et cultes locaux qui attirent des croyants du monde entier.
Les apparitions se produisent généralement face à des enfants de condition très modeste. La Sainte Vierge s'impose à eux là où les adultes sont sourds et aveugles. A la virginité originelle et constitutive de Marie répond la virginité spirituelle des petits. Si l'Église tarde toujours environ un siècle à reconnaître la validité éventuelle de ces apparitions, c'est par une légitime prudence, face à ce qui pourrait s'avérer relever de l'escroquerie organisée par des adultes, ou de l'hallucination collective orchestrée avec un contenu idéologique pervers. Mais dès qu'un pèlerinage se consolide, autour d'une apparition, celle-ci prend une dimension politique cruciale et précise, la dimension d'une réponse nécessaire à une crise aigüe. Rien d'étonnant à ce que l'on observe des cultes durables à ces apparitions dans les régions les plus lointaines, sur tous les continents, et jusqu'à notre époque.
- L'exemple de la Guadalupe au Mexique
Arrêtons-nous au cas emblématique de la Vierge de Guadalupe, au Mexique: elle a scellé dans ce pays le destin commun aux habitants de souche et aux immigrés, arrivant en bandes agressives d'envahisseurs depuis l'Espagne. Les conquérants espagnols s'implantaient par le glaive, et bien souvent ils utilisaient leur religion, le christianisme, comme prétexte pour justifier leurs exactions, à la façon des sionistes aujourd'hui en Palestine. Mais il faut savoir aussi que des religieux sincères furent présents dès le débarquement des premières troupes, et exercèrent toutes les pressions possibles pour limiter la barbarie européenne, et redonner sa vraie dimension universelle au christianisme[vi]. Le père Las Casas est le plus connu, mais il représentait tout un courant de résistance légitime. La Vierge de Guadalupe apparut exactement dix ans après la chute de Mexico, en 1531. Le culte dont elle devint rapidement l'objet, dans les secteurs les plus divers de la population, est le signe que, malgré les cruautés, les crimes, les souffrances, les injustices et les rancunes, les habitants faisaient le choix de constituer une nation, de viser un idéal commun, sous la protection d'une divinité commune. Ainsi donc, lorsque l'église reconnut l'authenticité de l'apparition éclatante de la Vierge, un siècle plus tard, et sur une colline qui était le siège d'un culte à Tonantzin, la divinité mère de la religion aztèque, cette reconnaissance prit le sens d'une solution à l'issue d'un siècle de guerre et de violences. Malgré les ambitions et ressentiments divers des adultes, les conditions spirituelles d'une autre logique s'étaient manifestées à un Indien. Une autre loi que celle de la guerre et de la soumission des vaincus était à l'œuvre.
-Marie créatrice de nouvelles cultures
Il ne s'agit pas non plus d'une revanche des vaincus, mais de leur évasion spirituelle au-dessus du domaine des rivalités de classe et d'ethnie. Le cas de la Guadalupe nous fait toucher une autre propriété extraordinaire de la Vierge: en elle s'exprime toujours la continuité entre religions locales anciennes et dévotions issues du christianisme. D'un côté les religieux chrétiens brisaient les idoles païennes autochtones, mais de l'autre, les Indiens s'en remettaient spontanément à la Vierge, sans renoncer en rien à la dignité de leur culture propre. C'est paradoxal, mais c'est observable partout où la Vierge attire les foules. Dans l'Europe blanche, c'est l'importance du culte rendu aux statues noires de la Vierge qui exprime la réciproque, la réalité d'un hommage chrétien aux divinités les plus anciennes, d'origine très probablement africaines. Dans la cathédrale de Chartres, c'est une Vierge noire, la Dame souterraine, qui est encore vénérée. Les Vierges noires sont environ 500 dans toute l'Europe. L'évangélisation de l'Île de France comporta des épisodes sanglants, comme en témoigne la légende saint Denis qui fut décapité, mais ramassa sa tête sur le champ de bataille, et dévala les pentes depuis Montmartre jusqu'à la Seine. Mais les lieux de culte sont restés les mêmes. Ainsi il est attesté, à Paris, que l'actuelle église de Saint-Germain des Prés abrita jadis un culte à Isis, de même que la cathédrale Notre-Dame de Paris.
A chaque apparition de la Vierge, le peuple prend appui dans le surnaturel pour se reconstruire, et cela fonctionne, une nouvelle vie commence pour tous ceux qui acceptent le miracle. C'est déconcertant, c'est informulé, c'est mystérieux, mais c'est agissant, comme un remède ancestral dont les savants modernes ne trouvent pas la formule chimique. Le miracle tangible qu'opéra la Vierge mexicaine en 1531, c'est la présentation de roses épanouies, au cœur de l'hiver, dans le tablier de Juan Diego, l'Indien qui témoigna de ses apparitions répétées. Les Iraniens sont le peuple le mieux placé au monde pour comprendre la transcendance infinie des roses, par leur parfum qui unifie les âmes, qui sublime tout ce qu'elles touchent, sans perdre leur petitesse, au ras du sol, au plus près du quotidien, de la beauté à l'échelle du jardinet et du vase le plus simple. Là où les roses ressuscitent, il ne fait pas de doute que l'humanité reprend son élan.
- Le pouvoir critique de Marie
Bien entendu, c'est d'abord d'une dynamique populaire qu'il s'agit. Comme la langue, l'esprit et la poésie naissent à l'âge des premiers balbutiements, et au niveau de la terre, des paysans, des gens que l'on dit incultes, mais qui développent une attention extrême à la nature, dont les autres catégories de la population ont perdu la capacité. De même, une fois les premières apparitions connues, ce sont les plus humbles et les plus meurtris qui accourent sans honte pour supplier la divinité miraculeuse d'alléger leurs souffrances, puis lui rendre grâce. Aussi toutes les autorités redoutent-elles une dimension contestataire, un vent de révolte sous-jacent dans ces rassemblements spontanés, incontrôlés, et ils font l'objet de tentatives de répression ou de récupération.
Mais, presque 400 ans plus tard, la dévotion à la Guadalupe est toujours aussi vivante, elle a sa représentation à la cathédrale Notre-Dame de Paris depuis plus d'un siècle, et elle continue à exercer sa fonction réconciliatrice entre gens aux intérêts matériels très éloignés, voire très engagés dans des conflits de pouvoir. Les Mexicains ont mené leur guerre d'indépendance contre l'Espagne, à partir de 1810, sous la bannière de la Guadalupe. C'était une guerre populaire, de curés de base et de va-nu-pieds. Elle était indispensable pour que le Mexique atteigne sa majorité, sa pleine dignité dans le concert des nations. C'est seulement à partir de la victoire finale du Mexique en 1821 que l'Espagne a pu construire des relations saines, respectueuses, avec son ancienne colonie. [vii]Ainsi donc, la Vierge est aussi l'image qui préside à la reconquête de la souveraineté, au plan collectif voire national comme individuel. Juan Diego a été béatifié par Jean-Paul II en 1990, et canonisé par Benoît XVI en 2002.
- Marie réparatrice des ressentiments entre chrétiens et musulmans
Dans le monde contemporain, nous pouvons faire confiance au cinéma pour enclencher des dynamiques de grande envergure. Le film La Passion du Christ, de Mel Gibson, a été l'occasion en Occident d'un formidable élan de redécouverte du christianisme, dans son opposition au judaïsme rabbinique, depuis le temps de Jésus. Ce film montre parfaitement que le peuple juif était prêt à suivre Jésus, et que seule la caste des pharisiens, autour du grand-prêtre Caïphe, voulait sa mort, et l'obtint par des intrigues savantes auprès de Ponce Pilate.[viii]
Sous la bannière de la Vierge, au sujet de laquelle aucune divergence d'interprétation n'existe, entre chrétiens et musulmans, nous pouvons entreprendre d'autres films salutaires, qui stimulent le dépassement des rancunes. La sainte Vierge peut réapparaître au détour de la communion autour d'un film, et opérer le miracle d'une harmonie entre chrétiens et musulmans, précisément là où cela paraît le plus improbable. Dans le monde musulman, on a tendance à voir en tout chrétien un prétendant à la domination, un "croisé". En Occident, ce sont les musulmans qui sont vus comme des envahisseurs à repousser. Pour aider la Sainte Vierge à se manifester sur nos écrans, la tradition chrétienne offre une riche gamme de situations se prêtant à la mise en scène et à la narration cinématographique, comme autant de transpositions ou réinterprétations dans des contextes contemporains, d'épisodes canoniques de la biographie de la sainte Vierge.[ix]
Chacun comprend que la Mère de Dieu a vocation à réconcilier Caïn et Abel, Isaac et Ismaël, Sarah et Agar, tous les gens tentés par la jalousie fratricide. De fait, elle apparaît surtout là se produisent les grandes collisions. Ainsi, la légende veut qu'à Lourdes, un conquérant sarrazin ait fait allégeance au roi chrétien Charlemagne, et accepté de reconnaître la Vierge avec le titre de Notre Dame, en lui dédiant des roses, "lorda", au VIIIème siècle. Les apparitions à Bernadette Soubirous datent pourtant seulement de 1858, et les musulmans aussi font le pèlerinage! Pour Dieu, il n'est jamais trop tard... A Fatima, au Portugal, on mentionne aussi un conflit militaire entre chrétiens et musulmans, se soldant par la consécration d'un lieu privilégié, au VIIème siècle; et il n'est pas indifférent que la Vierge se manifeste désormais de façon spectaculaire dans les pays jadis colonies de l'Occident, profondément fracturés par les intrusions occidentales: voici une liste de ses principales apparitions depuis 1968, reconnues ou non par le Vatican, mais extrêmement vivantes:
On signale des apparitions de la Vierge jusqu'en Inde, à Velankani, où elle est vénérée depuis le XVIème siècle, et même par les hindouistes et bouddhistes, outre les chrétiens et les musulmans.
- Marie ressort romanesque
En la Sainte Vierge s'incarnent aussi des réalités affectives vitales, telle la miséricorde ou la protection, mais aussi toute la diversité des souffrances que nous pouvons avoir à traverser. Elle s'identifie toujours aussi aux lieux les plus extraordinaires qu'offrent les paysages, par l'emplacement des sanctuaires qui lui sont consacrés: Notre Dame de la Garde protège la rade dangereuse de Marseille, Lourdes est une grotte naturelle spectaculaire. Chaque sommet européen est couronné d'une croix ou d'une statue de la Vierge. On notera qu'en Espagne, traditionnellement, toutes les filles s'appellent "Marie quelque chose", suivi d'un rappel de l'une des manifestations de la Vierge: il y a une longue liste de prénoms qui s'y rapportent, tels que: Amargura, Amparo, Angustias, Inmaculada, Concepción (Concha), Dolores (Lola), Pilar, Lupe, Carmen, Candelaria, Aparecida, Remedios, Merced, Gracia, Gloria, Caridad, Fe, Esperanza etc: ainsi, par nature, la Mère de Dieu se prête au reflet de tous les drames, de toutes les perfections, et à l'exaltation des plus beaux décors. Et par là-même, elle a le pouvoir de pouvoir toucher tous les publics, jusqu'aux incroyants, majoritaires en Occident. Avec elle, on peut sortir du ghetto d'un cinéma communautaire ou militant.
- Au cœur des nouveaux scénarios: l'apparition du 4° âge
Des coproductions inspirées par la foi dans la portée de ces sujets, présentés comme des évènements surgissant dans le monde contemporain, seront des manifestations de l'éternelle virginité du personnage de sainte Marie, et de son éternelle fécondité. La littérature française offre des scénarios à foison, pas seulement chez les écrivains catholiques, mais aussi chez ceux qui aiment à exprimer le terroir, tel Giono, que l'on rattache souvent au paganisme pré-chrétien. Car l'amour du terroir natal comme celui de la patrie s'expriment aussi dans le culte marial. Il y a des biographies extraordinaires à illustrer, comme celle de la philosophe française Simone Weill, convertie au christianisme alors qu'elle venait d'une famille juive, témoin actif des années tragiques pour l'Europe, et penseur chrétien qui a rejoint l'islam sur bien des points. Un phénomène absolument inédit dans l'histoire de l'humanité mérite que les meilleurs cinéastes l'investissent: le quatrième âge s'étend dans toutes nos sociétés, où la protection sanitaire s'est généralisée. Il pose un énorme problème, puisque tous les paramètres des âges antérieurs s'y trouvent périmés; dans le vide qui s'ouvre alors, la Vierge contemplative peut devenir l'œil des meilleures caméras.Déjà, la christianophobie et la réaction salutaire contre celle-ci se sont exprimées cette année autourde ce sujet, dans une production théatrale qui a fait scandale, et a donné une occasion extraordianaire de recentrage estéhétique: La dernière tentation du Christ, par B. Castellucci, avec des réactions très vives dans plusieurs pays[x]. A nous d'investir le champ, d'en faire unmoteur de recherche de vérité. Le film La Séparation est centré autour de l'image de la chute d'un homme âgé atteint d'Alzheimer, cela n'est pas étranger à son succès. A partir du moment où le cinéma iranien saura trouver ses distributeurs en Occident, nous pouvons, ensemble, faire apparaître la Vierge, et elle saura, à son tour, faire des miracles.
- Uneannée de convergences: 2017 autour de Fatima
Nul besoin de chercher à faire de la propagande ou du prosélytisme, qui sont souvent contre-productifs en art: au contraire, il suffit de laisser s'emparer du moindre sujet la nature, la nature enchantée par la présence divine, dans le sens plein que lui reconnaît la tradition iranienne, celle qui n'a jamais opéré de divorce entre philosophie, poésie, connaissance et religion. Le cinéaste polonais Kieslovsky, adorateur, comme tout bon Polonais, de la Vierge noire de Czestochowa, disait: "Je crois que le sentiment humain est en définitive le plus fort, et que le bien est plus fort que le mal. Il ne s'agit ni de pessimisme ni d'optimisme, mes personnages à la fin apprennent quelque chose, même s'ils en ont payé le prix : il s'agit effectivement d'amour".
Un programme de co-productions avec l'Iran pourrait se donner pour date phare l'année 2017: on fêtera alors les cent ans de l'apparition de Notre-Dame de Fatima, au Portugal, qui est à ce jour le but de pèlerinages mondiaux où se retrouvent les chrétiens et musulmans en réaction contre l'athéisme. En 1917, c'était la Russie qui semblait concentrer tout le potentiel maléfique de l'athéisme. Depuis, la Russie a retrouvé ses racines religieuses, et cela, forcément, grâce à l'intercession de la Vierge de Fatima. De nos jours, l'athéisme militant, c'est à dire le rejet militant du sentiment religieux, (à l'exclusion du judaïsme, réputé plus rationnel et plus noble que les autres religions, tout simplement parce que c'est la religion dont se targuent les plus puissants usurpateurs en Occident), est devenu la plaie de l'Occident consumiériste et destructeur. Ce n'est pas un hasard si la Vierge a choisi d'apparaître en ce village portugais qui porte un nom arabe, Fatima. "Fatima", qui veut dire "la servante", nous fait revenir à la vertu de soumission à Dieu, attitude mentale qui a gravement reculé dans la conscience occidentale. La possibilité du choix de la soumission a en particulier déserté la conscience féminine occidentale, sans que les hommes aient été capables eux non plus, ne la réhabiliter. C'est pourquoi c'est un sujet où le besoin d'islam est le plus vivace et patent, pour retrouver ensemble une sagesse, un équilibre, un dynamisme spirituel. Inch Allah!
maria.poumier@wanadoo.fr
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[i] La française Amélie Neuve-Eglise, rédactrice de la Revue de Téhéran, a consacré le numéro 29, avril 2008, au dialogue islamo-chrétien autour de la Vierge Marie ( http://www.teheran.ir/spip.php?article179) avec un article sur De Sainte Marie à Maryam Moqaddas : la Vierge dans la tradition islamiqueet laMaison de Marieà Éphèse
[ii]Luthera insisté sur l'humilité de Marie et son accueil de la grâce.Calvina affirmé qu'elle avait besoin du pardon, et refusé, à la différence de Luther, de célébrer les fêtes mariales. Il resta prudent sur le terme « Mère de Dieu », qui avait cependant l'intérêt de rappeler à la fois l'humanité et la divinité deChrist.Leprotestantismeest resté longtemps muet à propos de Marie. C'est à partir du dogme de l'Immaculée Conceptionen1854puis de celui de l'Assomptionen1950que se creuse à nouveau l'écart avec le catholicisme. Le protestantisme dénonce le culte rendu auxsaintset en particulier le culte marial. Pour la plupart des protestants, Marie était vierge avant la naissance de Jésus, mais a eu d'autres enfants, les frères et sœurs de Jésus cités dans lesÉvangilesen Mc 6, 3. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_(mère_de_Jésus))
·[iii] Voici les principales productions récentes, témoignant d'un regain d'intérêt pour la Vierge Marie au cinéma, selon Françoise Breynaert (http://www.mariedenazareth.com/16545.0.html?&L=0): John Heyman, "Jesus", USA 1979. Ce film décrit la vie de Jésus Christ en suivant principalement l'évangile de Luc de la Bible. Produit par John Heyman, juif d'origine allemande. L'acteur britannique Brian Deacon, de mère catholique et de père protestant, fut engagé pour jouer le rôle clé de Jésus. Le tournage se déroula dans tout le Proche-Orient et dura plusieurs mois. Le film fut traduit en de très nombreuses langues, les langues européennes, l'arabe, le chinois, le japonais... Les épisodes marials de l'enfance de Jésus selon l'évangile de Luc sont représentés avec talent, de manière presque complète. Vous pouvez voir le film sur :http://www.filmjesus.ch/.
·Hugh Noonan, "Once on a Barren Hill", 1985. Un film sur les apparitions à Guadalupe (Mexique). Marie prend le parti des indigènes.
·Fernando Ruiz Alvarez, "El gran acontecimiento", 1981. Un film animé. L'apparition ressemble à une fleur qui s'épanouit, se retire et disparaît dans un globe lumineux.
·Vincenzo Labella, "Miriam of Nazaret", 1987.
·Jean Delannoy, "Bernadette", France 1988. Les prises de vues de la ville, des paysages, restituent bien Lourdes et les Hautes-Pyrénées de 1855. Le contexte socio-politique de l'époque est aussi rendu dans ses différentes composantes. Les apparitions sont évoquées par la musique, l'éclairage sur le visage de Bernadette et, bien sûr, les attitudes du personnage. C'est sur ce point que le film est le plus accompli : il ne montre pas ce que personne d'autre que Bernadette n'a vu. Il nous laisse spectateur et libre de croire ou pas à cette histoire.
·Jean Delannoy, "La Passion de Bernadette", France 1989.
Ce film raconte la vie cachée chez les Sœurs de la Charité de Nevers, les combats spirituels de Bernadette Soubirous. Il est la suite du film Bernadette.
·Rosa Perahim et José Castan, "Maria", 1992.
·Giovanni Veronese, "Per amore, solo per amore", Italie, 1993.
·Jean Delannoy, "Marie de Nazareth", France 1992.
Ce beau film offre un portrait conventionnel de Marie, il met l'accent sur le caractère ordinaire des gens et donne une place prépondérante aux femmes.
·Kevin Conner, "Mary, Mother of Jesus", 1999.
·Goffredo Lombardo, "Maria, figlia del suo figlio", Italie 1999, télévisé.
·Mel Gibson, "La Passion", 2003.
[iv] Voir le descriptif complet sur http://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Mary_(film)
[v]Marie (Maryam) est évoquée près de 34 fois dans le Coran, principalement dans la sourate "La famille de ’Imrân" (Al-’Imrân) et "Maryam" ; elle est également mentionnée dans les sourates "Les Croyants" (Al-Mu’minun), "L’interdiction" (Al-Tahrim), ou "Le Fer" (Al-Hadid), selon Amélie Neuve-Eglise, art. cité.
[vi] Dès 1524, ce sont douze moines franciscains qui se distinguèrent au Mexique, dans la foulée même des premiers débarquements. Ils n'eurent pas peur d'affronter les militaires espagnols et de dénoncer leurs crimes, et furent en même temps les premiers ethnologues, soucieux de préserver la richesse de la civilisation autochtone. Dans leur sillage, de nombreux religieux ont établi les passerelles théologiques entre le christianisme et les religions américaines pré-hispaniques, montrant l'universalité d'une théologie naturelle, au sein des univers culturels les plus dissemblables en apparence. Ils ont permis à leurs successeurs de montrer les dimensions christiques présentes dans les contextes polythéistes de toutes les époques, et de la conscience monothéiste dont les trois religions dites abrahamiques, ou "du Livre", se vantent abusivement d'avoir le monopole.
[vii] La France de Napoléon III tenta d'implanter à nouveau une monarchie européenne au Mexique, avec des résultats catastrophiques. Le président Sarkozy à son tour a commis l'erreur de vouloir traiter par le mépris le système judiciaire mexicain, sous prétexte de protéger, voire sauver une jeune française durement condamnée, Florence Cassez, en 2011. Le Mexique a été unanime à reconnaître dans sa démarche une logique néocoloniale, ce qui a durablement entaché les relations diplomatiques entre les deux pays.
[viii] Le film de Mel Gibson est important pour réfuter le reproche que les juifs font aux chrétiens de les considérer comme déicides: non, ce ne sont pas les juifs en tant que tels qui mettent à mort Jésus de façon continue en martyrisant la Palestine depuis 60 ans, ce sont ses élites qui utilisent frauduleusement leur pouvoir pour assassiner et terroriser ceux qui portent des revendications justes.
[ix] - Ces épisodes commencent par l'Immaculée conception de Marie, fille tardive de Anne et de Zacharie. Anne était stérile, Zacharie avait eu un songe lui annonçant un fils. La surprise fut totale, lorsque le miracle se produisit. La consécration dece récit, fondamental aussi en Islam, en 1854, par le Vatican, est une façon de renouveler l'adhésion à la divinité de Marie. Le dernier dogme adopté par le Vatican, en 1990, est celui de l'Assomption, se substituant à la mort naturelle, selon la même logique.
By Maria poumier | January 22, 2012 at 11:35 AM EST | No Comments
Vu l'AntisEmite, du réalisateur Dieudonné Mbala Mbala
par Maria Poumier
Tous les poncifs y sont, les grincheux vont être contents. Mais les autres, les pires dont nous sommes, les affreux négationnistes, alias les normaux, aussi. Aussi incroyable que ça puisse paraître, c'est un film d'action et de suspense, jusqu'au bout, et même au-delà, comme on le verra bientôt. Il y a des bastons, des morts violentes et subites, et à la fin, l'antisEmite et le Juif deviennent potes, comme dans un vrai mélo. "La Paix dans le Monde", voilà la nouvelle phrase culte qui va circuler, sur le dos d'une troisième catégorie, dont nous ne dirons rien, mais qui ne perd rien pour attendre. Les acteurs professionnels sont éblouissants, et ils donnent tout, sans que Dieudo le comédien les écrase: Jacky Sigaux, Olivier Sauton, Olivier Girard, Ophélie et Juliette Montel. Des autres, la caméra se sert et se ressert, comme de ressorts indispensables de l'action; patauds, ils attendrissent, mais certains s'imposent aussi:n'hésitez pas à demander un autographe à Jonathan, la révélation, que vous pouvez retrouver au bar du théâtre de la Main d'Or. Parmi les seniors, Robert Faurisson, féroce. Parmi les ténors, Alain Soral, plus SS que jamais. Parmi les juniors, un kamikaze de 8 ans à vélo, il fallait y penser. Les belles nanas sont au rendez-vous, et la bande son nous réserve une aria érotique dont Gainsbourg serait jaloux. Strauss-Kahn aussi, d'ailleurs, est là. Ahmed Moualek contraste, sobre et poignant comme la Palestine. On s'attendait à une bouffonnerie de plus, on a une histoire bouleversante et qui sonne vrai, on vit une agonie. La mise en boîte, depuis le sapin jusqu'aux sardines, c'est l'ossature du scénario, et c'est une caisse de résonance extrêmement complexe; toute la comédie française y passe, Hollywood y trépasse. Le montage, par Eric Vromont, est vigoureux, rigoureux, les coupes sont sévères, il y a de la censure et du verglas, et des peaux de banane esquivées à chaque pas. Petit budget et gros ennemis au regard de poisson mort: plus c'est serré, plus Dieudo étonne et tonne. Les imitations ne vont pas tarder, mais rien ne vaudra jamais l'original: précipitez-vous sur dieudonne-officiel.com !
By Maria poumier | July 13, 2011 at 12:17 PM EDT | No Comments
Un gag chez les RG
par Maria Poumier
Cergy, 2 rue de la Croix des Maheux, un charmant jeune homme de la SDIG me reçoit, il m'avait gentiment convoquée, suite à ma Lettre aux ministres de la Cuture, de l'Intérieur et de la Justice du 2 décembre 2010, parvenue pour une raison quelconque à la préfecture de Nantes le 4 juin, laquelle la lui a transmise pour enquête, voir ici:.http://www.maria-poumier.net/pariasmouilles.php?s=avec-vincent-reynouard-embastillez-moi.
Un ami m'accompagne, on s'assied tous les trois, on bavarde, j'explique que ma lettre aux ministres fait partie d'une campagne contre la loi Gayssot, de 1990, parce qu'il faut se battre tous pour contre une loi absurde qui bloque la réflexion sur des sujets très importants, et qui punit de prison certaines opinions de type scientifique; il comprend très bien le problème, quoi qu'il n'y connaisse pas grand chose, il a vu sur internet que je ne suis pas tout à fait ignare, et il en conclut que je suis saine d'esprit et de corps. Pour bien comprendre pourquoi ses supérieurs lui ont dit de me rencontrer, il me demande de ratifier que, en somme, "je ne crois pas que six millions de juifs ont été assassinés dans les chambres à gaz". Je lui dis qu'effectivement, je n'y crois pas.
On continue à deviser, quoiqu'il n'ait pas le droit de me dire ce qu'il en pense, lui personnellement, de ces "six millions de juifs assassinés dans les chambres à gaz". Il comprend que je souhaite un procès [1], pour faire réfléchir des gens sérieux et compétents à l'absurdité de la loi Gayssot qui interdit de dévier d'une vérité officielle mais néanmoins imprécise et confuse sur ce qui est arrivé aux juifs pendant la seconde guerre mondiale, parce qu'il ne s'agit que d'un point de vue imposé par une poignée de juifs à toute la société française, contre l'avis de bien d'autres juifs, et de tous les savants compétents; il a bien saisi que ma demande de passer en justice et d'être sanctionnée éventuellement vise à l'abolition de cette loi absurde et unique en son genre.
Il me donne sa conclusion, sous forme de conseil: franchement, les procès, ça coûte cher à l'Etat, il faut payer les magistrats, et puis les tribunaux sont surchargés, et les prisons aussi, et même si un juge m'écoute dix minutes, ça ne fera rien changer du tout; par conséquent, je devrais utiliser d'autres moyens pour faire entendre ma réflexion, qui concerne indiscutablement des questions importantes. Pourquoi je ne ferais pas avancer le débat entre les historiens, par exemple, au lieu de faire perdre du temps aux ministres et aux subordonnés des préfectures et d'ailleurs? Je pourrais aussi m'adresser régulièrement au procureur... Il n'a pas l'air de saisir vraiment que justement, la loi Gayssot sert à empêcher le débat entre historiens. Mais c'est indiscutablement plus sympa que de me coffrer aussitôt, comme la loi le recommande vivement, puisque j'ai écrit et publié un livre qui viole la loi!
Je lui réponds que je pratique aussi l'interpellation des savants et autres gens compétents, et que je vais lui fournir de bonnes lectures, pour qu'il s'y retrouve un peu, sur ces questions "délicates". Pas de problème, "vous m'appelez quand vous voulez", et il rajoute encore un conseil: il me signale que je me risque sur un terrain très très très dangereux, "comme si j'allais me pointer sur un marché dans le 93 en gueulant 'j'aime pas les nègres et les arabes'". Je lui dis que je suis au courant, pour ce qui est des méthodes du Bétar, de la LDJ et consorts, que je connais la musique, et que je ne dis pas plus que lui "personne n'a été assassiné dans les camps de concentration", ni "j'aime pas les juifs". Il insiste: "mais vous savez, c'est que... quand même, les Israélites...". Comme devant une caméra, les points de suspension reposent sur des gestes et des mimiques, pas la peine de préciser plus que ça.
On se quitte en bons amis, les choses sont plus claires: en France, certains vont en taule, pour une publication, comme Vincent Raynouard, d'autres pas, parce que personne n'a porté plainte contre le délinquant... c'est pas une question de deux poids deux mesures, "c'est que, vous savez, nous on arrête des centaines de gens par jour pour agression à main armée, on transmet, et aussitôt les juges ordonnent de les relâcher, il y en a trop, c'est tout... " Bon, cela veut dire qu'il y a sans doute énormément de révisos en liberté dans la nature, et que les autorités ne trouvent pas ça trop inquiétant? Une façon comme une autre de nous faire comprendre que la loi Gayssot est définitivement caduque? Si personne ne se dévoue pour porter plainte contre moi, effectivement, il ne restera plus que la trique "israélite" pour essayer de me faire changer de disque...
Ça ressemble à un conte drôlatique de Gogol. Mais ça s'est passé en France, en vrai, le 13 juillet 2011. La République est bonne fille, elle ne croit pas plus que ça aux chambres à gaz!
[1] Si quelqu'un déclenchait mon procès, j'aurais le plaisir et l'honneur d'avoir Robert Faurisson pour témoin.
By Maria poumier | July 06, 2011 at 03:53 AM EDT | No Comments
"Un abominable merdier intellectuel", réponse à qui d'Aubagne m'écrit (une personne qui m'est inconnue).
par Maria Poumier
Oui, je suis convaincue, disais-je, que la croyance aux chambragaz infâmes est regrettable, a provoqué paralysie puis atrophie des françaises méninges, depuis 67, depuis que devenue le seul dhogme intangible chez nous, on s'en sert pour justifier tout crime s'il est juif et toute usurpation israélienne, intoxiquant et dévoyant notre conscience intime.
Oui, je crois indispensable, urgentissime que les gens, les braves gens d'Aubagne et de partout découvrent qu'ici en France, on fait de la prison, pour peu qu'on argumente, et qu'on dise tout haut ce qu'on pense... partout où l'on y pense un tant soit peu!
Mais non, il n'y a jamais eu de chambre à gaz ayant vaporisé des pauvres juifs par milliers, par millions, sur ordre de quiconque! : C'est juste un truc de manipulation, pour que nul ne regarde ce qui se passe ailleurs, une macabre astuce pour détruire chez tous la seule arme qui gagne, l'arme des peuples libres, l'arme spirituelle!
Ni De Gaulle, ni Churchill, ni leurs pairs dans leurs mémoires n'ont jamais mentionné ce sionistre bobard! Le saviez-vous?
Aujourd'hui, de joyeux drilles s'amusent à la transmettre à d'autres, ma missive. Bonne nouvelle de Pentecôte, que d'autres vous étrillent,
vous, qui vous considérez d'Aubagne une lumière, et tous les autres, en passe de vous alarmer, en recevant mon bizarre courrier!
Allez-y, faites-moi donc poursuivre, et mettez-moi au trou, que dis-je, au bagne! Ce que ministres ni LICRA ni CRIF n'ont osé faire, quoique j'aie bafoué, en large et en travers, l'absurde loi Gayssaud, vous n'allez pas quand même à la rigolade le prendre, j'espère?
Que le scandale explose, et que l'on sorte enfin de cet abominable, comme vous dites bien, merdier intellectuel! Les Espagnols s'indignent, ils ont compris qu'ils s'étaient fait rouler, et que ça vient de loin. Vous préférez rester longtemps la dinde de la farce?
Avecque l'amitié d'une paria mouillée, et que grand bien vous fasse...
By Maria poumier | July 06, 2011 at 03:41 AM EDT | No Comments
LE RETOURNEMENT DU DHOGME :
DE LA LISTE DE SCHINDLER à INGLORIOUS BESTARDS
Abstract:
The zionist propaganda around WWII:
From Steven Spielberg's film Schindler's List (1993) to Inglourious Basterds, by Quentin Tarentino, (2009) ; the use of lies in the historical tale, and the important images for propaganda in both films. How the christian background of the Western audience is twisted and distorted in order to create a new pseudo-religious belief, in the Western unconsciousness. How the zionist message becomes more clear, as time passes, and thus, less effective, even though the Zionist institutions try to keep mental control and brainwashing through Hollywood cinema, through reactivation of biblical myths. At the end, the zionist hard core message is self-destructive.
Paper proposed by Maria Poumier for the 29th FAJR Festival, Tehran 2011, International Conference "Hollywoodism and cinema".
Introduction
Les cinéastes occidentaux sont été amenés par une infatigable propagande sioniste à revenir constamment sur le thème de la persécution des juifs pendant la Deuxième guerre mondiale. On célèbre régulièrement l'apparition de chefs d'œuvre sur ce sujet, mais il semble rester inépuisable. Il est à remarquer cependant que la reprise sempiternelle a désormais conduit à une inversion complète du signe émotif implicite dans l'évocation de ce qu'il est convenu d'appeler Shoah ou Holocauste. Ainsi, le film de 2009 Inglorious Bestards, accueilli dans les organes de propagande sioniste comme un nouvel hommage aux juifs, a plu au public pour des raisons qui relèvent de l'esthétique parodique, qui ruinent l'emprise spirituelle du sionisme. Mais les ferments antisionistes étaient déjà présents dans La Liste de Schindler, de 1993, très long métrage célébré et récompensé en tant que film d'hommage à la supériorité morale juive. La dialectique interne à ces deux films, dialectique naturelle dont le marxisme a souligné la puissance agissante dans toutes les activités humaines, après maints philosophes, dont le philosophe Ibn Arabi, et dont le Coran est pétri, comme toute la pensée de la tradition, s'avère donc être à l'œuvre, et agir au service de la vérité, détruisant par sa puissance la nocivité du Dhogme que la même propagande a tenté en permanence d'imposer dans le cinéma hollywoodien.
1. Revenons tout d'abord sur La liste de Schindler, par Steven Spielberg (1)
Dès le générique, on est immergé dans la culture juive, en ce qu'elle a de plus proche de la culture chrétienne européenne: symbolique de la lumière, du repas pris en commun et béni, intérieur bourgeois, famille idéalisée, sans conflits. Le contexte est donc une cristallisation de culture judéo-chrétienne, une spiritualité où sont minimisées les différences entre les deux cultures. Puis les deux univers se séparent, en miroir: le héros est typiquement un pécheur chrétien, très proche des convictions nazies, aucun des bourreaux n'est juif, tous les juifs sont des victimes. Schindler, personnage historique, se convertit à l'humanité pleine en découvrant la judéité. Le message est clair: il n'y a de sainteté sincère et totale, qu'à la condition de subordonner toutes ses qualités et capacités à la compassion active envers les juifs, ce qui va de pair avec un abandon de toutes les tentations antérieures, une très profonde et radicale conversion morale.
On peut dire que le réalisateur Spielberg a en vue, au-delà de son film, un processus analogue de conversion générale des Occidentaux. En effet, il a créé la fondation Shoah Foundation Institute for Visual History and Education, dont l'objectif est de recueillir les témoignages de tous les survivants de la Shoah et de les diffuser aux plus jeunes, dans le but d'éviter un nouveau génocide.
Lui-même, en abordant un sujet austère, avec une caméra ascétique, un tournage en noir et blanc, pas d'effets spéciaux, etc. a certainement voulu faire une sorte d'acte de pénitence avec ce film, donner l'exemple d'une nécessaire méditation sur le mal et la compassion; on sait que personnellement, Steven Spielberg ne demanda aucun salaire en faisant ce film. Pour lui, ce salaire aurait été l'« argent du sang ».
Mais la critique n'a pourtant pas considéré qu'il avait rempli le contrat qu'il s'était fixé.
En effet, le personnage de Schindler tient davantage de Chuck Tatum, archétype hollywoodien du personnage beau parleur qui s'adapte et profite d'un système (Le Gouffre aux chimères, Billy Wilder), que du nazi par conviction auquel nombres de critiques s'attendaient ; ce décalage a soulevé une polémique virulente, en France notamment, au moment de la sortie de La Liste de Schindler. De toute évidence, c'est le grand cinéaste qui a fait ce choix, refusant judicieusement de faire un film de propagande pure, dans des termes excessivement simplets, qui n'aurait pas accroché le public. (2)
Jusque là, rien d'original. Mais bientôt le sionisme pointe son nez, avec l'apparition d'images aussi saisissantes que mensongères. Il s'agit de désarmer dans le public occidental toute tentative de discréditer Israël en montrant que les Allemands chrétiens étaient capables de monstruosités inégalées, l'invention d'abattoirs humains où l'on asphyxiait les victimes après les avoir déshabillées. A deux reprises, on voit des jeunes femmes nues, en général vues de dos, ou de loin, pour une douche obligatoire; la première fois, elles sont même mêlées avec des hommes, également nus. Image de nudité inattendue, suggérant le viol massif de leur intimité, tout à fait dans l'esprit de la tradition biblique qui recommande de cacher son corps. La vision est doublée par un archétype visuel propre à la culture occidentale, qui agit avec une coloration de terreur, à un niveau peu conscient: dans la peinture médiévale, le nu est généralement prohibé: les peintres ne se le permettaient que pour représenter le jugement dernier, et, dans le grand tri qui l'on nous annonce, entre justes et pécheurs, la nudité est toujours réservée aux condamnés; ainsi, selon la logique de la Divine Comédie de Dante, les pécheurs sont punis par la duplication, avec une puissance accrue, de la dépravation dont ils ont été incapables de se détacher: l'attention à leur péché les révèle pour ce qu'ils sont, les dénude. La nudité des pauvres femmes qui font la queue devant la chambre à gaz porte donc en elle, pour un spectateur occidental, une épouvantable charge de condamnation injuste: le spectateur s'attend à ce qu'elles soient immolées alors qu'elles sont comme des agneaux innocents, mais il est suggéré en outre elles seront persécutées dans la mémoire des spectateurs comme des condamnées au châtiment ETERNEL. On a donc un quadruple choc visuel (nudité inattendue + innocence + attente de la chambre à gaz + condamnation infernale), destiné à renforcer dans l'esprit du public l'idée qu'il s'agit d'images vraies, et le public est poussé, dans une démarche analogue, à se rapprocher visuellement, et enfin, en close up, à s'identifier aux victimes par la compassion. En fait, cette image purement artificielle, dont aucun document ne justifie la moindre exactitude historique, exerce pleinement son pouvoir sur le public parce que c'est une variation sur le thème des vraies photos d'archives et des films documentaires historiques réels de l'époque, montrant des corps dénudés versés dans des fosses communes, les premières photos de vastes charniers, qui ont façonné l'œil occidental, et le film en comporte aussi, sans les distinguer des séquences d'images factices, avec des tombereaux débordants de cadavres, des fusillés devant leurs camarades, des chenilles surmontées de grues hissant des corps désarticulés pour les jeter dans des pyramides de corps en flamme.
Or l'effet escompté ne se produisit pas exactement selon les prévisions du réalisateur. Une polémique éclata immédiatement sur la manière d'évoquer les abattoirs humains. Le réalisateur français Lanzmann, considérant que ce film faisait concurrence au sien sur le même sujet, Shoah, de 1989, souligna qu'il était impossible de montrer des images d'archive validant la scène, et qu'il aurait été plus respectueux de s'en abstenir. Ce faisant, il soulignait donc l'interprétation quelque peu scabreuse qui pouvait être faite de la scène.
L'intellectuel responsable de la sanctuarisation du camp d'Auschwitz, Elie Wiesel, insista également d'une façon lourde sur l'inexistence de documents de référence, et tenta également d'imposer au public une prohibition de curiosité historique à ce sujet. Il répugne même, dans son commentaire à La Liste de Schindler, à nommer l'abattoir humain imaginaire, pourtant communément appelé chambre à gaz, utilisant une périphrase généralement empruntée pour désigner ce qui a trait aux activités honteuses du corps humain: "où vous savez". La proximité entre l'obsession par les images mentales macabres de la chambre à gaz et l'obsession sexuelle a été soulignée par le chercheur tunisien et révisionniste Mondher Sfar. (3)
Mais en réalité, la grande déception des sionistes vient de la pirouette qu'opère le réalisateur, après la séquence de grande tension où les femmes sont enfermées dans une énorme salle de douche sinistre et sans ouvertures. Avec une grande habileté, Spielberg prolonge le suspense, les femmes enfermées sont angoissées, commencent à s'agiter, on est persuadé que l'asphyxie de masse va commencer. Alors, au soulagement général, le jet d'eau salvateur jaillit de multiples pommes de douche au plafond. L'eau se charge de toute sa force symbolique pour signifier la renaissance et la libération. Mais cette belle pirouette lui a été reprochée par les sionistes, qui y ont vu à juste titre une ironie et une incrédulité quant au Dhogme de l'Holocauste! (4)
Le cinéaste, soucieux de maintenir son public sous le charme, a fait le premier pas pour nous tirer de l'enfermement dans le cauchemar, il a fait de l'antisionisme, dans la mesure où la logique sioniste exigerait que nous soyons constamment placés en situation de condamnés sans issue, comme des coupables, seule attitude permettant au sionisme de s'implanter au niveau inconscient, profondément, sous le signe de la double contrainte, comme l'a montré le chercheur Michel Dakar. (5)
Le mensonge de la chambre à gaz, une arme de destruction massive exceptionnelle qu'aurait détenue Hitler, a été indispensable pour valider l'entreprise impérialiste de d'implantation en Terre Sainte, une fois la conquête militaire consolidée en 1967. Mais passé un certain temps, les efforts pour donner une empreinte visuelle à cette image mentale la privent de son efficacité, elle s'effondre d'elle-même. De façon significative, le film a remporté toutes sortes de prix, mais le public qui l'a apprécié l'a fait pour des raisons opposées au projet pédagogique sioniste de départ. Comme le cinéaste antisioniste Jean-Luc Godard l'a très bien montré, le film détruit l'idée de l'exceptionnalité du destin juif. (6) Et des juifs sionistes ont reproché au film d'être bâti dans le cadre chrétien de la compassion comme valeur suprême..., tandis que le public ordinaire, s'ennuyant ferme, au terme de trois heures d'enfermement dans une salle obscure, pour une projection sinistre, se sentait heureux de sortir, de libérer son soulagement... comme les jeunes femmes en attente de la "chambre à gaz" pouvant enfin se débarbouiller après un pénible voyage.
2. Images de fiction, images documentaires et images mentales
On a soupçonné Stephen Spielberg d'avoir participé à la mise en scène du spectacle de l'effondrement des tours jumelles du WWC, le 11 septembre 2001. (7) Que lui ou d'autres spécialistes de la construction d'images spectaculaires, agissant à la façon de disciples d'un maître du genre, y aient eu une part, la logique illusionniste du cinéma a été à l'œuvre, et a suscité l'admiration du spectateur conquis, par la démesure du spectacle; l'effondrement a eu lieu à une heure où la lumière du matin était radieuse, et où les tours semblaient recevoir la bénédiction du soleil; et, comble de la jouissance, ces images étaient absolument, incroyablement, incontestablement vraie, à hauteur de 3000 innocents sacrifiés! Or la splendeur des images a contrarié le projet sioniste; n'oublions pas que les sionistes ont été les seuls bénéficiaires de l'attentat: cependant ces images n'ont pas réussi à susciter la mise en situation de culpabilité du public. Il faut aller au musée du World Trade Center, à Ground Zero, pour découvrir des images de souffrance sous la pluie de cendre, qui rappellent fortement les images en noir et blanc de la guerre en Allemagne, mais ce ne sont pas du tout les images qui se sont répandues, les images efficaces. Très vite, d'ailleurs, sont apparus les décryptages des superbes images emblématiques, elles ont fait l'objet d'un démontage, les artifices sont apparus visuellement (explosions successives, à différents étages, trucage pour faire croire que des avions puissent s'incruster dans des tours, les pénétrer au lieu de les heurter et de tomber tout disloqués, etc.).
Dix ans après l'effondrement des tours, on peut en tirer la leçon suivante: plus un projet de mensonge sioniste aspire à être renforcé par l'activité visuelle, même à l'aide de faits irréfutables, moins il fonctionne. C'est l'image mentale de la chambre à gaz qui a créé la subordination des Occidentaux, et non une image visuelle, aussi habilement fabriquée soit-elle. Dans les auto-attentats de Buenos Aires, où les Israéliens on fait périr une centaine de personnes, pour en accuser l'Iran, les images immédiatement filmées sur place ont été censurées et oubliées, tandis que les services de l'ambassade israélienne imposaient l'image mentale d'une voiture blanche (inexistante), percutant par deux fois ses locaux, en 1992 et 1994. (8) Ces images fantômes se sont imposées dans l'esprit du public pour un temps, et ont été un préalable à la répétition d'attentats imputés à des kamikazes se lançant dans des voitures piégées contre leur cible dans les années suivantes. Thierry Meyssan a montré que dans l'attentat contre le ministre Hariri à Beyrouth, c'est la même mise en scène mentale qui a été déclenchée , mais a été contredite, une fois de plus, par les faits.(9)
3. Inglorious Bestards
Tarentino est bien entendu un héritier de Spielberg. Ainsi, ses choix répétés de la cruauté visuelle , culminant dans Inglourious Basterds, film "historique", sont des reprises de Indiana Jones et le Temple Maudit.
Pas plus que Spielberg, Tarantino ne se considère comme un antisioniste. Mais, comme tout un chacun, il s'est impatienté devant le châtiment infligé au public de "La Liste de Spielberg". Il a donc choisi de partir d'un épisode qu'il présente comme historique, pour faire un film qui complète la série des films sur la guerre entre les juifs et les nazis, en prenant le contrepied du dolorisme habituel, mais sans remettre en question l'idée constitutive du Dhogme, qu'il s'est agi là d'un génocide incomparable. Au contraire, il a fait le pari de montrer une vengeance juive symétriquement incomparable en barbarie.
"Les films sur l'Holocauste présentent toujours les Juifs comme des victimes, a-t-il déclaré, franchement exaspéré par le manque d'imagination d'Hollywood. "Nous connaissons tous ce type d'histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Allons donc voir des Allemands qui tremblent de peur face aux Juifs." (10)
Et voilà que les juifs sionistes ont beaucoup aimé le film, ils se sont reconnus dans ses personnages d'une férocité sans limites:
"Tarantino m'a dit qu'il n'avait eu que des réactions positives de ses amis juifs: les hommes juifs que j'ai rencontrés depuis que j'ai commencé à écrire le scénario et avec lesquels j'en parle me disent: 'J'ai hâte d'aller voir ce sacré film !' ['Man, I can’t fucking wait for this fucking movie!']", m'a-t-il confié. Et ils en parlent à leurs pères qui disent également 'Je veux aller voir ce film !'" (11) Le producteur du film est lui-même un de ces juifs sionistes.
Un autre sioniste convaincu s'est exprimé sur internet dans le même sens, en signant "Le juif":
"Gamin, je rêvais d’être ce vengeur masqué et israélite. Je ne pouvais imaginer que des millions de juifs se laissent conduire à l’abattoir sans se bagarrer. Devant le très mauvais feuilleton Holocauste, je ruminais ma colère « Si j’avais été là, j’aurais tué tous ces sales Nazis ». Le constat était intolérable pour un petit garçon juif nourri à Bioman, aux Chevaliers du Zodiac et au humus: LES JUIFS AVAIENT PERDU LA GUERRE. L’Ours Juif n’est pas venu, tel Moïse, sauver son peuple, en dézinguant à coup de mitraillette le Pharaon Hitler. Néanmoins, l’idée de botter le cul aux Fritz (à l’instar de Quentin, je ne faisais pas la distinction entre les SS et les soldats de la Wehrmacht) restait ancrée dans mon imaginaire façonné par les archétypes de l’héroïsme et de la virilité." (12)
Or ce même sioniste spectateur n'est finalement pas content du tout: il a perçu, malgré son culte assumé de la vengeance et de la cruauté, que ce film ne rendait pas du tout service au sionisme, que c'est un mauvais instrument de propagande.
En effet, il faut souligner que Tarentino n'est pas juif, ce qui a deux implications. D'une part, cela montre le degré d'inféodation du cinéaste au paradigme sioniste, mais de l'autre, à cause de la tonalité "fun", parodique, de l'ensemble, il se prête aussi à une interprétation divergente. Le respect religieux a fait place à l'irrespect total, la shoah devient un sujet de film "gore" comme un autre.
C'est donc un film réversible, tel un palindrome: 9696 est un nombre palindrome, identique et inverse à la fois de 6969. Les situations d'oppression de la liberté d'expression engendrent les ouvrages ambigus, où selon les lecteurs, la validation de la censure ou sa contestation prendront le pas, dans l'esprit du public, en fonction de leurs circonstances propres. La supériorité de la création réversible, dans un contexte de répression, réside dans le fait qu'elle est très difficile à censurer!(13) Et certains critiques juifs ont bien ressenti cette ambivalence, disant qu'un juif n'aurait jamais réalisé une bouffonnerie semblable en prenant pour fond un génocide juif, cela aurait relevé du cannibalisme, en quelque sorte.
Justement, une lecture radicalement antisioniste du film a été faite aussitôt, brillamment, par Gilad Atzmon, qui a écrit (14):
"Tarantino, lui, réussit à résoudre cette contradiction manifeste entre l’« innocence juive » cinématographique et la « réalité criminelle » du nationalisme juif. Et c’est même magistralement qu’il y réussit, au moyen d’une fiction. Dans sa mise en scène purement fictionnelle, le juif est un être mû par la vengeance. C’est un sauvage iconique, assoiffé de vengeance et chasseur de scalps, c’est un assassin inspiré par la Bible. Dans le dernier film épique de Tarantino, pour la première fois, le juif de la diaspora ressemble à son neveu israélien. Au travers d’une intrigue cinématique fictionnelle, l’histoire est devenue un continuum homogène dans lequel le passé juif et le présent israélien sont réunis dans une impitoyable virée de vengeance suicidaire." (15)
Gilad Atzmon explicite fort bien l'une des résonances mythiques de cette scène, écrivant ensuite:
"D’un point de vue juif, l’acte suicidaire de Shoshanna (incendiant le cinéma où elle a enfermé les plus hauts dignitaires nazis visionnant un film emblématiquement nazi) peut être perçu en référence au héros biblique Samson, qui fait s’écrouler un temple philistin sur lui-même, l’important étant que des vieillards, des femmes et des enfants périssent en même temps que lui. Dans le dernier film de Tarantino, plutôt que de voir, classiquement, des nazis en train de brûler des juifs, c’est, de fait, une juive qui enferme des nazis à double tour et les brûle jusqu’à ce que mort s’ensuive. ..... En Israël, Samson, qui n’est rien d’autre qu’un assassin génocidaire, est considéré à l’égal d’un héros éternel. Il a même réussi à ce qu’un bataillon de « Tsahal » porte son nom ! Il n’est un secret pour personne que le fantasme du châtiment est profondément ancré tant dans la psyché sioniste que dans la politique israélienne."
Gilad Atzmon, militant antisioniste, a donc décrypté le projet didactique sioniste qui rendait le film acceptable, et même agréable, flatteur, pour des tueurs vaniteux incapables de retour sur eux-mêmes,
Mais il y a encore plus d'ignominie, dans la matrice de ce film, car il comporte un autre mythe réminiscent, dans le rôle de la vengeresse juive, Shoshana. La critique juive l'a aimée sans voir qu'elle dévoile par là-même une perversité supplémentaire chez les juifs sionistes. Ainsi le critique Daniel Dos Santos évoque avec émotion son "courage", son "humanité", son "élégance discrète": en fait, par pur esprit de vengeance familiale et tribale, elle inclut dans son massacre son soupirant, un jeune soldat allemand sans aucune perversité. C'est un rôle qui rappelle le personnage biblique de Judith , personnage féminin d'une séduction telle qu'elle suscite des sentiments amoureux chez le roi Holopherne, ennemis des juifs, raconte la Bible; une fois piégé par ruse et séduction, elle lui coupe la tête. Le vieux mythe est ici réactivé à la lumière du nouveau mythe, celui des juifs emmenés par ruse vers l'asphyxie dans une prison hermétiquement close, chambre dite à gaz, prolongée immédiatement par le four crématoire, qui réduit par le feu la victime en fumée immatérielle, l'enchaînement automatique suggérant que les victimes sont brûlées vives. Et le cri de victoire de Shoshana: "voilà la vengeance juive" prend un sens tout à fait transcendant.
Ainsi donc les sionistes trouvent de quoi alimenter leur maladie mentale au cœur du film, malgré ses éléments parodiques, parce que le personnage dit positif y actualise le mythe fondateur sioniste, connu sous l'appellation d'Holocauste, inversé, retourné, dans le triomphe de la revanche, assortie de reprise sans aucun recul critique de ceux de Samson et de Judith, la championne qui est capable de se faire adorer par celui dont elle prépare froidement l'assassinat.
Or il y encore une monstruosité supplémentaire dans ce film: le personnage du jeune noir qui agit comme le valet de Shoshana, le réalisateur indiquant qu'ils sont liés par des fiançailles sincères, malgré la froideur de glace de la jeune femme. Au lieu d'en faire la conscience critique qui aurait pu sauver le film et le faire basculer franchement dans le camp antisioniste, ce personnage est un simple utilitaire dans le scénario, plus stéréotypé encore que tous les autres: le noir prédestiné à l'esclavage mental parce que la beauté de la femme blonde le fascine. Il est donc présenté comme l'allié naturel des juifs, sans aucun destin propre, en dehors du service spontané et souriant au sionisme le plus impitoyable: c'est le mythe de la malédiction de Cham qui est ici réactivé.
Dès le livre de la Genèse, il est dit que le patriarche Noé maudit la descendance de l'un de ses fils, la condamne à devenir pour l'éternité l'esclave de ses frères, Sem et Japhet. Le trafic et la mise en esclavage des Africains, activité commerciale propre aux juifs tant dans le monde chrétien que musulman, depuis le Moyen Age, ont imposé la lecture sioniste raciste de ce chapitre, Cham devenant l'ancêtre des "chamites" ou kémites", les Africains.
Dans son incapacité à faire de son noir américain un être pleinement humain, alors qu'il représente intentionnellement le seul non européen, étranger à la guerre entre juifs et nazis, Tarantino laisse parler un mépris intense. Mais le choix de ce personnage vide va encore plus loin pour révéler en creux l'aberration sioniste: il montre l'aveuglement stupide de celui qui se croit le maître, incapable de reconnaître que le pôle de la conscience noire, première victime historique du suprématisme à références juives, est naturellement le lieu du regard alternatif et critique.
Comme disait Lénine de ses ennemis, "les capitalistes agissent comme des sourds aveugles, et ils nous achèteront la corde pour les pendre"; Tarentino étale ici son incapacité à surmonter la prison mentale qui rend aveugle et sourd à l'humanité. Le personnage n'a même pas une facette comique, la plongée dans la férocité ne nous permet aucune autre attitude mentale que l'accompagnement dans la complicité.
Personnellement, ce film me révolte en ce qu'il a créé TOUS les personnages, des plus simplistes et stéréotypés jusqu'aux plus complexes (les nazis), comme des êtres dignes de profond mépris. Ce faisant, il abaisse gravement le public lui-même, qui ne peut s'identifier à aucun personnage, ni à leur créateur, que sur le mode du cynisme partagé, et de l'acceptation de la servitude mentale absolue.
Le mépris est un puissant ressort de l'abjection. Ainsi l'un des acteurs du film, qui joue le personnage le plus odieux, et qui est lui-même producteur de films insurpassables dans la jouissance sadique, personnellement tout à fait sioniste, a expliqué la jouissance générale des acteurs, lors du tournage des scènes de carnage: " C'était comme du porno kosher, une sensation orgasmique, quand je brandissais cette batte (pour fracasser le crâne d'ennemis déjà abattus)." (16)
Conclusion
Le cycle des films hollywoodiens sur la Shoah juive est désormais bouclé: après les excès de mensonge sur le thème de la victimitude juive, la réaction allergique a produit une réalisation qui exalte la férocité sioniste, et ne peut plaire que sur le mode de la jouissance pornographique, solitaire et satanique. Tout cela affecte le public à une grande profondeur, parce que plusieurs mythes fondateurs s'y combinent pour légitimer, à un niveau peu conscient, ces films se voulant utiles et bienfaisants pour les juifs. Le grand mensonge du Dhogme fini par révéler lui-même sa fécondité en pur poison. Un système basé sur le déni de la réalité et sur l'inversion des valeurs communes à l'humanité débouche sur sa propre destruction, à Hollywood, bastion revendiqué des créateurs juifs, comme ailleurs.
Maria Poumier, Paris, France
Notes:
1- Synopsis du film: Le film relate l'inoubliable histoire vraie de l'énigmatique Oskar Schindler un membre du parti nazi qui aimait les femmes et savait tirer parti de la guerre. Cet homme sauva la vie de plus de 1 100 juifs de l'holocauste. C'est le triomphe d'un homme devenu juste et l'histoire du drame de ceux qui ont survécu à l'un des chapitres les plus noirs de l'histoire de l'humanité grâce à son action exemplaire (source: internet, google).
2- Spielberg avait acheté dès sa parution les droits du roman historique écrit par l'Australien Thomas Keneally et publié en 1982, avec le titre L'Arche de Schindler. Ce titre renforçait la résonance religieuse du sujet . Il relate l'action d'Oskar Schindler (décédé huit ans auparavant), un industriel allemand et membre du Parti nazi, qui a sauvé pendant la Seconde Guerre mondiale près de 1100 Juifs promis à la mort dans le camp de concentration de Płaszów (Pologne), en les faisant travailler dans sa fabrique d'émail et de munitions voisine puis en les transférant en Tchécoslovaquie, et ce grâce à ses relations parmi les SS et en dilapidant sa fortune en pots-de-vin.
4- Voici toutes les précisions offertes par le professeur Faurisson:
"Dans sa livraison du 4 février, Le Magazine de Libération publie des propos d’Élie Wiesel d’où il ressort que le chantre de l’«Holocauste» aimerait bien que la curiosité du lecteur s’arrête au seuil de la chambre à gaz. Il répugne même à nommer ces abattoirs chimiques dont, pendant un demi-siècle, on nous a narré les prouesses. J’ai mis É. Wiesel et les autres «témoins » au défi de me décrire avec précision les chambres à gaz, leur technique, leur fonctionnement. Ils se sont dérobés. La dérobade d’É. Wiesel prend ici la forme d’une pudeur révérencielle à nommer et à décrire l’instrument privilégié du supplice des juifs. Il déclare: «Je pense toujours au passage d’un livre de Vassili Grossman qui raconte l’histoire d’une mère raflée dans le ghetto, il la suit dans le train, jusqu’au camp, dans sa marche vers là où vous savez et puis il écrit: “Maintenant, lecteur, arrêtons-nous. On n’a pas le droit de suivre.” Oui, on n’a pas le droit de regarder, pas même d’imaginer. Un mort a le droit au respect, alors que ceux qui l’ont condamné n’ont pas eu ce respect.
Spielberg ne va pas jusque-là, même si je n’aurais pas gardé cette scène sous la douche .» Rappelons que Spielberg, dans La Liste de Schindler (une fiction cinématographique inspirée d’un roman), montrait des femmes pénétrant dans une «chambre à gaz» qui, soudain, se révélait être une douche.
Au gré de certains, l’épisode était apparu scabreux par son révisionnisme latent. Dès 1989, à l’occasion de la sortie de son film Shoah, Claude Lanzmann n’avait pu dissimuler son embarras devant l’absence de tout document prouvant l’existence des chambres à gaz et l’impossibilité de fournir une représentation physique de l’arme du crime. En 1993, il parlait encore de la difficulté «d’accoucher la chose» et de l’absence d’images d’archives; il ajoutait : « De toute façon, même si j’en avais trouvé, je les aurais détruites ! 2» Le 30 août 1994, Michael Berenbaum, responsable scientifique du Memorial Holocaust Museum de Washington, me déclarait en présence de quatre témoins que, si ce musée ne contenait pas de représentation physique de la chambre à gaz nazie, c’était précisément «parce que la décision avait été prise» de n’en donner aucune «représentation physique» !" (in Ecrits révisionnistes, t. 4, p. 1650)
6 - Une œuvre que l’American Film Institute classe comme le neuvième plus grand film américain de l'Histoire dans son Top 100 reconnu. Au contraire, Jean-Luc Godard dans ses Histoire(s) du Cinéma dira avec amertume qu'avec ce film le « plus jamais ça radical de l'après-guerre » (avec notamment les films de Roberto Rossellini) s'est transformé en un « c'est toujours ça » très convenu. Jouant sur la sobriété du noir et blanc et des séquences d'émotion, cette Liste de Schindler remporte une multitude de prix : sept Oscars entre autres, parmi lesquels ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur dont le cinéaste avait été jusque là privé par la prestigieuse Académie des arts et sciences du cinéma.
7 - Le chercheur Thiery Meyssan a développé lors de la Conférence "Hollywoodisme et cinéma" de Téhéran tous les arguments qui lui permettent de conclure que les conspirateurs du 11 septembre (le lobby militaro-industriel) ont explicitement chargé Hollywood de monter le spectacle, avec tous les effets spéciaux requis, et que toute l'opération a été subordonnée à cet objectif illusionniste: nous en "mettre plein la vue", investir les facultés mentales de chaque être humain, sur tous les continents, avec la meilleure production hollywoodienne de l'histoire.
11- " Tarantino’s producer, Lawrence Bender, says that after reading the first draft of Inglourious Basterds, he told Tarantino, “As your producing partner, I thank you, and as a member of the Jewish tribe, I thank you, motherfucker, because this movie is a fucking Jewish wet dream.” Harvey and Bob Weinstein, the film’s executive producers, also reportedly enjoyed the film’s theme of Jewish revenge. Tarantino told me he has received only positive reactions from his Jewish friends. “The Jewish males that I’ve known since I’ve been writing the film and telling them about it, they’ve just been, ‘Man, I can’t fucking wait for this fucking movie!’” he told me. “And they tell their dads, and they’re like, ‘I want to see that movie!’”
"It is not an accident that it took a non-Jewish director to concoct this story of brutal Jewish revenge. It is difficult to imagine a Jew in Hollywood—each one more self-conscious than the next—portraying Jews as vengeance-seeking knifemen. Neal Gabler, the author of An Empire of Their Own: How the Jews Invented Hollywood, told me that Jewish revenge fantasies aren’t entirely alien to the movie industry, but they’ve always been exercises in sublimation, Superman being only the most obvious. “Jews have gone from being nonexistent in film to being thoroughly represented, but no Jew would ever make a film like Inglourious Basterds,” Gabler said. “It’s too brazen.” [url]http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2009/09/hollywood-8217-s-jewish-avenger/7619/[/url] (Hollywood Jewish Avenger)."
13- Le penseur Pierre Guillaume a subtilement développé la puissance de l'équivoque potentiellement explosive, dans la production intellectuelle de notre temps. Voir: [url]http://aaargh.codoh.com/fran/archVT/archVT.html[/url]
15- "Apparemment, Inglorious Basterds correspond au modèle typique du film hollywoodien sur la Deuxième guerre mondiale. Dans ce film, une unité spéciale de juifs américains (les Inglorious Basterds) débarquent en France occupée à seule fin d’enseigner aux nazis ce que cela veut dire que des représailles juives. Ils dressent des embuscades à des patrouilles nazies, puis ils tuent leurs prisonniers, exhibant leur brutalité extrême, qu’il s’agisse de scalper les nazis tués ou d’achever ceux qui ne sont pas encore morts en leur fracassant le crâne à coups de batte de baseball.
.... Le film atteint son climax lorsque Shoshanna profite de cette opportunité pour venger la mort des membres de sa famille. Elle commet un acte suicidaire héroïque, causant des brûlures mortelles à toute la direction et à tout le haut-commandement nazis, qui se trouvent réunis par le plus grand des hasards dans son petit cinéma de quartier, pour y regarder le dernier film de propagande nazie produit par Goebbels. Tandis que les nazis meurent brûlés vifs, que le cinéma est entièrement détruit par le brasier et que Shoshanna, dont le visage occupe tout l’écran, est secouée par un rire sardonique, celle-ci informe ses clients cinéphiles nazis en train de cramer :
« Voilà la vengeance juive »."
16- " The horror-movie director Eli Roth—his film Hostel is the most repulsively violent movie I’ve ever seen twice—plays a Basterd known as the “Bear Jew,” whose specialty is braining Germans with a baseball bat. Roth told me recently that Inglourious Basterds falls into a subgenre he calls “kosher porn.”
“It’s almost a deep sexual satisfaction of wanting to beat Nazis to death, an orgasmic feeling,” Roth said. “My character gets to beat Nazis to death. That’s something I could watch all day. My parents are very strong about Holocaust education. My grandparents got out of Poland and Russia and Austria, but their relatives did not.” [url]http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2009/09/hollywood-8217-s-jewish-avenger/7619[/url]/
By Maria poumier | December 03, 2010 at 02:49 AM EST | No Comments
Avec Vincent Reynouard: EMBASTILLEZ-MOI!
le 2 décembre 2010
Lettre ouverte adressée à
M. Michel Mercier, Ministre de la Justice
M. Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture
M. Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur
Messieurs,
Je m’adresse à vous afin de vous demander de me mettre en prison.
C’est inhabituel, je sais, mais je m’explique. Nous sommes face à une situation inédite en France, et à un moment unique : ce qui est en jeu, c’est notre réputation et notre honneur, en tant que nation. Vous n’avez pas envie de finir votre mandat avec l’étiquette de collabo au service de forces d’occupation étrangères. Voilà comment nous pouvons coopérer, vous et moi, pour aider notre pays à recouvrer la santé mentale : faites appliquer la loi, traitez-moi comme sont traitées d’autres personnes qui pensent et disent la même chose que moi, dans toute l’Europe. Ensemble, nous allons débloquer la situation.
L’évènement qui me motive est l’incarcération de Vincent Reynouard, condamné à 1 an de prison et à environ 70 000 euros, entre amendes, dédommagements et frais de procédure. Vincent Reynouard, un homme jeune, est actuellement en train de purger sa peine à la Maison d’Arrêt de Valenciennes.
Une pétition de soutien à Vincent Reynouard circule depuis cet été, qui a déjà recueilli près de 1500 signatures, en France, en Europe et aux USA, en dépit du silence effarouché des médiats. Des universitaires prestigieux ont exprimé leur soutien, tels le professeur Jean-Claude Manifacier, le chercheur américain Noam Chomsky, le chercheur belge Jean Bricmont, l’historien français Paul-Eric Blanrue, mais aussi le cofondateur d’Apple Steve Wozniak, ce qui montre que les réseaux de la résistance à l’intolérable commencent à exister réellement (voir : http://abrogeonslaloigayssot.blogspot.com/). Toutes ces personnes se saisissent de ce cas, concernant un père de 8 enfants dépourvu de ressources, catholique convaincu, et partant pour le martyre, pour demander l’abrogation de la loi Gayssot, qui a permis cette sanction plus honteuse pour la justice française que pour lui
Il lui est en effet reproché d’être l’auteur et l’imprimeur d’une brochure de 16 pages. Il s’est déclaré prêt à en favoriser la diffusion, et prêt à récidiver. À noter que les juges n’ont retenu aucune accusation d’antisémitisme ou d’incitation à la haine raciale dans son écrit, ni dans sa défense à l’audience. C’est donc simplement la publication de documents, de raisonnements, et de conclusions non conformes à une version officielle concernant exclusivement les persécutions subies par les juifs sous le nazisme qui a conduit Vincent Reynouard en prison.
Il se trouve que je suis également l’auteur d’un ouvrage passible de sanctions semblables, le recueil d’essais intitulé Proche des Neg’ (Négationnistes ou nègres, that is the question), éditions BookSurge, septembre 2009. Je vous l’adresse avec ce courrier, et j’en ai mis le texte intégral à disposition de tout un chacun sur mon site web à l'adresse http://www.maria-poumier.net/pariasmouilles.php?s=proche-des-neg-texte-integral Je donne ainsi toute la diffusion possible à ce texte.
Je précise que, si je partage les conclusions de M. Reynouard et de très nombreux spécialistes sur son sujet, je me situe à l’opposé de ses options politiques, comme chacun pourra le constater en lisant mon livre. Il ne s’agit donc pas pour moi de défendre son camp idéologique, mais de contribuer à faire évoluer la législation, à partir d’arguments divers et convergents. Cette législation est non seulement absurde, puisqu’elle ne concerne qu’un seul point de l’histoire, à l’exclusion de tout autre (la question du sort des juifs pendant la seconde guerre mondiale) et qu’elle transforme les décisions du prétendu Tribunal Militaire International de Nuremberg en dogme historique républicain, elle est anti-constitutionnelle, puisque notre constitution reconnaît la liberté de pensée et le droit à la liberté d’expression.
Cette loi Gayssot est en outre criminelle, puisqu’elle contribue directement et gravement à répandre la haine sur des bases raciales : en effet, chacun peut être tenté de l’interpréter comme un passe-droit et une concession faite « aux juifs ». Dans les tribunaux de la république française censée être laïque, on a même vu un procureur de la République invoquer « Yahwé » pour justifier son désir de faire condamner Robert Faurisson, en application de ladite loi, en 2006, voyez le site :
Enfin, la loi Gayssot discrédite la France à un niveau très profond, puisque, comme l’écrit mon ami Pierre Guillaume,
« En quelque domaine que ce soit, un énoncé révisionniste, c’est-à-dire un énoncé qui corrige une idée préalablement reçue, s’expose à être lui-même corrigé. Il ne s’impose pas. Si l’énoncé révisionniste est faux, il suffit de le montrer. Si au surplus cet énoncé blesse des intérêts acquis, toutes les victimes et ayants droits peuvent aisément, et c’est justice, obtenir réparation, dès lors que les victimes de cet énoncé, sur un sujet quelconque, apportent la preuve de l’intention malveillante, ou simplement de l’erreur fautive.
L’entourloupe commence quand les prétendues victimes d’un énoncé révisionniste, grâce à leur puissance politique et sociale, et à leurs braillements victimaires, se dispensent grâce à une loi ad hoc d’avoir à apporter la démonstration que l’énoncé discutable est faux.
C’est très précisément la fonction assignée à la loi Gayssot par ses concepteurs.
C’est pourquoi cette loi est en elle-même une aberration intellectuelle.
Elle oblige les juges à condamner sans avoir à juger !
La loi Gayssot condamne les juges à protéger de toute critique les idées reçues.
La loi Gayssot condamne les juges à protéger le mensonge !
Je vous demande donc de transmettre mon acte irrévérencieux aux tribunaux compétents, afin qu’ils me fassent mettre en prison aussi vite que possible. L’enjeu est suffisamment grave, vous en conviendrez ! Je suis universitaire, maître de conférences de l’Université de Paris VIII jusqu’à ce que je choisisse de prendre ma retraite, en 2005. Mon cas donnera lieu à des débats parmi les universitaires, et dans d’autres milieux soucieux du sérieux et/ou de l’indépendance de la réflexion en France, ce qui vous aidera, vous ou vos successeurs, à gérer adroitement la question de l’abrogation urgente de la Loi Gayssot. (1)
J’adresse copie de cette lettre à toutes les personnes physiques et morales ayant contribué à l’emprisonnement de Vincent Reynouard, et je donne toute la publicité possible à cette affaire, afin que chacun exerce son sentiment de la justice et de la vérité.
Veuillez agréer, Messieurs l’expression de ma considération respectueuse,
Maria POUMIER
Copie adressée à :
M Picard, président du tribunal de grande instance de Saverne
Mme Watiez, assesseur
Mme Rodrigues, assesseur
Mlle Shnitzer avocat stagiaire
M Roth, greffier
Mlle Gautheron, substitut du procureur de la République
M. Patrick Gaubert, ex-président de la LICRA
Me Raphaël Nisand, avocat au barreau de Strasbourg
M. Borin, Jean-Michel, Me. Cahin, avocat au barreau de Colmar
La SA Manufacture d’impression sur étoffes
(1)
Vos ministères respectifs auraient déjà pu me faire poursuivre et condamner pour avoir participé à la rédaction d’un ouvrage de Robert Faurisson, que j’avais adressé l’année dernière par courrier recommandé le 9 septembre 2009 aux ministres en exercice Mme Alliot-Marie et M. Mitterrand. Vous ne l’avez probablement jamais eu entre les mains, en tout cas le secrétariat de Mme le ministre de la justice a refusé de le lui transmettre, et M. le ministre de la Culture ne m’a pas répondu du tout. Mais comme vous le voyez, je récidive dans l’expression d’opinions qui me paraissent indispensables pour que nos concitoyens retrouvent la santé mentale. Je tiens donc à nouveau à votre disposition cet ouvrage important, intitulé En Confidence, entretiens avecl’Inconnue, par Robert Faurisson, éditions Pierre Marteau, Milan 2009.
By Maria poumier | November 21, 2010 at 01:54 PM EST | No Comments
Un petit groupe de marcheurs très endurants décida de quitter le village, pour rejoindrel’horizon. Le chemin montait dans une plaine glacée, puis s’enfonçait dans une forêt ombrageuse. La marche fut très longue et très rude. Certains disent qu’elle dura plus de 60 ans ; les premiers moururent en chemin, sans avoir atteint l’orée du bois ; d’autres rejoignirent plus tard les premiers, et prirent la tempête de plein fouet ; le gros des troupes, plus jeune, bénéficia de l’avance prise par les autres : ils purent franchir plus légèrement les distances, ils donnèrent moins prise au vent. Enfin ils arrivèrent au sommet de la colline, où le bois faisait place à une nouvelle plaine, à d’autres pentes engageantes, où les astres brillaient sereinement, sans trier les habitants ni leurs idées. Ils se comptèrent et se dirent : ouf, nous sommes bien peu, mais nous avons gagné. Vingt ans de persécutions enragées, dans la ligne de mire de la loi menaçante ne sont pas venus à bout de nous. Faisons donc l’état des lieux, dirent-ils, en se regardant dans les yeux. Mais ce qu’ils virent ne leur plaisait pas du tout : aucun des marcheurs n’avait le profil du héros qu’ils avaient cru, tous ensemble, dans l’obscurité du bois, être devenus. Quelle déception ! Tant d’efforts contre le froid et le vent, et les déluges d’hostilité, pour en arriver là, à la méconnaissance d’une maigre bande d’imbéciles. Les uns furieux repartirent en arrière en maugréant : notre vérité est si haute, que jamais ils ne nous rejoindront. Nous sommes les martyrs, ils sont, les autres, des paresseux, des négligents, des complaisants qui sont passés, pour ainsi dire, au service de l’ennemi, puisqu’il sont là tout ébahis, à découvrir l’autre versant des choses, naïvement.
Ils remontent dans leurs voitures en claquant les portières dans le crépusucule qui les ignore ; il faut faire demi-tour pour repartir dans la solitude altière ; ils se disputent, dans la voiture ; en reculant durement ils heurtent brutalement une croix de pierre, qui s’effondre. Leur pare-choc ne tient plus, mais ils sont tellement en colère qu’ils décident de rouler quand même. Bientôt toute leur voiture les lâchera, car les roues aussi sont faussées, mais ils ne le savent pas.
Or pendant ce temps-là les autres, restés là-haut, senoient dans le paysage : de l’autre côté du bois, la nature était la même, les pentes à gravir, les forêts à franchir, les vents hurlants, la fatigue et le vertige, les champs trop grands. Et ils disaient : tout ce chemin pour en arriver là, du pareil au même ! Nous tenions la vérité contre le camp d’en face, et voilà qu’elle s’échappe, qu’elle enveloppe autant, maintenant, de sa rosée brillante, nos ennemis paisibles ! Ils sont là, notre victoire ne leur fait rien, ils ne voient même pas notre présence hâve, ils se congratulenten disant : quelle importance ? La seule différence entre les deux versants, c’est que nous appartenons à l’un, par notre sang versé, nos larmes et nos suées ; tandis que sur l’autre face, on se passe de nous, on n’a pas notre place, on est morts, nos combats sont éteints, sont niés. Mais déjà, ils ravalaient leur « nous », leurs « on » car ils ne savaient plus ce qu’ils étaient, si indifférenciés, à peine hérissé chacun d’une plaie vaguement singulière : ils étaient morts d’épuisement, ils n’arrivaient plus à penser, morts comme n’importe qui, et l’herbe qui se tait repoussait sur leurs corps.
Cette fable illustre l’issue des combats pour la vérité dans l’histoire des juifs au cours de la Seconde guerre Mondiale, et des drames qu’engendrèrernt les crimes et les mensonges : création d’un Etat mal né, mal pensé, mal peuplé, mal gouverné, mal approuvé, mal financé. Vingt ans après le vote de la loi Gayssot, qui paralysa la recherche historique à ciel ouvert, la victoire arrive pour les révisos, mais elle n’est pas joyeuse. Plus personne ne croit aux calembredaines holocaustiques, mais plus personne ne peut affirmer que l’enjeu en était si décisif. Avec ou sans chambres à gaz, le paysage est le même : il va falloir, à nouveau, rejoindre son clan d’origine : ceux qui ne croient qu’en la lutte des classes, ceux qui ne croient qu’en celles des nations, ou en celles des races, ou en celles du Tiers Monde, ou entre leur religion et celle du voisin : quoi qu’il en soit, chacun ne se battait que pour imposer sa propre sensibilité, héritée de ses expériences personnelles : mon idée de ma patrie, du prolétariat, de la race supérieure ou des victimes à privilégier : la question des chambres à gaz leur paraissait à tous la cristallisation exemplaire de leurs munitions argumentaires. Plus de chambre à gaz, on reprend ses vieilles marottes et ses tromblons enroués. Beau dommage, personne n'a rien appris?
By Maria poumier | November 21, 2010 at 01:47 PM EST | No Comments
Merci Reynouard, de payer le prix pour notre libération à tous! par Maria Poumier
La pétition pour l'abrogation de la Loi Gayssot est un succès: cette bataille, donc, les révisos l'ont déjà gagnée dans les têtes, dans la mesure où les réactions à la pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot montrent l’effritement du front anti-réviso. Même si toutes les grosses pointures signataires se ravisaient après avoir signé, les faits sont là : à l’extrême gauche, Mgr Gaillot n’y croit plus, à la nécessité de défendre par l’abus de la force le phantasme des chambres à gaz ; très loin à droite, Yann Moix en a assez, de faire le jeu des dogues sionistes, et d’être tous les jours sommé d’aboyer avec les loups, qui d’ailleurs ne couinent plus qu’en sourdine. Mille personnes avaient déjà signé, il en arrive bien d'autres(envoyer sa signature à eugenie.blanrue@laposte.net).
Dans le camp de l’Inquisition juive, le désarroi est grand, car au moment même où on entend parler d’instaurer des lois punissant la négation du Grand H du Brésil et de l’Argentine au Japon, en passant par l’Europe et la Russie, la pagaille est totale au niveau des outils de la répression : En France, on condamne au nom du tribunal de Nuremberg, tandis qu’en Espagne, c’est au nom de la déclaration de l’ONU définissant et bannissant le génocide en 1948 (voir l'arrêt du Tribunal constitutionnel espagnol http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art242. En Italie les profs chahutent (http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art717) et en Tchéquie on absout (cas de Vladimir Stwora http://www.ceskenoviny.cz/news/zpravy/czech-court-again-acquits-alleged-holocaust-challenger/550305! Faudrait savoir ce qui a vraiment force de loi, pour commencer…. En Allemagne au moins c’est clair, c’est juste la police, en tir automatique, sans se gêner. En France, Reynouard fait un an de prison quoiqu’il n’ait pas été reconnu coupable d’incitation à la haine raciale, tandis qu’en Espagne, Pedro Varela, qui professe les mêmes convictions d’historien, mais aussi le même enthousiasme pour Hitler et le nazisme, est lui passible de 4 ans de prison, mais seulement pour « incitation au génocide », nullement pour « négation de l’Holocauste » car là-bas ce serait anticonstitutionnel (voir l'arrêt ci-dessus). Une chatte à Tel Aviv n’y retrouverait pas ses petits ! Vivement que tous ces cas soient examinés devant une même cour (européenne?) improbable, et que les différentes juridictions soient renvoyées dos à dos, pour cause de ridicule extrême ! Père Ubu, c’est ton tour, au trou !
Quand l’absurde atteint un certain degré, la victoire du bon sens n’est pas loin : ni Raynouard ni Varela ne sont vraiment du gibier de potence, il serait prudent de les laisser retrouver un paisible anonymat dans la liberté. Mais notre victoire virtuelle ne change en rien la donne. L’Israël, même sans sa couronne de bobards, est encore là. Le capital financier aussi, et l’inconsistance des foules. Des cyniques féroces, il y en aura toujours. Et des penseurs innocents continuent à payer le prix fort pour leur résistance.
Soixante ans de passés, la génération de la guerre est enterrée, les historiens vont reprendre sur la pointe des pieds leurs travaux interrompus par des cris douteux de fantômes blessés. Pendant ce temps passé, nous nous sommes esquintés dans une guerre civile rituelle, les normaux majoritaires contre les révisos, minorité incendiaire : les deux camps se sont réciproquement bastonnés et affaiblis, enterrés jusqu’au cou dans leurs références asphyxiantes, laissant le champ libre aux politiques et aux financiers pour négocier de concert le contrôle du champ de bataille. La question du grand H aura fonctionné à merveille comme leurre pour les meilleurs dans les deux camps.Les uns en ont tiré des honneurs mondains, les autres l’honneur des martyrs. C'était une Affaire Dreyfus montée de toutes pièces pour bloquer et dévier nos énergies. Et pendant ce temps-là, dans les deux camps, et avec les autorités réelles qui les manipulaient sans être dupes le moins du monde de leur passion, ont laissé croître leur vanité, et dépérir leur capacité d’écoute.
Nous nous plaignons que les dogmes holocaustiques dégagent des miasmes qui intoxiquent. Ou bien nous parlons de virus, dans chaque discours qui concède une génuflexion minime devant le DHogme, virus qui rendent invalides les meilleurs logiciels de décryptage du réel; ou bien encore d’hallucinations, d’hypnoses fabriquées par des magiciens pervers, de terreur induite par la formule magique "chambragaz". Et nous sommes vus par les autres comme des rats, des taupes, des infiltrés partout.
Mais à toutes ces plaies, il nous est possible maintenant d'échapper, grâce à la mobilisation autour du cas de Vincent Reynouard, premier embastillé en France pour conclusions historiques déplacées. Arrêtons-nous à la justesse métaphorique de la formule incantatoire par laquelle s’est répandue la pétition de Blanrue pour l’abrogation de la Loi Gayssot : « Liberté pour Vincent Reynouard, ce père de huit enfants». Ce n’était pas hors sujet, sa paternité, c’est bien plutôt la raison d’être du succès de ce texte : avec son opiniâtreté, Reynouard a refondé la famille des fondateurs de familles. Dans ses idées, il y a à boire et à manger. Mais sa paternité, ce n’est pas à prendre ou à laisser : c’est la farandole de la vie qui redémarre, et c’est bien, c’est l’oubli de soi pour renouer avec la logique des aïeux, et pour que ceux de demain ne gardent pas rancune de nos stérilités diverses. Il y a des hasards dans les pénalités, mais ce n’est pas un hasard si c’est le père des 8 enfants qui se retrouve, en France, être le premier enfermé. C’est la paternité qu’on a choisi aveuglément d’isoler : elle brille d’autant.
Evacuer le H qui tue, c’est restaurer la plénitude vitale. Envisageons donc le cas Reynouard comme celui d'un père d'une famille nombreuse, celle des gens confiants en l'humanité, comme l'est Chomsky (signataire de la pétition), qui écrit: "« L'action politique et sociale doit être animée par une vision de la société future et par des jugements de valeur explicites, qui doivent découler d'une conception de la nature humaine. Si l'esprit humain était dépourvu de structures innées, nous serions des êtres indéfiniment malléables, et nous serions alors parfaitement appropriés au formatage de notre comportement par l'Etat autoritaire, le chef d'entreprise, le technocrate et le comité central. Ceux qui ont une certaine confiance dans l'espèce humaine espéreront qu'il n'en est pas ainsi.» (in Raison & Liberte, Sur la nature humaine, l'éducation et le rôle des intellectuels, éditions Agone).
Signer la pétition pour la libération de Reynouard, c'est manifester une confiance certaine dans la nature humaine, et s'assurer que plus personne ne prendra plus au sérieux l'idée que les morts juifs dans la seconde guerre mondiale soient plus précieux que les autres; aberration revendiquée par l'Etat d'Israël y compris pour les vivants, dans la guerre qu'il mène contre la dignité humaine, puisque cet Etat en est à envisager l'échange d'un prisonnier contre des centaines de Palestiniens: lamentable arithmétique de sauvages fous, qui les condamne. Merci Reynouard de payer le prix pour notre libération à tous!
By Maria poumier | October 16, 2010 at 02:39 AM EDT | No Comments
PROCHE DES NEG’ (éd. BookSurge, 2009)
par Maria Poumier
On ne peut comprendre la vie qu’en regardant en arrière : on ne peut la vivre qu’en regardant en avant.
Soren Kierkegaard
Pour Paulette et Roger
Comment je suis devenue antisioniste
Tout a commencé avec Roger Garaudy. J’avais dix-neuf ans, le grand souffle de mai 1968 venait de retomber, sans accoucher de rien de spécial. La vie avait repris son cours, et la France me semblait manquer terriblement d’élan. Je n’avais personne à admirer autour de moi, situation classique chez les gens prétentieux. Je cherchais des héros, et ne tombais jamais dessus. Je suis alors partie à Cuba, à la recherche d’une vraie cause libératrice. La révolution cubaine avait besoin de moi comme de bien d’autres, et j’ai été chargée de faire le cours d’esthétique à l’université de la Havane. Dans les années 1970, il allait de soi qu’il s’agissait de faire une esthétique marxiste. Cela signifiait prendre les problèmes dans l’ordre chronologique où ils s’étaient posés aux hommes de l’art et aux penseurs de l’expression artistique, méthode qui reste la plus recommandable. Le marxisme avait réduit les questions théologiques à la portion congrue, mais les marxistes exaltés reconvertissaient leur recherche du sublime en défense de l’art au-dessus de la science et la philosophie, le tout investi dans une spécialité universitaire, l’esthétique. Nous nous jetions avec passion dans la défense et la glose des belles choses, des beaux textes, des grands créateurs, des génies qui dépassent notre attente. C’est ainsi que, chassée par la porte des urgences pour l’action militante, une spiritualité souriante rentrait par la fenêtre, comme un rayon de soleil qui chassait dans l’ombre tout le reste, qui nous dilatait le cœur, et qui nous soulageait infiniment de l’angoisse de ne pas savoir vraiment vers quoi notre action poussait le destin. Les éditions du Progrès, de Moscou, avaient publié des livres magnifiques, dont celui de Boris Suchkov, sur le réalismeen littérature. Ce livre aurait été lu en France comme un réductionnisme, mais pour les jeunes Occidentaux épouvantés par l’aigreur générale chez nos enseignants, il légitimait enfin complètement, sans restriction, le grand roman documentaire du XIXème siècle. Auréolés de l’imprimatur soviétique, nous avions aussi Moisej S. Kagan et Stephan Morawski, avec plus d’envergure, et tous ces slaves qui réduisaient les Français à leur juste proportion de sophistes frileux : Mikhaïl Bakhtine, Iouri Lotman, Tsvetan Todorov, Georges Lukacs. Pour le monde hispanique, l’anthologie des meilleurs textes marxistes avait été constituée par Adolfo Sánchez Vázquez, républicain espagnol réfugié au Mexique. Parmi les communistes français, il y avait le subtil Pierre Barbéris, qui approfondissait sans limite l’œuvre de Balzac. Et il y avait Garaudy, qui osait affirmer que tout grand art se rattache à la passion pour le réel, même s’il semble éloigné du naturel tel qu’il s’impose à nous dans notre quotidien. Son livre D’un réalisme sans rivage ouvrait toutes les vannes, il réhabilitait tous les efforts créateurs, par delà l’appréciation aléatoire des résultats. C’était un titre de poète, qui autorisait l’entrée de tous les grands vents de pureté.
Roger Garaudy était bien connu à Cuba depuis les années 1960. Le gouvernement lui avait demandé de mettre au point un projet marxiste d’enseignement de la philosophie, adapté au pays. Puis un autre Français était arrivé, Régis Debray, plus jeune, qui semblait prodigieux, qui avait rédigé en deux temps trois mouvements l’argumentaire théorique dont la révolution victorieuse avait besoin pour justifier sa méthode, et on lui avait demandé un nouveau projet pour l’enseignement de la philosophie, adapté au contexte : un clou chasse l’autre. 1968 arriva, et Garaudy, membre du Bureau politique du parti communiste français, critiqua l’intervention militaire soviétique en Tchécoslovaquie, tandis que le gouvernement cubain, au contraire, choisissait de la soutenir. C’est ainsi qu’en 1971, à La Havane, année de congrès du parti communiste, Garaudy n’était déjà plus tout à fait en odeur de sainteté. Là-bas comme ailleurs, les intellectuels sont très sensibles aux modes officielles, et dans les années suivantes, on me suggérait de ne pas trop insister sur son œuvre, jugée trop libérale, trop bienveillante envers des gens pas aussi communistes qu’ils auraient pu l’être. Le terme magique pour démolir quelqu’un, à l’époque, dans tout l’univers communiste, était celui de diversionnisme idéologique. Je n’étais pas loin du diversionnisme idéologique, donc, en m’inspirant beaucoup de l’ouverture d’esprit remarquable de Garaudy. Mes étudiants étaient enchantés de découvrir avec moi des œuvres immensément éloignées de l’économisme marxiste, comme la Divine Comédie de Dante, et je leur donnais les outils conceptuels pour réhabiliter des œuvres issues des horizons idéologiques les plus éloignés, et cela en dépit de la restriction officielle de la curiosité ; nous adorions ensemble, sereinement, tous les aliments de l’esprit, parce que tous ont leur place dans le rassemblement de l’énergie nécessaire aux grands chantiers de notre temps. Je ne savais même pas, à l’époque, que Garaudy était aussi poète, et qu’il était en train de mettre en place les passerelles sur les abîmes de notre temps : entre marxisme et christianisme, puis bientôt entre islam et Europe.
Vingt ans plus tard, à Mantes la Jolie, le choc de l’immigration en provenance d’Afrique faisait des morts : un jeune homme pourchassé par la police mourait au commissariat, faute de soins, et une femme policière était abattue en pleine rue, dans l’exercice de ses fonctions. L’idée vint à un petit groupe de femmes qu’il était temps de reprendre les choses en main, et qu’il fallait avant tout donner aux mères de famille les outils pour jouer leur rôle dans leur famille désorientée au sein d’une société qui les rejetait. Avec Jamila Bahij,[1] une personnalité rayonnante, jeune, aide soignante proche de toutes les misères, et entourée d’une famille marocaine respectée, bien imprégnée du terrain, nous avons monté une association, mis en place des cours d’alphabétisation, un réseau de médiation sociale, et organisé des conférences au Val Fourré, le quartier neuf à la réputation dangereuse. Nous avons eu nos plus grands succès avec une conférence de Mgr Gaillot sur la violence en 1996, une autre, avec projections, sur la résistance des femmes palestiniennes, en 1997, avec la participation du journaliste Walid Charara ; mais avant cela, il y avait eu un formidable enthousiasme, avec Roger Garaudy, venu parler du droit de la famille dans le monde musulman. C’était en mai 1994 : il était complètement ostracisé en France depuis 1982, l’année de la publication de son premier ouvrage soutenant explicitement la résistance palestinienne ; et quelque peu étonné de se trouver invité dans cette banlieue aimable, alors que tout le monde le fuyait…. Y compris ses amis arabes en France, qui se cachaient.
J’étais alors maître de conférences à l’université de Paris VIII. Habilitée à diriger les recherches dans mon domaine, le monde hispanique, j’avais l’ambition de me faire nommer professeur, de façon à transmettre vraiment ce que j’avais à dire : que la littérature s’adresse à l’âme, et qu’il faut la faire respirer par-dessus toutes les théories dont le monde universitaire est friand. Paris VIII a la particularité d’être en banlieue nord, dans le vieux fief communiste de Saint-Denis, et les musulmans y sont environ la moitié des étudiants. J’avais été très impressionnée de faire enfin connaissance de mon maître lointain des années 1970, quand je l’avais invité à prendre la parole à Mantes-la-Jolie. Il était simple, il était solidement soutenu par sa femme Paulette. Je lisais tous ses livres, et j’étais bien à jour désormais sur l’œuvre de Garaudy le musulman, et sur le scandale de son élimination du paysage intellectuel français. Aussi je l’invitai à la fac pour faire une conférence sur islam et modernité. Se méfiant à juste titre des pressions qui n’allaient pas tarder à se manifester, il m’avait demandé une invitation écrite signée de la présidence de l’université. Normalement, cette formalité est parfaitement superflue, les enseignants invitent qui ils veulent. La présidente, Mme Irène Sokologorski, spécialiste du monde russe, considérait comme moi qu’il était bon qu’une grande voix comme Garaudy s’exprime chez nous, dans cette université qui était d’abord née en 1968 à Vincennes, comme un haut lieu de la pensée dissidente de gauche. La conférence eut lieu, malgré des pressions tout à fait concrètes et des empoignades, certains trublions prétendant empêcher physiquement la rencontre et barrer l’accès à l’amphithéâtre. C’était en plein ramadan, en décembre 1995, mais le public était là, et savait pourquoi il était là. Dans les semaines suivantes, les soi-disant anarchistes de la CNT ou antifascistes du groupuscule « Réflex » affichaient sur les murs des tracts incendiaires concluant sur l’appel au lynchage : « Poumier, tu ne passeras pas l’hiver ». Tout cela parce que Le Monde et Le Canard Enchaîné venaient de signaler, justement la veille, que Garaudy avait publié aux éditions de la Vieille Taupe un livre contestant la version officielle de l’Holocauste : Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Ce livre, personne ne l’avait encore lu : mais la malédiction le précédait.
J’étais, je l’avoue, assez amusée de me retrouver au milieu d’une de ces tourmentes honteuses dont les intellectuels sont des spécialistes, dans tous les régimes politiques pesants. Leur lâcheté, une deuxième nature qu’on acquiert vite quand on est fonctionnaire et habitué à ses rentes à vie, devient spectaculaire et cocasse. Ils se battent pour préserver leur confort matériel et mental, mais transpirent l’angoisse dans leurs moindres initiatives. Je me retrouvai chassée comme une malpropre du groupe de recherches dont j’étais vice-présidente, et le tout nouvel aspirant à la direction du groupe, fraîchement diplômé d’études politiques, placardait sur les murs la nouvelle de son triomphe sur l’abominable négationniste que j’étais donc devenue parassociation, signant fièrement le communiqué de son nom : James Cohen.[2] Je réclamais la convocation d’un tribunal pour me juger, puisque j’étais traitée en coupable: peine perdue. D’autres collègues, avec qui je souhaitais travailler, me déclaraient tout de go qu’ils n’avaient pas envie de travailler avec moi, alors qu’ils suppliaient les autres enseignants (même s’ils les détestaient visiblement) de participer à leurs maigres groupes de recherche, seule façon de légitimer les primes escomptées. On fouillait dans mon casier, on envoyait des espions dans mes cours, en particulier des beaux gosses troublants. Bref, j’étais pestiférée, et j’étais aussi un gibier de choix, il y avait une véritable fringale de lynchage.
J’envoyai un dossier de candidature pour le poste de professeur qui m’intéressait, et le secrétaire de l’Université, aussi juif que communiste, se permettait de perdre mon envoi en recommandé. J’écrivis aux syndicats d’enseignants pour réclamer un peu plus de conformité aux usages démocratiques, et je n’ai jamais reçu de réponse d’aucun d’entre eux. J’avais une étudiante en doctorat : elle demanda à me quitter, et un professeur déjà à la retraite fut autorisé par le Conseil Scientifique à reprendre la direction de sa thèse. Comme si j’étais un énorme danger public, l’université bafouait ses traditions, violait ses propres règles de fonctionnement. Il était clair qu’on n’attendait plus de moi qu’un mot de travers contre les juifs qui s’acharnaient ouvertement contre moi pour faire valider rétrospectivement toutes les illégalités accumulées contre moi. Mais je n’étais pas assez aguerrie pour rentrer dans la bagarre judiciaire. Les avocats qu’on me recommandait me dissuadaient d’ailleurs de le faire (mais empochaient mes chèques). Pas un collègue n’osait me manifester son soutien, ni parmi les hispanistes ni au-delà. Le seul qui le fit, sans me connaître le moins du monde, était un chargé de cours chilien, un étranger qui avait un statut précaire : il perdit son poste dans les mois qui suivirent. Un professeur réputé dans les lettres latino-américaines, le poète argentin et juif Saul Yurkievich, très estimé pour sa dénonciation de la dictature militaire en Argentine, m’assura, sur le ton de l’aveu, en privé, qu’il était bien d’accord avec les révisionnistes. Mais il se garda bien de susciter le débat ou de me protéger de son prestige. Le président de mon groupe de recherche, le communiste Paul Estrade, pour lequel je continue à avoir de la tendresse, désormais teintée de pitié, n’avait qu’un argument contre le livre de Garaudy, qu’il fut l’un des premiers à lire, dans mon exemplaire personnel : « mais il fallait attendre cinquante ans, pour dire tout ça ». Et il fit tout son possible pour me faire démocratiquement expulser du groupe de recherches, mobilisant contre moi tous les vieux adversaires communistes de Garaudy qu’il avait pu ameuter, me calomniant sans limite, s’efforçant de dénoncer ma perfidie intellectuelle dans tout ce que j’avais pu écrire auparavant, et faisant comprendre clairement aux jeunes chercheurs que leur avenir dépendait de leur capacité à comprendre d’où venait le vent : c’était la panique à bord.
Avant de quitter ce qui était devenu une humiliation permanente et multiforme en échange d’un salaire que je voyais fort compromis à brève échéance, j’ai quand même eu le plaisir de signer personnellement ma condamnation: mes collègues du département d’espagnol rédigèrent, lors d’une réunion très solennelle, une motion « condamnant le négationnisme », ce qui était, dans le jargon universitaire de l’époque, la formule pour se protéger de toute contagion éventuelle par les raisonnements de Roger Garaudy. J’argumentai que « négationnisme » n’était qu’une vague insulte médiatique, nullement un concept scientifique reconnu, et que cette notion ne méritait pas de figurer dans un document sérieux à l’université. Personne ne contesta que le terme était aussi flou que superficiel. Mais on prit la peine de m’expliquer que je jouais quand même là, précisément, sur ce mot, ma carrière. Je ne connaissais pas encore grand-chose au sujet tabou qui causait tout ce tremblement, et je me gardais bien de m’exprimer plus avant. Mais je n’aime pas crier haro sur le baudet, je n’avais pas envie de renier Garaudy, celui qui avait véritablement porté l’espérance des communistes idéalistes. Et j’ai eu le bonheur d’exprimer mon refus de voter la résolution, de ne pas lever la main, seule, quand les autres capitulaient. [3]
A partir de ce moment, je me suis sentie comme un ballon gonflé de légèreté qu’on lâche enfin en plein ciel : j’étais libre !
Libre dans ma tête, je choisis le combat qui s’était imposé à moi, fortuitement, comme le combat central à ce moment-là, pour ramener les universitaires à leur vocation, la transmission et l’approfondissement des connaissances. Libre dans ma tête, j’eus le plaisir, pendant quelques années, de mener une double vie intense : apparemment inerte, m’habituant tout doucement à intérioriser la censure, tandis que mon autre vie, à l’abri des regards, était exubérante, soutenue par l’enthousiasme de quelques proches, dont mon étudiant préféré bien sûr, et potentialisée par la relative clandestinité, qui m’oblige encore à ce jour à taire quelques noms d’amis. Puis je quittai l’université, dès que je le pus.
Je dois donc à Roger Garaudy ma libération, d’un univers intellectuel qui m’étouffait parce que je le sentais malsain, mais dont je ne parvenais pas à percer les miasmes envahissants. Je me passionnais pour toutes sortes d’écoles de pensée, mais je percevais quelque chose de totalement stérile dans mon activité universitaire, cette « carrière » que j’étais censée considérer comme un privilège incomparable, et à la fois comme un dû, en regard de la supérieure intelligence présumée des élus dont je faisais partie. Mais j’avais une conscience lancinante d’être partie prenante dans une imposture, quelque chose d’insaisissable, mais qui était un scandale et une trahison.
Je ne m’étais jamais intéressée au problème palestinien, par simple paresse d’esprit, ma curiosité étant entièrement tournée vers l’Espagne et l’Amérique latine. J’avais eu une grande amie d’adolescence qui était juive et marocaine, et nous partagions un profond mépris pour les gens sans idéal. A l’âge de treize ans, j’avais vécu trois mois en Israël, parce que mon père, ingénieur aux Grands Travaux de Marseille (GTM, devenu Vinci) y avait eu la responsabilité du chantier du port d’Ashdod, et j’avais ressenti la vibration biblique des paysages. J’avais aussi vu, à l’école Saint-Joseph de Jaffa où mes parents m’avaient inscrite, l’inacceptable maigreur des petites orphelines palestiniennes recueillies par les sœurs, sales, reléguées dans la cour des cabinets, préposées au ménage apparemment toute la journée, alors que nous suivions, nous, tant juives que chrétiennes, les cours de religieuses sévères. Et sur les routes, les enfants aux yeux bordés de mouches qui se jetaient sur notre voiture pour nous demander des bonbons : une fois, ma sœur et moi leur avions offert des biscuits, d’un paquet que nous venions d’ouvrir : et ils avaient filé avec tout le paquet, ce qui nous avait bien perturbées. J’avais donc bien un petit aperçu du terrain, mais sans la moindre idée des origines récentes et violentes de la détresse palestinienne. Jean-Claude Ponsin, jeune ami de mes parents, nous fit inviter à un mariage palestinien, avec festin, fantasia et fiancée enfermée un instant avec son promis, pour ce qui ressemblait bien à un sale quart d’heure. Ces Palestiniens étaient incroyablement cordiaux avec nous, les curieux de passage. Jean- Claude, communiste, avait fait des chantiers à Cuba et au Brésil, et il ne se contentait pas de faire du fric comme les autres Français, avec leurs compétences techniques, des diplômes et du mépris à revendre pour les habitants des pays où ils travaillaient ; avec son sourire et son regard clair il me communiquait, avec sa famille, sa générosité, son ouverture d’esprit que je n’avais jamais rencontrée parmi les relations de mes parents, des horizons qui avaient la beauté et la grandeur des mines du roi Salomon, où l’on ramasse encore des pierres lumineuses et vertes.
Grâce à Roger Garaudy, le brouillard s’est dissipé en moi comme en tous ses lecteurs enthousiastes. Il nous a aidés à retrouver l’échelle pour évaluer les innombrables sujets d’indignation que le monde nous soumet, et la perspective pour les organiser dans notre rejet, première étape pour surmonter la révolte, et commencer à construire quelque chose d’un peu moins hideux que ce qui nous est donné à voir. Le diable se reconnaît à ce qu’il ment. Il est peut-être compliqué, pour un universitaire, de définir le mensonge, un professeur de philosophe commencera par l’émietter en ses mille facettes, pour conclure qu’il est impossible d’en venir à bout, qu’il faut se contenter des sages pensées résumées en une poignée de phrases sentencieuses et troubles proférées par quelques éminences du passé. Mais pour tout un chacun, seul avec sa conscience et en communion avec tous dans le réflexe de survie, le mensonge s’impose comme une évidence, un bruit confus et insupportable qui appelle la résistance de toutes nos forces.
En 1980, j’avais suivi dans Le Monde la condamnation de Robert Faurisson par le tribunal de Lyon. Puisque j’apprenais là qu’il n’y avait pas eu de chambre à gaz dans les camps, il était bien inquiétant qu’un universitaire soit sanctionné pour avoir répandu cette bonne nouvelle. Mais j’avais d’autres chats à fouetter, mes problèmes familiaux me submergeaient, je n’identifiais pas du tout les responsables de l’arbitraire qui s’abattait sur ce collègue, et je ne partageai mes réflexions avec personne. Quand mes ennuis commencèrent, à Paris VIII, pour moi, les Juifs n’existaient pas plus que les Corses ou les Bretons, c’est à dire des éléments vivants du folklore national, et dignes, comme les Corses et les Bretons, d’une attention fraternelle dans la mesure où ils avaient éventuellement un statut minorisé. A Cuba, l’Etat n’avait relayé aucune campagne centrée sur les juifs, j’étais vierge de toute culpabilisation sur ce sujet. Et sionisme, Palestine, étaient des questions très éloignées de mes préoccupations, je l’avoue à ma grande honte, les médias réussissaient parfaitement à me faire éviter de réfléchir à ces choses difficiles. A partir d’une certaine conférence homérique, je ne pouvais plus ignorer qu’il y avait un problème spécial avec les juifs, et que ça ne se passait pas dans des régions lointaines…
Je tombais des nues, je ne connaissais de comparable que le climat de l’université de La Havane, où je croyais avoir connu un cas extrême de tension idéologique nationale,[4] et je déouvrais du jour au lendemain le terrorisme idéologique qu’exercent certains groupuscules ; depuis 1996, quelques enseignants n’ont cessé de tout mettre en œuvre pour me marginaliser, pour m’interdire de publication, sur n’importe quel sujet, et pour retirer mes publications existantes de tout catalogue. C’est alors que j’ai réalisé que la cause palestinienne est centrale pour notre époque, et qu’en France il existe un énorme continent submergé de pensée censurée et autocensurée. Un étudiant désigné pour espionner le secret de mes pensées m’a fait lire quelques pages de «La Veille Taupe » : j’ai été emballée par la clarté du style et la solidité des raisonnements de Pierre Guillaume, qui contrastait comme une bouffée d’oxygène, avec la langue de bois, la couardise et l’incohérence de mes collègues. Je me suis précipitée à la Librarie roumaine, pour combler mes lacunes. J’ai été témoin de la provocation montée par trois jeunes gens, dont une jeune fille d’aspect agréable : M. Damesco Piscosi, le libraire, avait déjà été victime d’une intrusion avec vitrine brisée, saccage des rayons, et les excités de la LDJ ou du Betar avaient jeté de la peinture rouge sur ses livres. Cette fois-ci, il avait sur lui une arme parfaitement légale d’autodéfense, et il l’a laissé entrevoir, à sa ceinture, pour désamorcer la manoeuvre. Je ne l’ai même pas vue, toute occupée que j’étais à calmer les jeunes qui sous prétexte de débat, cherchaient la bagarre. Ils ont pris la fuite après avoir renversé quelques livres ; j’étais outrée, je conseillais à M. Piscosi de porter plainte ; il me répondait que cela ne servirait à rien. Quelques jours plus tard, c’est lui qui était convoqué, et malgré mon témoignage, comme tant d’autres fois, la victime s’est retrouvée condamnée ; le doute n’avait même pas effleuré le juge : c’était un nazi à abattre par tous les moyens légaux disponibles, sans plus.
Voilà comment je découvrais la réflexion d’extrême droite, quelque chose d’aussi étroit et limité, certes, que le passage dans cette minuscule librairie, à l’enseigne pitoyable, dans la minuscule rue Malebranche, qui a sûrement été un coupe-gorge depuis le Moyen Age. Mais dans l’étouffement général de la réflexion, cette pensée interdite devenait une soupape. Et elle reste une soupape indispensable, même quand on est très loin de sa rigidité, justement parce que c’est la pensée maudite, pour ceux qui comme moi appartiennent sociologiquement, à un monde a priori indifférent à ses acharnements et marottes. La Librairie roumaine, c’était le temple de la pensée alternative. Et il n’y pas de pensée, s’il n’y a pas d’alternative…
La désertification de la réflexion en Europe, sous prétexte de laïcité, est le résultat paradoxal de la juste lutte populaire contre l’oppression ecclésiastique pendant les derniers siècles ; elle aboutit à ce que des auteurs plus audacieux et plus profonds que d’autres ne trouvent pas d’éditeurs dans leur propre camp, celui de la gauche ; l’extrême-droite offre donc à des gens comme Garaudy un accueil et c’est pour le moins étrange : la définition de l’extrême droite ne comporte-t-elle pas la nostalgie du nazisme et du colonialisme, la conviction que les noirs n’ont jamais bâti la moindre civilisation, la manie de touthiérachiser,le vif désir de nous enfermer dans des castes étanches, la prétention élitaire au gouvernement de la cité comme on mène le bétail, sous prétexte de l’ignorance et des bas instincts des masses ? Sans partager le moins du monde ses provincialismes et infatuations diverses, nous devons remercier, nous, à gauche, l’extrême-droite d’être là, dans sa résistance intellectuelle, et de rester catholique, seule façon de garantir la transmission de la tradition au sens le plus large. Sans ce barrage, la gauche laïque aurait réussi à faire disparaître complètement la pensée. Alain Finkielkraut est de ceux qui considèrent notre pays comme une société « post-chrétienne », c’est-à-dire à la merci du néo-judaïsme, et qui s’en réjouissait encore il y a peu. Grâce à Dieu, c’est raté !
Heureusement, certains communistes ne sont pas tombés dans l’athéisme forcené qui sert de cahe-sexe à la défense inconditionnelle d’une seule religion, le judaïsme. La ville deCordoue, en Espagne, a choisi d’abriter la Fondation Roger Garaudy, par des accords signés en 1982 entre le fondateur et Julio Anguita, le maire communiste de la ville[5], et cette fondation se consacre au rapprochement entre les trois cultures, juive, musulmane et chrétienne. Une émanation du centre Wiesenthal a déjà essayé de faire bannir cette fondation,[6] c’était prévisible, mais les autorités andalouses n’ont pas l’intention de se laisser faire, car Cordoue aspire à être le fer de lance du renouveau d’al Andalus, de l’Andalousie de jadis, dont tous reconnaissent que le rayonnement venait précisément de sa capacité à faire partager aux trois cultures le même espace et les mêmes projets. Et Garaudy constitue un carrefour où dialoguent les trois religions, il est devenu l’esprit de l’Andalousie, et il refuse autant l’antisémitisme traditionnel que les mensonges pieux mais calamiteux de la gauche. Il perdit un premier procès, pour son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, puis un deuxième, en appel, puis la Cour de Cassation refusa d’examiner son pourvoi, qui se basait sur la falsification des citations de son livre. Jamais il n’en a exprimé de colère ou de ressentiment contre les juifs. Il a continué son combat, simplement, pour redonner un élan à l’utopie indispensable, il est retourné à des sujets plus vastes, dans le droit fil de sa recherche pour ramener l’Occident à l’humanité par l’humilité, « à contrenuit », titre de la modeste revue où un petit groupe de gens avons publié nos réflexions anti-impérialistes, autour de ses textes à lui, audacieux et visionnaires toujours.[7]
Si Garaudy n’a pas semblé souffrir outre mesure de l’incompréhension dans ces dernières années, c’est parce qu’il avait touché le fond auparavant, quand il avait été explusé du parti communiste. Là oui, il avait ressenti en plein cœur la trahison de ses camarades et l’abandon de ses amis les plus proches, et il en avait été comme vacciné. Il est devenu ensuite l’ami d’Alain de Benoist et d’autres esprits critiques formés dans la tradition maurassienne, sans renier aucune de ses propres convictions. La question des chambres à gaz aura été pour nous, les lecteurs de Garaudy, une occasion unique de surmonter les barrières idéologiques, de revenir au fond des choses, de balayer devant notre porte, et de percevoir les enjeux de société à long terme.
Les réflexions qui suivent sont la trace de mes efforts depuis dix ans pour faire reculer le mensonge qui nous encercle ici, en France, pour trancher les tentacules tentants de l’hydre spécifiquement occidentale. Notre société est en crise, nous le savons. On trouvera ci-dessous une série de propositions sur des problèmes de société, inspirées par l’énorme tabou de ces trente dernières années, l’interdiction de s’exprimer sur la puissance d’une petite caste qui se prétend supérieure, et en droit d’imposer sa volonté à tous. Le tabou, une fois reconnu comme tel, fonctionne comme un moteur de recherche : il donne des ailes ! J’ai chaque fois que je parviens à mettre le point final à un écrit, une allégresse particulière : je sais que j’ai abouti dans ce que je cherchais à mettre en paroles parce que j’entends en moi l’approbation des ancêtres : tel auteur en particulier, ou plusieurs, parmi ceux qui sont mes références vitales. Ils fraternisent tous, à ce stade, et ils partagent avec moi leur gratitude en constatant qu’ils restent bien vivants dans ceux qui reprennent leurs combats. Que ces textes deviennent donc bouclier pour d’autres, pour qu’ils puissent aller plus loin dans la bonne ruse pour traquer l’ennemi, pour le mettre à genoux. La victoire nous appartient, parce que nos paroles sonnent juste.
I l’Holocauste ouvre les volets de la perception
Trois jours en Palestine
L’intifada se ralluma tel un brasier en septembre 2001. Je participai à un rapide voyage de solidarité en décembre, l’opération « Un avion pour la paix ». Des gens importants s’y retrouvèrent : le maire de Saint-Denis Patrick Braouzec, le maire d’Evry Manuel Valls, Alain Krivine, Mireille Mendès-France… et bien d’autres. Chez tous, je constatais (et je partageais) l’émotion, la honte, la compassion pour les Palestiniens, et une peur panique d’aller trop loin, de remettre en question les fondements de l’Etat d’Israël, de dire un mot de trop qui, rapporté par quelque faux frère, aurait pu nous faire cataloguer comme antisémites. Ce n’est pas de leur côté que les échanges furent bien éclairants. D’autant plus que me savais la brebis galeuse dans le groupe, ce qu’ils ignoraient… Mais j’admirais la passion de l’organisateur du voyage, Fernand Thuil, français juif qui parlementait en hébreu avec les soldats israéliens. J’avais tellement écopé avec les juifs de Paris VIII, j’étais et je reste sincèrement emballée par ceux qui ne sont pas contaminés par le sionisme, et qui le prouvent !
L’université de Paris VIII à laquelle j’appartenais alors est depuis longtemps sur le front de la protection du peuple palestinien et de la défense de son droit à vivre en paix et en liberté. Roland Fabre, notre président, était co-fondateur de l’Association « Pour Jérusalem », aux côtés de la sénatrice communiste Danièle Bidart et du Père Michel Lelong entre autres. Nombreux et très populaires, voire médiatiques, sont à Paris VIII les enseignants, qui, à partir d’horizons divers, défendent publiquement la Palestine, de même que les étudiants, souvent d’origine étrangère, et parfois bien armés pour résister à la propagande officielle. La coopération de Paris VIII avec l’université de Birzeit était en route, avec le projet « Peace », qui rassemble plusieurs universités françaises, et dont Le Figaro avait rendu compte en ouvrant ses colonnes à Ivar Ekeland. Grâce aux initiatives concrètes de Fernand Thuil, désormais cette solidarité a pu ensuite s’exprimer sur le terrain, par des échanges d’étudiants et d’enseignants.
Le bref séjour en Palestine me donnait une leçon utile pour le contexte français : en 2001, le barrage était complet contre les juifs critiques. C’était particulièrement le cas des historiens qui, accumulant les recherches sur des documents irréfutables autour du sionisme réel, encourent les persécutions dans le monde entier. Ils sont pacifistes, ils ne tuent personne, les historiens courageux. Maintenant, les Norman Finkelstein, Walt et Mearsheimer, ou autres Schlomo Sand trouvent leur place à la Fnac, et chez les grands éditeurs. Nous avons avancé !
L’un des merveilleux enseignements que j’ai retiré de mon voyage en Palestine dans l’opération « Un avion pour la paix », c’est l’analogie entre l’endurance des habitants sur le terrain, et l’acharnement de certains journalistes et historiens : on voyait de la route les colonnes de Palestiniens contourner les barrages militaires pour se rendre à leur travail, simplement pour assurer leur survie sans abandonner leur patrie ; et on se sentait, nous les touristes militants, avec les historiens et leurs relais, dans une cohorte de fourmis comparable, contournant les gardes pour aller défendre le territoire de la vérité et de l’honneur. A Gaza, Rafah était déjà un haut lieu de l’horreur, avec ses immeubles bombardés, ses miradors suspendus en nacelles, sa police palestinienne toujours menaçante, en uniforme bleu clair, et la misère intense. Les délégués de « Un avion pour la paix » ont aussi visité le camp d’Aïda, où Jean -Claude Ponsin a créé l’association pour la promotion en Europe de la troupe théâtrale « al Rowad », qu’il a réussi à imposer sur de multiples scènes en France ; c’est précisément le camp où Benoît XVI est allé, en mai 2009, exprimer sa solidarité aux Palestiniens. C’était le début de quelque chose qui allait loin, qui n’a pas fini de porter ses fruits.
Pour ce qui est de l’histoire, la loi Gayssot tient lieu de mitraillette braquée sur tout ce qui bouge. La loi Gayssot a été critiquée par à peu près tous les historiens français dont Madeleine Rebérioux et bien d’autres instances respectables. On peut comprendre que certains vieux militants communistes affolés par la perte d’audience de leur parti aient imaginé qu’elle pouvait servir à diminuer l’audience du Front National. Elle a été votée en 1990 dans un moment d’intense pilonnage médiatique, au moment de la profanation de tombes au cimetière de Carpentras. Depuis quelques années, on sait que des simulacres d’attentats antisémites sont organisés en France, chaque fois qu’Israël veut répandre l’idée que les juifs de France sont menacés, tandis que les exactions du Bétar restent impunies ; et l’on constate que la loi Gayssot n’a nullement enrayé les progrès de l’extrême droite, dont certaines analyses débouchant sur l’opposition véhémente au sionisme sont désormais partagées par de nombreuses personnes de bon sens et de gauche. Le destin des lois mal conçues est de tomber en désuétude. La discipline républicaine veut que chacun, même s’il en conteste le bien fondé, applique la loi : comme la plupart des fonctionnaires, j’ai choisi pendant des années, patiemment, de ne pas bafouer la loi, et de me servir de tout ce que les lois permettent de faire pour diminuer l’emprise du sionisme sur la politique, l’économie, et la réflexion en France. Illan Pappé, historien israélien militant contre la politique génocidaire israélienne a magnifiquement décrit la mécanique mise en œuvre contre lui à l’université de Haïfa, et contre bien d’autres opposants israéliens. La méthode, appliquée à la situation française, peutse résumer ainsi :
1)l’antifascisme de certains est une pure hypocrisie (et d’ailleurs ils se servent beaucoup moins de ce thème qu’avant l’Intifada) : ils ne reculent devant aucun coup de force, aucune calomnie, aucune illégalité.
2)ceux qui se disent antisionistes et dépensent leur énergie à essayer de coincer les universitaires dans les absurdités de la loi Gayssot ou de les étouffer par la délation ne sont que des valets préposés par les sionistes pour faire le ménage là où il y a assez de linge sale pour que ça mousse, c’est à dire dans les milieux des intellectuels salariés qui ont tout à perdre s’ils se retrouvent peu ou prou sur une liste noire.
3)Le but recherché est que toute dynamique de pensée hostile à l’Etat d’Israël se trouve freinée, paralysée, détournée, affaiblie par tous les moyens, le principal étant de dresser les esprits critiques les uns contre les autres, de façon à ce qu’ils s’investissent dans leurs petits règlements de compte, ce qui les prive de toute cohérence sérieuse dans leur soutien aux Palestiniens.
Non au mur entre Arabes et Gaulois
En 2004, l’affaire du foulard à l’école a rappelé à certains l’époque de la Reconquête en Espagne, lorsque chrétiens et musulmans se disputaient le contrôle de la société : en France une loi s’est brusquement mise en place en un tournemain, en prenant appui sur des tensions inévitables sur fond de misère dans les banlieues, explosive dans les structures scolaires appauvries ; l’opinion a été chauffée afin de produire un sursaut communautaire général . Mais la société française de souche ne ressemble guère à la société espagnole du XVIème siècle : ce n’est pas une chrétienté dynamique qui cherche à intégrer ses minorités de gré ou de force, c’est une société affaiblie par le consumiérisme et le clivage entre laïques et catholiques qui est prête à tomber dans le piège qu’on lui tend, prête à renforcer les divisions entre Français de souche diverse ; et c’est le secteur politique pressé de rejoindre l’alliance avec les Etats-Unis qui pousse à la polarisation divergente, défensive et hargneuse, poussant l’identification des Français musulmans avec un monde arabe censé être voué au terrorisme et aux projets agressifs contre l’Europe.
Les intellectuels français ont massivement encouragé l’interdiction du voile, courroucés par ce phénomène ; ils sont véhéments pour interdire le voile mais non le string à l’école[8]. Mais ils ont prouvé surtout qu’ils sont surtout soucieux d’étouffer la parole populaire qui ridiculise la leur, et ils voudraient stigmatiser l’expression claire d’un sentiment vécu : si des jeunes filles ont envie de porter un voile à l’école, c’est entre autres par ce qu’elles refusent de s’associer à la surenchère du sexe qui corrompt une bonne partie de la jeunesse, pour le plus grand bonheur des marchands de cul protégés par la loi du marché . C’est ce qu’a toujours signifié le voile, dans la culture chrétienne aussi, et c’est ce qui agace tellement ceux qui voudraient une jeunesse totalement décervelée et donc à la merci de la publicité. Est-il pertinent ici de distinguer l’intérêt des marchands de sexe et l’argument de la défense de nos libertés en matière de mœurs, qui fait le charme de la culture française ? Pas vraiment. Car les intellectuels farouchement hostiles aux signes visibles de l’islam dévoilent vite leurs arguments de fond : ils craignent que les jeunes filles voilées soient manipulées par des islamistes, c’est-à-dire des gens qui ont des idées pour changer la société. Et ils tiennent comme à la branche sur laquelle ils se vautrent au monothéisme du marché sur lequel repose l’Occident. Tant pis pour eux, ils en sont les esclaves.
Il y eut dans les relations entre musulmans et chrétiens d’Espagne, des épisodes cruels et injustes. Le fils bâtard du roi, don Juan d’Autriche, fut le vainqueur de Lépante, et celui qui écrasa la révolte des Grenadins ; il a laissé un bilan sanglant : c’est un très mauvais souvenir pour les musulmans. En 2003 dans la province de Málaga[9], on a fait condamner l’iman Kamal Mostafa à quinze mois de prison et une amende de 2.160 euros parce qu’il recommande dans un livre (retiré de la vente) des châtiments corporels doux et modérés pour les épouses intraitables[10]. Certains espèraient sûrement susciter de l’indignation des deux côtés, des lapidations verbales dans les deux sens. Mais ce serait un nouveau piège que de raviver une haine morisque rétrospective, pour affaiblir encore les Européens généreux, partisans ou non d’une réglementation du costume, partisans ou non du divorce sonnant et trébuchant comme seule méthode pour abolir la misère conjugale. Une société qui ne met pas à l’honneur la pudeur et la famille décidée à durer en tant que telle est une société morte. Les forces vives ne laisseront pas détourner leur indignation contre leurs gouvernements par des chiffons rouges.
L’islam d’Occident, celui des Français, est une force spirituelle capable de redonner sens à la personnalité collective française, parce que (grâce au téléphone arabe, encore une de leurs inventions ?) il échappe à la langue de bois.
Non au mur entre Arabes et Gaulois.
Les conditions pour une Europe solide
Un livre met à plat les résultats de l'Europe, telle qu'elle a été fricotée dans le dos des peuples, depuis un demi-siècle ; et donne des pistes pour sa reprise en main par les Européens. Le Manifeste pour une Europe des Peuples, réflexions et propositions pour une refondation du projet européen, sous la direction de Jean-Michel Vernochet (aux éditions du Rouvre, juin 2007) est un outil bien conçu pour franchir cette première étape. Les 17 auteurs qui se retrouvent dans ces pages ne sont pas d'accord sur tout, en particulier sur l'euro. Les chapitres sur la politique de défense et de la place du nucléaire sont les plus équivoques (Pierre-Marie Gallois, Henri Paris) On y sent une hésitation sur l'évaluation de l'autonomie européenne réelle. Mais tous sont d'accord : la libre circulation des biens et des personnes n'est pas un idéal justifiant les autres effets néfastes de la soi-disant construction européenne. « L'Union » a été voulue par les USA comme outil pour nous vassaliser, et contre les anciennes nations : c'est l'équivalent de l'ALENA, regroupant USA, Canada et Mexique, que les USA veulent élargir au reste de l’Amérique : un espace de libre échange, extensible à volonté, et des institutions sans aucune limite de compétence. Le Traité constitutionnel, éventé de justesse, est l'aboutissement et l'aveu de tout cela, un fourbi incohérent qui permettait toutes les dérives, contre la volonté populaire, bien au-delà des questions de protection sociale. Au départ, c'est l'idée paneuropéenne de Richard de Coudenhove Kalergi, dès 1922, qui visa à insérer l'Europe dans la mondialisation (Pierre Hylliard). L'ennemi est donc l'idée d'empire atlantique, intériorisé, assumé par les gestionnaires politiques de chaque pays ; et son visage se précise si on met l'accent sur son appendice israélien, fondé sur l'apartheid et l'arnaque : c'est l'empire USraélien, unifié par la marchandisation, le mensonge systématique, l'ambition totalitaire et le détournement de toute valeur à son profit.
La critique juridique de l'actuelle Union (par Anne-Marie Le Pourhiet) est le socle du projet « Pour une Europe des peuples »: elle démontre qu’il s'agit dans l’Europe telle qu’elle est de piétiner le droit de chaque nation et les libertés individuelles, en ce moment sous prétexte de combattre le terrorisme, à terme pour empêcher toute opinion populaire de s'exprimer, pour abolir la démocratie.
Les chapitres les plus lumineux sont consacrés à l'agriculture et à l'esprit-culture, les deux bouts d'une chaîne de rationalité se dégageant du bon sens et du passé au long cours. Le monde paysan est en voie de disparition, et l'Europe est dépendante, ne saurait nourrir sa population (François Lucas, Pascal Laigneau). Tout cela est masqué par les excédents dans certains domaines, les jachères qui donnent à penser qu'on respecte sagement le repos nécessaire à la terre, les subventions qui font taire. Mais un pays dont on a chassé les paysans, les gens modestement attachés à leur terre et à leur fonction nourricière sacrée, est un pays dessouché, un pays vidé de sa sève, apte à la colonisation. Or c'est un constat qui fait l'unanimité : les urbains ont eux aussi, la nostalgie des solides paysans de jadis, des étables et des poulaillers, remplacés par les camps de concentration pour animaux. Avoir permis la destruction de la paysannerie est un crime contre l'esprit, et donc un crime contre l'humanité, comportant le déracinement des populations, la disparition d'une immense personne collective, et la négation du crime, masqué par la propagande officielle.
Les chapitres consacrés à la « révolution culturelle » nécessaire, contre « l'idiotie obligatoire » feront tout autant l'unanimité. Ils expriment un point de vue chrétien de gauche, soucieux de fraternité (Philippe Arondel, Jean-Michel Vernochet). Ainsi donc, par l'hommage aux ancêtres paysans devenus fantômes en souffrance, et à la tradition religieuse d'un espace géographique incontestable, ce livre fonde l'Europe dans la longue durée, reprend l'histoire en main[11].
Les autres chapitres sont les applications naturelles de la méthode consistant à prendre les problèmes à la racine, méthode qui pourrait devenir la bannière des Européens, car sur ce terrain, ils ne sont pas concurrents, alors qu'ils le sont en tant que rouages économiques, et que politiquement, les cicatrices sont éminemment douloureuses (Olivier Gohin, Pierre Leconte, Edouard Husson). Les auteurs veulent une confédération, le développement auto-centré (François Morvan) et l'application du principe de la préférence européenne (Maurice Allais), à la place du fédéralisme dissolvant qu'on nous propose en fait, et qui n'a pas de raison d'être, parce qu'il n'y a pas au départ d'Europe des peuples (Nicolas Dupont-Aignan).
17 des 25 Etats de l'Union actuelle sont membres de l'OTAN[12], ce qui entre en contradiction avec la déclaration de principe des 6 pays fondateurs de l'AEC, la LOL (Grande Bretagne, France, Allemagne, Espagne, Italie, Suède, grand exportateur d'armes), proclamée en 1998; l'étape prévue pour finir de balkaniser l'Europe des nations, l'Europe vivante, est l'intégration de la Turquie, processus en marche malgré toutes les protestations et dénégations officielles.
Mais si l'on ressuscite les nations (Jacques Myard), quelle garantie pour que celles-ci se battent « comme un seul homme » pour l'Europe ? Les migrations n'ont-elles pas installé au cœur de chacune l'ortie aux longues racines à fleur de terre, qui est l'ethnisation, avec son urticaire, la haine raciale ? L'immigration massive a déjà été utilisée par les USA pour briser la Yougoslavie, processus qui pourrait s'étendre à l'Europe entière, et les instances actuelles de l'Europe la défendent, sous prétexte de fournir de la main d'œuvre à l'industrie ; en fait, l'industrie délocalise et produit du chômage ; il s'agit donc dans l’étape actuelle d'une arme pour casser les salaires, les acquis sociaux, et les unités nationales, afin que partout, se polarisent en noir et blanc les rancunes stériles, et que soient détournées du véritable ennemi commun les colères salutaires. Or la lutte des classes n'a pas disparu, elle s'est complexifiée par le fait que les anciennes « classes dangereuses » sont désormais reconnaissables à un aspect physique qui n'est pas celui de la majorité. Le livre nous plaît, par sa critique radicale de la pseudo Europe existante, et la limpidité de ses propositions sur le mode populaire du « y a qu'à ». Mais l'alignement de préceptes vertueux (Anne-Marie le Pourhiet, Robert Charvin, Christophe Beaudoin) ne suffira jamais à redonner vie à la démocratie, comme idéal réveillant l'enthousiasme général. Un philosophe s'estimant, peut-être à juste titre, le Platon de notre Europe conclut, de la pauvreté d'esprit de notre classe politique, que l'Europe est morte, tout simplement, et il situe le problème au niveau même qui a fait le rayonnement de l'Europe, depuis la Renaissance , notre foi en la technique, qui insensiblement, a donné lieu à la réification de l'intelligence : « l'agonie foudroyante qui, dans le passé, a frappé les civilisations de la technique, nous enseigne qu'une manière de raison étriquée, peureuse et devenue toute administrative s'insinue dans l'intelligence politique normale et que l'infiltration bureaucratique conquiert le rang d'un acteur insidieusement souverain de l'histoire »[13]. Cela rejoint la critique de l'énarchie, pour le cas français.
Si la douche froide des bons écrits réveillait les élites, et si l'on imagine les Européens se levant pour défendre l'agriculture et l'esprit, on se trouverait devant une révolution, une vague debout, dont la puissance ferait table rase des précaires édifices actuels, bâtis sur le sable de la haute finance, la chimérique croissance, l'idolâtrie de la nouveauté et du progrès matériel, et sur le pouvoir de la « classe bavarde », les commissaires européens et leur cour.
Or il n'y a de révolution que portée par les plus misérables, qui sont les plus têtus, et contre les privilèges des élites. Le livre de Jean-Michel Vernochet ne pose pas la question de la lutte des classes. Dans un louable souci de réconciliation nationale, probablement, et de prudence par rapport à la censure qu'impose le dogme du monothéisme du marché, il évite de nommer l'ennemi intérieur, de se poser la question de savoir qui sont, sociologiquement parlant, les eurocrates. Christophe Beaudoin pose la question de ce qu'il appelle pudiquement la « délinquance européenne ». Dénoncer plus précisément les mécanismes d'alliance avec les plus gros capitaux, par lesquels les eurocrates se laissent corrompre, ce serait déjà les combattre et mobiliser les lecteurs[14]. Proposer la révision drastique des émoluments, cumuls et privilèges tribaux des eurocrates serait déjà l'imposer dans les esprits. Et si les mécanismes électoraux peuvent encore contrecarrer les anesthésiants injectés par les médias, alors les candidats et les élus au Parlement européen seraient nos héros, car les vendus déserteraient en masse cette arène. Tout consultatif qu'il soit, ce parlement serait un bélier contre l'exécutif européen, issu de la cooptation et de la pression des lobbies.
Manuel de Diéguez pense qu'outre sa créativité technologique, l'Europe s'est distinguée des autres civilisations par le culte de la sobriété, d'un certain ascétisme, et que cela a fait d'elle un empire plus fort que d'autres. Endosser l'armure du guerrier contre le gaspillage, comme le propose Jean-Michel Vernochet, est d'une extrême urgence. Mais il faut être radical, lier ce vœu au devoir de fraternité, lui redonner son statut d'impératif religieux, catégorique et incontournable : ni gaspillage entre riches frileux, ce que nous rêvons d'être, ni pillage de tous les autres. En ce moment, les mouvements de population depuis l'Europe de l'Est vers celle de l'Ouest sont spécialement encouragés, à titre de population ethniquement identique : il s'agit aussi, en même temps, de renforcer le rejet populaire de l'immigration non européenne, et principalement africaine, destinée à servir de repoussoir dans l'imaginaire, sur le thème du terrorisme et de la barbarie antisémite, afin de justifier une restriction croissante des libertés et de l'égalité. Mais si le pillage de l'Afrique se poursuit, celle-ci continuera d'envoyer outre Méditerranée ses troupes entreprenantes et déstabilisatrices, que ce soit à l'abri des accords de Schengen ou selon d'autres modalités.
L'Europe des nations et des peuples doit se reconstruire par un bond en avant, l'affirmation de la pleine humanité et citoyenneté de tous ses habitants, et non pas seulement des plus blancs. Les immigrants ayant en commun, globalement, leur fidélité à des croyances religieuses, ils peuvent résister bien mieux que les Européens déchristianisés à l'hédonisme destructeur et à ses sophismes pervers. Voilà le levier à actionner, pour le bien de tous : c'est ce qui peut rendre à l'Europe une pensée universelle, une santé morale, et donc l'imagination qui lui manque en ce moment. Créer une armée européenne, par conscription, dynamiserait le brassage ethnique indispensable, la loyauté et l'enracinement, outre que cela atténuerait le chômage, en rendant la place qu'ils méritent à ceux que l'école rejette, et qui resteront un pourcentage incompressible de la population. Pour cela, il faudrait faire confiance aux jeunes les plus humiliés, et d'abord réintroduire un service militaire obligatoire dans chaque pays, selon des normes communes. Et l'on aurait une armée révolutionnaire…. Avec elle, on pourrait imposer l'arrêt du gaspillage et du pillage, s'attaquer physiquement à la caste au pouvoir. Cette armée nous libérerait du grillage idéologique où l'on veut nous enfermer. Nous n'avons pas le choix entre mondialisme-Europe vassalisée ou Confédération de nations sur la défensive, fortes parce que réactionnaires : ces deux tournures d'esprit ont en commun l'ambition de se retrouver du bon côté, celui de l'opulence et de la jouissance, contre les nouveaux pauvres de l'Europe, et contre le reste du monde. Mais l'économisme, qui a besoin de la croyance au « droit » de consommation sans limites, est une perversion de l'esprit, pour toutes les religions ; en un sens, le rejet de l'économisme est même très exactement ce sur quoi elles concordent ! Pour ressusciter la morte Europe, il faut un amour violent de la justice.
Le non au traité constitutionnel de l'Europe en 2005 n'a été qu'un coup de frein à l'anarchie capitaliste que les eurocrates veulent imposer aux Européens. Il reste beaucoup de chemin à faire aux Européens pour assumer le prix de leur dignité ; ce sont des Européens de tout âge et de toute condition, qui sont tentés par le conformisme fortifié, par la sécurité que semble garantir un personnage comme Sarkozy, petit voyou malin et sûr de lui, au sourire de crocodile. Des Européens barricadés, mais du côté des gendarmes, voilà ce qui s'est exprimé en France, comme choix de politique intérieure, aux dernières élections présidentielles ; les manifestants nus dans la mer à Rostock, pour accueillir et défier George Bush, sont l'autre face de l'Europe, celle qui se soucie de politique étrangère et qui va au devant des confrontations glaciales ; Astérix, apparemment, s'est vendu, mais il y aussi l'autre face de l'Europe, celle qui a la beauté du risque. Or il n'y aura d'Europe qu'extrême, de droite ET de gauche, des jeunes imaginatifs d'aspect physique divers et des vieux blancs échaudés, ensemble.
Nous vivons ensemble et nous mourrons ensemble
Une violente campagne contre les noirs et leurs reventications s’est déclenchée en France, à partir de l’entrée en scène de Dieudonné comme militant antisioniste, en 2003. Les blancs n’ont généralement pas perçu le lien entre les deux phénomènes concommittants, et certains antisionistes tombent dans le piège, la vieille ornière du mépris viscéral pour le noir, et du rejet automatique de ses arguments. Or l’antisionisme, s’il n’est qu’un amour des Arabes pour d’autres Arabes, ou une exacerbation du nationalisme chrétien franças, ne construit rien. Il s’agira ici de montrer que l’éclairage noir est indispensable pour équilibrer des élans contradictoires et faire prévaloir à terme le meilleur sur le pire. J’entends déjà certains de mes lecteurs qui, excédés, s’apprêtent à sauter ce chapitre en maugréant : « elle retombe dans le mondialisme gniangnia, alors que nous avons un problème qui crève les yeux : l’immigration sauvage d’individus brutaux, en meute, aux dents longues, qui menacent la continuité même de la nation française ». Les Antillais, tout comme les Africains, voudraient bien pouvoir rester chez eux comme tout autre peuple, et visiter la France en touristes ordinaires. Mais ilssont les derniers arrivés, et donc les plus rejetés. C’est à nous d’empêcher que la faim et les guerres impérialistes les poussent inexorablement sur nos côtes. Mais pour ceux qui sont parmi nous, et qui payent chèrement leur droit à y rester, il est sain de reconnaître leurs apports, et précisément sur le plan où on le leur dénie avec passion : le plan de la conscience.
Les provocations criminelles contre la population noire se sont multipliées : trois incendies criminels à Paris, dans les derniers immeubles délabrés des quartiers centraux, faisant 48 personnes brûlées vives en trois jours, le 15 avril, puis le 26 août et le 29 août 2005, ont été perçues à jsute titre comme des expulsions au profit des promoteurs, aussi sournoises que précisément ciblées. L’affaire du RER D avait mis le feu aux poudres : une Mlle Leblanc (ça ne s’invente pas) avait accusé trois gaillards noirs de lui avoir dessiné sur le ventre des croix gammées, dans une rame du RER : les médias s’étaient jetés sur l’information, à l’unisson avec toutes les éminences juives, à la veille du 14 juillet 2004. La police avait tout de suite perçu la mythomanie de la jeune fille, mais n’avait pas été écoutée : Marie Léonie Leblanc avait tout inventé, mais tous les noirs ont eu le temps de recevoir de plein fouet l’insulte forcenée véhiculée par les medias. L’affaire Fofana survint, comme pour combler l’attente du CRIF : un jeune homme juif séquestré dans l’attente d’une rançon pendant trois semaines et retrouvé mort, par le fait d’un délinquant africain, des faits incontestables, quelle aubaine ! Enfin le racisme et l’antisémitisme noir débouchaient sur un vrai crime incontestable ! Le lobby atlantiste et prosioniste (qui ne se réduit nullement à une poignée de juifs) ne parvenant pas à engager la France dans une politique extérieure d’écrasement du monde arabe, il espérait, après que quelques personnes aient mis le feu aux banlieues, (Clichy, puis Villiers-le Bel) pouvoir déclencher une vaste opération de répression populaire qui se serait spectaculairement abattue en premier lieu sur les noirs, comme l’avaient recommandé de prestigieux intellectuels, d’Alain Finkelkraut à Pierre André Taguieff. Mais aucun soulèvement antisémite ne s’est produit : le sang-froid et la lucidité des Africains et descendants d’Africains les a stoppés. Pesant de tout son prestige, le maire de Fort-de-France Aimé Césaire accomplissait le geste fondateur de claquer la porte au nez du pyromane en chef Sarkozy, quand il est allé implorer sa bénédiction en Martinique. Parallèlement, le pouvoir a essayé de casser les maillons faibles, en achetant les intellectuels noirs salariés. D’où l’idée de créer le CRAN, sur le modèle du CRIF, avec, pour transmettre l’expérience du CRIF, le dévouement de Michel Wieworka. Mais le CRAN n’a nullement été reconnu par les Français noirs comme leur représentation. La manœuvre a été comprise et déjouée.
En fait, dans chaque pays occidental, les Africains et descendants d’Africains constituent des minorités unifiées par l’humiliation constante; elles ne cherchent pas à rivaliser, en les imitant, avec d’autres groupes de pression, et encore moins de se substituer aux majorités ethniquement différentes. Au contraire, se sachant tenus en retrait par la dynamique spontanée de la majorité blanche, les Africains et descendants d’Africains s’efforcent d’être d’abord des instances de recul et de réflexion, et se gardent bien de commettre des imprudences. Et c’est parce que « les nègres », globalement, ont toujours joué ce rôle critique que les bourreaux s’affolent. C’est ainsi qu’il faut comprendre la spectaculaire mobilisation des intellectuels juifs sionistes contre ce qu’ils appellent le racisme noir. Bernard-Henri Lévy se spécialise dans la persécution contre Dieudonné, Alain Finkelkraut fulmine contre ce qu’il perçoit comme la descendance de Louis Farrakhan en France. Sarkozy au pouvoir fait interdire les groupes de jeunes rassemblés par Kémi Seba, qui n’ont jamais commis la moindre violence, et protègent la LDJ, association paramilitaire juive, qui agresse régulièrement librairies et personnes isolées. Cette mouvance espérait éliminer Dieudonné en personne, en l’assassinant de façon anonyme sur un parking, en Martinique, lors de l’attentat de mars 2005. Ce sont les Martiniquais qui ont appréhendé, identifié, et fait connaître les agresseurs, naturellement pourvus de passeports israéliens, alors que les medias se préparaient à rendre compte d’un « règlement de compte entre noirs » sans témoins. [15]
En France, la lecture communautaire de l’histoire n’a pas eu de prise jusqu’à ces dernières années, tant qu’il n’y avait pas d’immigration africaine. Au contraire, la participation noire à la Résistance s’est placée sur le terrain de la défense de la République, contre les politiques racialisantes, et la nationalité française est acquise depuis des siècles pour les ressortissants des DOM-TOM. Gaston Monnerville, député de la Guyane, dénonçait bien avant les autres, les injustices envers les juifs organisées par Hitler, en soulignant le lien entre toutes les idéologies et pratiques suprématistes, dans son discours « Le Drame Juif » du 21 juin 1933 au Trocadéro : « Souvenez-vous ! Une guerre d’extermination, froidement voulue, implacablement menée contre les Herreros, dans l’Ouest africain : 40.000 Herreros massacrés (par les Allemands, qui tentèrent tardivement de se tailler un empire africain)… Toujours quelques crimes précèdent les grands crimes : Il y avait dans les massacres africains des promesses qui sont aujourd’hui tenues, hélas ! Il y avait en eux l’annonce des assassinats hitlériens. Si bien que l’on peut voir dans le martyre des Africains allemands une préfiguration parfaite de l’actuel martyre des juifs allemands…. Il n’y a pas de vertu sans courage ». Après la guerre, Gaston Monnerville fut président du Sénat. Là où les blancs ne faisaient aucun rapprochement entre écrasement colonial des Africains et rafles contre les juifs, il voyait une continuité, à juste titre.
La part noire parmi les sénateurs et les députés a reculé de façon spectaculaire, depuis la Troisième République. Comment les noirs n’y verraient-ils pas une reprise de la discrimination ? Et en ce moment, les personnes pouvant constituer des fronts constructifs de résistance à l’humiliation noire sont systématiquement persécutées, comme s’il s’agissait de remettre un couvercle colonial sur ceux qui ont pourtant donné un élan décisif avec leur sang et leur détermination à la victoire contre l’Allemagne, dans deux guerres mondiales. Le premier soutien que reçut De Gaulle dans son appel à la résistance contre l’occupation nazie fut celui des Camerounais, tandis que Felix Eboué, gouverneur du Tchad offrait à la France Libre son territoire. Dieudonné est également Camerounais. Chaque Camerounais se sent offensé du déchaînement officiel de haine qui s’abat sur lui, alors qu’il sacrifie sa carrière pour rendre la santé mentale aux Français, là où les autres capitulent ou se camouflent.
En 2001, les Africains et descendants d’Africains réunis à Durban eurent la générosité de prendre la défense des Palestiniens, ce qui fit scandale. Et immédiatement la répression s’est abattue sur les militants des 450 associations constituant le Caucus. Qui a dénoncé par exemple le lynchage ignoble pour anti-sémitisme que tous les membres de SANGOCO ont subi durant la conférence et surtout après les attentats ? Ce lynchage est descendu jusque dans les moindres recoins de la vie privée de personnes comme Mercia Andrew. Les attentats du 11 septembre 2001, survenant juste après le scandale de la conférence de Durban, ont même servi de prétexte aux arrestations arbitraires de beaucoup de noirs (énormément mais occultées par tous) aux USA et au Canada alors qu'ils ne revendiquent nullement ces formes d'action qui sont quand même plutôt une des formes d'expression du Moyen-Orient...
La dynamique antisioniste noire est solide parce qu’elle est profondément cohérente avec la nécessité d’une autodéfense généreuse, ouverte sur le martyre des autres. Il s’agit simplement de poursuivre une mission historique, sur les nouveaux fronts ; après l’apartheid légiféré et l’esclavage à l’échelle industrielle, notre génération a encore des batailles à gagner pour l’humanisation de la planète, pour l’acceptation dans les faits de l’égalité des noirs. Rien d’étonnant à ce que les blancs ne ressentent nullement cette nécessité, et qu’ils ergotent sur un plan purement rationaliste. Mais il s’agit d’une nécessité vécue, pour les autres, et la négation de cette souffrance est un scandale. La Loi Taubira qualifie la déportation et la mise en esclavage concentrationnaire, massivement pratiquées par les juifs et les chrétiens à partir du XVIème siècle, et jusqu’au XIXème siècle en territoire américain, de crimes contre l’humanité. Ceux qui veulent empêcher l’application de la loi parce qu’ils y voient la recherche d’un privilège communautaire sont aveugles et sots, se rangent dans le camp des nouveaux négriers, ceux qui jettent les Africains sur l’Europe, encourageant massivement la déportation par la dévastation de leurs richesses. La réparation qui découle nécessairement de la reconnaissance du crime contre l’humanité peut prendre des formes très variées. Il suffit que le principe en soit admis sans arrière pensée pour que l’effroi et le ressentiment recule. Au niveau de l’éducation civique et des programmes dans le cadre de l’école obligatoire, par exemple, pourquoi ne pas insister sur des axes comme ceux-ci, valables pour toute société et toute communauté de culture, dans chaque pays :
- le droit au développement durable autocentré de chaque pays
- le respect des traditions religieuses de tous, y compris des animistes
- le respect de l’autorité familiale traditionnelle
- l’équilibre dans la mémoire historique
Au moment où le teint des Français s’assombrit et où leurs goûts s’élargissent comme un grand sourire, il est mesquin, ridicule et méchant de se creuser la cervelle pour chercher des arguments afin de refuser à un seul groupe humain bien précis le droit à ces aspirations. C’est un aveuglement provincial, au mieux, et un cadeau merveilleux aux sionistes, en tous les cas, à ceux qui veulent nous traiter tous en indésirables, comme leurs nègres, comme les Palestiniens. Ce que les bourreaux veulent éviter à tout prix maintenant, c’est que les noirs s’emparent de la dynamique des réparations. Or Haïti paya des réparations à la France, à titre de dédommagement pour les maîtres dont les esclaves s’étaient libérés, une rançon annuelle écrasante pendant 100 ans, au point de grever son économie naissante. La France a été contrainte d’annuler une partie de la « dette » de l’Afrique, ce qui est un début de réparation due, et nullement un cadeau gracieux. L’ONU elle-même a accepté le principe des réparations pour financer la création de l’Etat d’Israel, et le subventionner inconditionnellement jusqu’à maintenant. Les réparations ne sont pas une invention des noirs pour rançonner les blancs !
Ma position n’est pas générale, chez les antisionistes blancs ? Effectivement, ce sont des raisonnements que je n’ai pas appris dans ma famille de naissance, en France, mais dans ma famille d’adoption, à Cuba. L’Amérique entière a une expérience de la pensée noire dont l’Europe manque. Le continent américain devrait nous apprendre que lorsque la logique noire n’est pas entendue, elle se donne à voir dans l’affrontement physique. Et alors seulement, lorsque se multiplient les martyrs noirs de la férocité blanche, on reconnaît, après coup, malheureusement, que le racisme et la négrophobie sont bien réels, avec leurs automatismes, et bien honteux. Ecouter la pensée noire, c’est rentrer dans le fleuve spirituel qui vivifie l’humanité. Un exemple tout bête : « cervelle de Pygmée » reste une façon normale, pour des intellectuels remarquables, de manifester son mépris, à la fois pour les Africains et pour des congénères moins doués qu’eux. Primo Lévy fait partie de ceux qui n’ont pas hésité à le coucher sur le papier.[16] Les nègres sont stupides au point de s’imaginer que « l’âme de leurs grands-pères est cachée sous l’écorce des arbres », disent d’autres. Mais le poète blanc qui écrit une ode écologique à la forêt et aux ancêtres avec une image analogue sera applaudi pour ce brillant raccourci … Garaudy aura été un des plus sincères dans ses efforts pour comprendre et réhabiliter ce qu’il appelle la civilisation des tropiques, qui est peut-être le cœur de la civilisation, tout simplement.
Le point de vue noir : « Quand les branches se querellent, les racines s’embrassent »[17]
C’est avec ce proverbe ivoirien que M. Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de la discrimination et de la xénophobie, a brillamment donné le ton de la conférence, organisée par le Carrefour de Réflexion et d’Action contre la Racisme Anti Noir (CRAN), organisme suisse créé en 2002[18]. En effet, on a vu la réflexion noire tisser des analyses profondes, qui relèvent de l’invisible, celles dont l’arbre des sociétés européennes a besoin pour se fortifier et dépasser les chamailleries que le vent mauvais encourage. La conférence n’a pas seulement témoigné, elle a proposé un plan d’action commun et des actions concrètes. Il s’agit maintenant de « placer le racisme anti-Noir parmi les priorités sociales et politiques des États européens ». Cette résolution s’inscrit « dans le suivi de la Conférence historique de Durban (Afrique du Sud, 31 août au 8 septembre 2001) et, surtout, dans la même volonté d’appropriation et d’affirmation de la parole par les victimes du racisme, telle qu’elle s’est manifestée aussi bien lors de la Conférence de Vienne des ONG et Descendants d’Africains (28 et 29 avril 2001) que lors du Forum des ONG, tous organisés dans le cadre de cet élan.
Pour la première fois, l’Europe se trouve obligée de regarder en face son racisme anti-noir ; la conférence n’a pas été organisée par les associations qui professent l’antiracisme, mais par les intéressés, les Noirs. Ils ont témoigné de la discrimination définie comme « exclusion de l’espace commun » (Raoul Luzolo Lemwadio), somme d’abus, d’injustices, d’agressions et résultat d’une dynamique générale : la société européenne actuelle rejette les Noirs, et les partis politiques qui autrefois clamaient leur antiracisme relayent cette évolution récente. Chaque pays tend à traiter ses Noirs comme des « NEM », selon la catégorie instaurée par la Suisse pour priver d’accès aux soins et à toute intégration les demandeurs d’asile ou refoulés du droit d’asile : les « Non Entrée en Matière ». On ne saurait mieux dire ! Ce ne sont pas seulement les étrangers illégaux qui se voient poussés vers le statut de fantômes à pourchasser ; le nouveau racisme touche aussi les ressortissants européens, s’ils sont noirs. La Suisse est d’ailleurs le pays qui a défini par son appareil législatif les « deux cercles » : elle intègre volontiers le premier cercle, les étrangers européens qui frappent à sa porte, mais rejette les autres ; sans le dire encore, c’est toute l’Europe qui est tentée d’enfermer mentalement les Africains dans un troisième cercle de défiance. Cette logique de propriétaires est la contrepartie de la mondialisation. Il faut bien constater que parmi les « Maîtres du Monde » qui prônent la mondialisation, c’est à dire la libre circulation des marchandises et des hommes -mais seulement dans la mesure où le marché les évalue comme des marchandises de valeur-, aucun n’est noir… et les lois pour faire barrage à l’immigration visent spécifiquement les Africains.[19]
Le cas de la Suisse rend visible un phénomène général : les demandeurs d’asile noirs y sont très peu nombreux ; mais ils sont déboutés dans la grande majorité des cas, contrairement à tous les autres… et les Noirs, 0,07 % de la population, sont montrés de façon complètement disproportionnée comme les grands fauteurs de troubles.
L’héritage du double holocauste : comme l’ont souligné tous les orateurs, le racisme est le sous-produit d’une histoire impériale ; c’est une construction pour justifier une oppression ; l’Afrique ayant subi un interminable « double holocauste », d’abord avec des siècles de déportation et de mise en esclavage industriel, puis avec le pillage, les massacres et le « dénigrement » (terme typiquement fabriqué par l’inconscient raciste) spirituel organisé, qui ont constitué la réalité du phénomène colonial, la conclusion s’impose : le seul racisme au sens plein du terme est le racisme anti-noir. Aucun autre peuple colonisé n’a été spolié à ce point, à une telle profondeur.
Avec Philippe Lavodrama, chercheur à Lyon, il faut prolonger la méthode freudienne et constater que l’antisémitisme, qui touche exclusivement les Européens, relève du domaine de leur sur-moi, la région mentale où se construit l’idéal du moi, et où historiquement les chrétiens disputent aux juifs le rang le plus élevé ; les deux groupes se considèrent objet d’une élection divine légitimant des privilèges, d’où la ténacité de leurs rancunes ; tandis que le racisme anti-noir relève du rapport au « ça », à l’infra-humain que le Blanc, tant européen que sémite, veut refouler et croit reconnaître dans le Noir. Certes, Narcisse ne pouvait qu’être blanc ! Et il fallait la réflexion noire pour donner un sens universel à des termes apparus d’abord dans un horizon purement communautaire, tels que ghetto, diaspora, holocauste, négationnisme. Un document émis en septembre 2005 par l’ECRI (« Secrétariat de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance ») témoigne cruellement de l’aveuglement des institutions européennes ; distinguant 9 « recommandations de politique générale », il en consacre 4 à l’antisémitisme, 1 aux enquêtes nécessaires sur les « victimes potentielles » (?), 1 aux préjugés qui concernent les Roms/Tsiganes, 1 aux musulmans, victimes de « stéréotypes hostiles », 1 aux abus entraînés par la lutte contre le terrorisme, et 1 aux législations anti-discriminatoires à mettre en place. Ainsi, sur 9 recommandations, pas une seule ne constate la spécificité des souffrances noires ! Elle est pourtant toujours le résultat d’une accumulation de rejets très concrets et mesurables, s’engendrant les uns les autres : éviction du marché du travail, de celui du logement, du système éducatif, de la promotion par l’activité associative, le tout encadré par une répression spécifiquement féroce, visant à instaurer la soumission totale et le retrait dans les marges de la société.
« Vendeur de drogue ou objet sexuel », c’est ainsi que sont traités les Noirs, selon la formule frappante de Mme Carmel Frohlicher-Stines, présidente du CRAN suisse. Elle avait annoncé à la presse une intervention du sportif et militant Lilian Thuram : cela, non plus que le patronage des plus hautes instances suisses et internationales, dans un Centre œcuménique prestigieux, n’a pas suffi à mobiliser la presse suisse pour un congrès « de Noirs » ; la télévision aussi avait, comme tous les jours, d’autres conférences plus importantes à commenter au même moment… L’humoriste Dieudonné, qui présentait justement le même jour son spectacle au Grand Casino de Genève, et à qui les organisateurs ont immédiatement proposé de prendre la parole lorsqu’il est passé pour saluer ses frères et ses maîtres, a été chaleureusement accueilli : il est celui qui attire sur lui, et fait ainsi percevoir sur le mode de la franche rigolade, la scandaleuse discrimination que les Noirs vivent aussi dans le monde de la culture ; tous lui savent gré de ridiculiser une pseudo-élite vexée de voir qu’elle n’est plus écoutée, tandis qu’il ouvre à chacun la possibilité d’un discours honnête.
Autre virtuose du discours, Kanyana Mutombo, spécialiste du Programme de lutte contre le racisme et la discrimination à l’UNESCO, et rédacteur principal, avec Philippe Lavodrama, de la revue Regards Africains, a dégagé le nouveau paradigme global, défini par deux axes : « l’intégralité de la hiérarchisation raciale », qui produit non seulement l’infériorisation de certaines populations, mais aussi la supériorisation d’autres populations ; et l’axe horizontal, qui combat le premier, est celui de la déconstruction du racisme, pour la reconstruction de l’autre, une fois identifiés et dépassés les mythes fondateurs de la suprématie blanche.
Les orateurs brillants, souvent auteurs d’ouvrages scientifiques, se sont succédés. Bassidiki Coulibaly a montré la continuité des luttes pour l’abolition de l’esclavage jusqu’à celle pour les droits de « ceux qui sont aujourd’hui contraints d’émigrer, de s’exiler, et de demander l’asile avec de forts risques de finir à l’asile dans tous les cas, de ceux qui, quelles que soient leurs qualités humaines, leurs compétences professionnelles, ne sont pas traités sur le même pied d’égalité, parce qu’ils sont noirs. »
Nchana Melchor, président du conseil municipal du Grand Saconnex, à côté de Genève, a rappelé les grandes étapes de l’intégration, cette « aventure destinée à poser un acte dans le lieu que vous habitez » ; il a rappelé que la dynamique fondatrice a commencé en 1919, lorsque le grand W.E.B. Dubois organisa à Paris le premier congrès du panafricanisme, suivi par celui de Londres en 1921, Lisbonne en 1923, New York en 1927. Ensuite, Marcus Garvey a formulé en 1920 l’indispensable « Déclaration des droits des Noirs du Monde », et en 1926, la société des Nations émettait sa première motion contre l’esclavage.
Laurent Martinot, conseiller d’État, a souligné l’incapacité des militants antiracistes à expliquer le côté suicidaire du racisme. Mme Nathalie Prouvez, de l’ONU, a insisté sur la responsabilité des États : 168 pays ont signé la convention contre la discrimination, 32 États européens se sont engagés à des actions concrètes ; mais il doivent pratiquer des sanctions pénales, avec des réparations, lutter contre les tendances à la ségrégation, appliquer, enfin, les résolutions prises à Durban. Claudia Lam (ECRI) a rappelé que le racisme étant désormais hors la loi, il s’est mis au goût du jour en s’appuyant sur le concept d’incompatibilité culturelle. Chaque intervenant au nom d’une organisation ajoutait une touche à la description de la banalisation du racisme anti-Noir.
M. Doudou Diène a donné une envergure magnifique à la chose ; il ne s’est pas privé de rappeler les inepties de Mme Carrère d’Encausse, secrétaire à l’académie française, pour qui c’est la polygamie qui met le feu aux banlieues ; il a signalé la malveillance sordide d’un Finkelkraut, pratiquant et encourageant la réduction de l’image du Noir dans la douleur, la tragédie, la violence et l’esclavage. C’est pourquoi la tâche indispensable est le rétablissement de la longue durée dans l’enseignement de l’histoire, explique Doudou Diène : non seulement l’Égypte et ses pharaons noirs, mais aussi la conquête prévédique de l’Indus ; tout cela permettra la reconstruction de l’identité européenne sur des bases saines, alors qu’elle s’est figée sur les schémas impériaux du XVIIIème siècle, tout particulièrement en France. C’est la même France qui semble incapable de proposer autre chose que « l’intégration strip-tease » : que le Noir se dépouille de tout ce qui fait sa spécificité culturelle, renonce à se souvenir même que l’Afrique est porteuse de culture, de valeurs, élaborées par une longue tradition, d’éthique et de pensée profonde. On était loin, en écoutant Doudou Diène, de tout discours victimaire ou compassionnel !
Les fortes paroles de Lilian Thuram reflètent certainement l’accord des participants, sur lequel la rencontre s’est terminée : cette conférence est le début de quelque chose de très important. Le jeune Noir se trouve enfermé dans la croyance d’être un sous-homme, tandis que le jeune Blanc ignore généralement qu’il est également dans une prison mentale, en grande partie idéologique. Apprendre notre histoire, voilà la première action à mener immédiatement.La Résolution Finale constate d’ailleurs « que la volonté des jeunes issues des communautés Noires d’Europe d’explorer les profondeurs de leur Histoire est devenue un impératif exaltant pour la construction de leur identité ».
La Résolution Finale déplore « l’absence de volonté politique des pays européens dans la mise en oeuvre du suivi de Durban, et constate que la lutte contre le racisme anti-Noir demande par conséquent une mobilisation et des échanges accrus » ; elle n’en oublie pas pour autant de réaffirmer « notre entière solidarité avec toutes les victimes du racisme, en particulier avec les victimes de l’antisémitisme, de l’islamophobie et du racisme frappant les populations Roms/Tsiganes à travers l’Europe ». Il ne s’agit pas seulement de développer un lobbying noir, mais de jouer un rôle moteur dans toutes les batailles pour l’harmonie des consciences européennes.
Sur les lois mémorielles
Les 19 étourdis
En guise de cadeau de Noël 2005, de savants universitaires nous ont jeté une appétissante pâtée : abolissons, abolissons ! Abolissons donc les lois qui les empêchent, eux, de publier, de pérorer à leur guise : voilà ce que proposent 19 historiens dans Libération le 13 décembre. Ces lois sont quatre ; la première, la loi Gayssot , s’ils ne l’ont pas beaucoup aimée, ils ne l’ont, pour le moins, pas beaucoup cassée. On ne les a pas vus, ces dix-neuf engoncés, placer des pamphlets dans les journaux et clamer : « Gayssot, salaud, le peuple aura ta peau ! » ou encore : « Sharon t’es pas le patron : tes chambragaz elles puent ! » D’autres prenaient le maquis, eux sont héroïquement restés au chaud.
La deuxième, pas de problème : reconnaître un génocide bien circonscrit, bien terminé, comme celui des Arméniens, c’est accrocher sur soi une médaille dorée, c’est faire plaisir en se faisant plaisir, c’est du clientélisme bien dealé. Jamais deux sans trois, et voilà Taubira : encore ces négros-là, qui viennent réclamer leur part, ces quémandeurs, ces assistés, qui ne savent rien faire d’autre, qui n’iront pas au-delà. Mais le troisième round est aussi celui où les choses basculent. Les coloniaux les connaissent, eux, leurs nègres, et ils savent que la loi reconnaissant la traite négrière et l’esclavage transatlantique comme crimes contre l’humanité n’est pas qu’une patenôtre, qu’elle les condamne eux, ceux qui sont issus de ces crimes et qui n’ont jamais voté l’abolition de leurs privilèges. C’est alors qu’ils font voter la quatrième, en réaction contre l’imprudente Loi Taubira, reconnaissant la colonisation comme un fait positif. Les députés, toujours étourdis, ont bien senti qu’ils avaient à choisir, cette fois, entre leurs prébendes et servir la nation par une réflexion profonde : ils ont choisi ! Cela a même été tellement voyant que le tam tam africain s’en est emparé immédiatement, le gouvernement algérien en tête, et l’article en question a été rapidement retiré.[20]
Les dix-neuf étourdis de la pétition « Liberté pour l’histoire » se sont peut-être dit : tout le monde va être content, il y en a pour tous les goûts. On va débattre en commissions, et au final notre projet s’imposera de lui-même, comme le bon sens qui nous réconcilie : abolissons, abolissons l’application rétroactive de toute loi ; rétablissons, rétablissons le bon goût du droit traditionnel : comment voulez-vous punir des morts depuis presque deux siècles (les historiques, attestés, négriers) ? Pourquoi ne pas être cléments avec une poignée de vieillards, quelques petits papons qui restent ? Et les Arméniens, après tout, sont des gens comme les autres ; on ne va pas attiser éternellement leurs disputes de voisinage. Quant à la colonisation, l’important c’est de ne pas froisser nos banlieues ; toute manière, les affaires, nous les faisons avec eux. La main tendue, c’est l’abc d’un bon vendeur[21].
Les défenseurs de la Loi Gayssot
Alors la loi Gayssot a trouvé des défenseurs qui ne s’exprimaient guère au départ, préférant exercer des pressions dans l’ombre. En France, le directeur de la rédaction du magazine L’Arche, Mair Waintrater, expert dans la diffamation, le terrorisme intellectuel et l’acharnement durable, explique les mérites de la Loi Gayssot : elle permet aux tribunaux de condamner des individus sans avoir à examiner la pertinence, l’honnêteté ou le degré de vérité, d’un texte historique que certains n’aiment pas ; il suffit que quelqu’un y perçoive une « incitation à la haine raciale ». Il affirme, d’ailleurs, en pleine incohérence, que les lois existantes avant la loi Gayssot permettaient déjà de condamner le concept éminemment vaporeux « d’incitation à la haine raciale ». Ce qui manquait, jadis, c’était l’effet d’intimidation de ces simples mots : à une époque, avant les profanations organisées au cimetière de Carpentras, ça faisait marrer tout le monde, et on passait à autre chose : personne n’est assez bête pour déblatérer sur les autres en disant de façon publique: je peux pas les sentir parce qu’ils puent leur sale race.[22] Mair Waintrater s’accroche à la loi Gayssot ; il compte bien, désormais, sur son pouvoir d’intimidation : « la négation de la Shoah est condamnable dans l'exacte mesure où elle est le véhicule d'une idéologie visant à reproduire les conditions qui rendirent possible le génocide des Juifs. En d'autres termes, les victimes d'hier ont droit à la considération du législateur si elles-mêmes ou leurs descendants risquent de nouvelles atteintes, semblables ou non à celles qu'elles ont subies ». Ainsi il suffit d’être désigné par un descendant de victime comme un véhicule d’idéologie pouvant contrarier ses projets, grâce à la loi Gayssot, pour que tout l’arbitraire du pouvoir s’exerce férocement, et Mair Waintrater trouve ça très bien. C’est ce raisonnement simple, relevant de la simple loi du plus fort, qu’Israël a fait valider par l’ONU, en décrétant la Shoah tabou absolu : La résolution onusienne[23] a rejeté "toute négation de l'holocauste en tant que fait historique de façon partielle ou totale". Et malgré le fait que cette résolution toute neuve ne soit pas obligatoire, son esprit a néanmoins déjà beaucoup servi depuis 1986, date où la première loi de ce genre a été votée en Israël : c’est la couverture morale internationale aux lois réprimant "la négation de l'Holocauste" au sein de l'Union européenne, et frayant la voie de la généralisation au niveau international de ces lois contraires aux libertés d'opinion et de recherche scientifique.
Mais qui diable pourrait prétendre nier la Shoah, ou même la minimiser ?
La plupart des historiens estiment que c’est à partir de 1967 que le souvenir de l’antisémitisme hitlérien a été utilisé comme l’argument suprême pour cacher à l’opinion publique occidentale l’illégalité constitutive à la création de l’État d’Israël, issue d’un accord entre impérialistes français, anglais et étatsuniens pour établir une tête de pont à la néo-colonisation du Proche Orient tout entier. Si, auparavant, l’opposition à la création d’Israël a été faible dans l’opinion publique, c’est parce que bien des antisémites la soutenaient, pensant que la victoire du projet sioniste serait la véritable solution finale aux problèmes de coexistence des juifs avec les populations d’Europe centrale : ils voyaient là une sorte d’expulsion consentie, ne prévoyant pas que l’exportation des indésirés à la périphérie renforcerait leur pression sur le centre. En un sens, on peut dire que « La Shoah » a peut-être commencé avec Hitler, mais qu’elle n’a pas fini avec lui, au contraire elle l’a dévoré et elle n’a pas cessé de grossir depuis. Les données collectées par Norman Finkelstein dans son livre L’industrie de l’Holocauste, le montant des réparations versées par les Etats allemand et étatsunien (3 milliards de dollars par an est un chiffre que reprennent les meilleurs auteurs), et par les banques suisses, l’industrie cinématographique et muséographique de la Shoah, non, rien de cela n’a jamais fait l’objet d’une négation, parce que ce sont des faits indéniables.
Des personnalités juives s’engagent contre la sophistique qui entoure le sujet d’un brouillard épais : Norman Finkelstein, accusé de révisionnisme, d’autres écrivains brillants qui choisissent de monter au front, et d’endosser le costume des proscrits, des justiciables : ainsi Israel Adam Shamir, Gilad Atzmon, Paul Eisen, qui pourraient prétendre aux privilèges des Israéliens, mais qui choisissent de défendre la liberté de réflexion et d’expression, dans la personne des historiens persécutés sous prétexte de négation de la Shoah : Ernest Zundel, arrêté en février 2003 sous un prétexte fabriqué de toutes pièces, extradé au Canada puis en Allemagne en mars 2005 ; Germar Rudolf, chimiste, extradé des Etats-Unis où il était réfugié depuis 1995, vers l’Allemagne en octobre 2005 ; en novembre 2005, l’historien David Irving arrêté en Autriche alors qu’il y était officiellement invité ; l’écrivain suisse René-Louis Berclaz, emprisonné depuis plus d’un an ; l’écrivain belge Siegfried Verbeke, arrêté en Hollande en août 2005. Le président Bush est réputé pour ses nombreuses gaffes ; la plus importante est d’avoir dit que ceux qui mettaient en doute l’existence d’armes de destruction massive en Irak étaient des négateurs de la Shoah. La filiation des mensonges est donc parfaitement établie, par le terroriste et menteur en chef. Les grands inquisiteurs, tant en France qu’aux Etats-Unis, avaient spéculé sur la couardise des intellectuels salariés, pour étouffer la réflexion grâce à loi Gayssot, et ils n’ont pas eu tort. Mais ils ont fait une erreur d’analyse. Ils ignorent le ressort populaire, ils croient l’avoir brisé. Désormais, alors que toute la France est « dieudonnisée », comme dit notre voyant Finkelkraut, les historiens persécutés ne sont plus seuls avec leurs défenseurs juifs.
Nous avons tous besoin de la Loi Taubira
Pour les noirs, inventeurs des pyramides, bâtisseurs pour l’éternité, et qui toujours et partout, trouvent les solutions, l’heure est venue. C’est des conservatoires du système colonial, les Antilles, que part la résistance, sur des bases saines. Ce n’est pas la première fois : les noirs de France et d’Afrique ont été sans hésiter parmi les premiers résistants au nazisme. Le raisonnement exprimé par Gaston Monnerville dès 1933 reste le plus juste, parce qu’il plonge dans la racine: le crime contre l’humanité noire est le premier crime de l’humanité blanche ; celui qui est prêt à le reconduire, celui-là finira par l’appliquer sur sa propre race, il est le caïnite, et tant qu’il n’aura pas renoncé à son envie de crime fratricide, il reste en deçà de l’humanité.
Une fois de plus, ce sont les noirs qui rétablissent l’ordre naturel, parce qu’ils connaissent mieux que tous les autres la dégradation totale. Ils ont donc la capacité pour voir l’origine des maux. Ils ont fait voir à tous, bien au-delà des cercles révisionnistes, simplement par le rappel de leur malheur historique, l’escroquerie qui préside à la consécration de la Shoah comme autorité suprême : il ne s’agit nullement de contester le degré des souffrances endurées par les juifs. Simplement, les noirs sont bien placés pour rappeler que la souffrance n’est pas un privilège, et ne donne aucun droit. Ils demandent, ni plus ni moins que les autres, réparation pour les crimes commis contre eux, et pour l’évaluation desquels on dispose de tous les documents comptables requis. Et ce faisant, ils protègent chacun de l’empoisonnement par la propagande shoatique. La loi Taubira est une bonne loi, qui fait reculer l’impunité de certains : non, l’être humain ne peut être abaissé au rang de matière première négociable, mi chose mi bête. C’est un principe universel, à réinstaurer par la force à chaque génération, et dans chaque contexte. Seuls les véritables négriers de l’Occident moderne peuvent s’acharner pour que le souffle révolutionnaire de cette vérité soit brisé.
Dieudonné a rapidement endossé le rôle du nègre qui, en se battant pour la mémoire nègre, démasque les négriers de notre temps, et protège la société toute entière de leur rapacité. C’est bon, avec ce Diable-donné les lynchages pourront commencer, ont calculé les Inquisiteurs, qui spéculent sur l’indifférence des Blancs, Arabes et Européens, voire leur soulagement s’ils voient la répression s’abattre plus que sur eux-mêmes sur leurs voisins Africains. Mais le rapport des forces n’est plus celui de Willie Lynch, qui pensait pouvoir diviser à l’infini, et de la sorte garder le système esclavagiste concentrationnaire en état de marche pour trois cents ans.[24] Le système américain dont l’homme noir comme l’indigène était le combustible, n’a pas duré trois siècles. Le système USraélien, dernière expression du suprématisme blanc, ne durera pas cent ans.
Car le suprématisme blanc, brisé par les victoires militaires des non-blancs, est brisé aussi sur le plan spirituel. Platon considérait les femmes comme mi animaux mi choses : en retranchant la moitié du genre humain de sa pensée, il la castrait d’autant ; Aristote rétrécit encore plus l’humanité, en déclarant que l’esclave n’en faisait pas partie, et que l’esclavage était naturel, comme la domestication des animaux ; ces exclusions rejoignirent celles du monde sémitique, qui, en postulant le caractère abstrait de la divinité, nia sa présence et sa force dans la nature concrète ; Descartes alla plus loin, déniant l’âme aux animaux et oubliant de traiter sérieusement du rapport de l’homme avec la nature ; puis Kant et Hegel précisèrent : il n’y a de pensée complète que chez les Blancs, et les Noirs n’ont même pas de beauté propre, ils relèvent de l’horreur pure. Lorsque le Tiers Monde fit savoir, à la lumière de Gandhi, qu’il était le Vrai Monde, les blancs les plus tourmentés se tournèrent vers l’Extrême Orient, et ceux que la folie blanche attristait retrouvèrent dans le Védanta la place du Tout , la parenté entre tous les humains, avec les animaux dont nous faisons partie, entre la vie et la mort qui sont le pouls de la nature, entre le chatoiement du corporel et le néant de l’abstraction. Mais il manque, dans ce que les Blancs dépressifs sont allés chercher en Extrême Orient, le sens de l’action, la volonté d’histoire, la justification de la violence créatrice. Tout cela, c’est la dissidence de gauche qui l’a porté, au long du XIXème et du XXème siècle, en se laissant guider par une étoile : transformer le monde dans le sens de la justice, le rêve de Don Quichotte et des révolutionnaires. On peut lire la quintessence de cette énergie dans les textes et la biographie d’une Française, Simone Weil. Avec bien d’autres, elle a, au contact des anonymes, brisé les barrières qui lui avaient été transmises comme héritage, et son esprit n’a pas fini de nous libérer. On ignore généralement que Simone Weil interprétait la légende de la malédiction de Cham à l’envers : le malheur africain lui semblait le signe d’une bénédiction particulière ; en ce sens, tous les innocents persécutés sont noirs, le Jésus crucifié était certainement plus noir que blanc.
L’esclavagisme a augmenté, il s’est approfondi et étendu, les uns se voyant dénier toute autonomie et toute dignité, jusqu’à l’assassinat en masse par le terrorisme d’Etat, et tous se voyant d’autant plus robotisés qu’ils sont un rouage de pointe dans la technocratie et cannibalisés par la consommation. C’est maintenant la conscience noire qui peut porter la réconciliation des couleurs : le rouge de l’incandescence créatrice avec le blanc de la fidélité à la tradition et à l’esprit. Ce qu’on appelle l’animisme africain rétablit les concordances, en finit avec les amputations intellectuelles. Il nous sauve de bon nombre de mensonges typiquement occidentaux, qui permettent les crimes occidentaux. Le combat noir contre ce qu’ils perçoivent comme le rétablissement de l’esclavage, est celui de tous, piégés par ce que nous avons été empêtrés dans le mensonge qui mène actuellement à la destruction du Proche-Orient, et qui nous réduit à la servitude ignoble. Voilà pourquoi la loi Taubira est indispensable, parce qu’elle rétablit la hiérarchie des crimes et des idéaux. Elle sera créative, et non pas restrictive, dès lors que nous la défendrons de tout cœur.
Réparations et repentance
Le front populaire occidental contre la mise sous surveillance de notre société tarde à se constituer, parce qu'il bloque sur une question de conscience, la question de la repentance.
1. Repentance
Certains veulent secouer le joug de ce sentiment qui apparaît comme un étouffoir imposé, une hypocrite bienséance qui telle un polype, empêcherait la libre explosion d'une pensée sauvage, authentique, audacieuse et créative. L'extrême-droite rejette ouvertement ce qu'elle ressent comme un bâillon, destiné à culpabiliser les Français de souche. Le terme « repentance » serait spécifiquement juif, puisque le terme « juif » lui-même apparut, nous dit-on, après que Moïse eut fait prendre conscience aux Hébreux de leurs péchés, et il signifie « les repentis ». En fait, le rejet de la repentance est aussi un sujet de connivence entre ces proscrits-là et les bavards médiatiques autorisés. A partir du moment où on a vu, de ses yeux vu, sur l'écran de la télé, le chef de l'État, faire acte de repentance au nom de la France pour les injustices commises par le régime de Vichy, la réaction allergique s'est apparemment généralisée. Ce que chacun a vu, c'est, comme pour une grande partie des paroles publiques de Jacques Chirac, le bâton qui, introduit quelque part derrière l'image, faisait grimacer d'inconfort notre président. Oui, la repentance est humiliante, on ne peut la vouloir que pour les autres, on ne peut pas avoir envie de la pratiquer soi-même. Va te faire pendre, oui, toi qui veux absolument me voir ramper dans ta repentance ! « J'ai rien fait moi, et j'en ai rien à foutre, des crimes du passé, surtout si mon grand-père y était pour quelque chose », voilà ce qu'on se dit tous, de façon plus ou moins audible, quand on nous cherche un peu. Cependant, la rhétorique de la repentance s'est implantée comme une pratique régulière relevant de la courtoisie. L'étiquette est un beau produit du raffinement dans les moeurs ; mais il n'existe d'étiquette que de cour, et entre courtisans. L'étiquette ne règle pas les problèmes, elle les habille, ce qui peut les rendre plus légers. Les catholiques commencent à rechigner devant les repentances interminables exigées à leurs papes, mais sont bien embarrassés, car cela semble relever du repentir, notion hautement chrétienne. Ils n'ont pas encore trouvé la faille logique pour rejeter la repentance, parce que leurs représentants en France expriment la réflexion des élites, et non pas du peuple, réservoir de la santé mentale. La santé mentale peut pourtant y gagner, par un processus homéopathique (l'inversion du symptôme douloureux par une dose supplémentaire du poison, qui change de sens).
2. Dignité
La dignité exige qu'on repousse toute humiliation. Ainsi par exemple, une partie des Européens a été cruelle avec une partie des Européens, les juifs, durant la Seconde guerre mondiale. Ce n'est pas une raison pour s'auto-hypnotiser, et ne pas voir que l'arme nucléaire israélienne exerce une terreur réelle sur de nombreux gouvernements, arabes et occidentaux. C'est à cause de cette menace, correspondant à d'autres exercices de la puissance, que le chantage à l'antisémitisme exercé par l'Israël fonctionne, et sert de ciment hystérique aux troupeaux qui cherchent la tutelle du Parti Unique Elitaire (PUE, idéologiquement puant). Une partie des Européens a été féroce avec le reste du monde, considéré comme immense gisement d'or, de diamants, d'esclaves et de bien d'autres trésors. Et les Africains redressent la tête, ils en ont assez de l'humiliation, eux aussi, comme tout le monde. Philippe Lavodrama insiste sur la spécificité du rapport instinctif de l'Europe globale, face à l'Afrique globale, en des termes qui font remonter la méfiance jusqu'à des temps préhistoriques, et qui en rendent la présence d'autant plus saisissante : les Blancs et ceux qui s'identifient aux Blancs sont en concurrence pour s'arroger la supériorité avec d'autres groupes en leur sein ; c'est à quoi se résume souvent l’antagonisme entre juifs et non juifs. Mais pour le rapport aux noirs, ils se retrouvent souvent, c'est un recul dans leur statut, vers une infra-humanité, ce que redoutent les Blancs ; c'est la hantise du « ça » freudien qu'ils expriment, et la crainte d'une contamination par le bas, parce qu'elle permettrait qu'ils soient à leur tour traités « comme des nègres »; ceci explique refoulement, dénégation, incohérences et cruautés diverses. Selon la terminologie profondément exacte du poète José Marti, les Africains sont le seul peuple à qui on dénie la civilisation, et envers lequel on donne libre cours au « réflexe animal » : attaque sans états d'âme, fuite éperdue, carnage et/ou domination, selon le rapport de forces.
Tous les crimes peuvent être réparés. C'est ce que disent les grandes religions, mais elles ajoutent que la rémission des péchés a un prix, la pénitence, qui doit être exécutée par le coupable. Après l'abolition de l'esclavage dans toute l'Amérique, les noirs ont eu à livrer des combats incessants pour se faire reconnaître comme des égaux. Comme un lent boomerang infaillible, le colonialisme de jadis renvoie maintenant sur les côtes européennes une immigration affamée. Les élites ont emprunté le terme anglais « repentance », chargé de bonne conscience laïque, pour éluder le difficile et authentique repentir, le terme traditionnel et religieux, pour ne pas tomber le masque, pour rester sous l'emprise diabolique, celle qui divise et confond et babélise : elles ont choisi un néologisme qui noie le poisson, qui cache le réel, comme le disent si justement Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau dans leur adresse à Sarkozy, Une invitation « De loin »[25].
3. Réparation
Un automobiliste plongé dans ses soucis n'a pas vu qu'il écrasait un passant. Il n'a qu'une chose à faire : accepter d'être jugé, car il a entièrement tort, il a tué par négligence, par excès d'attention à lui-même, et défaut d'attention au monde. Une fois jugé, il doit accepter sa peine et la purger. Mais il sait très bien qu'il a encore une dette, qu'il doit en faire plus, pour cet innocent, pour sa famille, pour que les voitures soient moins meurtrières, pour que les conducteurs soient plus humains. Et il le fera de bon coeur, parce que c'est son crime personnel qu'il répare, c'est lui qui veut se mettre en paix avec lui-même. S'il est croyant dans une tradition existante, il fera tout cela dans le silence des choses naturelles, et ce sera compris. Dans la morne et mesquine terminologie dominante, on dit que la victime ne peut faire son deuil tant que le coupable n'a pas expié ; mais le criminel aussi veut pouvoir faire le deuil de l'innocent qu'il a tué ; lui aussi voudrait être délivré de sa dette, l'acquitter une fois pour toutes, et il réclame souvent comme un droit la peine de mort! Et lorsque tous les deux, meurtrier et victime, peuvent se regarder en face, et se battre ensemble pour arrêter d'autres crimes, c'est la nature elle-même qui sourit et qui chante : Alleluia, Il est ressuscité, le mal est vaincu par l'Esprit ! En Israël, des familles de tués par des bombes dans les autobus deviennent les soldats pour la Palestine réunifiée ; aux États-Unis, des familles qui ont perdu des fils dans l'invasion de l'Irak deviennent des soldats de l'anti-impérialisme: les voilà, ceux qui réparent nos crimes d'Occidentaux, les crimes israéliens et américains que nous n'avons pas su empêcher. Ces personnes ont redécouvert la fraternité, et l'enseignent aux autres.
Un jeune homme riche hérite d'immenses domaines à la mort de son père. Il découvre qu'il est propriétaire de terres lointaines dont le métayer est très probablement son demi-frère, car il apprend que son père avait des attaches secrètes avec la femme indigène des lieux. Il sent, il sait, il entend la franche hostilité qui l'attend sur ces terres. Il s'y rend. Il constate la misère et l'amertume. Il donne l'ordre à son notaire de légaliser immédiatement l'entière propriété qui revient à l'agriculteur qui vit là et qui meurt là. Il a réparé ce qui n'était pas son crime à lui, mais celui de générations antérieures d'envahisseurs. Il a appliqué la théologie de la libération : le salut n'est pas une affaire d'assurance individuelle contre le châtiment, c'est une affaire de fraternité entre groupes humains, cela entraîne le passé, et cela seul libère[26]. Voilà un autre exemple de réparation réussie.
Beaucoup de terres, en parcelles de centaines de milliers d'hectares en Afrique, sont propriété d'étrangers, sont tout simplement un héritage des négriers. La fortune de Bernard Henri-Lévy provient en partie d'immenses exploitations de bois précieux en Afrique. N'est-il pas temps de rendre à l'Afrique ce qui lui a été volé? L'Afrique reste étouffée par le néocolonialisme, un crime séculaire est à l'¦oeuvre. La moindre des choses est de réparer, d'écouter la demande et d'accepter les termes dans laquelle elle se formule.
Le principe des réparations est mis en oeuvre à l'issue de chaque guerre : Israël, à titre d'héritier présumé des juifs européens ayant péri sous le nazisme, reçoit dit-on trois milliards de dollars par an des États-Unis, et d'autres réparations colossales de l'Allemagne[27]; la même Allemagne avait déjà versé des réparations colossales à l'issue de la Première Guerre mondiale ; les Palestiniens en reçoivent de l'Europe, car le tort qui leur est fait par l'État israélien depuis sa création est reconnu pour ce qu'il est : un crime de guerre. Mais on refuse ce minimum d'égalité à l'Afrique, alors que la guerre de l'Europe contre elle est la plus longue, la plus féroce et la plus systématique, et alors que l'Afrique est la plus nécessiteuse. Refuser le principe des réparations à l'Afrique, c'est affirmer que la justice est une bonne idée, mais qu'on choisit de la réserver aux Blancs. Les réflexes d’espèce animale remontent à la surface… D'ailleurs la France lors de l'abolition de l'esclavage en 1848 avait procédé à des Réparations... en indemnisant les maîtres esclavagistes blancs, sur la proposition personnelle de Victor Schoelcher.
4. Sur la fausse compassion
Des entités médiatiques telles que le Centre Simon Wiesenthal, Patrick Gaubert président de la LICRA, Bernard Henri-Lévy, Hachomer Hazaïr ont pesé de tout leur poids pour imposer la pratique de la repentance, appliquée aux crimes nazis, et au seul profit d'Israël. Ils se gardent bien d'invoquer la repentance pour les crimes induits en Afrique par des siècles d'abus coloniaux : la repentance est donc un concept purement utilitaire, manié par les gens qui ont du pouvoir, à leur profit. Mais il savent que leur arrogance, pour être tolérée, doit montrer une facette charitable. C’est une des raisons du soutien ouvertement juif au Darfour. Comme à tous les porteurs de bonne parole coloniale, il leur convient de préserver les martyrisés du Darfour dans un rôle strictement délimité : celui de victimes des brutes islamisées voisines, de faibles victimes incapables de se redresser seules, de victimes implorant leur gracieuse miséricorde pour survivre. Alors que les Darfouriens veulent aller bien plus loin, et remettre en question le processus de soumission à un pouvoir central et centralisateur, sans doute plus jacobin qu'islamiste, qui conduit aux déchirements de la région. De toutes façons, le thème de la compassion pour les victimes sert à masquer des intérêts précis : il s’agit au Darfour de désarmer le Soudan, au profit d’Israël. Israël s’est employé à mettre le Soudan en accusation auprès du tribunal international de La Haye, et y est parvenu dès la fin des massacres de Gaza, en janvier 2009, détournant l’attention de ses propres crimes.
5. Justice
Les aveugles et les menteurs se disent lassés de la sentimentalité victimaire, des repentances en général, et il font semblant de voir dans l'exigence des Africains une geignardise ridicule ; mais les représentants des intérêts financiers réellement en jeu attaquent bien plus franchement, ils lancent des campagnes médiatiques sur le thème : nous représentons les Blancs contre les Barbares, les Noirs sont des assassins et des antisémites, qui veulent la vengeance, voilà le sentiment que veut propager l’Union des patrons juifs. Un ténor médiatique se hausse sur ses ergots, et prétend faire cautionner par la culture officielle le rôle de rempart de la blanchitude qu'il s'arroge : Alain Finkielkraut. Il cautionnait, en lançant une pétition explicitement négrophobe[28] avec Bernard Kouchner, le sionisme de gauche représenté par Hachomer Hazaïr. Patrick Gaubert revendique très haut, dans un forum de parlementaires juifs s'étant tenu à Jérusalem, sa volonté de protéger Israël et « les juifs » contre « l'esprit de Durban »[29]. Bernard-Henri Lévy et le CRIF hurlent au communautarisme chaque fois que des Noirs réclament l'égalité dans le traitement médiatique des faits divers, ou font remarquer une évidence comme celle-ci: l'Arabe qui cherche un logement ou un travail peut en trouver, en francisant son nom ; pour le Noir, c'est une précaution parfaitement superflue : il y a une convergence de droite et de gauche, pour accabler les noirs, et c’est le soutien à Israël qui la fait tenir.
5. Fourberie
Un économiste au nom porteur d’ambition patriotique, Jacques Marseille, veut vendre un livre : il écrit Du bon usage de la guerre civile. Ce titre est une façon de prendre pour argent comptant la thèse des sionistes, qui veulent voir la France comme la Palestine : comme un pays sourdement ravagé par une guerre ethnique entre un groupe se prétendant supérieur et les autres, déjà refoulés dans les marges ; les uns seraient les blancs, les autres seraient les basanés et les noirs. En fait, il faut bien prendre conscience que les sionistes veulent désigner à la vindicte publique d’abord les noirs. Car les Arabes ne sont pas historiquement plus solidaires des Noirs que les Européens, puisqu'ils ont été esclavagistes et trafiquants d'esclaves, avant d'être colonisés à leur tour, et que certains pays tels l'Arabie Saoudite continuent à pratiquer l'exploitation sans scrupules des Noirs. Le réflexe instinctif des Arabes, quand ils sont associés aux Noirs dans le malheur ou les soucis, est le même que celui des Européens : « Tout mais pas ça ! Je ne suis pas un nègre, moi ! » Par ricochet, donc, l'évocation de la guerre civile, en titre du livre d'un éminent universitaire, est encore une façon d'appeler, de façon subliminale, la négrophobie à la rescousse. Le livre de Jacques Marseille ne développe pas ce thème. L'auteur est économiste, collaborateur de L'Expansion. Tout ce qui l'intéresse, c'est la prospérité, concept insuffisant, parce qu'il prétend suffire. Son idée est qu'un De Gaulle salvateur pourrait bien surgir ; mais l'image qu'il a de De Gaulle est celle de l'impérialiste le plus habile, celui qui a su décoloniser en sorte que le pays colonisateur ne soit pas chassé de son ex-empire : ce de Gaulle-là ne peut pas être un héros populaire, dans cette mesure même. Du bon usage de la guerre civile : livre cynique, qui nie l'injustice et qui postule qu'une pirouette peut être l'issue, pour que tout le monde retombe sur ses pieds. C'est probablement l'éditeur, qui par le choix du titre, a suffisamment gauchi l'attente du lecteur pour qu'il génère lui-même la conclusion qui s'impose ; l’auteur invoque seulement une espèce de petite guerre sympa qui règlera tous les problèmes, parce qu'un chef à poigne en sortira, et que nous pourrons choisir, dans la répression qui s’en suivra, de ne pas voir les victimes principales du règlement de comptes généralisé et encouragé.
Conclusions :
Un projet profondément sioniste dans son inspiration est déjà à l'oeuvre : régler la crise profonde de la société française en unissant les habitants dans un grand front négrophobe : réconcilier là-dedans les nantis et les précaires, les jeunes et les vieux, les politiques et les indifférents. Le prétexte est là : l'immigration sauvage, et les problèmes réels qu'elle pose. L'affaire Fofana, après l’affaire du RER D, nous est présentée comme un rappel de l'équation à laquelle on veut réduire les problèmes de société en France: Noir = envahisseur = criminel = antisémite. Exactement comme l'image que donne la propagande israélienne des Palestiniens! Mais on n'a aucune bombe à imputer au moindre Africain en France. Voilà pourquoi un nouveau jet de poison a été lancé : les jeunes Noirs bouillants sont censés se reconnaître dans les « kémites », un petit groupe parisien constitué, nous dit-on, de dangereux adeptes du passage à l'acte, capables d'aller défier les juifs chez eux, rue des Rosiers. Avec la Tribu Ka, les médias on cru à nouveau tenir une bonne image repoussante pour dresser les Blancs contre les Noirs : de purs racistes noirs ! Aux Etats-Unis, on montre les photos d'un gang terroriste dont le FBI aurait déjoué un funeste projet de remake du 11 septembre : tous noirs, là aussi, la campagne d'intoxication subliminale est cousue de fil blanc. Mais tout est faux. Les noirs ne se reconnaissent ni dans le harcèlement ni dans la grandiloquence, ni dans l'agression gratuite, ni dans l'invasion de la patrie d'autrui. Et les adultes réprimandent sévèrement les jeunes tentés par la délinquance. La résistance à la diffamation, de la part des jeunes noirs qui continuent à mener frontalement le combat antisioniste en rejetant le repli communautaire, est exemplaire, pour déjouer le piège de la guerre civile, et la tentation de la négrophobie dans laquelle on veut nous précipiter.
Dans chaque guerre, les noirs sont en première ligne contre la barbarie, pour une raison naturelle, qui tient au privilège naturel de savoir, de naissance, qu'ils seront automatiquement la première cible, lorsque la barbarie blanche se déchaînera à nouveau, quel que soit le prétexte de circonstance. Il s’agit d’une connaissance millénaire, irréfutable et inéluctable. Plutôt que d’en faire le socle du désespoir, il y a lieu, en France aujourd’hui, d’en faire le moteur de la renaissance de tous, dans la reconnaissance.
Entre repentance et repentir, il y a l'épaisseur du tranchant de l'épée : celui qui sépare le vrai du faux. Il y a des réparations dues. C'est un honneur d'avoir l'occasion de servir l'humanité sur le terrain des réparations dues à l'Afrique, le test qui départage, à notre époque, comme la question de l'abolition de l'esclavage départageait jadis. L'abolition aurait dû être immédiate et inconditionnelle, et elle exigeait un accompagnement juridique et social afin que les nouveaux libres puissent accéder réellement à l'égalité. Seuls les États-Unis donnèrent des terres aux nouveaux libres, parce que ceux-ci avaient fait la guerre de Lincoln, avaient pu imposer leur droit de citoyens à part entière, sur un pays qui s'était débarrassé de la tutelle coloniale un siècle auparavant. Pour les réparations que les Descendants d'Africains et l'Afrique réclament à présent, il y a une urgence comparable : il faut en accepter inconditionnellement le principe, et se battre pour que les conditions demandées par les intéressés eux-mêmes soient satisfaites. C'est aux plus lucides d'entre eux de bâtir leur projet ; ceux qui ont connu l'apartheid sud-africain, et qui connaissent jusqu'au squelette les fondements de l'idéologie sioniste, qui est le cœur de la nostalgie coloniale. Les Africains aguerris dans la reconquête de leur souveraineté seuls peuvent distinguer l'appât tendu par le chasseur déguisé de l'enjeu sacré qui mérite qu'on le serve jusqu'à la mort.
Enfonçons le clou là où cela fait mal : la réparation est un terme honni de ceux qui veulent garder au moins le contrôle du vocabulaire, et qui préfèrent proclamer qu’ils sont pour « l’annulation de la dette du Tiers Monde » : cette formulation est flatteuse pour celui qui l’emploie, elle le désigne comme l’être collectif généreux qui efface une ardoise avec panache. Dans cette mesure même, la formulation manque d’honnêteté, transpire la condescendance. D’autre part, « annuler la dette du Tiers Monde », c’est ne parler que de finances, et consacrer l’idée que le tiers Monde a une dette. C’est insuffisant, la réparation a une application simple et décisive qui est l’infléchissement de l’éducation, du regard sur l’Afrique, qui va bien au-delà de l’économie : c’est une acceptation réelle de l’égalité. Enfin, « annuler la dette du Tiers Monde » c’est annuler la revendication spécifique de l’Afrique, qui est une revendication de reconnaissance propre, impliquant une révolution spirituelle de la part de ceux qui ne se sentent en rien africains.
C'est aux antisionistes blancs de montrer qu'eux aussi, ont déjoué le piège de la guerre négrophobe dans laquelle on veut nous entraîner. L'antisionisme occidental a perdu la bataille de Palestine, l'annexion de territoires à l'État israélien n'a cessé de progresser, et toutes nos manifestations n'ont servi à rien, et Bernard Kouchner s’est retrouvé ministre de notre diplomatie. Il est temps d'ouvrir un nouveau front : les vrais antisionistes livrent de tout coeur la bataille pour les réparations dues à l'Afrique, qui flétrira la négrophobie pour ce qu'elle a toujours été : un montage d'inspiration suprématiste et sioniste pour régler par le carnage périodique, comme en Amérique aux siècles passés, les problèmes des sociétés occidentales. Les Réparations envers les Descendants d'Africains et l'Afrique décoloniseront aussi la France, prise pour le moment dans l'étau des sentiments faux et imposés comme dans une pollution affective générale.
Choisir son camp, celui des nègres ou des négriers : c'est toujours la même histoire, un autre tigre, et encore un tigre, le même tigre qui revient, celui qui hantait Borges (l'homme qui souffrait si intensément de son manque de foi), le tigre qui nous observe et nous mesure, le regard sans concession dont le monde a besoin. « Et priez Dieu que tous nous veuille absoudre » comme disait François Villon, dans la « Ballade des pendus ».
Holocaustes, Nègres et rédemption
(traitement pédagogique d'une 'intelligentsia progressiste' malade d'un déficit acquis d'humanité vraie)[30]
Bien des indices peuvent faire penser que l’ère du culte occidental de l’Holocauste touche à sa fin : l’épuisement des munitions scientifiques dans le camp exterminationniste comme dans le camp révisionniste, mais surtout l’investissement du champ de la conscience par d’autres métaphores de l’Apocalypse, à partir d’autres horizons. Il s’agira ici de montrer en quoi le point de vue noir sur l’histoire est indispensable pour vaincre la maladie mentale qui infecte la réflexion dominante encore holococentrée. Le moment est venu de mettre les points sur les i, et de ramener les Occidentaux à un peu de pudeur. Le Grand H judéo-nazi (comme l’écrit James Petras[31]) ne fut qu’une guerre civile fraternelle intra-européenne. N’importe quelle personne de formation chrétienne détient l’épée capable de trancher le nœud gordien « Shoah or not Shoah » à deux niveaux, celui de l’histoire et celui de l’éthique. Après quoi, nous sommes armés pour déjouer les nouveaux cauchemars et rêves de vastes génocides. Il nous faut pour cela retrouver la tradition, qui est africaine, comme on le verra ci-dessous.
1. Niveau historique
Il y a un H au sens propre, celui de millions de sacrifiés, sous prétexte de dévotion aux plus hautes divinités, Yahweh, Allah, Jésus: celui qui engouffra des millions d’Africains dans la déportation et l’esclavage, parce qu’ils furent considérés comme infra-humains par la totalité du monde blanc des siècles durant. Ce mépris semble remonter à la Grèce Antique. Les Grecs étaient débiteurs de l’Egypte de laquelle procédaient leurs philosophie, religion et mathématiques ; mais l’occultation fut concomitante de l’essor des cités grecques. Les pays blancs commencèrent à faire basculer la « Nubie » dans l’oubli, en tant que pays mythique, trop éloigné de leur contexte, certainement parce qu’elle ne représentait aucune menace militaire.
Quand les Européens commencèrent à s’adonner à l’industrie de l’esclavage des Nègres, ce fut encouragé, après avoir été rendu licite par le Pape Nicolas V en 1542[32], en tant que privilège des Portugais : (pays refuge, alors, des juifs espagnols qui étaient au Moyen Age les principaux pourvoyeurs d’esclaves, principalement à destination du monde arabe, mais également pour les chrétiens.)
Lorsque cette variété d’esclavage déboucha sur un énorme flux commercial d’êtres humains, on n’entendit aucune voix audible protester à partir de l’univers chrétien. Las Casas réussit à convaincre la monarchie espagnole d’interdire la mise en esclavage des Amérindiens ; en échange, il conseillait le remplacement des Indiens par des Nègres pour les terribles travaux dans les mines, le bâtiment, les chantiers navals et le défrichage des plantations ; néanmoins, aucun Las Casas ne s’éleva, ne combattit, ni ne réussit à convaincre les rois ni les papes que les ‘Indiens noirs’ eux aussi relevaient absolument de l’Humain : on avait le devoir de les baptiser, certes, mais nullement de les affranchir. Las Casas prit conscience qu’il avait favorisé involontairement un nouveau crime de masse, sur le tard, trop tard, mais il eut l’honnêteté de manifester son regret, son remords.
Ainsi, un H de masse prit son essor. L’idée d’abolir l’esclavage ne prit pied que lorsque les révoltes d’esclaves furent trop nombreuses ou que ceux-ci marronnaient en masse. Le mouvement abolitionniste blanc fut arithmétiquement minuscule, et les plus radicales dans le soutien apporté aux Noirs furent les féministes, parce qu’elles sentaient bien qu’elles menaient une lutte identique pour l’accession à l’égalité et à la plénitude des droits humains pour elles-mêmes.
De nos jours, les revendications provenant des Noirs sont reçues avec une grimace retenue par les Blancs, nous y sommes plus qu’indifférents, avec l’impression que ce n’est pas notre problème, que c’est, définitivement, leurs oignons… Seule la menace physique d’une révolte nous ferait prêter attention à la teneur de leurs réclamations. L’H Nègre se réenacte encore aujourd’hui dans chacun de ces conflits sanglants qui font surface en Afrique. Les pouvoirs néo-coloniaux se battent pour le contrôle des minerais, du pétrole, de la terre, par marionnettes humaines interposées, en encourageant de sanglants nettoyages, qualifiés d’ethniques ou de tribaux. Bush a préparé la reconquête du Nigeria et du Soudan, pour rafler leur pétrole, chose qui va entraîner de facto de énièmes grands H uniques en leur genre. Or les génocides Africains ne se produisent que parce que nous continuons à agir comme si les Africains ne nous étaient pas tout à fait aussi frères que les autres.
2. Niveau éthique
Chacun connaît l’ancêtre des négateurs d’holocaustes, exemple unique de dépassement de tout H : « l’Agneau de Dieu, qui rachète le péché du monde »; ce que dit la légende chrétienne c’est d’abord qu’en acceptant de subir le martyre, il mettait au centre de la conscience l’indignation face aux massacres des innocents ; puis, en se voulant représentant de tous les innocents sacrifiés, il condensait en son cas tous les crimes contre des populations entières ; ensuite, il refusait d’annoncer la revanche et de demander réparation à son profit; enfin son procès était celui de la parole vraie contre les Maîtres du Discours, ceux qui veulent garder leur emprise sur les innocents : pouvoir temporel, Ponce Pilate le Romain, pouvoir spirituel, le Grand Sanhédrin.
Même si le Jésus historique n’avait pas existé, comme le voudraient certains scientistes, sa légende chrétienne accomplit néanmoins le miracle de déclarer comme une évidence que le meurtre d’innocents est inacceptable, sans faire appel à aucune échelle quantitative scientifique ; elle manifeste aussi que la rédemption du criminel est possible, à partir du moment où il reconnaît son crime, c'est-à-dire où il confesse, premier pas de la pénitence lustrale et de la réparation concrète. En outre, « En vérité je vous le dis », la litanie de Jésus, est la parole de tous les prophètes contre les sophistes : le domaine de la vérité existe, et il faut accepter de mourir pour elle, c’est là, précisément, le test de vérité. Voilà une légende assez belle pour que des continents entiers s’en réclament, comme référence de leur éthique collective et individuelle, jusqu’à maintenant.
De fait, que Jésus soit relégué dans les sociétés laïques au statut de rêve n’empêche pas Judas d’être bien trop réel ; et son nom s’actualise dans le sionisme néo-colonialiste : achetant et vendant d’innombrables innocents pour quelques misérables dollars, tuant pour le pétrole, les diamants etc… Au XXème siècle, les sionistes fourguèrent d’innocentes familles juives à Hitler et des cerveaux aux démocraties occidentales, comme monnaie d’échange garantissant l’achat de la Palestine, et donnant « aux juifs » le statut de propriétaires de ladite colonie. Ce sont des traîtres à l’humanité ; ils disent professer le culte de la Victime comme abstraction éternelle, en édifiant autant de temples que possible à un H. censé représenter la souffrance de tous, mais qui leur sert surtout de feuille de vigne pour ne pas voir leurs propres parties honteuses. Certains ajoutent maintenant à cela la prétention de défendre les victimes noires et fondent le CRAN, tel Michel Wieworka ...
3. Ce que les Noirs nous démontrent
La Résurrection et le Pardon sont du domaine des réalités ; ce sont les musiciens et les penseurs noirs qui à l’intérieur même de notre monde font faire sens à celui-ci, en dépit de nos crimes absolument incontestables! Quoique les blancs ne perçoivent quelquefois les noirs que comme des gens bruyants et encombrants, des boucaniers fauteurs de boucan, de dérangements, ils donnent sens et révèlent. Nous le reconnaissons tous dans notre perception de la culture américaine : qu’a-t-elle donné de meilleur que le jazz, tant musique que paroles ? Partout, la revitalisation des folklores locaux ne vient-elle pas d’une injection de créativité noire ?
Nous préférons la musique au pétrole et l’humanité aux schémas de domination des sionistes néo-conservateurs. Dans chaque pays, la bonne nouvelle réside dans le fait que les noirs et les blancs font alliance dans de bons projets, chevillés de réalité, des projets qui enracinent chacun, ceci dans tous les coins du monde, et qu’ils n’ont besoin d’aucune référence ethnique pour cela. Aux Etas-Unis, les jeunes noirs pauvres refusent désormais de s’enrôler dans l’armée, ancrant dans le réel, par leur choix vital, le discours blanc intellectuel de rejet de la guerre d’Irak. N’oublions pas et ne laissons pas les scories et métastases de l’hybris grecque nous aveugler. Les antisionistes aux réflexes de blancs ne sont certainement pas les Meilleurs, la Lumière au bout du tunnel etc… Ce sont les Dénigrés qui portent et font triompher les meilleurs idées, comme le savait Simone Weil; et eux, les sacrifiés de l’histoire probablement bénis de Dieu pour cela même, nous montrent la voie pour sortir des miasmes empoisonnés de l’holococentrisme, au nom duquel Bush et Olmert veulent bombarder l’Iran, « parce que l’Iran prépare un nouvel H ».
Les noirs n’ont-ils pas acquis tout l’Occident à la cause de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, après avoir complètement gagné celle de l’abolition de l’esclavage et celle des droits civiques en Amérique ? Cela se passait au loin, cela ne nous coûtait guère d’applaudir. Maintenant que la présence noire se fait plus insistante dans l’Europe, le cœur historique du monde blanc, les noirs gagneront la prochaine bataille pour nous humaniser, et nous y gagnerons tous. Nous, le Nord, sommes toujours, au meilleur de nous-mêmes, les porte-voix inconscients du Sud, de la même manière que l’ont été bien des peuples antiques, sur d’autres plans, en héritant de la civilisation africaine toutes sortes de connaissances (mathématiques, sciences expérimentales, théologie, psychologie etc), et en les répandant à leur tour. Il s’agit maintenant d’un enjeu hautement dramatique, celui de notre survie comme humains.
4. Pensée noire et pensée blanche
Quelqu’un, proche du Front National, m’oppose qu’il n’y a pas de « pensée noire », pas plus que de « pensée blanche ». Soyons sérieux, ce sont ceux-là mêmes qui ne jurent que par l’identité nationale, censément le plus blanche possible, et applaudissent, comme Renard applaudissait Ysengrin, lorsque Kemi Seba proclame un identitarisme explicitement racial! De fait, les couleurs existent bien dans la nature comme dans les idées. Lorsque la pensée blanche ne sera plus que transparence et lumière éclatante dans sa conception de l’anthropologie, on pourra la qualifier de Pensée tout court. En attendant, elle a besoin, pour chasser ses arrière-pensées, de la pensée noire, en tant que pensée de la profondeur, du fait même que celle-ci fait l’objet de la dénégation instinctive. La pensée blanche a besoin du contrepoids de la pensée de ceux qu’elle évacue comme extérieurs et/ou inférieurs pour que ses prétentions à l’universalité ne sombrent pas dans le ridicule, tout simplement. De Gaulle, en faisant le choix de l’indépendance pour les colonies, avait espéré exorciser la menace d’une France islamisée par l’accession à la citoyenneté française de tous ses Africains. Un pays homogène et sans chocs migratoires ne serait pas plus facile à gouverner, en fait, mais la globalisation étant ce qu’elle est, tous les pays ont maintenant à gérer la déstabilisation ethnique et culturelle. Les blancs affolés par la perte de leurs repères, ceux qui se reconnaissent dans le Front National, et ceux qui ont voté Sarkosy, n’invoquent plus l’universel comme au temps de la splendeur européenne, mais plus prosaïquement leurs intérêts de propriétaires qui se sentent lésés par le rétrécissement de leur domaine : comme les bourgeois qui ne veulent pas de logements sociaux dans leur commune, ils croient que des barrières votées par leurs représentants suffiraient à les protéger du monde réel ! Autrefois les blancs se croyaient investis d’un droit divin pour régner sur la terre entière, depuis la conquête de l’Amérique, ils croyaient naïvement être l’universel unique ; nous croyons naufrager, dès lors que nos vieilles nations, comme autant de fleuves puissants, se heurtent à la barre imprévue que de fortes marées ont dressée à l’entrée de notre mer.
Mais la pensée noire nous sort de l’impasse, en nous apprenant à cultiver, comme les noirs le font depuis que leur déportation massive a commencé, à l’aube de la mondialisation, la loyauté au carré envers notre histoire et notre territoire : désormais, par leurs parents ou par leurs enfants, la plupart des gens drainés par la modernité s’enracinent dans deux contrées à la fois : l’une, où l’on réside, l’autre, dont on a la nostalgie ou le désir lancinant, à laquelle on donne la puissance de ses rêves. Certains pays très pauvres reçoivent plus de devises de leur population chassée par la misère que de leurs productions locales. Et leurs émigrés sont plus dynamiques, dans leur pays d’accueil, que les parents restés au pays et que les voisins qu’ils bousculent. Ce n’est pas la disparition de l’identité nationale des pays blancs qui est à redouter ; l’identité nationale nous est donnée par l’esprit des lieux, et elle échoit également aux nouveaux Européens et à ceux qui se sentent la souche. C’est la tentation d’évacuer l’angoisse en édifiant des murs dérisoires contre les « Sub-sahariens » qui constitue le danger, qui rend d’ores et déjà aveugles ceux qui se conçoivent comme les « Sur-sahariens » au-dessus de la masse.
5. La lumière au fond du puits
La pensée noire et la pensée blanche se retrouvent sur la définition des besoins de chacun : un pays où s’enraciner activement, un pays qui soit nourricier, et auquel on puisse donner toute son énergie, un pays que l’on aime comme on aime une personne. Chacun a droit à un pays quoique celui-ci nous échoie par pur hasard : soit par le hasard de la naissance, soit par l’ancrage après une errance généralement hagarde. Reconnaître ce droit à tous les humains suppose pour les riches de partager leur première richesse : leur espace (la surpopulation ne menace sérieusement que les bidonvilles). Cela s’appelle aussi la réparation des torts et crimes dont on hérite (ce qui nous irrite fort, certes), la reconnaissance solidaire des dettes contractées par nos parents, ou encore, tout simplement, la construction de la justice par la charité. Notre pays ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons : encore un rétablissement de la pensée traditionnelle, ancestrale, universelle, mais que seuls les plus mendiants, autrement dit les plus proches du pôle noir, parviennent à nous faire reconnaître, par leur insistance. Les mendiants sont à remercier pour leur enseignement. Nous avons bien besoin d’un renouvellement de notre réflexion, au moment où les blancs bardés de science s’aperçoivent qu’ils ont réussi le tour de force de dévaster la planète toute entière, et de susciter une formidable colère des forces de la nature en retour : la pollution des Antilles par le chlordécone et le paraquat donne lieu à des cancers, des malformations et un taux effarant de stérilité ; celui-ci est déjà de 15% dans les pays riches. N’est-ce pas une terrible preuve de la stérilisation de notre pensée, après avoir voulu tout domestiquer, tout castrer, des intelligences amputées du cœur jusqu’aux plantes qui nous nourrissent ? Ce n’est pas par hasard et inadvertance que des propriétaires infatués de réflexes néocoloniaux ont laissé envahir les Antilles par un toxique puissant : ils n’ont vu que la courbe de leurs profits reposant ostensiblement sur la banane et secrètement sur l’empoisonnement de la principale concentration de population noire de la France. Notre ultrasioniste Kouchner était alors ministre de la santé et il fermait les yeux sur l’emploi systématique d’un produit interdit aux USA depuis 1993 … Notre garde des sceaux Rachida Dati bloque maintenant la constitution d’une commission d’enquête… Les Antillais parlent à juste titre de crime contre l’humanité[33].
Il y a une explication simple, dans la cosmogonie traditionnelle, à la symbolique éthique des points cardinaux, comme à l’opposition naturelle entre le noir inquiétant et le blanc aveuglant. Le Nord indique le chemin, l’Est indique la connaissance, l’Ouest l’action et le Sud le cœur. Or les Occidentaux prétendent toujours diriger la barque des autres du fait qu’ils sont plus que tous les autres obsédés par l’action ; ils se prennent donc pour Le Nord absolu ; seulement ils construisent généralement sur le sable, dans la mesure où ils sous-estiment les autres dimensions. Au lieu d’être les interprètes des besoins de l’humanité qu’ils prétendent gouverner, ils essaient simplement de faire passer, en contrebande, des privilèges d’ethnie dominante pour l’intérêt de toute l’humanité. La gauche ardente doit retrouver ses racines dans la religiosité traditionnelle, la droite cesser de subordonner la tradition à la logique des propriétaires. L’ennemi qui doit nous unir est l’usurpateur : celui qui détourne à son profit la compassion, comme il détourne toute richesse, intellectuelle et matérielle, dans un but aussi simple qu’inavouable : la domination.
Le racisme est quelque chose de tout à fait réel, en tant que mépris indispensable pour justifier les abus ; c’est valable au niveau structurel, institutionnel, et individuel. Mais il va falloir trouver un terme pour décrire l’imposture de ceux qui prétendent encadrer le refus du racisme. Quand les loups se déclarent opposés au racisme antiovins, il y a de quoi chercher ailleurs que dans les shows de BHL et de SO-Racisme des arguments « antiracistes » pour la justice économique et sociale ! L’empoignade recherchée solidairement par différentes composantes du pouvoir sioniste en France, entre les dits « racistes » et les soi-disant « antiracistes », vise à nous détourner d’un ennemi commun qui n’a pas de nom admis par tous, qui est certainement innommable pour le moment, mais qui ressemble terriblement au bellicisme archisioniste de Bush.
II H à la hache
Ah les négasionistes !
Comment ça s’appelle, déjà, « l’organisation d’un mensonge en un système dont la fonction est d’éluder une responsabilité directe ou indirecte dans la perpétration d’un génocide » ? Ah oui, je vois, c’est écrit sur la page d’avant : « ‘Négationnisme’ désigne l’ensemble des attitudes adoptées et des explications fournies pour nier la vérité d’un génocide. La négation d’un génocide est une composante du crime. Elle est tissée avec le crime. C’est une stratégie de destruction de la vérité de la mémoire. La négation est à la fois un instrument du meurtre –elle fait disparaître le cadavre– et une réaction de défense contre une accusation de meurtre. Elle est présente à tous les moments du crime, mais elle diffère selon les temps. » (in L’Arche, printemps 2004)
Depuis longtemps je me demandais ce que voulait dire ce mot long, lourd et foireux mais homologué par les défenseurs d’Israël, puisqu’il était employé sans aucune rigueur à la télé comme synonyme de lepéniste, ou à titre de simple signal pour faire passer des infos très brèves du genre : « le tribunal de Gargouillis les Oies a condamné M. Canard à un paquet d’euros pour négationisme », sans qu’on explique jamais le couac précis qu’il avait bien pu émettre ; heureusement, depuis quelques mois, je lis un journal bien informé, qui s’appelle L’Arche, où j’apprends des choses magnifiques sur des gens que j’admire, comme Rantisi le Grand, Dieudonné le bien nommé ou encore Shamir le détourneur de tout ce qui ment. Et la définition copiée ci-dessus (dans le numéro 554, avril 2004) me fait comprendre qu’il existe bien, contrairement à ce que je croyais, le vrai négationnisme cohérent de bout en bout : c’est ce que j’appelais jusqu’à maintenant l’arsenal de propagande des sionistes. Comme la revue en question n’est pas très répandue dans les kiosques, j’en résume pour qui voudra ce qui m’a ouvert les yeux : dans le même numéro, on a la liste commentée des grands génocides du XXème siècle : Arméniens, Shoah, Tutsis, et pourquoi on ne saurait les nier. L’Arche « le mensuel du judaïsme français » est un journal très ouvert, capable de reconnaître déjà deux génocides en plus de celui des juifs (le seul universel, précisent-ils quand même). Il en reste encore un certain nombre, malheureusement, des génocides, par exemple, ceux qui ont lieu au présent. Et parmi ceux-ci, il y a une exception, un génocide indéniable, qu’il est vivement recommandé de nier, et L’Arche montre comment le faire avec habileté, c’est celui des Palestiniens. Celui qui a été planifié par un État qui refuse de se donner des frontières et une constitution, et qui croit balader l’opinion publique de leurre en leurre; le génocide dont la négation par les instances de la transmission idéologique est mise en place tous les jours, au fur et à mesure qu’il se réalise, celui-là, non, il est pour le moment hors-sujet. En fait, il y a les génocides importants, et les autres, les génocides qui n’existent qu’au passé tout à fait révolu, et qui sont beaucoup moins intéressants. Il est grammaticalement impossible de dire à quelqu’un: taisez-vous, je suis en train de vous négationner. Le négasionisme ne peut être que radical : je nie que je sois en train de vous génocider, puisque vous n’existez pas, vous n’êtes pas un peuple; rien multiplié par rien, ça fait rien !
Pour le moment, donc, L’Arche montre la photo de quelques Arabes et même, que dis-je, Palestiniens, qui adorent l’État d’Israël, ce qui n’intéresse sûrement personne, mais prend de la place, c’est important, pour nier qu’on nie, de faire le niais. On est tous d’accord, il y a des choses plus palpitantes et urgentes, et c’est sur la couverture d’avril, « le mois le plus cruel », celui de Der Yassine, comme dit israël Adam Shamir ; en effet, il est grand temps de répondre à la question que se posent apparemment certains lecteurs de L’Arche, comme la majorité des non-lecteurs de L’Arche : « Un État juif, pourquoi faire ? » Là, on est bien déçus ; L’Arche ne donne pas une seule raison valable pour prolonger l’existence de ce monstre juridique: juste le point de vue du rabbin Yehouda Vardi qui se demande qui va bien pouvoir incarner la Voix capable de « donner à l’État juif dans le monde la place que Dieu lui a fixée au Sinaï » (le rabbin, pas plus que quiconque, ne voit personne à l’horizon, ce qui l’angoisse bien).
Et là, je suis rassurée, parce que j’ai l’impression que la plupart des gens –à part les rédacteurs de L’Arche et le pauvre rabbin en panne d’imagination– connaissent en fait les bonnes réponses, même s’ils ne les formulent pas facilement. Un État juif, pourquoi faire ? D’abord pour faire le sale boulot qui arrange les sionistes et autres colonialistes occidentaux, dont certains revendiquent une appartenance ancestrale juive, et d’autres se plaisent à adopter des valeurs juives, comme acquisition glorieuse de la modernité. Tout le monde le sait, mais il est vrai aussi que c’est une raison insuffisante, parce qu’elle est inavouable : l’ONU est née des décombres du colonialisme, le monde rétrécit tous les jours, le déséquilibre démographique et la force spirituelle des ex-colonisés rendent le colonialisme chaque jour plus injustifiable, alors qu’autrefois il avait un arsenal d’arguments présentables. C’est un boulot si peu ragoûtant que L’Arche n’ose pas dire : il faut un État juif pour pourrir la vie politique dans tout le Moyen Orient, parce que c’est bon pour les affairistes, qui font des affaires faramineuses là où on a tout cassé, comme en Irak. Les bénéfices des entreprises qui font dans la « sécurité », c’est à dire les paramilitaires souvent israéliens qui se partagent le fromage des prisonniers à torturer, ça entre dans la comptabilité de la croissance des pays développés, n’oublions pas, et pour un petit pays qui vit de subventions, ça compte beaucoup dans le produit national brut !
Un État juif, pourquoi faire ? Au départ, certains avaient leur idée là-dessus. Maintenant, ça ne tient plus du tout la route. En effet les gouvernements occidentaux avaient cru faire une bonne affaire en envoyant bien concrètement se faire voir ailleurs des gens qui avaient le don de se faire souvent honnir là où ils se trouvaient. Cette raison là n’est pas très glorieuse non plus. On renvoie bien quelques charters de sans papiers tous les jours, mais on ne s’en vante pas comme d’un acte humanitaire. Et puis le calcul était foireux, ces malheureux persécutés ayant la mauvaise habitude de garder un pied dans des pays plus solides, et en plus de faire d’autres projets d’installation dans des « terres sans peuple », comme en ce moment même dans la Patagonie argentine; oui les Israéliens quittent discrètement la passoire depuis le début, mais certains sont déjà prêts à rejouer leur western calamiteux ailleurs, quand les Palestiniens les obligeront à abdiquer leurs privilèges.
Il ne reste qu’une idée convaincante : un État juif peut servir comme maquette de ce qu’il faut éviter à l’avenir. Autant les personnes juives sont utiles, dans la folle diversité du zoo humain, comme les gays ou les Micronésiens, ou les gâteux, ou les infirmes, ou les normaux, autant la structuration d’une domination basée sur des habitudes maffieuses est catastrophique. L’Arche ne met pas sérieusement en doute l’utilité d’un État juif : elle montre en quoi le négationnisme est indispensable au sionisme, et c’est une leçon utile à tous. Pour cacher le génocide qui vous convient, une seule solution : accuser de complicité de génocide tous ceux qui vous critiquent. Ils n’ont pas fini, d’en monter, des « dossiers complot » sur tous ceux qui disent du mal de l’État juif…On pourrait croire, si on était un abonné fidèle, que le monde se divise en négasionistes purs et justes mais persécutés, et méga-néga-thionistes, monstres abominablement prospères, engendrés par la mégarévolte antisioniste du chercheur Serge Thion, se reproduisant comme des lapins…
Quel est donc le contraire du raisonnement tordu servant à justifier telle ou telle erreur historique, mais utile surtout à ceux qui cherchent des arguments pour consolider une politique criminelle ? Eh bien, pour aller vite, même si c’est choquant : le pardon. Au lieu de l’inflation sélective des accusations réciproques de génocide, il faudra bien décider la prescription ; au moins que les enfants n’aient pas à porter les crimes des parents, ni à accomplir leurs rêves de vengeance. Personnellement, je me réjouis déjà que ces jours-ci, l’amnistie officielle des Allemands progresse : les anciens combattants de la Whermacht, qui ont souvent cru au national-socialisme, et se sont battus pour leur Furher, pas pour nos beaux yeux, sont invités sur nos écrans, et c’est bien, même si c’est boiteux et opportuniste. L’Espagne de la Reconquista donnait trente ans aux juifs et musulmans pour se convertir, pour accepter pleinement les nouvelles règles de la citoyenneté, qui leur donnait les mêmes droits qu’aux « vieux » chrétiens. Elle retomba ensuite dans des ornières racistes, quand différentes administrations se mirent à exiger des certificats de pureté de sang à tout bout de champ, parce que l’intégration est plus facile à prôner qu’à réaliser. Nos sociétés connaissent bien aussi ces contradictions, ces atermoiements, ces retours en arrière qui n’invalident pourtant pas le beau et grand projet d’intégration, de fusion. Et chez nous comme ailleurs, les cartes de séjour et d’identité, ça s’achète, et les enfants, après les angoisses terribles des parents, et les turbulences vengeresses de l’adolescence, élèveront à leur tour leurs enfants dans le respect de la loi. Oui, le métissage spirituel, qu’on ne saurait brusquer, qui se fait à l’insu des raidissements réflexes, a toujours été la seule solution. Et les règlements visant à renforcer les tendances à l’apartheid tombent en désuétude, et de nouvelles lois rendent compte des nouveaux équilibres.
Le métissage des corps est généralement vécu, à la première génération, comme abus de mâles conquérants sur les filles d’un peuple matériellement ou spirituellement vaincu. Cette dynamique vaut pour les relations sociales, au sein de chaque pays : les bourgeois abusaient des bonnes, et le prolétariat s’enrichissait d’enfants « de l’amour » qui avaient parfois un petit accès au château des aïeux. Car le viol n’est pas un crime réussi : on en réchappe, et c’est sous un certain angle une entreprise de séduction qui a mal tourné, un simple ratage, un gâchis qui donne cependant le jour à de nouveaux humains, avec de nouvelles chances d’amour heureux. Les bâtards ont à porter un véritable « péché originel », celui du mauvais amour de leurs parents, où la vitalité et la beauté des corps a engendré du désastre, de l’irresponsabilité, de la honte et de la rancune. Et les autres, les bien-nés, les traitent de bâtards. Mais ce sont eux qui font avancer l’histoire, qui donnent des maris aux bâtardes et inventent de nouveaux usages, et fondent de nouvelles lignées. Le métissage commence par l’acceptation, pour une femme, d’être envahie, alors que la vierge se sent entière, ne ressent nul besoin de se faire transpercer, voudrait seulement être caressée. Si elle ne parvient pas à surmonter la peur et la méfiance, elle restera vieille fille et continuera, derrière sa jalousie, à observer et à critiquer l’humanité, qui poursuit son aventure sans elle.
Dans toute ville, c’est aussi un métissage forcé qui se produit : chaque catégorie voudrait se passer des autres, chaque quartier tente de garder « son identité », le centre ville hautain tourne le dos à la banlieue entreprenante, comme dans les immeubles où il y a la hiérarchie des étages. Mais le métro et la grande surface, le stress, et les manifs et les bistrots, relient, et la ville finit par avoir une histoire commune ; de ghetto, la Rue judaïque à Bordeaux est devenue un axe pour tout le monde, et à Paris, tout le monde se retrouve à Villejuif voir ses malades.
L’État juif finira bientôt digéré, lui aussi, et les murs tomberont. Les outils de sa propagande sont déjà hors d’usage, périmés, même ceux qui les manient n’arrivent plus à les brandir de façon à nous terroriser. Ils les mettent même à notre disposition !
Ainsi des sites et magazines sionistes me dénoncent en chœur comme quelqu’un de très maléfique pour ce que j’ai pu écrire, avec des informations bien lacunaires hélas, sur le sionisme en Amérique latine. Or c’est le magazine France Israël (avril 2004) qui fanfaronne que là-bas, dans le Pérou mythique, effectivement les juifs sont tous riches, puissants, et incapables de distinguer ce qu’ils appellent religion de leur sens perverti de la sécurité et du commerce :
« Au Pérou les juifs, descendants de familles ashkénazes et ou de rescapés des camps de la mort débarquent à Lima au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Aujourd'hui, ils font partie de la classe supérieure, celle des "colons blancs" et résident dans un quartier huppé de la capitale, grand comme trois arrondissements de Paris. Ils occupent des postes importants dans la Finance et les Affaires et ne connaissent pas la terrible pauvreté qui oblige les Incas à survivre dans les bidonvilles. Les Juifs ne sont pas menacés par des actes antisémites mais par des bandes organisées qui prennent en otage les victimes "blanches" en échange de fortes rançons. C'est pourquoi, la Grande Synagogue de Lima a été construite à l'intérieur du gigantesque centre commercial de la cité inca, afin de disposer d'un service de sécurité performant."
On ne peut que les citer et applaudir et renchérir : Un État juif pourquoi faire ? Simplement pour servir de refuge aux escrocs pourchassés dans les autres pays ? Simplement parce que ses dirigeants considèrent les juifs du monde entier comme ses ressortissants, et qu’il est bien décidé à s’identifier aux privilégiés du monde entier ? Mais il n’y a aucune raison pour que les défavorisés du monde entier acceptent d’être traités comme des Palestiniens ; nous pourrons bientôt cesser de dire du mal de l’Israël et des juifs qui soutiennent cette mauvaise idée du XXème siècle, car les moins bêtes des juifs choisiront à nouveau de se fondre dans la masse, comme autrefois, dans le commun des mortels, et nous pourrons alors reprendre la bonne vielle terminologie de toujours : A bas le capitalisme ! Les aristocrates à la lanterne ! Debout, les damnés de la terre ! Personnellement j’aspire à rester courtoise jusqu’au fond de moi-même, et je refuse de penser « les juifs » quand je dis « les sionistes » : un sioniste vaincu peut s’avérer quelqu’un de bien, j’y crois. Les Juifs, c’est comme les Arabes ou les Français, vu de loin ça peut paraître des blocs hideux ou comique, mais je n’aimais pas, quand j’habitais à l’étranger, qu’on m’appelle «la gala », la pétasse gauloise, en quelque sorte ; j’aimais tellement mieux qu’on m’intègre dans le paysage où je me sentais bien, comme une personne, (communiste, certes, ce qui est une étoile jaune comme une autre) mais non pas comme un échantillon d’une espèce différente. Aussi je pense continuer à me battre contre les sionistes, avec tous les antisionistes, parce qu’il y a urgence, et que le soldat n’a pas à choisir le général qu’il préfère : il faut être là où on a quelque compétence, là où on veut bien de vous, là où on peut donner le meilleur de soi-même. Et je n’insulterai ni mes adversaires, qui ont peut-être raison, ni mes ennemis, qui ont sûrement tort, mais qui ne sont pas, franchement, très forts.
Histoire de clous
« Aucun système ne pouvant se « clore » à l’aide des éléments intérieurs au système, la cristallisation d’un collectif supposerait alors la mise en rapport de ses membres avec une donnée jamais donnée dans l’expérience, objet d’un acte de foi, déposé en un mythe. C’est le clou auquel est suspendu le tableau. Il en faut un, sinon il tombe et se brise. Ce point d’accroche, notre point aveugle, chaque ensemble le sien, est interdit de manipulation technique ou critique, interdit qui caractérise le sacré (chez nous, le négationnisme est sacrilège, et à ce titre puni par la loi) » Régis Debray, in Dieu, un itinéraire, éd. Odile Jacob 2002, p. 371).
« Un bus rempli d’Israéliens roule dans la nuit pour Auschwitz. Il s’agit de l’excursion rituelle qu’on fait faire à tous les jeunes pour leur édification. Le bus tombe en panne : crevaison. Le chauffeur va demander de l’aide aux maisons proches : désolé, nos fours sont trop petits…. répond l’un, puis un autre, et encore un autre… ». (Blague israélienne).
Le grave commentaire ci-dessus et la blague israélienne disent la même chose. La deuxième percute bien plus, elle est drôle et salutaire ; elle prouve que les Israéliens sont aussi des gens comme les autres, capables de se moquer des choses sérieuses. Et les bonnes blagues, celles qui font le tour du pays, sont toujours aussi anonymes que courtes, et de très très très mauvais goût. Elles expriment l’unanimité de l’instinct de libération, du côté chair, truculente ou macabre, du côté méninges, impitoyable sur toutes les autorités.
Mais l’histoire du clou aussi est rigolote. Si l’on en croit Régis Debray, il suffirait de le tordre un peu pour que le tableau s’écroule ? Si c’était vrai !!!! Les sociétés tiendraient grâce à « des mirages électrisants, illusions optiques et toniques dont la raison iconoclaste peut (et doit) se gausser. »
Soyons sérieux : un clou fait tenir un tableau, parce qu’il est en fer, et non pas en délire. On peut délirer autour des chambres à gaz, mais c’est le financement des musées de l’holocauste qui permet le fantasme, ainsi que les terrifiques procès en sorcellerie qui vont de pair. Si on arrivait à le tordre, ce sacré clou… quelqu’un viendrait fournir un autre clou plus solide, et nous aurions plus encore de bonnes raisons pour aimer le tableau rénové.
Et c’est ce qui s’est passé, mine de rien ! Depuis que le président iranien a posé la question : Pourquoi les Palestiniens devraient-ils payer pour des crimes commis par des Européens contre d’autres Européens, le tableau a complètement changé d’éclairage et de place, et il est devenu beaucoup plus plaisant pour les habitants.
Confiants dans la capacité des gens à se reconvertir, quand un système de croyances officielles chancelle, comme le prouvent d’innombrables processus de « transition démocratique » réussis là où l’on s’attendait au pire, nous proposons de changer de clou, et de changer le tableau de place ; l’éclairage n’en serait que meilleur, et la communion des gens dans le sacré de tous, la beauté de l’image, pourrait franchir les obstacles des différents langages.
Selon les intellectuels de peu de foi, notre époque aurait remplacé la transe sacrée, faite de terreur et d’intimité ardente, par un catalogue aseptisé de « valeurs » peut-être plus boursières qu’autre chose. Sa liturgie serait dans les rites d’expiation autour des moindres souvenirs du nazisme. Son clergé, les chiens de garde de Nizan, ce serait une bonne partie de nos universitaires et autres aspirants au passage à la télé; son mythe fondateur : Auschwitz. On peut déjà observer que sur ce point, révisionnistes et pourfendeurs des précédents, concordaient. Les uns trouvaient cela bon, les autres le déploraient. Ils restaient butés, arqués, les uns bien décidés à fendre le crâne des autres avec pour arme le leur, et les autres de même. C’était un combat goyesque et stérile, comme celui des condamnés qu’on enterrait face à face en Espagne, pour qu’ils s’entretuent, faute de toute autre activité, puisque privés de la mobilité, les deux pieds dans la tombe, et les jambes et le ventre.
Le clou n’est pas fait que du métal dont la répression a besoin pour faire mal. Il est fait aussi de notre vérité, notre foi, ce qui fait que le tableau se tienne, et qu’on n’ait pas envie de le mettre à la poubelle. L’ironie de l’histoire est dans les choses, et c’est à nous d’en jouer. La raison iconoclaste est un outil qui marche pour certaines opérations, mais ne produit pas de l’art, ni l’art de vivre de chaque société. Celle-ci a besoin de ses clous, à nous d’éjecter le sale vieux clou tordu avec un autre plus neuf. L’holococentrisme a désormais disparu, grâce au président Ahmadinejad. Par quoi allons-nous le remplacer ?
C’est donc le point de vue extérieur à l’Europe qui permet de sortir de l’affrontement stérile autour des dimensions exactes de la persécution contre les juifs il y a plus d’un demi-siècle.
Considérons maintenant comment la lecture spiritualiste de l’image du clou aide également à sortir de l’enfermement auquel nous condamnent les polémiques entre spécialistes.
Dans l’iconographie européenne, et donc chrétienne, le clou est une relique. Ne profanons pas ce à quoi nos parents se retenaient dans les moments de désespoir. Les clous de la Croix, ce sont les clous dont nous reconnaissons qu’ils nous transpercent : la douleur que nous fait éprouver l’injustice, la douleur de ceux que nous voyons crucifiés. Ces clous sont tout à fait sacrés parce qu’ils nous relient entre nous, par exemple, Français et Palestiniens, ou encore Européens du Moyen Age et de demain. Replaçons donc le clou à sa place de gloire, comme le point noir où le tragique du monde se concentre ; dans la plante des pieds des crucifiés, ou dans la descente de Croix de Rubens, où le Christ ne tient plus qu’à un clou, ou bien encore celle de Rembrandt, où le bras cloué tire sur le clou qui transperce la main, tandis que rogues mais serviables, les gardes empoignent la tenaille. Ou encore posé, le clou, à côté de la main qui en porte la trace, le stigmate saignant ; les stigmatisés sont des gens heureux : ils partagent la plaie du monde, mais ils peuvent traiter le clou sans rancune, comme un objet utile et familier.
Les clous, ils retiennent aussi les torchons au mur, ou bien le linge où Véronique, la sainte aimante du Véridique, sut imprimer par sa passion le visage du Christ, chez Zurbaran et chez Dali : ils tiennent les drapeaux blancs de la paix domestique, et de l’amour. Reconnaissons que nous aimons nos petites affaires : notre système politique, le respect des lois et des individus, et nos légendes, notre Jeanne d’Arc et nos fromages, enfin ce qui nourrit la chair de notre imaginaire. Nous aimons nos tentures solidement cloutées, qui réchauffent nos intérieurs. Ne les décrochons pas, puisque nous les aimons.
Notre histoire est moins lourde, vue sous cet angle, comme le mur qui nous soutient, avec ses clous et ces traces de clous arrachés, et ses tableaux qui représentent des clous et des trous. Partagée de la sorte, l’histoire toute entière peut divorcer du dogme, et le fil du récit desorigines pourra s’orner, selon le goût de chacun, de telle ou telle horreur tirée de la mémoire iridescente des uns, ou de la pierre rare des preuves matérielles, sans que nul ne s’en croie étranglé pour autant. Il restera cela seul qui compte, et que trouvent les poètes, les découvreurs du feu, en fer trempé, cela qui fait tenir ensemble et la chair et le bois, et le mur aux images qui nous ressemblent.
Ainsi, pour enfoncer encore le clou : Elie Wiesel s’est avéré le véhicule d’une puissante image : celle des flammes dans la nuit, sortant des cheminées d’Auschwitz. L’image est magnifique, si on lui donne son sens juste : par le feu, on voit l’Europe qui paie là ses crimes, c’est la combustion de ses incroyables extractions d’énergie qu’on peut voir là, c’est le symbole pur de notre productivisme prométhéen et industriellement cannibale. L’interprétation malfaisante de l’image de Wiesel consiste à y voir les bourreaux (les méchants chrétiens) immolant des victimes supérieures (les innocents juifs), nous la déclarons désormais abolie. Mais il n’y a pas de raison de piétiner une si belle image : c’est la logique cruelle de l’Occident contre soi-même et les autres, ce que dit cette image si vraie, si poignante, si authentique émanation des haut-fourneaux et des champs de pétrole ; et cet holocauste de nous mêmes, réalisé par nous tous, se transforme déjà sous nos yeux en légère fumée. En ce même Occident, un Polonais s’est donné la mort par le feu, au beau milieu d’un stade, parce qu’il était révisionniste et désespéré. En ce même Occident, un vieil universitaire qui n’en pouvait mais d’avoir guerroyé inutilement contre les « assassins de la mémoire », Pierre Vidal Naquet, signait tous les manifestes des juifs dégoûtés par le génocide des Palestiniens. Qu’ils reposent en paix, ensemble.
La chose est moins difficile qu’il n’y paraît : Le présent, l’avenir immédiat, nous mobilisent entièrement. Cessons d’être hypnotisés par le passé comme par un serpent mortel. Cela peut permettre enfin aux Erynnies et Furies de mettre fin au harcèlement de Clio, qui n’était après tout, selon la bonne humeur proverbiale des Grecs, qu’une muse musardant parmi d’autres, et bien moins qu’une déesse. La science est un gagne-pain comme un autre, mais avec plus de prétentions que d’autres. Remettons-la à sa place, bien magique pour fabriquer des tas de choses utiles et nuisibles, bien futile, et à peu près déplacée si c’est de vérité que l’on a soif. Voilà que le dollar s’effrite, après les tours. Il n’est plus temps de jouer à se faire peur.
Arrachons-le donc hardiment, ce putain de vieux morceau de clou rouillé qui ne soutient plus rien, et qui nous rend mauvais, le sionisme perdra un de ses atouts préférés : nous pousser à nous entretuer, nous les antisionistes : ils se démasquent chaque jour un peu plus, les inconditionnels de « la paix maintenant, la justice jamais » : eh bien nous, nous n’avons plus à nous cacher : « nous sommes tous des Palestiniens », et c’est bien notre seule chance de faire avancer la diplomatie. L’H avec un grand H ? Nous ne le laisserons pas nous diviser, c’est tout. Nous étriper pour des histoires ? Des clous !
La Croix publie n’importe quoi
(Lettre adressée à la rédaction de La Croix et restée sans réponse.[34])
J’ai lu dans La Croix du 22 novembre 2005[35] la page consacrée par votre envoyée spéciale à «Mémoire: Des lycéens viennent "voir" Auschwitz »: j’ai été surprise par les phrases ci-dessous :
"Dans la chambre à gaz et devant les fours crématoires, les gorges restent nouées, certains écrasent une larme... Charles Baron, lui, n'est pas venu "pour voir" mais pour témoigner et dire sa colère contre "ceux pour qui Auschwitz n'a pas été une leçon". Du haut du mirador de Birkenau, il est venu raconter le souvenir qui le hante. Celui de ces enfants juifs que les nazis du camp avaient habillés de longues chemises de nuit blanches pour une macabre mise en scène, un jour de Nouvel An juif. Les enfants "on aurait dit des petits anges", glisse-t-il, furent contraints de faire le tour de l'immense camp à pied, en chantant, avant d'être conduits à la chambre à gaz. 'Leur souvenir ne me quitte plus', souffle l'homme, les yeux rougis".
Charles Baron fait partie du comité de rédaction de la Revue de la Shoah (anciennement Le Monde juif) et mon attention avait déjà été attirée par l’article que Le Monde lui avait consacré au mois de mai sous le titre "Charles Baron, l'enfant de la communale rescapé de huit camps". S’agissant d’un sujet aussi douloureux, j’étais étonnée par la mise en scène qu’il relate, comme si les nazis avaient destiné tout ce récit à un tournage, alors qu’ils ont été tellement discrets sur les autres cruautés pratiquées dans les camps, et qu’on manque d’images sur ce sujet si douloureux au point que Godard s’en est étonné publiquement, adoptant une posture d’incrédulité comparable à celle de l’apôtre saint Thomas sur les chambres à gaz. J’ai donc cherché à en savoir plus, et voici ce que j’ai trouvé :
Le 3 février 1994, on a pu lire dans Actualité juive : "Charles Baron, un ancien déporté lui aussi, évoque dans la froideur d'un baraquement [d'Auschwitz] semblable à ceux où il passa de longs mois une scène dont il fut témoin et que, pendant longtemps, il n'a pas osé raconter, en arrivant à douter de sa réalité. Jusqu'au jour où il en retrouva la trace dans un ouvrage. "Une nuit les SS se sont offert un grand spectacle. Ils ont fait allumer tous les projecteurs de Birkenau et défiler, vêtus de chemises blanches, une soixantaine de garçons, leur faisant faire le tour du camp pour les mener à la chambre à gaz". Ils avaient préalablement fait fermer tous les baraquements.
Ce soir-là Charles Baron vit des soldats russes "des durs de durs, verser des larmes et murmurer "des anges" "(Claude Meyer, "Journée d'étude à Auschwitz"Actualité juive, 3 février 1994, p 11).
Le 3 février 2005, soit exactement onze ans plus tard, on a pu lire : "C'était lors du Nouvel An
juif. Les SS avaient choisi cent enfants de 9 à 11 ans. Ils les ont habillés avec des grandes chemises blanches qui leur descendaient presque jusqu'aux pieds. Vêtus ainsi, ils ressemblaient à des petits anges blancs. ils leur ont fait faire le tour du camp. [C'est-à-dire environ six kilomètres pieds nus en les tenant en joue avec leurs armes]. Ils nous avaient sortis des baraquements pour que nous les regardions passer. Puis, à la vue de tous, ils les ont fait rentrer dans une chambre à gaz. Ils ont amené ces petits anges blancs vers l'enfer. Et ont attendu que les fumées noires et rouges montent dans le ciel. Nous savions qu'ils étaient morts. (Propos recueillis par Claire Staes, "Charles Baron raconte Auschwitz", Ouest-France, 3 février 2005).
Les fragments ici reproduits en gras autorisent quatre constatations :
1)Le témoin a douté de la réalité d'une scène qui, si elle s'était réellement produite, n'aurait pu laisser place à aucun doute. Ensuite, selon lui, son doute aurait disparu le jour où, de cet épisode fantastique, il aurait retrouvé "la trace" ; nous sommes ici dans le vague le plus complet ; nous ne savons pas en quoi a pu consister ce qu'il appelle "la trace" et nous ne saurons rien sur ce mystérieux ouvrage et sur son non moins mystérieux auteur ;
2)En 2005, le récit du témoin s'est enrichi de détails qui, pour certains d'entre eux, ne concordent pas avec le récit de 1994 : les enfants ne sont plus "une soixantaine de garçons" mais "cent enfants de 9 à 11 ans" ; il n'y a plus de "projecteurs", peut-être parce qu'on lui a fait remarquer que, pendant la guerre, les Allemands, à Auschwitz comme partout ailleurs, observaient rigoureusement les règlements de la défense passive ; la réflexion sur les "anges" ne vient plus des soldats russes mais de l'auteur lui-même auquel on a peut-être fait remarquer qu'à l'époque il n'y avait pas de "soldats russes" dans le camp. Enfin, alors que, dans la première version, les SS avaient fait fermer tous les baraquements où setrouvaient le témoin et ses compagnons d'infortune, on voit que, dans la seconde version, les SS ont, au contraire, sorti les détenus des baraquements pour qu'ils ne manquent rien du spectacle ;
3)La note finale sur les fumées noires et rouges me semble encore plus bizarre ; seul un feu de cheminée aurait pu produire un tel effet ; même Jean-Claude Pressac en est convenu (Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000, p. 648-649) et on voit mal les SS attendant tranquillement un feu de cheminée en quelque sorte habituel et normal qui, en outre, aurait entravé le fonctionnement des chambres à gaz, j’imagine.
4)Pour La Croix, M. Baron semble avoir fait encore un effort de mémoire: il a ajouté le son, à un spectacle jusqu’alors muet.
Les commémorations du 60ème anniversaire de la libération d’Auschwitz ont sensibilisé beaucoup de vos lecteurs à ces questions. Je pense que les lycéens émus sont aussi des jeunes qui ont des exigences intellectuelles, et que vous devriez leur offrir un dossier sur les questions inévitables qui surgissent quant à la valeur des témoignages. Les images ont acquis, depuis 1945, un pouvoir hypnotique extraordinaire. Mais la défiance envers elles gagne d’autant. Désormais, les Américains soupçonnent leur propre président de les avoir embarqués dans une guerre injuste en mettant à profit, justement, une simple image d’une effrayante splendeur, celle d’un brasier spectaculaire, un certain 11 septembre ; cette image a rendus possibles toutes sortes de mensonges dans les mois qui ont suivi, avec des conséquences mondiales dramatiques ; les chrétiens de gauche du Réseau Voltaire remettent en question les explications officielles sur l’effondrement du WTC, et leur campagne mondiale rencontre un succès croissant. L’image d’une beauté poignante, des cohortes d’enfants dans leurs chemises de nuit blanches, marchant longuement vers leur propre embrasement, est visiblement destinée à s’imposer comme telle ; dans la chanson de Roland ou tout autre produit artistique, elle ferait merveille ; mais l’évolution de la mémoire de M. Baron montre que sans un minimum de cohérence avec les faits attestés, une image ne suffira jamais à emporter la conviction en matière d’histoire et de construction de l’imaginaire politique. M. Baron est peut-être un peu trop âgé pour s’expliquer ? Il a peut-être du mal à retrouver « l’ouvrage » qui lui a rendu la mémoire ? Merci d’avance de me faire connaître d’autres éléments d’information sur cet épisode atroce. Et peut-être n’est-il pas trop tard pour que vous appreniez à vos « envoyées spéciales » à être prudentes ; l’enjeu politique sur les récits de guerre et d’Holocauste est énorme, la récente résolution de l’ONU, proposée par Israël, vient de le souligner… Vous n’ignorez pas qu’un rescapé de Mauthausen, président de l’association des déportés espagnols, s’est révélé il y a quelques mois n’être qu’un escroc, et à ce titre, il a été déchu de ses responsabilités. En tant que lectrice de La Croix, je préférerais ne pas avoir à découvrir que La Croix se fait berner sur une question explosive ! Les retours de flamme sont souvent dévastateurs.
Après la victoire de Gaza, l'effondrement du DHOGME
[Une conférence internationale s'est tenue à Téhéran du 3 au 5 mars 2009 sur le thème "Palestine, le symbole de la résistance, Gaza, la victime du crime". Le texte ci-dessous y a été lu dans la commission "Politique et résistance". ]
Les massacres de Gaza, tels un boomerang, se sont déjà retournés contre les assassins, a écrit René Naba[36], constatant que cette initiative a tué la crédibilité de l'Etat d'Israël, qui ne peut plus désormais prétendre à la considération de l'Occident, puisqu'il voudrait que lui soit reconnu le « droit » de massacrer les Palestiniens, et que le nettoyage ethnique soit reconnu comme un droit pour lui seul. L'entité sioniste revendique ouvertement un privilège exorbitant : celui de commettre des crimes de masse en toute impunité ; et elle voudrait en outre que les lois punissent pour antisémitisme toute référence à l'universalité des principes de l'éthique et du droit quand il s'agit de ses crimes. Les soi-disant démocraties occidentales, issues de la défaite de l'Allemagne en 1945, avaient lancé les concepts de « génocide » et de « crime contre l'humanité » pour désigner les entreprises d'extermination contre des groupes humains spécifiques. Toute une législation s'est bâtie sur l'idée que les juifs européens avaient été victimes de la mise en pratique d'un projet génocidaire sans précédent, et que ce crime était tellement exceptionnel que, contrairement à tous les autres crimes, il devait être imprescriptible dans le temps. Mais après la victoire de Gaza, les penseurs antisionistes peuvent célébrer leur triomphe complet, car c'est le cœur même de l'idéologie sioniste qui est atteint. En effet, l'Etat d'Israël et les lobbies pro-israéliens, qui prétendent ancrer la légitimité d'Israël dans la réparation d'un génocide, n'ont désormais plus aucun argument, ni sur le plan religieux, ni sur le plan de la rationalité élémentaire, ni sur le plan du droit universel. C'est le fondement même de l'Etat israélien qui s'évanouit.
1. L'ampleur de la contestation du privilège de la souffrance juive
- Se sentant dans une position d'immense faiblesse matérielle, mais d'autant plus forts moralement, Africains et descendants d'Africainsont choisi en 2001, lors de la conférence de Durban organisée par l'ONU sur le racisme, de reprendre les termes mêmes des textes officiels sur génocides et crimes imprescriptibles contre l'humanité, ainsi que les applications juridiques qui en découlent. Ils tentent depuis lors d'obtenir des réparations comparables à celles qu'extorque l'entité sioniste sous prétexte de génocide et de crime contre l'humanité juive. Nous avons tous les documents comptables permettant d'évaluer les crimes liés à la déportation de masse et à l'esclavage industriel pratiqué par l'Europe pendant des siècles. Il est donc facile de calculer la dette de l'Europe envers l'Afrique. Mais les efforts parfaitement légitimes des Africains et descendants d'Africains provoquent un rejet automatique de toutes les instances sionistes, juives ou non. Ce rejet est spectaculaire, et très utile à la prise de conscience mondiale, car il met en évidence que l'argumentation officielle pour faire admettre en droit les notions de génocide et de crime imprescriptible contre l'humanité est fallacieuse : dans l'esprit de ses concepteurs, il ne s'agissait que de donner une assise législative au privilège exclusif que les sionistes voulaient s'arroger !
- Un autre argument, dépassant largement l'intérêt spécifique des Africains, est invoqué par des descendants d'Africains déportés en Amérique: quelle que soit la dimension exacte de la persécution contre certains groupes d'Européens pendant cinq ans durant la guerre civile intra-européenne de 1940 à 1945, elle ne saurait être plus systématique que celle qui a été pratiquée systématiquement par les Européens sur les Non-européens pendant quatre siècles, qu'il s'agisse de la chasse aux autochtones américains (implacable dans les Caraïbes et en Amérique du Nord), de la déportation meurtrière des Africains, ou des massacres organisés en Amérique, en Afrique, en Océanie et en Asie pour s'imposer militairement. Or, comme l'a dit le poète Aimé Césaire dès les années 1970, les Européens ne s'indignent que des massacres commis sur des Européens ! Leur sentimentalisme à propos de l'holocauste germano-juif ne saurait donc constituer une référence éthique, et il est temps de souligner l'hypocrisie de l'hystérie occidentale sur un sujet qu'ils caressent d'une façon obscène.
-Le président Ahmadinejad a depuis 2006 formulé l'argument logique qui fait l'adhésion du monde entier :pourquoi les Palestiniens devraient-ils payer pour des crimes commis en Europe par des Européens contre d'autres Européens ? C'est un argument de simple bon sens, à la fois strictement rationnel, et basé sur le sens élémentaire et universel de la justice. La campagne mondiale pour que les criminels de guerre israéliens soient jugés après Gaza repose sur la même logique élémentaire et irréfutable. Ainsi, on peut dire que désormais l'Afrique globale et l'Asie globale ont répondu par des arguments divers mais convergents à la dernière tentative de l'Europe globale pour imposer sa domination hors de son territoire naturel par des sophismes, ce qu'a été la création frauduleuse de l'Etat d'Israël, manigancée par USA et Grande Bretagne pour leur servir de tête de pont coloniale, tentative désormais condamnée irrémédiablement.
- Le carnage de Gaza nous fait voir à son tour l'Amériqueglobale se dresser contre les privilèges sionistes: le pays où la population autochtone a gardé le plus de force, en nombre et en fidélité à sa culture, la Bolivie, a expulsé l'ambassadeur des USA et fermé la représentation d'Israël. Ce double geste magnifique est issu de la logique du « soummoud » de la fidélité à la terre, que les Aymaras et Quechuas appellent d'un seul nom, la Mère. Pour eux, défendre leur terre (où les USA prétendaient organiser une sécession territoriale) et défendre l'attachement des Palestiniens à la Palestine , c'est obéir à un seul et même impératif. Le Venezuela a pour sa part expulsé l'ambassadeur d'Israël ; il s'agit d'un pays plus occidentalisé, riche, moderne et indépendant dans sa diplomatie, régulièrement attaqué par la colonie sioniste qui y réside, et par les médias sionistes. Le prestige du Venezuela est immense dans le monde arabe, parce que la dynamique portée par le président Chavez est soutenue par le grand projet d'unification du continent hispano-américain dans la souveraineté et sur des bases de justice sociale qui était celui de Simon Bolivar, héritier direct de la générosité du penseur français Jean-Jacques Rousseau. Le président Chavez est donc respecté en tant que porteur de la tradition grandiose de son pays, que les Arabes et les musulmans en général voudraient faire triompher chez eux. Enfin, l'autre pays phare de l'Amérique résistante à l'impérialisme occidental, Cuba, qui subit un blocus voté exclusivement par deux superpuissances depuis 40 ans, les USA et l'Etat d'Israël, a ramené le débat sur le terrain de la simple historiographie, par la voix de son président historique, Fidel Castro: le 13 février 2009, celui-ci a rappelé dans une lettre publique que c'est l'URSS qui a libéré de la captivité des millions de personnes, parmi lesquelles de nombreux juifs – mais sans la moindre exclusivité – alors que les Etats-Unis n'avaient rien fait pour protéger les détenus d'Auschwitz. Par la résonnance de ces trois fortes voix, Evo, Chavez, Fidel, c'est l'Amérique globale qui porte à son tour un coup fatal aux prétentions sionistes de contrôle sur le discours. Rebondissant à son tour, la Mauritanie rompt ses relations diplomatiques avec Israël, montrant que la dynamique issue de la victoire de Gaza se répand et qu'elle est irréversible.
-Les juifs les plus honnêtes, aux USA, en Israël et ailleursassènent eux aussi, en tant que tels, des coups mortels aux Maîtres du discours, depuis une dizaine d'années. Reprenant leur tradition universaliste, celle qui a donné son souffle planétaire au marxisme, les intellectuels juifs laïques soucieux de justice sociale sont souvent les plus frontaux et plus agressifs depuis des années contre le lobby pro-israélien, parce qu'ils perçoivent à juste titre que celui-ci conduit inéluctablement à la haine généralisée contre les juifs. Les Israël Shamir, Ilan Pappe, Paul Eisen, Norman Finkelstein, Gilad Atzmon, Jeffrey Blankfort etc, reprenant l'héritage d'Israël Shahak, démontrent en multipliant les publications inspirées par la générosité de la gauche, que le sionisme est dangereux pour tous les Occidentaux, de même que Marx avait édifié une critique implacable du capitalisme, parce qu'il en était spécialement bien placé pour en reconnaître les racines, perversement dérivées des traditions juives. Et ces laïques juifs radicaux sont en parfait accord avec les juifs les plus religieux, qui soulignent la criminalité des sionistes, bien avant la deuxième guerre mondiale, contre les juifs eux-mêmes ; c'est précisément le point d'histoire sur lequel enquêtent et prêchent les rabbins « Neturei Karta », qui remercient le président Ahmadinejad pour ses efforts afin de démanteler pacifiquement et rapidement l'entité sioniste.
2. C'est maintenant l'Europe globale qui élève la voix, à partir de sa tradition culturelle propre
L'Europe s'est vidée de sa sève dans les tueries auxquelles elle s'est livrée chez elle en déclenchant deux guerres mondiales au XXème siècle, après avoir saigné les autres peuples. Vue depuis les autres continents, c'est un grand corps inerte qui se laisse remorquer, telle une épave, par les USA ; tout ce qui lui reste de vitalité s'épuise dans les soubresauts de ses vieilles querelles idéologiques périmées. Mais on peut enfin percevoir ses arguments propres contre le mensonge sioniste, issus de sa tradition singulière, parce que les jeunes générations fortes de l'esprit des autres régions du monde dont proviennent leurs parents s'en font l'écho, l'épée et le bouclier. Le front uni, toutes idéologies et générations confondues, qui se constitue en ce moment en Europe contre les principes fondateurs de l'Etat d'Israël permettra à l'Europe globale de de retrouver l'honneur, cet honneur que l'Occident a fini de perdre avec le dernier de ses délires d'impérialisme mondial, le soutien à la création frauduleuse de l'Etat sioniste.
La particularité de la culture européenne, ce qui la distingue de toutes les autres cultures au monde, est d'avoir scindé en deux l'exercice de la connaissance, en séparant radicalement philosophie et religion. D'une part le christianisme et sa théologie, de l'autre la raison conquérante, s'efforçant de dompter sans relâche l'esprit lui-même, les hommes et leur environnement. Dans la théologie européenne, l'accent est mis sur l'incarnation de Dieu en une personne singulière, précise, Jésus, celui qui réussit effectivement à partir de sa mort en martyr à convertir une grande partie des juifs à la religion de l'amour ; dans la philosophie européenne recherchant l'abstraction la plus universelle, l'accent est mis sur la beauté parfaite et la puissance de la méthode rationnelle, discursive, pour déchiffrer le réel. Nous assistons en ce moment à la rencontre des deux exercices, celui de la théologie chrétienne et celui de la méthode scientifique, telle qu'elle a été exaltée dans sa qualité diamantine par Descartes : telles les deux branches d'une pince, elles convergent désormais pour fracasser l'ossature idéologique du sionisme.
- D'une part quelques religieux très soucieux de fidélité à la tradition, à la racine de la spiritualité européenne, s'expriment contre la falsification du dogme chrétien qu'impliquerait la soumission au dogme sioniste du caractère unique, absolument exceptionnel, des persécutions subies par les juifs entre 1940 et 1945. Pour ne pas répéter le détail de ce que recouvre ce dogme fallacieux, je propose de m'y référer simplement comme leDHOGME « Dogme de l'Holocauste » ou « Dogme de l'Unicité des Persécutions Contre les Juifs ».Il s'agit bien d'implanter un culte, comme le prouve l'habitude des dirigeants politiques d'aller s'incliner devant le monument de Yad Vashem comme préalable indispensable s'ils aspirennt à être des interlocuteurs de l'entité sioniste. Pour les chrétiens, nul groupe humain ne saurait prétendre que ses souffrances méritent un culte, c'est une supplantation inadmissible du rôle de Jésus-Christ, l'innocent dont les souffrances parfaitement injustes ont précisément racheté l'humanité, et commandent de surmonter la colère due aux pires injustices, au nom de la reconstruction de l'humanité par l'amour. Mgr Williamson et le père Floriano Abramowicz en Italie ont prononcé les paroles décisives pour que tous les chrétiens redécouvrent le caractère primordial de cette logique fondatrice du christianisme, aux antipodes de la théologie des pharisiens telle que le Jésus historique la combattait, la pseudo-théologie judaïque à laquelle les sionistes prétendent se référer. Les médias voudraient nous faire croire que ces deux chrétiens exceptionnels sont isolés, et queles chrétiens d'Occident sont des alliés convaincus du sionisme. Mais cette situation est provisoire, l'Eglise est travaillée en profondeur à la fois par l'argumentation strictement rationaliste et par le sacrilège que constitue le DHOGME[37].
-D'autre part le peuple découvre et admire le travail de Robert Faurisson,l'historien pionnier qui affronte sur le terrain des récits de la Seconde guerre mondiale le DHOGME, depuis bientôt 40 ans. Cette curiosité nouvelle et générale s'est manifestée dans les applaudissements de 5000 personnes réunies autour du comédien antisioniste Dieudonné, qui avait lui-même invité Robert Faurisson à son spectacle, et l'a fait applaudir à son tour. Les médias occidentaux relaient bien involontairement les deux dynamiques, celle qui part de l'univers religieux, et celle qui part du bon sens populaire, chaque fois qu'ils rendent compte de la moindre manifestation de la révolte européenne contre l'idéologie sioniste. Le simple énoncé des faits, de la multiplication des faits, alors même qu'elle est assortie de vitupérations et d'insultes, suffit à faire progresser la prise de conscience de la duperie sioniste.
-Je ne m'exprimerai passur les conclusions des recherches historiques de Robert Faurisson, parce que la loi française me l'interdit. Robert Faurisson utilise exclusivement la méthode cartésienne pour invalider le DHOGME, l'applique avec une minutie digne des miniaturistes persans, et montre que ses adversaires ne la respectent pas. La loi française interdisant d'en discuter est en profonde contradiction avec la tradition cartésienne française. On ne connaît, souligne Robert Fraurisson lui-même, dans le monde occidental, qu'un seul exemple de loi interdisant le débat d'historiens sur une période historique donnée, en République dominicaine, sous la dictature d'un tyran qui n'a laissé que de mauvais souvenirs à son pays, le général Trujillo, fantoche au service des USA. Les Iraniens ont donc le privilège d'être mieux informés que les Français sur la teneur des arguments de Robert Faurisson et de ses disciples, qu'il nous est pour le moment interdit de répéter, ce qui extrêmement humiliant pour les Français ! En tant que Française, mon but est d'aider la France à retrouver son honneur et le respect des autres nations en convainquant les Français de la nécessité de faire évoluer son actuelle législation monstrueuse. Je remercie les autorités iraniennes de me donner ici, à l'occasion de cette conférence internationale sur la Palestine, une chance unique de proclamer précisément ce que les patrons de la presse française refusent de transmettre. Je vais m'attacher à montrer que, même dans le cadre du respect d'une certaine loi française absurde, on peut en finir avec l'usurpation mortifère de la parole publique par l'entité sioniste.
-L'adhésion populaire à l'antisionisme, et l'indignation face au dogme sioniste de l'unicité des persécutions endurées par les juifs d'Europe entre 1940 et 1945, n'est pas nouvelle. Elle s'est exprimée par la voix de Roger Garaudy dès 1995, avec son livreLes Mythes fondateurs de la politique israélienne. Roger Garaudy appartient à une famille chrétienne modeste. C'est à elle qu'il doit au départ sa formation spirituelle et sa foi en l'humanité, par delà ses crimes, et par delà les persécutions qu'il a subies lui-même de la part des institutions françaises et en provenance de son propre camp idéologique. C'est la foi en l'homme, et la passion de la justice sociale, qui l'ont fait grandir, et l'ont fait respecter en tant que philosophe et en tant que communiste. En tant que communiste, il est considéré comme le ministre de la culture du communisme international des années 1950-1973. Il a été rejeté ensuite par les autorités communistes françaises lorsqu'il s'est opposé à l'intervention russe en Afghanistan. Par là, il défendait la souveraineté du monde musulman, et il tentait de ramener le communisme à sa dimension spirituelle originaire, celle de réalisation de la justice sociale en accord avec la tradition laïque et rationaliste européenne, qui n'a jamais inclus l'impérialisme ni la tyrannie dans ses principes, quoique bien des usurpateurs, à partir de Napoléon, aient voulu le faire croire. Roger Garaudy s'est ensuite converti à l'islam, sans renier ses engagements chrétien et communiste. Sa conversion signifiait pour lui l'intégration à « la religion dominante parmi les dominés », elle était donc l'aboutissement le plus logique possible, le plus cartésien, de sa passion religieuse pour la justice. Et il continue à affirmer que toute sa vie s'est organisée comme fidélité au message de Jésus. Par la richesse et la cohérence de sa trajectoire, Roger Garaudy reste une image vivante de la sensibilité populaire française, malgré les persécutions politiques qu'il a endurées sans une plainte, comme il avait accepté d'aller en camp de concentration et d'être condamné à mort quand il résistait au nazisme.
- Ce qui est nouveau, c'est la persécution à très grande échelle,par les défenseurs de l'entité sioniste, de tous ceux qui, comme Roger Garaudy, s'attaquent au cœur du DHOGME. En effet, nous assistons à des tentatives désespérées pour faire appliquer dans chaque pays une directive acceptée du bout des lèvres par le parlement européen, interdisant le débat sur le DHOGME. Il s'agit d'instaurer partout des lois comparables à la loi Gayssot de 1990. C'est en Allemagne, pays occupé militairement encore aujourd'hui, et qui a le statut de vaincu depuis 1945, que les juges, entièrement soumis à l'Etat d'Israël, exercent la répression la plus violente et visible. Même l'avocat d'une personne accusée d'insoumission au DHOGME peut se retrouver en prison à la sortie d'une audience (Cas de Sylvia Stolz). On compte en Allemagne des centaines de prisonniers politiques, pour violation du DHOGME, dont l'ingénieur chimiste Germar Rudolf et l'historien et artiste Ernst Zundel. L'Allemagne se permet en outre de faire capturer dans d'autres pays des étrangers, et de les juger pour des soi-disant délits qui ne sont pas poursuivis dans leurs propres pays, tel l'Anglais David Irving (des tentatives sont en cours contre l'Espagnol Pedro Varela, l'Australien Frederik Toben, les Français Vincent Reynouard et Robert Faurisson). L'Allemagne ne craint pas de faire condamner plusieurs fois une personne pour les mêmes simples paroles : ainsi l'avocat Horst Mahler, condamné à 73 ans à 6 + 4 années de prison, et plusieurs procès l'attendent encore. En ce moment, la seule limite à la répression est l'abolition de la peine de mort, générale en Europe. Mais lorsque des peines de prison ne sont pas prononcées, les sanctions financières sont énormes. Dans des pays où toutes les activités sont entièrement encadrées par le carcan monétaire, c'est une technique d'étouffement efficace, parce qu'elle dissuade absolument tous les relais de transmission de jouer leur rôle: journalistes, éditeurs, magistrats et avocats, tous sont muselés par les procès ruineux qui les guettent à la moindre tentative.
-Le cas le plus extraordinaire de persécution d'un résistant au DHOGME est celui d'un Israélien,écrivain au talent immense, qui se trouve évacué de la circulation des idées et de tout débat, simplement par l'effet de contagion de la condamnation financière de ses éditeurs en France :Israël Adam Shamir, Russe de naissance et Palestinien d'adoption, auteur traduit en 20 langues et très admiré par d'innombrables lecteurs sur internet, a d'abord été publié, en 2003, par un éditeur prestigieux, Balland, associé à un éditeur courageux, Blanche. Le CRIF a obtenu que son livreL'Autre visage d'Israël, soit retiré de la vente ; peu de temps après, Balland déposait son bilan. Un pieux éditeur musulman de Paris, seul, a eu le courage de rééditer le livre : Al Qalam, 220 rue Saint-Jacques, 75005 Paris, puis a été condamné à une amende de 15 000 euros. Pas un journaliste, pas un intellectuel, pas un académicien, pas un député, pas un religieux n'a osé prendre la défense des éditeurs ou de l'auteur. Pas un seul n'a même transmis au public d'information sur cette affaire monstrueuse. Pas un seul antisioniste n'a osé souligner que Shamir est justement le penseur israélien le plus important, car c'est celui qui contribue le plus courageusement par le discours au démantèlement pacifique et rapide de l'Etat d'Israël, comme le demande le monde entier. En fait Israël Adam Shamir est celui qui attaque avec le plus de profondeur le DHOGME. Dans son livre le plus récent, il démontre que les sionistes s'accrochent à leur DHOGME irrationnel simplement comme outil pour mesurer le degré de servilité des Occidentaux, et donc mieux cibler les résistants à éliminer préventivement, comme ils le font en Palestine. Ce faisant, d'ailleurs, ils nous permettent à tous de constater que les plus courageux, comme en Palestine, sont aussi les plus dangereux pour l'entité sioniste. Pour rompre l'encerclement, nous avons adressé à une centaine d'intellectuels, journalistes, religieux et députés, en janvier 2009, un exemplaire du livre en question – publié aux USA, en France c'est impensable –La Batailledu Discourspar Israël Adam Shamir[38]. Si ces lecteurs prestigieux persistent dans leur silence, ce sera au moins une indication qu'ils ne le trouvent pas scandaleux…
Auteur d'articles admirables de défense du Hamas en Palestine et du Hezbollah au Liban, défenseur sans peur de la conférence de Téhéran sur l'Holocauste en 2006 et du droit des historiens à enquêter sur tous les sujets, Shamir s'est converti au christianisme orthodoxe palestinien pour rompre définitivement avec le principe de gouvernement des sionistes qui consiste à appliquer des lois différentes aux juifs et aux autres. Les campagnes actuelles pour le boycott d'Israël, à l'imitation des campagnes contre l'apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980, sont le développement exact de ce que Shamir défend depuis le début de la Deuxième intifada, en 2000. Ce que tous tentent de cacher parce que cela nous fait honte à nous tous les Occidentaux, c'est que Shamir s'est converti au christianisme selon la même logique de fraternité que Mordechai Vanunu, le héros israélien qui a révélé au monde la puissance nucléaire d'Israël ; l'ingénieur Vanunu a fait pour cela 18 ans de prison, et reste traité, en Israël, comme un prisonnier chez lui, n'ayant pas le droit de s'exprimer avec le moindre journaliste...
Et voici maintenant les bonnes nouvelles en provenance d'Europe:
·En Espagne, le Tribunal Constitutionnel a établi qu'il est conforme à la constitution et à l'esprit de la démocratie de protéger la recherche scientifique et donc de débattre sur n'importe quel génocide.[39] Par cette décision, c'est tout le peuple espagnol qui montre sa volonté de combattre le DHOGME. En effet, l'arrêt du Tribunal Constitutionnel est l'aboutissement du combat judiciaire d'un éditeur qui n'hésite pas à défendre les idées de Robert Faurisson à travers de nombreux titres, et qui publie, seul contre tous, Israël Adam Shamir.
·En Italie, alors que la presse annonçait l'approbation par les députés d'une directive européenne rendant obligatoire la soumission au DHOGME, la manœuvre sioniste a échoué à la dernière minute.[40]
·En France, les sionistes n'ont toujours pas réussi à faire condamner Robert Faurisson pour falsification de l'histoire ; ils parviennent tout au plus à le faire condamner pour insoumission « antisémite » au DHOGME, mais jamais pour violation des normes de la recherche historique, ce qui est très important pour les Français, se considérant tous comme les meilleurs héritiers de Descartes et de la rationalité en général. Ainsi donc, malgré les pressions sionistes, et à leur corps défendant, les juges français confirment que la loi Gayssot est une loi despotique validant l'absurdité et condamnant la rationalité !
·En France encore, plusieurs procès ont eu lieu récemment contre des paramilitaires sionistes prétendant justifier des agressions physiques contre des militants antisionistes par la défense du DHOGME. Et ces procès débouchent sur des condamnations, ce qui n'arrivait jamais auparavant ! (affaires Shoemann, Skandrani etc)
·Sur internet, la bataille pour la censure autour de tout ce qui combat le DHOGME ne donne aucun résultat, au contraire, les sites rebelles prolifèrent dans toutes les langues, les mises en place de filtres, par exemple sur le site légendaire où l'on peut lire les œuvres complètes de Robert Faurisson (tel http://www.aaargh.codoh.com ) sont contournés de mille façons, etc.
La résistance extraordinaire de Gaza a entre autres effets celui de fortifier le sens critique contre les fondements de l'entité sioniste. Celle-ci prétendait écraser par le massacre la volonté de résistance locale, et intimider par une démonstration de férocité le reste du monde. Mais les lobbies pro-israéliens, dans chaque pays, se trouvent maintenant à la défensive et contraints d'étaler leur volonté de censure et de répression, d'avouer la fonction purement policière du DHOGME. A partir du moment où la répression et la censure deviennent voyantes, leur effet est annulé. Rien ne peut arrêter les vérités importantes, parce qu'elles sont indissolublement liées à la beauté et à la justice, comme l'a établi en raison pure la philosophie européenne, ce qui nous a été transmis depuis les dialogues de Platon. Au contraire, l'absurdité, lorsqu'elle se joint à l'abus de la force sur les innocents et à la laideur de ce qui n'est commandé que par la rapacité, suscite la multiplication de la résistance par elle-même, à partir des horizons les plus divers. L'horreur de Gaza est le socle sur lequel est en train de se redresser l'Europe globale ; nous retrouvons notre humanité dans un projet réunissant droite et gauche, religieux et laïques, prolétaires et élites, chrétiens, musulmans, juifs et autres encore, Européens de souche et de branche, jeunes et vieux, contre nos lobbies pro-israéliens, dans chaque pays ; et les malfaiteurs découvrent qu'ils sont seuls et qu'ils ont définitivement perdu la guerre. Comme l'a écrit le révolutionnaire vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez, dit « Carlos », détenu en France pour avoir organisé l'attaque antisioniste d'Entebbe, « la vérité peut être elle aussi dévastatrice lorsqu'elle met à nu les turpitudes morales de l'ennemi. Car, à un certain niveau, ces mêmes turpitudes deviennent d'insignes faiblesses. Tous nous devons, chacun d'entre nous doit, en conséquence, œuvrer à dénoncer inlassablement et flétrir les ruses d'un système dont la perversité morale est inégalable à ce jour. Notre combat est d'abord idéologique car il nous faut d'abord abattre les murailles de mensonge qui protègent la citadelle de l'iniquité… »[41]. C'est ce que nous faisons tous à Téhéran, et nous remercions le Hamas et les Gazaouis de nous donner l'exemple, sans hésiter à en payer le prix. Soulignons enfin la parenté spirituelle entre Garaudy et « Carlos », l'un représentant la génération de la guerre et de l'indépendance de l'Algérie, l'autre la jeunesse disciple du premier ; tous les deux étaient issus de familles chrétiennes ; tous deux ont donné leur vie au combat anti-impérialiste, et tous les deux ont découvert la nécessité pour eux de l'islam révolutionnaire, après avoir constaté dans l'action l'impasse que constitue un combat sans référence spirituelle. Dans l'Europe à demi-morte, l'islam aide, en ce moment, la tradition chrétienne à renaître et à reprendre son rôle vital contre la déshumanisation de l'homme occidental.
L’Inconnue c’est moi
Robert Faurisson est un cauchemar qui rôde, guettant journalistes, juges, politiques, et tout ce qui a une place au soleil à défendre. Son nom bizarre est presque synonyme de monstruosité, on ne le mentionne qu’avec un frisson d’épouvante. Et pourtant, c’est un petit bonhomme qui, à quatre-vingts ans, ressemble complètement à tous ces vieux messieurs qu’on voit bavarder si poliment en attendant leur tour à la boulangerie, le matin dans nos villages. La société française a tellement changé, depuis leur jeunesse, et la langue française a si vite changé, depuis leur temps, qu’on a tendance à oublier qu’ils ont su peser sur le destin de la France, avec leur ringardise surannée. En fait, on n’imagine même pas de quel poids ils vont pouvoir intervenir sur l’avenir de l’Europe, s’ils acceptent de reconnaître comme leur représentant le célèbre « Polisson ».
Dieudonné a bravement tiré le personnage du ghetto d’extrême-droite caricaturale où la rumeur était parvenue à l’enfermer, à l’étouffer, déclenchant la fureur des bien pensants, et la curiosité des honnêtes gens. Il a ainsi pu commencer donc une nouvelle étape joyeuse, le petit vieux « aux pruneaux plutôt confits », comme dit l’humoriste, qui ne craint pas de reconnaître publiquement le courage de son invité. Il est temps, après cela, de prolonger l’élan critique de Dieudonné, porté par l’indignation populaire contre le sionisme, réactivée par les tueries de Gaza, qui commençèrent précisément le 27 décembre 2008, comme une réactualisation du massacre des innocents par Hérode au temps de Jésus. Il faut, encore et toujours, attaquer l’ennemi sur le front des valeurs intellectuelles et morales que les juifs prétendent si souventincarner, certains d’ailleurs presque de bonne foi.
En Confidence, « dialogue avec l’Inconnue », par Robert Faurisson, éd. Pierre Marteau, 2009, est un document qui appartient au genre littéraire de l’autobiographie et de la confession, mais aussi de l’essai historique et de la critique littéraire. L’auteur et personnage y apparaît comme celui qu’il n’a jamais cessé d’être : un enseignant passionné par les auteurs qu’il admire, quelqu’un qui a cherché à ressembler aux héros de ses romans préférés, et quelqu’un de redoutable pour traiter notre monde comme une vaste scène de comédie dont il est le Molière. La modestie et la nécessité de garder la tranchée où l’ennemi l’a acculé depuis 1979, avaient empêché Robert Faurisson de développer ses analyses sur le rapport entre la légende de l’Holocauste et d’autres manifestations de la barbarie occidentale. Je l’ai poussé à formuler ici de fines appréciations issues de son vécu de l’occupation allemande et de la libération ; elles feront sens pour les jeunes générations, qui ont le sentiment confus mais lancinant de vivre sous une occupation multiforme, d’être empêchés en permanence de déployer leur pleine humanité.
Ce dialogue que j’ai voulu est un fruit longuement mûri, depuis 1995, l’année où, de façon fortuite, étant maître de conférences à l’université de Paris VIII Saint-Denis, j’ai découvert l’énormité du tabou pesant sur les universitaires français, et qui empoisonne totalement leur activité de recherche et de transmission, conduisant inéluctablement à la mort spirituelle de notre pays, bien au-delà de la corporation des historiens. Découvrant Faurisson après avoir lu Garaudy, le plus généreux des communistes, le plus chrétien des staliniens, le plus digne d’être lu par le peuple, parmi les philosophes, et le plus cohérent dans l’internationalisme ouvrier, j’avais tout de suite été frappée par la qualité extrême de l’écriture de Faurisson, d’une rigueur impeccable, tout comme son argumentation. La rencontre entre les deux personnalités sur un certain point d’histoire tenait du miracle, car tout les opposait par ailleurs. Mais il n’était pas facile, jusqu’à maintenant, de faire partager l’admiration spéciale qu’on éprouve à lire le proscrit Faurisson.
Le révisionnisme sur la deuxième guerre mondiale a pris une place vacante : celle des lectures libertines des siècles précédents : terriblement excitant dans la clandestinité solitaire de l’internet, ou avec des complices bien délurés, de préférence au lit, d’ailleurs. Combien de jeunes morts de rire, entre eux, depuis des années, en découvrant l’histoire de ce prof foutu à la porte, déclaré assassin en chef de la mémoire, et perçant ses assassins à répétition, avec sa ténacité glaciale et son stylet implacable ! Mais Faurisson n’a pas engendré de gros mot hideux, comme le marquis de Sade, qui n’a pu empêcher son nom d’être associé à la plus triste cruauté. On a inventé pour le discréditer le néologisme nébuleux « négationniste », mais… les intellectuels noirs s’en sont emparés pour donner à ce terme un contenu légitime, comme ce qui contribue à dénier la parole à toute une partie de l’humanité. En effet, ils succombent moins que les autres aux plaisirs défendus du faurissonage. Non, si elles ne faisaient pas l’objet d’un interdit, les polémiques sur les chiffres d’Auschwitz n’ont aucune raison de passionner qui que ce soit en dehors des gens qui y ont perdu des membres de leur famille, et qui demandent justement des comptes exacts. D’ailleurs, disent les penseurs noirs, la communauté juive organisée a toujours menti, cela n’a certainement pas commencé avec le sionisme ! Que sont les exagérations à propos d’Auschwitz à côté de la manipulation criminelle de l’opinion pendant des siècles ? C’est autour des juifs influents et respectés que s’était constituée toute la chaîne du profit issue du trafic des esclaves africains, ils sont parvenus à faire considérer cela comme une activité normale et honorable par tout le monde en Occident, ils ont acheté le Vatican et toutes les classes dirigeantes chrétiennes, puis après avoir saigné longuement l’Afrique, ils ont été les grands alliés de l’Afrique du sud raciste. Pouvait-on faire pire que de refuser l’humanité à tout un continent, attitude qui se reproduit encore tenacement dans le subconscient occidental et au-delà, et cela seulement pour le profit matériel ? Que leurs héritiers effrontés se posent en victimes et en donneurs de leçon ne saurait égarer un Africain ou descendant d’Africain ! Et depuis Auschwitz, n’ont-ils pas continué à mentir sur mille autres sujets ?
De l’intérieur, c'est-à-dire en examinant l’Holocauste comme le lieu de la bataille pour le contrôle de l’histoire entre Occidentaux, Faurisson a gagné, puisque aucun historien ni tribunal n’a pu établir qu’il ait jamais falsifié des données historiques. Le procès qu’il a intenté à Robert Badinter en 2007, il l’a moralement gagné, puisque le tribunal a reconnu en sa faveur une « diffamation de bonne foi ». Robert Badinter est le diffamateur, oui, et c’est la justice française qui l’a confirmé : du point de vue de la science, de l’application de la méthode cartésienne, Robert Faurisson n’a jamais été pris en défaut. Didier Daennincks, appelé à la rescousse par les avocats de Badinter, a été lamentable ; c’est en toute mauvaise foi qu’il a tenté de dresser les juges contre Faurisson, et il n’y est pas parvenu.
De l’extérieur, le point de vue des héritiers de la colonisation européenne, nous parvient un grand éclat de rire : comment les Européens, qui se croient si malins, qui sont si fiers de leur scepticisme systématique, ont-ils pu croire à ces calembredaines holocaustiques ? De fait, les Israéliens en font des blagues et haussent les épaules.[42] Les juifs ayant des responsabilités et revendiquant leur judaïté nepeuvent plus nous forcer à y croire. Et les meilleurs des intellectuels juifs nous aident à rétablir l’échelle des valeurs normale : quels que soient les chiffres et les armes utilisées, la mort d’un juif n’a aucune raison de peser plus que la mort d’un non-juif.
Le président Obama a prononcé les mots qui déclarent la fin de l’holocultisme malsain, en comparant simplement le calvaire de Gaza à Auschwitz. Il a tranché le nœud gordien, il a mis fin au tabou. L’imagerie d’Auschwitz va pouvoir retrouver une dimension normale, dans le goût sanglant du syncrétisme judéo-chrétien propre à l’Europe, au rang des sainte Lucie portant deux paires d’yeux, l’une dans ses orbites, l’autre nnous fixant depuis une assiette, sainte Agathe offrant ses beaux seins coupés sur un plateau, saint Denis sa tête entre les mains, Sainte Julitte et saint Cyr mijotant chacundans un chaudron d’huile bouillante, etc. Pour aboutir à l’apaisement, le combat de Robert Faurisson aura été indispensable. C’est grâce à lui que nous pourrons faire le tri entre le symbolique, à sa place dans le réalisme magique de la littérature orale et populaire, et le reste. Notre Faurisson a payé très cher pour nous aider à retrouver la raison ; voilà pourquoi il appartient à tous. Nous lui devons d’avoir élevé l’exactitude en histoire au rang de vertu cardinale, ce qu’elle n’avait jamais été, malgré les prétentions des historiens, qui ne s’en servent habituellement que dans la stricte mesure où ils peuvent faire en sorte que cela les arrange. Et il a obligé ses lecteurs à distinguer les historiens honnêtes des propagandistes sans scrupules. Il a montré que le pouvoir sioniste avait un besoin essentiel de mensonge sur ses origines. Ce faisant, il mérite tous les hommages des anticolonialistes. Et cela va encore plus loin : le travail de Faurisson, basé sur cette méthode de départage toute de minutie artisanale, débouche sur le démantèlement de la toxicité du mode de vie moderne qu’incarne et vante l’Occident.[43] C’est de droite et de gauche, c’est noir et c’est blanc, c’est aristocratique et populaire, c’est jeune et c’est ancien, c’est l’indispensable soumission à Dieu et c’est le meilleur fruit possible de la laïcité, c’est la respiration qui nous manquait.
François Brigneau est le premier à avoir publié une biographie détaillée de Robert Faurisson, basée comme ce dialogue sur des entretiens avec l’auteur (Mais qui est donc le professeur Faurisson, 1992, réédité aux éditions La Sfinge en 2005). J’ai cherché à prendre plus de recul sur notre homme, pour le faire comprendre par des cercles de lecteurs plus éloignés. Le volume publié conserve le personnage de l’Inconnue, nom choisi par Robert Faurisson lui-même, et qui a permis à ce dialogue de circuler déjà auparavant dans certains milieux, en ajoutant à l’intérêt de la lecture la spéculation sur l’identité imprécise de l’interlocutrice. Mais il est temps de passer à une étape supérieure dans le combat pour notre santé mentale. Il faut déjà se dépouiller de tous les oripeaux imposés par l’ennemi pour entraîner au combat les timides. L’Inconnue, c’est moi et c’est vous, et alors ?
L’Inconnue ne se reconnaît d’ailleurs pas dans le terme « révisionniste », qui se voudrait neutre : Voltaire disait : « écrire l’histoire, c’est presque toujours la réfuter ». Faurisson a contribué à une histoire scientifique normale. « Révisionniste » est un adjectif qui a qualifié bien des oppositions politiques, et restera toujours du domaine de l’empoignade idéologique, sous entendant une volonté d’abattre de belles images de référence, une simple manie destructrice, prenant tel ou tel fait historique pour prétexte. « Faurissonnien » est le seul terme qui convient, parce qu’il y a une méthode bien précise chez notre homme, avec tous ses scrupules, et c’est cetteprudence qui a donné leurs atouts à ses disciples.
La qualité stylistique et le titre du volume En confidence appartiennent entièrement à Robert Faurisson, qui a retouché à sa guise les premiers jets, avec son goût classique pour le polissage extrême, et à qui j’ai laissé toute liberté dans ce domaine, ainsi que pour l’usage du fruit de cette aventure.
Pierre Guillaume a raison
En 2001 est paru dans le réseau officiel allemand un livre consacré à "l'extermination des juifs" sous le nazisme, et ne mentionnant pas les chambres à gaz, sous la direction de Ulrich Herbert, National Socialist Extermination Policies, Contemporary Perspectives and Controversies (war and genocide). Force est donc de constater que malgré la répression qui s'abat sur ses défenseurs pionniers, le point de vue révisionniste a bien gagné la bataille scientifique, mais cela va plus loin encore. Personne ne nie que des boycotts et persécutions ont bien eu lieu, inspirées par un incontestable sentiment de colère généralisée contre les juifs en Allemagne et au-delà. Tout épisode de grande colère débouchant sur des massacres produit, comme une mousse incontrôlable, une explosion de légende et d’hyperbole. L’émotion et le soufflé retombent ensuite, avec le recul, l’inconsistance des récits fantaisistes apparaît, et l’on éprouve un sain dégoût pour la traîne d’intérêts mesquins et d’escroqueries qui pourrit encore l’air. L’originalité du phénomène qui perturbe si profondément les sociétés occidentales, c’est la rapidité de la riposte révisionniste, et ses succès ; l’accélération de l’histoire a joué un bon tour à ceux qui espéraient vivre longtemps encore des rentes du grand H ; bien imprudemment, voilà que les bonimenteurs ont oublié d’effacer leurs traces, et affirment la continuité entre les histoires à dormir debout du XXème et du XXIème siècle : fable des armes de destruction massives irakiennes, fable du terrorisme islamique parvenant à faire effondrer les Tours Jumelles (de l’avarice et de la vanité, les piliers bien réels de l’Occident). La fragilité du montage illusioniste complet saute aux yeux du monde entier, désormais. Chaque jour, les commémorations de l'Holocauste apparaîtront un peu plus comme ce qu'elles sont: des rites officiels, imposées par ceux qui gouvernent nos gouvernants. Aussi Israël Shamir ne craint-il pas de parler de Hoax of H, dans un sens auquel on n'avait pas encore pensé. Pour lui, ce qui est profondément faux dans le culte de l'Holocauste est le soi-disant respect religieux pour les victimes, et non pas la qualification de génocide, terme élastique comme beaucoup d’autres. Le culte ne fonctionne, dit-il, que par la lâcheté de ceux qui y souscrivent, pour ne pas s'attirer d'ennuis de la part des juifs puissants.
Les historiens qui entravent le culte actuel, l'obligeant à des révisions de chiffres et à des réflexions sur les écarts de la pseudo-mémoire par rapport aux faits documentés ne ressemblent pas à la caricature qu'on en fait sous la dénomination de "négateurs de l'holocauste"; de même, les grands écrivains, infiniment nombreux, qui se sont exprimés sur les dangers de l’idolâtrie d’Israël, depuis le temps d'Hérode, ne sentent pas particulièrement le soufre ou le Zyklon B. On peut penser que les historiens les plus courageux ne gagneront pas la bataille des médias en Occident tant qu'Israël n'aura pas subi de grands revers militaires. Mais même si leur voix est étouffée, leur existence physique constitue un texte collectif qui parle à tous ; c’est un acte de résistance indispensable à la survie de la pensée, à la survie de l'humanité. Les historiens et leurs relais font des aller et retour, depuis le territoire de leur liberté intérieure, de leur recherche d'honnêteté, jusqu'à l'arène où on les attend pour les jeter aux fauves. L'armée israélienne peut tirer sur les pauvres gens, comme la police française dissuade de temps à autre les historiens de faire leur travail. Mais ils rient, les amateurs d'histoires qui déplaisent au pouvoir, car ils sont heureux de défendre, en creusant leurs sillons dans les secrets du passé, qui est leur terre nourricière, les Palestiniens, l'humanité, la vie. Ils rient, car bien des grands écrivains du passé, à commencer par Marx le libérateur, ont déjà été classés antisémites. Si la loi Pleven était rétroactive, comme celles qui, élaborées à Nuremberg, servent de cadre désormais à l'intimidation générale, il faudrait brûler des tonnes de livres anciens. Et comme les images interdites de Ben Laden, l’ascète calme et méditatif, il y a des livres qui deviennent des fétiches. Pierre Guillaume a raison, nous avons gagné, même si nous devons continuer à en payer le prix encore pendant des années… comme disait Louis-Ferdinand , « tout se paie, dans la vie, et le bien, c’est plus cher, forcément ». C’est la vie.
III Dans la bataille
En finir avec Judith
Europalestine, très belle appellation, a été, l’année 2004, un magnifique espoir. Il s’agissait de présenter des candidats antisionistes au parlement européen. Puis l’enthousiasme est retombé, parce que la direction du mouvement n’a pas voulu aller au-delà du projet initial de deux Etats coexistant en Palestine, l’un juif et riche, l’autre purement fictif. Elle misait sur une mobilisation antisioniste des classes moyennes. Mais ce sont les banlieues pauvres qui ont donné leur vote à la liste Europalestine, et cela a été une grande leçon : depuis lors, c’est toute la sensibilité populaire radicalement antisioniste qui gronde, privée d’expression publique en France.
Europalestine avait mis la barre très haut : « Pas de paix en Europe sans justice en Palestine ». Mais pour gagner des élections, il faut qu’il y ait des gens pour voter. Comme les charmantes personnes de la gauche civilisée étaient sur la côte, le 13 juin, elles n’ont rien vu venir, elles ont raisonné en enfants gâtés de la démocratie, genre « c’est des élections pourries qui servent à rien, je vais protester contre ce cirque bidon (quarante deux listes, non ?) en m’abstenant, ça me permettra de partir tôt à la plage ». C’est en banlieue, là où on n’a rien à foutre le dimanche, qu’on s’est dit : tiens, et si j’allais voter, cette fois-ci y a Dieudonné. Le front Anti-Europalestine, très composite, s’est constitué, fort alarmé. Les uns s’écriaient avec indignation : Europalestine, le premier vote ethnique en France ! Et les autres en rajoutaient : c’est Dieudonné le raciste, il a dressé les blacks et les rebeus contre nous ! Mais c’est faux : au Val Fourré il y a 78 nationalités, les dames kurdes refusent les cours d’alphabétisation où s’asseyent des dames turques, les Marocains sont méprisés par les Algériens, les Maliens par les Sri Lankais et ainsi de suite, et au milieu de tout ça, il y a des Gaulois roses et blancs et des Gauloises blondes, qui fréquentent le même marché, respirent le même bon air qui vient du large, et votent eux aussi Europalestine. Olivia Zémor les a rencontrés. D’un autre côté, oui, si Dieudonné était venu aussi, il prenait le pouvoir sous les acclamations de toutes les couleurs, c’était les soviets ici et maintenant!
Europalestine a fait prendre conscience à la banlieue de sa force, face au front des Blancs qui choisissent la blanchitude, qui ont sans doute peur de se salir…et qui aident à sauvegarder un minimum de colonialisme au Proche-Orient comme ailleurs, ce front où se retrouvent sionistes, ignares et crypto-sionistes. Puis Dieudonné a quitté Europalestine, à la recherche d’une défense plus radicale des Palestiniens ; et depuis ce moment, la radicalité antisioniste s’est incarnée ; il y avait des groupuscules qui faisaient peur dans les marges de la société ; il y a maintenant une France définitivement vivante, qui est fortement basanée, qui choisit le pôle noir contre le pôle blanc, les autorités juives sionistes ayant massivement viré à droite, comme les gardiens de l’Europe blanche. On est frappé de constater que ces mêmes autorités, avant le 11 septembre, étaient à la pointe de l’antiracisme militant et de la défense de l’immigration. Comment rendre compte de la métamorphose ? Où sont passés les sionistes de gauche qui occupaient le terrain du parti socialiste sous Mitterrand, et qui étaient la face largement souriante d’une France ouverte et généreuse ?
On ne peut pas éviter de faire appel aux mythes pour donner sens aux évènements. Ainsi le mythe de Judith s’impose de lui-même pour décrire l’évolution de nombreux juifs dans nos sociétés, qui après avoir été ouvertement des sionistes de gauche, se disent antisionistes depuis que l’intifada de 2001 a réveillé le sens critique de tous, mais ne sont que crypto-sionistes, en attendant l’heure de la revanche ; la tradition juive fait une place d’héroïne au personnage de Judith, associée étymologiquement et phonétiquement à l’identité juive. Le dictionnaire Robert, le plus répandu en France, le résume de la sorte :
« Judith, héroïne juive (fictive) du Livre de Judith. Pour sauver la ville de Béthulie, elle séduit Holopherne, le général ennemi (Assyrien), et lui coupe la tête pendant son ivresse » (p. 951). C’était une perverse comme toutes les armées en embauchent, un personnage de roman, sans plus. A noter que la version biblique insiste sur un détail : Judith ne trahit jamais son peuple, et le prouve en ne laissant pas son amant-proie la pénétrer ; ce sont d’autres postures qui lui permettent de partager sa couche, de simuler l’amour. Ce mythe a fasciné les peintres européens, qui voient là une quintessence de la perfidie féminine, et de la faiblesse masculine devant l’amour. Et ils s’en sont servi pour faire des tableaux puissamment érotiques et dramatiques.[44]
Mais quand on tient compte du fait que ce nom est aussi utilisé comme un glorieux étendard du nationalisme juif, on ne peut qu’être consterné, et l’associer à celui d’Esther, autre personnage mythique, mais dont la trajectoire politique est plus explicite, et très généralement revendiqué par les juifs. Le dictionnaire Robert en dit ceci : « Esther, personnage de la Bible, héroïne du Livre d’Esther. Belle juive vivant à la cour du roi de Perse Assuérus, elle épouse le roi, obtient la grâce des juifs, menacés par le vizir Aman, et fait élever son cousin Mardochée à la place de ce dernier. Les juifs sauvés massacrent leurs ennemis ». (6° éd., 1982, t.2, p.602, pas une virgule n’a bougé dans celle d’avril 2000).
Judith et Esther ont bien été reconnues par les tragédiens français comme des personnages politiques, Georges Steiner a monté la continuité historique du sujet. Comment ne pas être épouvanté par ces mythes hideux, contre lesquels personne ne s’insurge, comme par l’effet d’une complicité générale et tacite avec les sionistes ? Le christianisme fait une place tout à fait honorable dans l’ancien Testament aux livres d’Esther et de Judith. Comment ne pas redouter que de telles hégéries ne soient encore à l’œuvre, si personne ne prend la peine de les condamner, de s’en démarquer avec horreur ? Imagine-t-on des monuments à Caïn, ou les Grecs se réclamant du fou furieux Atrée, guidé par les vengeresses Erynnies ? Ou les Anglais choisissant pour modèle de leurs reines Lady Macbeth ? Les Français sont décidément bien respectueux de leur anti-héros national Tartuffe !
1. Judith et la Palestine actuelle
Il n’est pas question de laisser la solidarité avec la Palestine entre les mains de personnages qui, s’ils prenaient le pouvoir, en profiteraient pour réprimer sauvagement ceux qui leur auraient fait confiance. Toute la gauche officielle dit protester contre les crimes israéliens, mais ne va pas au-delà. Mais ceux qui ont voté Europalestine, (comme d’ailleurs ceux qui ont redouté qu’il n’y ait là-dedans qu’une manœuvre démagogique) ont fait savoir, par leur geste, qu’ils ne se laissaient pas hypnotiser par les charmes des Judith, toute cette nébuleuse d’ organisations qui se disent antisionistes mais cherchent surtout des voies de garage où canaliser la colère des jeunes sans qu’elle mette vraiment en danger l’Etat sioniste ; on les reconnaît à une autre obsession, à rattacher au souci de pureté : ils passent leur temps à se démarquer de ceux qui ne se placent pas sous l’empire de leurs charmes, qualifiés d’ « antisémites » et pourchassés à ce titre. Depuis l’épisode d’Europalestine, le front de l’antisionisme condescendant est brisé, et le crypto-sionisme sémillant n’y pourra rien changer : Pas de paix au Proche-Orient sans justice en Europe ; que les imposteurs, les fabricants de faux crimes antisémites, et les véritables pourvoyeurs de l’Israël en armes, en marchés, en devises, en trafic d’influence, soient jugés par les tribunaux compétents, ici et maintenant.... Les députés israéliens ont voté une loi permettant à leur gouvernement de poursuivre tout « ennemi des juifs » partout dans le monde, ce qui dépasse l’imagination et le règne éphémère de Sharon. Les Européens peuvent commencer par poursuivre simplement chez eux tous ceux qui comme Judith, choisissent les armes les plus viles pour décapiter au final leurs amoureux, ou comme Esther, plus limpide, les nations qui lui ont fait confiance.
La mythologie juive comporte aussi des héroïnes plus sympathiques que l’infâme enjôleuse assassine : Rachel, Ruth, Déborah et Rébecca, mères et épouses normales de gens normaux : elles se réincarnent dans les militantes sincères qui dénoncent tous les jours les crimes d’Israël et les complicités chez nous, qui communiquent les chiffres des millions qui filent en Israël, légalement ou illégalement, par exemple, et qui ont souligné que l’affaire du RER D + les provocations de Sharon appelant les français juifs à trahir leur pays, ont occupé toute la forêt de Médialand précisément au moment où quelqu’un, au gouvernement, signait l’achat de drones à l’Israël, qui s’en sert pour bombarder les civils au Liban!
Soyons toutes des « femmes en noir », de celles qui portent le deuil de l’honneur des juifs, et opérons sur nous-mêmes un début d’abdication des privilèges que confère la moindre accointance avec les Judith au pouvoir: le peuple saura aller plus loin.
2. Judith et les juifs en général
L’un de nos persécuteurs officiels, Didier Daennincks, qui a tout mis en œuvre pour diffamer l’expression de la radicalité, depuis celle de ses amis personnels jusqu’aux éditions L’Harmattan, qu’il a tenté de couler pour avoir publié deux articles de Roger Garaudy sur des questions religieuses,[45] (L’Harmattan est la maison d’édition qui a la plus grosse surface de diffusion de la pensée du Tiers Monde), a été démasqué en 2003; il passait pour un garçon simple d’Aubervilliers, qui s’était fait une plume ouvrière honnête, un sous-produit sympa de Jules Vallès, mais pas méchant, et donc publiable chez Gallimard, quand même ; ses lourdes attaques contre les « néo-nazis » semblaient le produit d’une certaine spontanéité, d’une douleur vraie face à quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre parce qu’il était le peuple face au mystère de l’iniquité ; puis le chercheur Michel Dakar a prouvé qu’il n’était qu’un pantin du Mossad en mission dans les milieux de gauche ; il a révélé le soutien de DD au programme d’armement biologique de l’Israël, par les liens auxquels il renvoyait sur son site www.amnistia.net, de façon à ce que les médias relayent l’idée que cet armement n’existe pas, alors qu’il a été prouvé, et que de nombreuses ONG le décrivent et s’épouvantent. Les Français persécutés par Daennincks n’avaient pas réussi à sortir d’une position défensive jusqu’à la démonstration de Michel Dakar. Après avoir causé des dégâts assez considérables parce qu’il était censé incarner une conscience prolétarienne, Daennincks a été grillé sur un autre front : les défenseurs de la révolution cubaine ont pu constater qu’il était soutenu par un certain Jacobo Machover, sioniste anticastriste militant et furibond, sur le site sioniste www.topj.net . Tout est devenu plus clair. Et DDxxx démasqué a cessé de nuire. On y reviendra.
Pour Alexandre Adler, éditorialiste au Figaro, 90% des juifs de France soutenaient peu ou prou la politique de Sharon, et il considérait que la presse doit refléter l’opinion de ces gens-là plutôt que l’antisionisme de la rue et des 10% du 1% que représentent les juifs dans la population française. Message reçu ! Judith croit nous avoir décapités et pouvoir s’en vanter mais… ça ne se passe pas partout ailleurs.
Au même moment, le 15 août 2004, nous avons assisté à un extraordinaire référendum contre Bush, au Vénézuéla : en effet, là-bas, c’est une élite totalement dévouée au sionisme qui avait organisé l’année précédente un coup d’Etat raté pour déboulonner le gouvernement populaire : le président qui a tenu 48h, Pedro Carmona Estanca ; Isaac Perez Recao, trafiquant d’armes israéliennes et étatsuniennes, Enrique Capriles Radonski, le rabbin Pynchas Brener, qui il y a cinq ans, qualifiait déjà le président Chavez de nouvel Hitler, Federico Alberto Rabel, patron de la chaîne de télévision Globovision, le tout chapeauté par l’amabassadeur des Etats-Unis Charles Shapiro. Ces gens-là, avec la bourgeoisie indigène et la CIA, avaient exigé un référendum, pour faire ratifier le rejet du président élu, à l’époque où ils croyaient qu’ils avaient mis la majorité dans leur poche, et ils infiltraient activement des paramilitaires (entraînés par l’Israël) par la frontière colombienne. Mais le referendum a eu lieu, et la population a voté massivement pour Chavez ! Les medias chavistes ont démasqué les attaches avec Israël de ses opposants, et il est clair maintenant pour le monde entier que le Vénézuela, riche producteur de pétrole, a été le théâtre du premier vote massif contre tous ceux qui faisaient le jeu de Bush-et-Sharon.
Depuis les joyeux évènements de 2004, enfin Judith, figure mythique du sionisme tel qu’il sait se déguiser pour séduire, est perdante, et nous pouvons l’imaginer tondue, comme une fille méprisable parce qu’elle fait de la beauté que Dieu lui a donné une arme de la bassesse. Judith, comme Judas, ce sont de mauvais rôles qui peuvent tenter chacun, juif ou non. Passons aux choses sérieuses, hosannah ! En 2004 il était considéré de très mauvais goût, dans les milieux antisionistes convenables, c’est-à-dire aux ordres des crypto-sionistes de gauche, de souligner le complot de certains juifs à l’œuvre dans le coup d’Etat contre Chavez. Maintenant, Sarkozy devance les vœux des Israéliens et du CRIF, et s’empresse à soutenir une attaque purement israélienne contre l’Iran, contre la volonté du président Obama. Les choses sont devenues plus claires, et l’analyse des « antisémites » d’il y a quelques années, ce sont les sionistes qui les assument, ouvertement. Pour rester dans la mythologie, observons que l’on reconnaît les saints aux miracles qu’ils opèrent : même si le culte d’Anne Frank vierge et martyre devient obligatoire, personne ne pourra la remercier d’avoir opéré de miracles. Il y a des créations mythiques stériles, d’autres terriblement pernicieuses, et d’autres, bénéfiques. En ce moment, Jeanne d’Arc appartient de nouveau à cette catégorie hardie, même si sa légende est très libre, assez loin des faits avérés de son temps. Et nous avons besoin de belles images pour fortifier nos élans.
L’affaire Schoemann
Le 17 janvier 2007, comparaissait à la 10ème chambre d’Appel du Palais de justice de Paris Raphaël Schoemann, auteur en 2002-2003 de menaces de mort matérialisées par l’envoi de 12 lettres anonymes (au moins) accompagnées de balles de 22 long rifle, et détenteur à son domicile d’un arsenal d’armes, dont certaines parfaitement interdites en France..
Chaque intervention a confirmé le sentiment commun : le jugement en première instance, très bénin (le condamnant à 6 mois avec sursis et à verser 1000 euros aux plaignants qui avaient un avocat, et 1 euro (un euro, oui) aux autres, avait sous-estimé notre Schoemann, le terroriste qui se réclame du judaïsme. Celui-ci a gardé la même arrogance que la première fois, ne s’est pas privé d’insulter et de calomnier sur plusieurs points précis les parties civiles, en les traitant de « Service après vente du Troisième Reich », qui n’avaient pas volé ce qui leur arrivait, étant donné leur « férocité verbale ». Les avocats présents ont signalé des détails troublants, qui n’avaient pas encore été relevés : les munitions saisies chez M. Schoemann ne correspondaient pas aux armes saisies ; la seule arme chargée (de 5 balles) était le revolver 22 long rifle trouvé chez lui, acquis juste avant l’envoi des missives chargées ; après sa première condamnation, il a à nouveau menacé l’une des victimes, M. Gilles Munier, avec un courrier mentionnant explicitement les pratiques des ligues de défenses juives qui ont tenté d’assassiner M. Faurisson et qui ont été protégées par le silence (citations d’un texte de 1995, écrit par M. Faurisson en personne !). Une avocate aimerait vraiment savoir dans quel genre de société d’export-import avait travaillé M. Schoemann avant de prendre sa retraite, qui change d’ailleurs d’adresse constamment ces derniers temps. Bref, comme l’a écrit et répété Ginette Skandrani, l’enquête a été extrêmement superficielle, et tout, à commencer par la conviction de notre Rambo sur le retour qu’il ne risquait rien de bien méchant, indique que l’inculpé est un professionnel parmi d’autres professionnels de la terreur.[46]
Voici quelques réflexions supplémentaires, présentées comme telles au tribunal, à partir de la citation suivante : « Ce n'est pas ma faute si les faits sont les faits : un ancien Président des Etats-Unis, devenu prix Nobel de la paix en 2002 et qui avait négocié le traité de 1979 entre Israël et l'Egypte est monté sur la scène du monde pour crier que la politique étrangère des Etats-Unis est largement devenue l'otage de l'Etat hébreu et qu'il s'agit de délivrer le pays des agents de l'étranger dont la nation d'Abraham Lincoln serait devenue la proie à son corps défendant, ou sans s'en douter, ou encore avec son consentement discret. Mais, dans ce cas, comment Israël s'est-il infiltré au sommet de l'Etat et comment a-t-il pris la direction des plus importants rouages de l'empire américain? M. Carter ne s'en explique pas … [dans son livre Palestine, La paix et non l’apartheid,[47]» Les victimes de M. Schoemann partagent l’analyse du président Carter, et l’angoisse du philosophe français récompensé par l’Etat français par une médaille de la Monnaie de Paris en 1987 pour l’ensemble de son œuvre Manuel de Dieguez, à qui sont empruntées les phrases ci-dessus.[48]
Nous tous qui constituons les cibles de M. Schoemann, présents et absents, ceux qui ont fait appel et ceux qui se sont résignés ou qui enragent en silence, nous avons une base de réflexion commune : nous avons choisi de nous battre par des moyens strictement pacifiques pour que la France ne tombe pas aussi bas que les USA dans la soumission à des intérêts étrangers, le meurtre de masse, le sacrifice des intérêts de sa population pour des fantasmes criminels de toute puissance, et la « tartuferie complète » des élites.
Il y avait des gens très bien cotés sur la place publique, parmi les fiches que M. Schoemann constituait, tel Mm. Pascal Boniface, Michel Warshawsky, J.-P. Chagnolleau, outre Mm. José Bové, Alain Lipietz, Maurice Butin, Jean-ClaudeWillem, Eyal Sivan, Monique Chemillier Gendreau, concrètement menacés ; et il est important de le savoir parce que M. Schoemann a essayé de convaincre le tribunal que les gens qu’il veut toujours éliminer en priorité (il a agi « en état de nécessité », dit-il) sont des réprouvés, des monstres.
Le jugement en première instance partait de l’hypothèse de la bonne foi complète de l’accusé, qui serait un individu complètement isolé, et dont toute la fantaisie culminerait dans un plaisir solitaire inoffensif quoique honteux, l’envoi de lettres anonymes et néanmoins personnalisées, avec le menu cadeau des balles de 22 long rifle. C’est à partir de cette hypothèse optimiste que le parquet n’avait pas fait appel, et l’audience n’avait pour enjeu que le montant des dédommagements aux victimes.
Maître Isabelle Coutant-Peyre, victime, a souligné la gravité du fait qu’une avocate ne puisse pas faire son travail en France sans danger, et qu’elle risque l’assassinat, comme les avocats de Saddam Hussein, parce que les gens qu’elle défend déplaisent. Mondher Sfar, historien et chercheur, a renchéri sur cette atteinte tout à fait précise à notre liberté de pensée et d’expression. Il y a lieu d’affirmer que M. Schoemann avait bel et bien entrepris de passer à l’acte, qu’il n’était pas seul, et que s’il avait réussi son forfait, il aurait eu le soutien explicite d’une partie conséquente de ce qui se qualifie comme juif et/ou défenseur de l’Etat d’Israel. Tant qu’il ne sera pas sérieusement pénalisé, d’autres pourront croire qu’ils peuvent « finir le travail » sans trop de dégâts pour eux.
En effet, pour ne prendre qu’un exemple, la LICRA partage entièrement l’opinion de M. Schoemann sur mes activités personnelles, puisqu’elle fait un procès à l’auteur et à l’éditeur du livre L’autre visage d’Israël, par Israël Shamir, Israélien dissident au sujet duquel il m’avait adressé une première lettre de menaces très argumentée parce que je tiens à le faire connaître, de même qu’à Mlle. XXX [l’une de ses traductrices qui ne souhaite pas être nommée]. Et la LICRA a toujours approuvé le meurtre extrajudiciaire des gens dont les opinions déplaisent aux fanatiques se réclamant du judaïsme. Fondée en 1927 sous le nom de « Ligue contre les pogroms », devenue ensuite LICA « Ligue contre l’antisémitisme », et enfin LICRA, cette ligue s’est créée pour soutenir un assassin qui a avoué son crime et l’a revendiqué au nom du judaïsme « pour venger les siens » : il s’agissait d’un Ukrainien nommé Schwartzbad qui abattit en pleine rue à Paris un autre Ukrainien, le général Simon Petlioura ; celui-ci avait obtenu du gouvernement français le statut de réfugié ; Schwartzbad l’avait donc abattu froidement, sous prétexte qu’il aurait organisé des pogroms dix ans auparavant, ce qui est contesté par une partie des historiens ukrainiens, et alors que ce général est considéré comme un héros national par les Ukrainiens, encore aujourd’hui. L’avocat de la Ligue dans cette affaire était Henri Torrès, et il a obtenu l’acquittement pur et simple, demandé au nom des juifs. 80 ans plus tard, la LICRA, en la personne de son actuel président, M. Patrick Gaubert, a réaffirmé qu’elle considérait comme justifié cet exploit sous prétexte du droit à la vengeance des juifs, en protestant le 25 mai 2006 contre les cérémonies organisées par les Ukrainiens à Paris en honneur de leur héros et martyr le général Petlioura (voir Le Monde, 27 mai 2006).
Personnellement, j’affirme en conscience que M. Schoemann avait commencé à mettre son projet d’assassinat à exécution. C’est après l’audience du jugement en première instance que j’ai réalisé que j’avais déjà vu M. Schoemann quelque part, et en fait, dans des circonstances sans équivoque, rôdant autour de mon domicile, et guidé par un individu brandissant une carte de police, qui cherchait à savoir ce qu’on voyait de mes fenêtres. J’avais d’ailleurs prévenu le commissariat de police auprès duquel j’avais déjà déposé plainte. C’était à une époque où ni moi ni les gendarmes n’imaginions autre chose qu’un cinglé à interner, à l’origine de la lettre de menaces, et ils s’étaient bornés à me rassurer… A l’audience, M. Schoemann n’a pas démenti les faits.
L’avocat de M. Schoemann n’avait pas craint, lors de la première audience, de faire état de son amitié avec son client et avec Eric Raoult, député qui n’a jamais cessé de manifester son soutien à l’Etat juif, cette entité unique au monde qui impose la terreur avec des attentas ciblés, sur son territoire comme à l’étranger, depuis sa fondation en 1948, déjà imposée à l’ONU par l’intimidation et les manigances. M. Schoemann se croit donc assuré de bénéficier de soutiens bien placés dans l’Etat Français, de même que toute une racaille qui pratique impunément des tabassages sous prétexte de judaïsme en France, en particulier au sein de groupements para-militaires comme le Betar et la Ligue de Défense Juive, dont les antisionistes conséquents réclament la dissolution depuis des années.
Encore un exemple: le 28 septembre 2004, une bande masquée a fait une descente à la librairie Au Pays de Cocagne, dans le quartier du Marais, à Paris, parce qu’un auteur y présentait un livre qui déplaisait aux fanatiques du sionisme. J’étais là, et j’y ai écopé de quelques bleus. Mais la libraire et d’autres personnes présentes ont été sérieusement amochées, outre des dégâts matériels considérables. Plusieurs plaintes ont été déposées, mais l’officier de police judiciaire qui s’est présentée sur les lieux n’a jamais convoqué personne pour entendre nos témoignages, il n’y a eu aucune enquête, la librairie a fermé, et la jeune femme libraire est en hôpital psychiatrique.
Les expertises psychiatriques ont conclu que M. Schoemann, quant à lui, n’était pas exactement un malade mental. Il faut bien revenir cependant sur son cas, car il correspond à un type psychologique très répandu, qui prétend asseoir son immunité sur l’usurpation des souvenirs de souffrances de la Shoah, que seuls des farfelus peuvent mettre en doute par ailleurs, comme l’a dit l’un des avocats.
M. Schoemann a eu l’outrecuidance d’invoquer le passé de ses parents pour justifier un traumatisme psychologique. En fait, ses parents ont passé quelques mois dans le camp de transit de Rivesaltes, puis à Gurs et Noé, dans le midi, à la suite de la rafle du Vel d’hiv, après quoi toute la famille s’est retrouvée en liberté en 1943. Heureusement, en France, ces camps de concentration n’ont nullement donné lieu à des carnages. Des carnages de civils innocents, oui, il y en a eu, dans l’histoire de France récente, bien sûr, de chrétiens, de musulmans, d’animistes et de juifs: Haïtiens gazés sur ordre de Napoléon en 1802, gazage d’Algériens en 1845, massacres de Sétif en 1945, massacre de 300 000 Malgaches en 1947, encore des gazages d’Algériens en 1957, massacres de manifestants à Paris en 1961 et 1962. Il est même très important de rectifier l’opinion du président Carter, qui considère le traitement des Palestiniens comme pire que l’apartheid en Afrique du Sud. C’est l’histoire coloniale, et en particulier l’histoire coloniale française, qui a fourni les modèles dont s’est inspirée l’Afrique du sud, que continue à appliquer l’Israël, et qui sont sous-tendus par le mépris complet pour une partie de l’humanité.
La gravité de la logique de M. Schoemann est là : lui et ses comparses sont prêts à traiter tous les Français comme des êtres inférieurs, des colonisés, des bêtes, des « nuisibles », comme il dit. Le cas le plus récent est celui de deux éboueurs agressés dans le Marais, qui se veut une enclave où les juifs auraient le droit de faire la loi, au lieu d’obéir à la loi française. Notre combat est un combat pour l’égalité des Français en France, et l’égalité de tous les habitants de la Palestine historique chez eux. Les tribunaux, m’a-t-on expliqué, n’ont pas exactement pour but de faire régner la justice, mais plutôt l’ordre public. Imaginons ce qui se passerait si des descendants des Haïtiens et des Algériens massacrés jadis, ou encore reclus dans des camps de travail pendant 1 ou 2 ans, comme cela fut le cas pour les parents de M. Schoemann, décidaient de se venger en flinguant quelques personnes de leur choix….
« A l'heure où la planète est redevenue une poudrière théologique, il n'est pas besoin de se montrer grand clerc pour savoir qu'au cours des prochaines années, le peuple élu écrira l'histoire de la planète sur le mode le plus sanglant et qu'il est urgent d'approfondir une science politique qui souffre de légèreté » écrit Manuel de Dieguez en 2006. Confirmer à M. Schoemann la mansuétude de la justice à son endroit, c’est donner le feu vert aux tueurs se réclamant du judaïsme, tandis qu’un Redeker, se disant menacé par un jeune musulman, a reçu d’emblée une protection médiatique et policière. Quel rapport avec l’ordre public ?
Shamir est-il persan ?
Schoemann a pu être retrouvé parce qu’il m’avait adressé, à partir de l’adresse « nadinemouque@wanadoo.fr, un long message m’expliquant que je ne devais sous aucun prétexte défendre l’écrivain Israël Shamir. Ses arguments étaient ceux de L’Arche, il a donc voulu agir comme le bras armé des idéologues sionistes. Shamir est en effet un écrivain assez puissant pour faire écrouler les colonnes du temple, comme Samson. Si j’avais disparu dans un accident bizarre et dans l’indiférence générale, comme une simple vermine négationniste ordinaire, il aurait été fort affaibli sur sa gauche. La providence et les erreurs de nos ennemis nous ont renforcés l’un et l’autre.
L’écriture de Shamir est très orientale, elle déborde de paraboles, de lyrisme, de sagesse complexe. Pour l’instant, ces aspects déroutent les lecteurs occidentaux, qui retiennent surtout son argumentaire antisioniste et contre l’idéologie du libéralisme despotique. Charnellement et spirituellement lié à la Palestine qu’il habite depuis 1969, Israël Adam Shamir en est une expression forte, et révolutionnaire. Il tire de son ancrage géographique les ressources mentales qui nous font défaut en Europe pour remettre l’Occident sur ses pieds, et il a la force des poètes souriants et dansants pour convertir.
En Russie, dans sa langue natale, Shamir est publié par des éditeurs et des journaux normaux, voire prestigieux. Ailleurs, il n’a droit qu’aux samizdats brûlants. Toujours est-il que, du point de vue du nombre de titres, c’est en français, pour le moment, qu’Israël Shamir est le plus publié. Ce n’est peut-être pas un hasard. La France et l’Iran représentent en quelque sorte des pôles de la pensée. Les Lettres persanes (1721) de Montesquieu ont ouvert pour l’Europe entière une ère nouvelle. Le jeune philosophe bordelais se servait de l’Iran comme d’un miroir critique et salutaire pour l’Europe. De nos jours encore, nous avons un philosophe français très avancé en âge et en expérience qui éprouve le besoin de prolonger le dialogue entre la France et sa caricature par nos dirigeants actuels en reprenant la formule de « lettres persanes » : il s’agit de Manuel de Diéguez, qui vise ouvertement au renversement du gouvernement français sans délai.[49] Ainsi donc, depuis plus de deux siècles, la France a besoin de l’Iran pour se regarder en face, pour cerner ses aspects hideux et miner, par l’esprit, leur empire.
Israël Adam Shamir n’est pas français, mais il semble que ce soit en France que se joue le combat pour le salut de l’Europe, et c’est la raison pour laquelle la censure pro-israélienne s’est abattue sur lui à Paris, précisément. Ni les chrétiens, ni la caste intellectuelle en général n’ont réagi.
Comment cette paralysie lamentable est-elle survenue ? Le cas de Shamir illustre une crise qui vient de loin. Nous avons remplacé le joug des chevaux et des bœufs, qui nous soumettait aussi à un lien fraternel avec la nature, par la poussée abstraite du moteur, qui multiplie la puissance. Avec Louis Sala-Molins, il faut bien reconnaître que le signe de notre délire de toute puissance est lisible dès la génération de Montesquieu.[50] La richesse de sa famille provenait de la mise en esclavage d’un groupe spécifique d’humains, les Africains, ouvriers des plantations sucrières des possessions française en Amérique, Haïti, anciennement appelée Saint-Domingue, en tête : Montesquieu a critiqué l’esclavage sur le plan humanitaire, mais ne l’a pas remis en question au niveau juridique, sa raison critique s’est arrêtée à la porte d’une angoisse. A partir de cet égarement typique de tout le XVIIIème siècle européen, et prolongé bien au-delà, l’Occident a quitté la route des Anciens, pour aller chaque fois plus franchement à la recherche du fruit défendu, et à sa perte.
Depuis le déclenchement de l’Intifada en 2001, Shamir écrit en anglais pour être compris le plus loin possible, et au cœur de l’empire qu’il cherche à réformer, aux Etats-Unis. C’est la langue de la modernité, des raccourcis fulgurants et des plaisanteries, qu’il multiplie, même dans ses pages les plus sérieuses, c’est une langue qui rassemble et fait remporter l’adhésion immédiate. Il combine en anglais des héritages divers. Russe de naissance, il assume l’héritage de tous les grands Russes qui ont eu un message de justice pour les autres régions du monde, des écrivains aux dirigeants politiques et religieux. En tant que tel, il restitue la haute stature de Lénine et de Staline, à contre pied de la tendance dominante en Occident, depuis l’effondrement de l’URSS. Comme une partie de sa génération à la recherche de la spiritualité qui n’était plus reconnue en Russie, il a voulu redécouvrir ses racines juives, car il avait eu un aïeul rabbin à Tibériade. Il décrit la poussée sioniste en URSS comme une manifestation de nationalisme, parmi d’autres nationalités qui avaient des revendications insatisfaites. a donc été tenté par le romantisme sioniste, et s’est installé en Israël en 1969. Loyal envers son nouveau pays, il a servi comme parachutiste dans la guerre de 1973. Comme James Joyce est devenu l’expression même de l’Irlande, et savait qu’il l’était, Shamir est ce qui restera de l’étape israélienne dans l’histoire de la Terre Sainte : c’est elle qui l’a converti à l’humanité pleine et lui a conféré le don de convertir ses lecteurs dans le monde entier, lecteurs qui à leur tour convertissent. Les musulmans voient souvent en Shamir un musulman qui s’ignore provisoirement. Effectivement, il considère l’islam et le christianisme comme des variantes régionales d’une même civilisation, dont il faut désormais rétablir l’unité. Mais enOccidental, il renâcle à limiter sa liberté individuelle, et en ce sens, les règles collectives lui pèsent, il tient à son indépendance, il aime le droit à la nudité, dans les mœurs et dans le débat entre personnalités vivement contrastées. C’est aussi parce que les Occidentaux reconnaissent en lui l’un des leurs qu’il joue parmi nous un rôle si décisif, malgré notre ingratitude envers ses efforts.
Israël Adam Shamir est un écrivain qui nous réveille et nous ramène à une humanité solide et extrêmement riche. La façon bien particulière dont son œuvre se diffuse en potentialise les effets : il est beaucoup lu, mais presque clandestinement, dans l’intimité d’internet, ou par circulation de volumes que les éditeurs commerciaux ne peuvent se permettre de diffuser, parce qu’ils seraient aussitôt ruinés par les réseaux sionistes. Malgré cela, c’est en français et en France que Shamir a fait connaître son histoire de la Palestine, rédigée d’abord en russe, et déjà beaucoup lue en Russie. Ce livre s’intitule Le Pin et l’Olivier ; le pin, qui sert à construire, est le symbole de la colonisation par le nord, particulièrement en Russie et au Canada; le pin s’adapte partout et il sert à tout; mais l’olivier est l’emblème de la Méditerranée, produisant l’huile, qui adoucit tous les rouages et nourrit toute substance; et l’olivier a besoin de son paysage bien précis, avec son degré d’ensoleillement propre, et une qualité de terre irremplaçable. Nous tenons donc là, avec la puissante image verbale associant le Pin et l’Olivier, un restaurateur de l’unité perdue de notre pensée, dispersée entre l’Orient et l’Occident, le Nord et le Sud, le cœur et la périphérie, l’incarné et l’abstrait, quelqu’un qui nous reconstruit.
Journaliste professionnel, Shamir est entraîné à laisser sa pensée progresser selon la leçon des évènements : il les raconte, en cherche les qualités secrètes et les ressorts que la propagande veut cacher, donne un nom à leur mystère, et à partir des fragments que le présent lui donne en éclats, construit sans hâte sa mosaïque. Parmi les tous premiers en dehors du monde musulman, et avec Edward Saïd, Shamir a défendu l’idée que la seule solution pour les Palestiniens comme pour tout le Moyen Orient est l’instauration d’un seul Etat où chaque habitant, natif ou immigré, ait les mêmes droits, ce qui implique le droit au retour pour les Palestiniens. Mais sa réflexion va plus loin : en dix ans de méditation à partir de la Palestine, il a bâti une théorie pour faire retrouver aux Occidentaux le bon sens et la gestion de leurs intérêts en harmonie avec ceux du reste du monde. Nous pouvons partir désormais de ce qu’il a établi. La presse, qui contraint ou libère l’opinion, était le quatrième pouvoir au XIXème siècle. Puis, en développant la diffusion des images, elle a remplacé l’Eglise, qui en Occident s’était faite pesante, avait trahi la liberté de l’Esprit, était devenue institution financière et répressive, ce qui a fini par la miner de l’intérieur, si bien qu’elle a complètement perdu son autorité morale de nos jours. Dans le monde moderne, ce sont les media qui sont devenus l’instrument contraignant de l’encadrement de la pensée. Shamir a beaucoup contribué avec d’autres, à faire percevoir la concentration de capital qui donne son uniformité stupéfiante à nos media. Il a montré en outre la capitalisation spirituelle qui s’est opérée.
L’Eglise catholique avait cédé à la tentation de s’ériger en pouvoir législatif : aussi a-t-elle été vaincue par une religion législatrice par excellence, qui a son origine dans le judaïsme. Imposer sa loi aux autres, par-dessus toutes les autres : voilà l’œuvre institutionnelle qu’a achevé le libéralisme, qui libère des servitudes locales, certes, mais seulement pour s’imposer comme la seule loi universelle. Et les illusions du libéralisme n’ont pu prospérer que par l’affaiblissement des structures religieuses majoritaires dans chaque contrée. En fait, même très loin de la civilisation européenne, la fascination pour les sociétés dites démocratiques reste très forte, c’est pourquoi Shamir argumente si précisément pour démontrer que la matrice du monde occidental est un judaïsme sans Dieu, qui n’accepte aucun frein à sa passion législative, qui se prend pour La Loi en soi, et ne peut s’imposer qu’en brisant les ressorts autochtones de la créativité. Il s’agit d’une fausse religion caricaturale, transposant hors du contexte clanique d’origine des réflexes d’espèce animale carnassière dans la relation aux autres humains. C’est cette hérésie, devenue tumeur monstrueuse en Occident à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, cette trahison à l’humanité, qui bâtit un mur voyant pour étouffer les Palestiniens en Palestine, et qui bâtit d’autres murs concentriques de mensonge et de terreur, moins visibles provisoirement en Occident, mais tout aussi stérilisants. Les prétentions outrecuidantes de ceux qui s’intitulent abusivement représentants des juifs semblent des garants de succès pour les héritiers du néocolonialisme typiquement occidental, qu’ils se réclament d’une variante du christianisme ou de l’athéisme. Voilà pourquoi il est si important d’en réduire l’enflure, qui déborde complètement la problématique locale du sionisme.
Le premier ouvrage de Shamir, Fleurs de Galilée, publié en France sous le titre L’Autre Visage d’Israël, recueillant ses commentaires de l’actualité de 2001 à 2003, a démasqué pour nous les manigances des dirigeants israéliens, et du lobby qui les soutient aux USA, à un moment où tout l’Occident était dupe de la propagande sioniste, et ignorait tout de ceux qui tirent les ficelles. Shamir a alors introduit les références historiques qui manquaient à la culture des générations nées après la Deuxième guerre mondiale pour comprendre les origines du sionisme, et les liens entre les phénomènes les plus disparates : uniformisation des medias, fureur destructrice contre l’Islam, perte de contenu des mécanismes électoraux dans nos pays, sophistication de l’intoxication idéologique, cultes aberrants et macabres prétendant s’édifier sur le souvenir d’épisodes de répression contre les juifs à différentes époques en Europe.
Les volumes suivants, Pardes (2005) et Notre-Dame des Douleurs (2006) approfondissaient la comparaison théologique entre christianisme et judaïsme, ainsi que leurs rapports historiques. Désormais, Shamir a établi la filiation des nuances idéologiques laïques de droite et de gauche à partir des modèles religieux, et il tente d’intervenir plus directement dans le cours des événements internationaux en devançant les informations données par les media sous contrôle, grâce à un réseau d’informateurs de haut niveau, tant dans la sphère d’influence russe qu’américaine. [51]
Depuis que les USA et l’Israël menacent l’Iran d’intervention militaire, Shamir a plusieurs fois pris la défense de l’Iran dans ses écrits. Il nous fait comprendre que les intérêts de l’Iran correspondent à l’intérêt spirituel de l’humanité entière, il aide à percevoir la théologie de la libération sociale qui sous-tend le chiisme. Shamir rejoint de la sorte un point de vue qui a été dès le départ celui du gouvernement cubain. Fidel Castro a été athée dans son âge actif mais toujours sensible au message de justice sociale qui lui a été transmis d’abord par le collège jésuite de Santiago de Cuba, puis par les communistes et leurs alliés ; Fidel Castro est celui des révolutionnaires latino-américains qui a su efficacement faire pencher la balance du côté des droits fondamentaux, droit à la vie, à des conditions de vie dignes, à la santé, à l’éducation pour tous, et à une certaine santé mentale, dans le cadre de la loyauté envers la patrie. Le gouvernement cubain a soutenu fermement la révolution iranienne, et l’a défendue dans le cadre du mouvement des Non alignés. On ne s’étonnera pas de découvrir en Shamir un des défenseurs de la révolution cubaine au plan de l’esprit, dans des conditions matérielles très difficiles. Il comprend les similitudes au-delà des apparences, il contribue à unir les forces spirituelles de l’Amérique du sud avec celles du cœur de l’Eurasie. Et il est lu et compris en profondeur là-bas.
Shamir a implanté le concept de « Maîtres du Discours », et nous a donné les armes pour attaquer les pouvoirs corrompus à ce niveau précis, celui de l’argumentation logique, le seul où nous puissions intervenir, faute d’avoir le rempart de la puissance militaire. Aucun pouvoir n’est durable, s’il ne repose sur une pensée cohérente, harmonieuse et capable de rendre compte du réel. L’Orient, si sage et si savant, manque dans les circonstances actuelles d’outils pour ce niveau-là du combat, les déclarations de ses dirigeants et de ses penseurs sont systématiquement et automatiquement submergées par les tergiversations de nos medias, qui constituent le bastion de l’anti-pensée. C’est à l’Occident cartésien de porter ses armes discursives propres contre les faussaires sionistes.
« Israël » Shamir a renoncé au statut privilégié de juif, qui aurait pu lui servir d’excuse, en Occident, pour pousser la critique de l’Etat d’Israël plus loin qu’il n’est permis aux non-juifs. Comme Bouddha, comme Jésus, fils de la maison de David par sa mère, il a préféré rompre les amarres et rejoindre l’humanité ordinaire, sans autre protection que le soutien de ses lecteurs. Il pense que nous pouvons former une alliance contre l’impérialisme américain, par ce que nous en sommes désormais victimes aussi, nous les Européens. Ce néocolonialisme a essayé ces dernières années de se justifier aux yeux de l’opinion occidentale en invoquant le fait qu’il réparerait des injustices commises contre une petite caste, vaguement héritière de la religion juive, autrefois fort peu estimée en Europe. Mais le sionisme, pseudo-théologie de l’Occident agressif, est entré maintenant dans une étape de répression voyante contre tous les intellectuels critiques : les journalistes et les enseignants perdent leur place, les historiens vont en prison, les religieux sont calomniés sans limite. « Adam » Shamir, ayant choisi un rôle de père pour notre génération, n’invoque jamais la pitié des tyrans, et il ne tombe jamais non plus dans la flagornerie.
C’est d’égal à égal qu’il écrit à propos des déclarations du président Ahmadinejad sur la nécessité de faire disparaître au plus vite le souvenir de l’Etat d’Israël dans les poubelles de l’histoire: « Par son défi, le président Ahmadinejad a sauvé l’honneur de l’espèce humaine, comme seul un poète pouvait le faire. J’admire l’Iran, pour le cramoisi flamboyant de ses roseraies et pour l’azur de ses vieilles mosquées, pour la beauté ravissante de ses femmes, dont les sourcils noirs soulignent la blancheur de leur peau étincelant à travers leur tchador noir. J’admire l’Iran pour sa peinture merveilleuse, qui a survécu aux ravages des iconoclastes. J’admire l’Iran pour la subtilité spirituelle de ses poètes, qui ont unifié leur amour pour les femmes et leur adoration de Dieu, dans un unique chant, comme le fit jadis le Cantique des Cantiques. Leurs Roumi, Saadi et Firdousi, leurs Hafiz et autre Khayyam figurent au nombre des poètes les plus audacieux et sincères que la Terre ait portés. Ahmadinejad est l’héritier de cette tradition : il n’hésite pas à moquer notre hypocrisie, il est ce jeune garçon qui avait vu que le roi était nu. Même si ces manchots de Yankees écrabouillaient ce casse-cou et calcinaient les roses de Chiraz comme ils ont incinéré les cerisiers en fleurs de Nagasaki, nous pourrions être fiers d’Ahmadinejad, notre contemporain, celui qui aura osé marcher sur la queue du tigre. »
Oui, nous avons besoin de lire encore Shamir.
Leçons d’Amérique latine
Nous assistons avec un étonnement admiratif à la montée en puissance de l’Amérique latine. Chaque pays semble renaître dans une dynamique d’émancipation par rapport à la tutelle de l’USAmérique, et dans un élan indigéniste, se voulant issu des populations autochtones. Excellent indice de la profondeur de ce mouvement, le lien filial de Chávez, jeune président du Venezuela, avec Fidel Castro, chef d’Etat de Cuba depuis 1959. Et tous deux rattachent leur politique à des précédents illustres du XIXème siècle, Simon Bolivar, militaire vénézuélien et écrivain, formé à l’école de Jean-Jacques Rousseau, José Marti, penseur cubain et créateur, qui modela la nation cubaine en l’engageant dans la première des guerres de libération nationale modernes. Tous les deux avaient un projet à l’échelle de l’Amérique latine, et ont fortement démocratisé leurs pays[52].
On chercherait en vain en Europe un mouvement d’une telle envergure. Or au moment où l’Europe recule dans le néo-conservatisme, et s’affole devant les phénomènes migratoires qui la submergent, l’Amérique latine nous donne des leçons de méthode pour retrouver une cohésion et un élan. Nous envisagerons ici quelques facteurs remarquables de convergence, à partir d’origines ethniques disparates, dans les sociétés latino-américaines.
1. Autochtones et damnés de la terre
La disparition du Parti communiste français et du Parti communiste italien témoignent d’une crise théorique très grave, bien au-delà de leurs militants. La théorie de la lutte des classes a perdu de son efficacité pour interpréter l’actualité européenne dans la mesure où la classe ouvrière s’est embourgeoisée, et où la condition salariée uniformise l’immense majorité des producteurs et des travailleurs dans les services, envahissants. Or les damnés de la terre n’ont pas disparu ! Ceux qui ne mangent pas à leur faim, qui vivent d’expédients et de ruses avec la loi sont toujours là, et montrent les dents. Il y a d’un côté les « sans papiers », les étrangers accomplissant toutes les fonctions basiques : emplois n’entraînant pas de reconnaissance sociale, mais contribuant au maintien des salaires au plus bas, activités délictueuses indispensables aux maffias (trafic de drogue, prostitution, trafic d’armes), dont les activités contribuent grandement à la « croissance », puisqu’elles manient des sommes considérables, réinjectées dans la consommation, le secteur immobilier et la corruption des politiciens, secteurs dynamiques s’il en est.
Pour ce qui est des Européens de souche acculés, on ne remarque pas suffisamment qu’il s’agit :
-d’une part des petits paysans, en voie de disparition au niveau démographique ; en tant que détenteurs de la tradition locale et des normes pour tous du rapport à la nature, ils sont totalement marginalisés par rapport aux soucis des autres catégories professionnelles ;
-des petits vieux (également hors circuit de la consommation et de la circulation de la culture, devenus eux-mêmes matière première dans l’industrie florissante des maisons de retraite),
-d’une masse croissante de chômeurs clochardisés. Ceux-ci sont rapidement identifiables par leur aspect physique : ils sont minés par l’alcoolisme. Leur déchéance est immense, si l’on se souvient qu’ils sont issus du prolétariat industriel de jadis, porteur des révolutions et des idéaux de justice au long du XIXème et du XXème siècle.
Il est temps de prendre conscience que la dégringolade du statut de paysan, de vieillard (jadis honoré en tant que dépositaire de la sagesse immémoriale des peuples, et toujours maillon indispensable de la transmission de l’essentiel aux enfants), et la déchéance par l’alcool sont exactement les facteurs qui ont conduit à l’élimination des indigènes dans toute l’Amérique, à partir de la conquête européenne et ce pendant environ deux siècles, la facette non militaire de ce qu’on appelle leur extermination ou génocide[53].
Paysans en voie de disparition, vieillards bannis, ouvriers clochardisés sont à tel point écrasés qu’ils ne revendiquent même pas le titre de « damnés de la terre », alors que de toute évidence ils portent le poids d’une malédiction, ce sont les sacrifiés qui payent le prix de l’opulence et de l’agressivité conquérante des autres.
C’est par rapport à cette dramatique éviction des autochtones traditionnellement porteurs de la réflexion éthique de toute société, qu’il faut interpréter l’entrée en scène des immigrés.
2. L’Amérique a connu les chocs migratoires les plus violents
A partir du XVIème siècle, les autochtones subissent deux invasions : celle des Européens prédateurs, celle des Africains concurrents à tous les niveaux, et ils perdent si bien leur protagonisme qu’on parle à bon droit de génocide, ils semblent réduits à se battre pour leur survie physiologique. Dans l’avalanche d’étrangers qu’ils subissent, on oublie généralement que c’est l’Amérique toute entière qui a eu de fortes concentrations de population africaine. Dans les pays maintenant les plus blancs (le cône sud, Argentine, Uruguay, Chili) et les plus indiens (Pérou, Mexique, Bolivie), ils ont pratiquement disparu[54], après avoir été la main d’œuvre indispensable sur les chantiers urbains, dans les arsenaux, dans les mines, et sur les plantations, sans parler du service domestique, moins meurtrier.
Or ces Africains, souvent islamisés, toujours solidement structurés par leurs cultures d’origine, et sans espoir de retour dans leur pays, ayant été amenés de force pour se substituer aux autochtones et pour parachever leur écrasement, ont fait globalement alliance avec ces mêmes autochtones: leur statut de bêtes de somme, mais aussi leur rapport à la terre et à la propriété étaient comparables, leur spiritualité, leur médecine, leurs pratiques agricoles, artisanales et culinaires se sont enrichies mutuellement, ont tendu à la fusion dans les régions où ils étaient amenés à vivre ensemble. Les deux groupes ethniques ont accepté sans résistance visible la christianisation, parce que leur polythéisme leur permettait d’ajouter les divinités catholiques à leur panthéon, sans conflit insoluble. Le déclassement, la déchéance dans l’échelle sociale, fut un facteur de solidarité active. Dans le cas des indiens comme des noirs, il y eut des exceptions, des ascensions individuelles dans la nouvelle hiérarchie sociale, avec de fortes personnalités culturellement ou physiologiquement métissées parvenant à s’imposer dans les milieux blancs[55]. Au contraire, les blancs ne ressentaient leur identité que par la distance qu’ils établissaient avec leurs victimes, la grande majorité de la population[56]. Le métissage a progressé comme un secret honteux pour les blancs, sur le mode de la polygamie, de la prostitution, du viol, du harcèlement des domestiques, ou de la transgression complète par les femmes blanches. Ce métissage a donné lieu très souvent à des rapports incestueux, à cause de la quantité d’enfants ignorant qui étaient leurs pères, voire leurs mères, et le roman du dix-neuvième siècle reflète de façon obsessionnelle ce cas de figure qui posait des problèmes moraux insolubles. Mais l’Eglise a toujours perçu la nécessité de réhabiliter les facteurs indien et africain au sein des sociétés coloniales, parce ces cultures devenaient très vite celles des blancs pauvres déracinés de leur Europe ancestrale. En 2007, le pape canonise Frei Antonio de Santa Ana Garlvão, un saint brésilien qui faisait des guérisons miraculeuses avec des fragments de prières recopiés sur des bouts de papier : on voit ici à l’œuvre les principes de la magie commune à tous les peuples non formatés par le monoscientisme qui s’implante en Europe à partir de la Renaissance. Les apparitions de Vierges, au Brésil, au Mexique[57], à Cuba et ailleurs, sont toujours aussi des entrées en scène de la nouvelle dignité conjointe d’autochtones, de blancs pauvres et d’Africains ensemble, sur la scène de la religion dominante ; et celle-ci est obligée, toujours avec retard, d’intégrer les nouvelles divinités locales dans le panthéon officiel des héros de la chrétienté à la suite d’une série de miracles déclenchant une vague irrépressible de popularité[58]. Ces phénomènes expriment la revanche du peuple des humiliés et sacrifiés de toute couleur et de toute origine, et leur consécration reflète le travail de l’Eglise pour obliger les riches à fraterniser un tant soit peu avec le camp des opprimés.
On a très tôt des exemples de la mixité créatrice qui s’instaure par le bas. La religieuse mexicaine Sor Juana Inés de la Cruz (1648-1695), poète, femme réellement savante, et philosophe cartésienne, fut extrêmement populaire et courtisée ; elle était tout à la fois fille bâtarde d’un aristocrate, parlant nahuatl comme sa nourrice campagnarde, une féministe enragée, une amie très intime de la vice-reine, une lectrice d’Athanase Kircher le panégyriste de la culture nègre de l’Egypte ancienne, et l’auteur de chants de Noël engagés pour défendre le droit à la liberté des esclaves ; comme théologienne et auteur de théâtre, elle conçut une interprétation chrétienne du mythe de Narcisse, en termes de fusion entre Centeotl, dieu mexicain du maïs exigeant le sacrifice du sang, avec le Christ ; elle sut se bagarrer en outre au plan théorique contre le grand jésuite brésilien Viera, par correspondance, et au plan judiciaire, par correspondance aussi, avec des dignitaires ecclésiastiques qui voulaient sa peau, et firent leur possible pour la faire condamner comme hérétique. Bref, avant de mourir saintement en soignant les malades d’une épidémie de peste, Sor Juana Inés de la Cruz sut donner la mesure de la vitalité d’une pensée pleinement américaine, en plein XVIIème siècle, pensée qui intègre toutes les cultures dont elle pouvait avoir connaissance, dans un projet profondément démocratique. Il s’en est fallu de peu qu’elle finisse comme Giordano Bruno, mais il n’est pas exclu qu’elle soit un jour canonisée comme sainte[59].
Avec le recul, on constate que c’est au niveau des gens les plus cultivés que les trois populations ont exprimé la fécondité de leur dialogue et leur interpénétration, après quelques générations à peine de confrontation. L’initiative de la créativité vient incontestablement de la base : les esclaves fugitifs, c'est-à-dire les plus déterminés à résister à un ordre imposé par la simple logique de la cupidité, fraternisaient avec les indiens, souvent eux-mêmes pourchassés. Ils organisaient ensemble leur survie de marrons dans la jungle, et attaquaient de concert des agglomérations pour se pourvoir en armes et autres articles qu’ils ne pouvaient produire eux-mêmes. Ils trafiquaient avec les marginaux de la société blanche. [60] Ces rebelles léguaient des méthodes de survie, une combativité, des projets de société en petites communes autonomes, leur héroïsme, leur agonie ; et ce sont les romanciers et poètes, de culture européenne, qui les ont transmises, dans chaque pays, et leur audace était révolutionnaire : ces écrivains furent traités, de leur vivant, comme des intellectuels subversifs. Ils partaient des bribes de légendes orales et anonymes, comparables au romancero espagnol[61], et leur donnaient la dignité d’hymnes nationaux.
3. Les guerres d’indépendance engendrent la révolution
Les guerres d’indépendance contre l’Espagne ont été entreprises par des aristocrates ; Bolivar appartenait à la caste des planteurs de cacao. Elles ressemblent beaucoup, au départ, aux guerres « séparatistes » pour l’autonomie régionale, dans les anciens royaumes que l’Espagne des rois catholiques avait regroupés sous un gouvernement central. Les rebelles reprochaient à l’Espagne incurie, abus et turpitudes tyranniques, mais n’imaginaient nullement une restauration des sociétés préhispaniques ; ils se voyaient tout simplement à la tête de sociétés plus modernes, plus rationnelles, plus nordiques, dont les modèles étaient pour eux l’Angleterre, la France, les Etats-Unis.
Ce sont leurs troupes qui les forcèrent à se radicaliser. Ils ont tout d’abord eu besoin des nègres dans leur armée, ce qui les obligea à leur promettre l’abolition de l’esclavage, faute de quoi il était hors de question de leur mettre des armes entre les mains. Bolivar lui-même eut à gérer les exigences de son général mulâtre Manuel Piar, qui était le héraut des revendications des noirs : il régla le problème en faisant fusiller le général, et en appliquant ensuite le programme démocratique que le défunt avait défendu jusqu’à la mort. Or Bolivar, après avoir été chassé d’Amérique, avait été obligé d’aller implorer, sans succès, les Anglais en Jamaïque, puis d’aller demander secours, en vaincu, au président Pétion en Haïti ![62] Il est probable d’ailleurs que le soutien de Pétion est ce qui lui permit d’obtenir la loyauté de la population noire partout où il passa ensuite avec ses armées conquérantes, du Venezuela au Pérou, en passant par la Colombie : la communication dans tout le monde noir se faisait parfaitement au moyen des tambours, avec une discipline remarquable, par delà la barrière de l’écriture et des langues européennes. Bolivar n’avait pas une vision transethnique ou pluriethnique des nations qu’il fondait en portant le fer contre l’Espagne impérialiste. Comme toute cette génération de libertadores, il se battait pour un projet de sociétécalqué sur l’Europe blanche, dans lequel les non-blancs n’entraient même pas en ligne de compte, si bien qu’on ne trouve pas d’analyse des exigences des autres composantes de l’univers américain dans leurs écrits. Les discours s’adressent aux « Américains », définis simplement comme peuple jeune, solidaire et exempt des vices irrémédiables des Espagnols[63]. Mais, selon les régions, ce sont des gens d’aspect très différent qui mettent en action ces facteurs constituants. Ainsi, au Mexique, les révolutionnaires sont nettement plus indiens qu’ailleurs : le président Benito Juárez en sera le champion.
En fait, on retrouve partout un schéma identique : que ce soit avec les noirs ou avec les indiens, selon les phénomènes démographiques propres à chaque région, les guerres d’indépendance reposaient sur leur engagement ; or l’engagement des noirs, qui ont le statut le plus bas, celui de « biens meubles » était impossible sans la conquête de la liberté : ils parvinrent à l’imposer, en dépit des clauses dilatoires que les maîtres introduisaient chaque fois qu’ils le pouvaient. Leur conscience nationale se forgea dans la fraternité du sang versé, et le ressentiment contre les anciens esclavagistes s’atténua dans les combats au coude à coude. Les nouvelles armées nationales furent des outils de promotion sociale et d’intégration, de dissolution des rancoeurs et préjugés ethniques. Depuis cette époque, chaque pays d’Amérique latine sait qu’il ne peut rien sans la mobilisation noire. Ainsi le président Chávez a consolidé son implantation en se rendant en Afrique, et en proclamant l’africanité de son pays. Fidel Castro a commencé par satisfaire les revendications des plus mal lotis, les noirs (réforme agraire, réforme immobilière, alphabétisation et élimination de l’enseignement privé), et il est encore aujourd’hui protégé par une garde noire, ainsi que par les dignitaires religieux noirs.
Comme les révolutions européennes, les guerres d’indépendance ont donc été d’abord inspirées par une fronde aristocratique qui aurait pu n’être qu’une révolution conservatrice et réactionnaire ; mais elles ont été débordées par des insurrections populaires, porteuses de l’exigence de nouveaux droits ; la transaction entre les deux mouvements révolutionnaires, est ce qui a donné la victoire aux Latino-américains contre les Espagnols. Or ce que voulaient les uns et les autres c’étaient dans une grande mesure, des révolutions en sens opposé ! Les « créoles » auto-proclamés, se battaient pour l’augmentation de leurs propriétés, pouvoirs et privilèges ; ils se sentaient assez riches pour se permettre la générosité envers les pauvres, une fois qu’ils auraient confisqué aux étrangers, les Espagnols, les biens qu’ils volaient aux natifs. Bien souvent, les griefs des exploités portaient sur leurs exploiteurs immédiats, les créoles, les magnats, esclavagistes et potentats locaux, plus que sur les Espagnols en tant que tels ; le roi d’Espagne leur avait toujours été vanté comme un protecteur virtuellement bienveillant ; les Espagnols multiplièrent d’ailleurs les tentatives pour gagner la loyauté des troupes noires, en faisant une surenchère de promesses d’affranchissement. Mais la balance populaire pencha au final toujours vers les séparatistes car ils avaient la formule magique qui réconcilie : ils se battaient pour la « liberté ». Le malentendu sur ce que recouvrait le terme, selon ceux qui le brandissait, ne tarda pas à apparaître. Mais les nations modernes étaient nées, un autre chapitre commençait.
Actuellement, les gouvernements les plus proches du gouvernement bolivarien du Venezuela sont aussi ceux de pays où la population indienne domine : Bolivie, Equateur, Pérou. Au Mexique et en Colombie, également très indiens, la résistance aux gouvernements dociles à la logique USAméricaine est tumultueuse en ce moment même. La revendication des autochtones à la souveraineté sur leur patrie ancestrale accompagne parfaitement les projets bolivariens, les communautés négocient la redistribution des droits sur le sol et le sous-sol. Les ressortissants les plus indiens des régions les plus pauvres sont aussi ceux qui nourrissent les flux migratoires : Mexicains, Centre-américains en direction des Etats-Unis, Boliviens, Péruviens et Paraguayens vers l’Argentine. Ils cumulent les déchéances et les énergies des immigrants et des autochtones !
Avant les grandes insurrections contre l’esclavage, les maîtres ne percevaient pas l’urgence de l’abolition, ils l’envisageaient par étapes, graduellement, et s’en indemnisaient d’avance. Ce sont les esclaves qui ont précipité les choses. Des plantations et des sucreries dévastées par le feu, des contremaîtres assassinés, des rumeurs de magie et d’empoisonnements : tout cela a fini par faire comprendre à la classe des colons toute entière la nécessité de négocier au plus vite avec ceux d’en bas. En fait, c’est dans un sens métaphorique que toute la population d’en bas continue à s’efforcer de « couper la tête aux blancs », de les empêcher de discourir en lieu et place du peuple, et de commander au mépris de la volonté du peuple, dans toute sa diversité d’aspects et d’origines.
4. Les batailles actuelles pour la souveraineté
C’est le propre des intellectuels que de tenir à la liberté d’expression. En Amérique latine, ni l’inquisition, ni le maccarthysme, ni la pensée correcte selon la gauche n’ont jamais empêché la contrebande des idées, et, du fait que les gens ont une longue expérience des tyrannies, plus une idée y est censurée, plus elle conquiert ses découvreurs, qui en démultiplient la force de conviction. En ce moment, le révisionnisme autour du rôle des juifs dans la seconde guerre mondiale faisant l’objet de censure comme en Europe, il sest répandurapidement. L’alliance sans failles entre Israël et les Etats-Unis, qui coopèrent activement sur le sol latino-américain même, dans les secteurs militaire et paramilitaire, remet à l’ordre du jour l’alliance entre secteurs sociaux très divers, autour d’une idée principale, la souveraineté nationale. C’est patent au Venezuela et en Argentine.
Au Venezuela, le président iranien a été accueilli avec ferveur, et le gouvernement encadre et accompagne l’antisionisme populaire, à partir de la théologie de la libération locale, qui est catholique. C’est en Argentine, le pays où réside la quatrième population juive au monde, qu’on assiste à l’émergence d’une réaction antisioniste comparable à celle que connaît l’Europe, associant secteurs populaires les plus humiliés, intellectuels très déchristianisés, et représentants traditionnels de l’extrême-droite restée catholique. L’Argentine a connu une expédition néocoloniale conjointe, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne: en 1982, alors que les militaires au pouvoir revendiquaient les îles Malouines, les deux pays avaient réagi de façon tout à fait solidaire, au mépris de la doctrine Monroe, selon laquelle les Etats-Unis s’engagent à défendre tout pays d’Amérique menacé d’ingérence européenne. En 2007-2008, les Argentins ont assisté à des pressions conjointes des Etats-Unis, de l’Angleterre et d’Israël pour que le gouvernement argentin les soutienne dans une attaque militaire contre l’Iran. Or les Argentins sont bien placés pour savoir que ce projet est ancien, sans rapport avec le prétexte de menace nucléaire invoqué officiellement. En effet, en 1992 et 1994 ont eu lieu deux attentats meurtriers contre l’ambassade d’Israël et le centre communautaire juif AMIA ; aussitôt, la version officielle les imputa au Hezbollah et à l’Iran, à la surprise générale, parce que l’Iran et l’Argentine n’avaient pas le moindre contentieux. Quinze ans plus tard, les enquêtes successives n’ont pas permis d’étayer cette thèse, mais au contraire, la presse commence à faire état des pressions israéliennes dès le départ pour faire accuser des musulmans ; et c’est sur une responsabilité israélienne complète qu’un petit groupe d’intellectuels enquêtent à leurs risques et périls.[64] Dernièrement, le dirigeant du mouvement des chômeurs « piqueteros » D’Elia, populaire et écouté au gouvernement, en a fait état publiquement, lors du Salon du livre de Buenos Aires, suscitant l’intervention de nervis des associations paramilitaires juives locales. Tout indique que les attentats de Buenos Aires ont été le fait de hauts responsables, diplomates et agents secrets israéliens (en particulier l’actuel ambassadeur Raphaël Eldad) et des plus hautes autorités juives locales (Rubén Beraja, déjà mis en examen pour son rôle dans la faillite du banco Mayo qui a provoqué le krach financier de 2002, et maintenant inculpé pour corruption de magistrat, était le président de la DAIA, la Direction de l’Amitié Israël Argentine). Le président Kirchner a montré très peu d’empressement pour relayer les appels du président Bush contre le terrorisme et contre l’Iran, laissant même entendre qu’il soupçonne aussi les attentats du 11 septembre de ne pas être le fait de musulmans fanatiques. Norberto Ceresole, puis José Petrosino, Oscar Abudara Bini et d’autres ont fini par gagner la bataille contre le montage d’une Holocaust story à usage local.
L’Argentine est un pays riche, au territoire vaste et insuffisamment peuplé, comme l’Australie, et c’est le plus blanc de l’Amérique latine ; le « colonialisme judiciaire » (Thierry Meyssan) réveille le sentiment que la souveraineté nationale est gravement menacée, comme au Proche Orient. Se sentant nettement plus européen que le reste de l’Amérique latine, ce pays est fort étonné de se voir traité comme une république bananière par l’Empire. Comme les Européens, les Argentins ont des réflexes de propriétaires hargneux face à l’immigration sauvage des pays voisins, beaucoup plus indiens qu’eux. Mais ceux-ci ne viennent pas d’anciennes colonies, ce sont simplement des cousins proches et pauvres : et ce sont des Américains autochtones, qui se trouvent rejetés par les blancs des grandes villes, ceux qui ont encore souvent un passeport espagnol ou italien, ou israélien.
5. La logique amérinidienne des réparations
C’est en 1992, à l’occasion du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique par l’Europe, que les mouvements indigènes ont introduit le thème des réparations financières dues par les gouvernements européens, pour le vol des richesses minières sans l’accord des populations. Depuis, l’exigence de réparation pour les colonisés est un concept qui agit comme un révélateur d’iniquité.
Dans les années 1960, la gauche a adopté avec enthousiasme la réflexion martiniquaise de Franz Fanon, parce qu’elle ne se reconnaissait pas dans les horribles colons qu’il décrit. Il convient maintenant de l’accepter comme un enseignement fonctionnel en France aussi. Au début des luttes pour l’indépendance, les blancs qui se battaient pour la liberté du continent américain ne voyaient nullement le rapport entre ce généreux concept universel et les problèmes de gestion de la force de travail qui se posaient sur les plantations ; ils ne tenaient nullement compte de la profonde aspiration à la liberté des esclaves, non seulement comme un droit légitime, mais aussi comme la dynamique commune aux humains de tout aspect physique. Il est temps que ceux qui se soucient d’éthique en politique assument le combat pour les réparations avec enthousiasme, comme jadis une partie des aristocrates indépendantistes latino-américains ont appris à libérer leurs propres esclaves et à se battre pour l’abolition de l’esclavage en général.
Le principe de la réparation permettra de mettre en route la révolution économique indispensable, dans le sens de la décroissance pour les pays riches, l’arrêt du pillage- gaspillage, le blocage des mécanismes usuraires ; il chassera les gouvernements à la solde des multinationales, et créera l’emploi et l’espoir permettant aux Africains de rester chez eux. C’est un levier pour retrouver un véritable dialogue des civilisations, et une gestion saine de nos rapports avec la nature. Si la vieille Europe ne veut pas se voir guillotinée comme vieille caste usurpatrice et prédatrice par rapport à l’Afrique à qui elle doit tout, elle a tout intérêt à « couper la tête » elle-même aux blancs qui ne se veulent que blancs, à ceux qui prétendent approfondir l’apartheid à l’échelle mondiale, par la construction de multiples murs de toute nature, contre les immigrants, contre la pensée paysanne et ouvrière autochtone, contre les affamés de justice. José Martí, le bâtisseur d’un projet national solidaire, déjà considéré « antisémite » de son vivant, prenait très au sérieux, dès les années 1880, l’obligation pour les générations futures d’entreprendre les réparations dues aux noirs.
La leçon de l’Amérique
La France a formulé le triangle des beaux idéaux qui soulèvent les êtres humains : liberté, égalité, fraternité. De fait, si l’on considère qu’il y a trois groupes ethniques en France, il faut reconnaître qu’un groupuscule, celui que disent représenter les ténors juifs, jette de l’huile sur le feu afin que les deux autres se liguent contre les noirs. Les noirs sont, partout et toujours, ceux qui se battent le plus pour l’égalité, qui démocratisent de fait leurs sociétés ; on n’a pas assez remarqué qu’ils se battent aussi toujours pour la liberté d’expression, de façon bien plus systématique que la caste des intellectuels agréés. Pour la défense de l’idée démocratique par excellence de la liberté, à Cuba, l’on garrotta en 1844 une bonne centaine de nègres, outre ceux qui furent assassinés sans autre forme de procès, ou sous le vieux prétexte du délit de fuite ; et on exila une dizaine de blancs, alors que l’accusation était la même : ensemble, ils défendaient le principe de l’abolition de l’esclavage ; ces règles du jeu inadmissibles, mais qu’on peut constater dans toutes les sociétés à dominante blanche, les noirs les connaissent parfaitement, et elles n’ont pas changé, les statistiques sur les mécanismes judiciaires aux Etats-Unis le montrent[65] ; néanmoins, les noirs ne reculent jamais pour défendre les autres groupes victimes du colonialisme. En Amérique ils ont été les alliés naturels des autochtones, depuis leur arrivée, au XVIème siècle ; la convergence des mouvements noirs et « sans papiers » latinos aux Etats-Unis le montre à nouveau[66]. Et dans le monde entier ils sont aux côtés des Palestiniens. En Europe on ne reconnaît pas encore qu’ils défendent déjà, ce faisant, la liberté de pensée des autochtones. Pour ce qui est de la fraternité, c’est aux vieilles classes dirigeantes de donner l’exemple : tant qu’elles n’aboliront pas leurs propres privilèges, leurs raisonnements sur la souveraineté nationale ne seront pas écoutés du peuple.
Actuellement, la censure est principalement exercée par une caste fonctionnant sur le mode le plus communautariste possible, celui de l’endogamie : la caste qui se revendique du judaïsme, comme nébuleuse idéologique supérieure à toute religion traditionnelle rattachée à un territoire donné par des siècles ou des millénaires d’enracinement. Le contrepoids en est la reconnaissance pleine de la civilisation africaine ; l’Amérique latine lui fait une large place, et cela détourne efficacement les uns et les autres des haines raciales ; de plus, l’animisme, comme les autres religions, contribue à vertébrer la conscience, et harmonise les rapports sociaux. On trouve l’Afrique à la source de la philosophie qui soutient le système informatique Linux, entreprise de résistance au capitalisme qui a pour mot d’ordre « UBUNTU » : « je ne suis que dans la mesure où les autres sont pleinement »[67]. Linux est un produit du mariage entre un Finlandais et l’universalisme africain. Il n’y a de liberté et d’indépendance qu’abolitionniste et réparatrice de tous les crimes « légaux » contre l’humanité, voilà la leçon de l’Amérique latine.
Un périple avec des rabbins antisionistes
« Il y a 60 ans, les noirs devaient s´asseoir au fond, dans les autobus des USA. Et le gouvernement des USA trouvait ça normal. Il y a 40 ans, l´apartheid faisait loi, en Afrique du Sud, et tous les pays sérieux commerçaient tranquillement avec l´Afrique du Sud. Il y a 20 ans l´URSS s´est écroulée, en une nuit, sans bruit annonciateur particulier, sans bain de sang non plus. L’Etat d’Israël, comme tous les régimes injustes, est miné de l´intérieur, et ce qui paraît un rêve aujourd´hui, le démantèlement pacifique et prompt de l´entité sioniste, est déjà sous la terre la réalité, parce qu’il est porté par l’Esprit : l’Etat d’Israël est un mirage. »
Tel est le message que deux personnages et moi-même, leur traductrice, ont répété dix-huit fois en deux semaines, à Buenos Aires, à Santiago du Chili, à Viña del Mar et à Valparaíso, pendant l’été 2008. Ils ont dit aussi, les excellents orateurs, avec le même aplomb, que le livre Ben Gurion´s Scandal, How the Hagannah and the Mossad eliminated Jews
par Naeim Giladis ,[68] réédité par Dandelyon en 2003, comporte le témoignage du terroriste juif qui a placé des bombes dans les synagogues à Bagdad, dans les années 1950; que Haim Weissman, le premier président d´Israël, a empêché les Anglais de sauver des milliers de juifs d´Europe en les envoyant en Inde, et qu´il ne voulait surtout pas que se reconstituent à Tel Aviv les ghettos des juifs religieux d´Europe centrale; que la collaboration des sionistes avec les nazis est allée très loin: d´abord franche, dans l’organisation de l´émigration, puis perverse, lorsque la guerre commença, et que la persécution des juifs s´organisa: les sionistes avaient besoin de sang, d´innombrables morts d´innocents, c´était indispensable pour populariser leur idée d´un Etat refuge pour rescapés; depuis, sur les ruines de l´Europe, les mêmes sionistes traitent d´antisémite toute personne qui ose réfléchir et exprimer la moindre critique à l´entité sioniste, de négationnistes tous ceux qui regardent de près la genèse de leur Etat frauduleux. C´est le groupe de pression sioniste qui avait obtenu que l´aviation américaine ne bombarde pas le chemin de fer menant à Auschwitz. Et depuis, après avoir encouragé déportations, disparitions et traitements inhumains, le même groupe de pression persécute Allemands, Palestiniens, journalistes, hommes politiques, à qui mieux mieux, guettant partout des proies qu´ils puissent accuser de négation de l´holocauste par eux alimenté et augmenté. Le président Ahmadinejad a les meilleures relations du monde avec les 25 000 juifs iraniens, et finance leurs œuvres de charité. En Iran comme jadis dans tout le monde musulman pendant des siècles, les différentes populations cohabitent harmonieusement.
Voilà donc ce qu’on nous cache, le message d’une partie des juifs orthodoxes au monde occidental, porté silencieusement par des centaines de milliers de personnes qui choisissent uneclôture stricte par rapport au monde, comme les moines chrétiens, pour ne voir et n´entendre que le rayonnement de l´esprit. Comme ils le font avant de commencer chacun de leurs discours, prions Dieu à notre tour que nos paroles soient véridiques, dans leur contenu et dans leurs conséquences.
Les deux représentants du militantisme antisioniste, les Neturei Karta, ou “gardiens de la cité” Yisroel David Weiss, de New York, et Ahron Cohen, de Manchester, insistent : à Jérusalem aussi, ces orthodoxes sont antisionistes, et ne verseront pas une larme le jour de la dissolution de l´Etat sioniste. Les barbes et papillotes qu´on voit à la télévision orner de féroces colons fanatiques appartiennent seulement à une poignée d´hérétiques. Ce sont les seuls que nous montrent nos médias, qui nous refusent les images des manifestations de rues où les rabbins représentant la tendance majoritaire, la tendance antisioniste, se font tabasser par la police israélienne. Autre omission de nos medias, qui ne montrent jamais les grandes manifestations des juifs orthodoxes, à New York, assiégeant l´AIPAC avec leurs banderoles qui disent sobrement: “La Palestine aux Palestiniens”.[69]
Weiss et Cohen ont accepté l´invitation du président iranien pour faire le point sur les recherches historiquesconcernant l´Holocauste, en 2006. Ils racontent que les historiens terrorisés par les sionistes n´ont pas osé y aller, seuls les résistants ont fait entendre leur voix. Weiss et Cohen se sont exprimés à Durban, lors de la conférence de l´ONU contre le racisme, et à l´Unesco, au Venezuela, pour le dialogue inter-religieux. Ils ont rencontré Chavez à New York, et Mahattiraussi. Ils ont la conscience tranquille et le regard clair, même s´ils n´ont jamais entendu parler de Salvador Allende, s´ils demandent qu´on leur note précisément l´orthographe du “Che” Guevara, dont ils avaient déjà vu le portrait quelque part, et qu´ils méprisent profondément un certain Max ou Marx, qui a fait parler de lui, à une époque, mais qui n´était, de leur point de vue, qu´un renégat ordinaire. Ils ne lisent guère que la Torah, et il faut tout leur expliquer sur des gens commeMark Rich, Meyer Lansky, Monsanto ou Zbigniew Brzezinsky. Ils ne regardent jamais la télé, ils ne vont pas à l´université, ils marient leurs enfants à 19 ans pour que leurs instincts de jeunes soient tout de suite canalisés et amortis. Ce sont des familles entières, de six enfants en moyenne, qui vivent apparemment sur Mars, qui sont d’une ignorance incroyable, mais qui savent l´emplacement de chaque check point en Palestine, et qui envoient de l´argent aux Palestiniens. Ils veulent mettre en pratique la vertu divine de la compassion, et ils nous demandent de prier avec eux pour le prompt et pacifique démantèlement de l´entité sioniste. Et il s´adressent spécialement à la jeunesse, et demandent aux étudiants d´informer et d´éduquer à leur tour, parce que c’est le rôle des étudiants.
Nos deux rabbins ont expliqué toutes ces choses aux riches Palestiniens chrétiens installés au Chili depuis les années 1920, et au groupe des députés chiliens officiellement pro-palestiniens, 10% du Parlement. L´ambassadeur d´Israël avait envoyé à chaque parlementaire une note leur recommandant de ne pas honorer de leur présence la rencontre, en invoquant une seule raison : ces deux messieurs ont participé à la conférence iranienne sur l’Holocauste, et sont donc forcément manipulés par de très infréquentables individus. Mais les parlementaires chiliens ont profité de l´occasion pour nous raconter que la Patagonie est infestée de jeunes Israéliens qui passent par Miami pour venir en camps de vacances paramilitaires, et qu´ils ont planté leur drapeau à dix mètres en avant du drapeau chilien, à l´extrême sud du continent sud-américain. Il y a quatre ans, ces parlementaires ont demandé au gouvernement des explications : ils attendent encore la réponse...
En Argentine, on sait que l´importante communauté juive orthodoxe a été formée par le prestigieux rabbin Teitelbom, également rabbin à Jérusalem, et furieux antisioniste. Les juifs laïques argentins qui sont venus, éblouis, à la conférence organisée par la mosquée chiite de Buenos Aires, vont passer le message antisioniste et libérateur parmi les autres juifs.L’Argentine était dans les années 1990 le premier partenaire commercial de l’Iran en Amérique latine, et les deux pays travaillaient de concert à la mise en place de leurs centrales nucléaires. C’est évidemment quelque chose que les sionistes ne leur pardonnent pas, et l’industrie nucléaire argentine naissante a été liquidée depuis. C’est l’une des raisons qui les ont poussé à organiser les attentats de 1992 et 1994 sous faux-drapeau, avec une méthodologie semblable à celle mise en œuvre ensuite à Londres, Madrid et New York. Ils ont provoqué la gigantesque banqueroute argentine de 2003, et maintenant, attisent dans les media une crise grave pour faire tomber le gouvernement, en profitant des défis traditionnels des provinces rurales, où les gros propriétaires n´apprécient pas qu´on leur réclame des impôts : la routine, dans cet immense pays où l’affrontement entre centralistes et fédéralistesa toujours été un sport national.
Quand on leur explique tout cela, nos rabbins imperturbables n´ont qu´une réponse: les sionistes sont capables de tout, ils l´ont prouvé, ils ont toujours été prêts à verser le sang juif comme le sang palestinien, ils sont coupables de carnages dans le monde entier. Quand on leur dit que le Mossad était très présent dans le gouvernement de Pinochet, c’est pour eux une situation classique : le Mossad est partout où il croit pouvoir faire avancer les intérêts d’Israël, c'est-à-dire terroriser des juifs pour qu’ils aillent « se réfugier » en Palestine. Nos docteurs de la Loi le répètent : n’ayez pas peur de vous faire traiter d’antisémites, affrontez froidement les sionistes, sans concession. Eux-mêmes sont traités de négationnistes, ce qui leur vaut bien des incompréhensions dans leur milieu, où tout le monde communique en yiddish, et s’habille encore à la mode de la Hongrie ou de la Lithuanie d’il y a 100 ans. La disparition non élucidée de communautés entières pendant la guerre les hante toujours, comme les disparitions non élucidées lors des dictatures militaires d’Argentine et du Chili, qui faisaient partie du plan Condor (rappelons que le plan Condor est une création de Kissinger, John Negroponte, Vernon Walter et George Bush père, eux-mêmes héritiers directs des méthodes nazies[70]). Mais ils sont épouvantés par le harcèlement que les sionistes exercent sur les Allemands, ils mesurent parfaitement le danger que cela fait courir à nouveau aux juifs innocents et à la paix. Ils ont été heureux d’apprendre que certains noms de déportés sont répétés plusieurs fois, sur les listes de Yad Vashem : encore une escroquerie de sionistes, qu’ils ne vont pas laisser passer !
On ne peut qu’accompagner la logique parfaite des Neturei Karta. Si seulement parmi les chrétiens on en trouvait d’aussi éloquents ! Les sionistes n´arriveront jamais à leurs fins, disent-ils. En 60 ans et X plans de paix, ni colombes ni faucons n´ont pu amener la paix en Palestine, parce que projet sioniste est vicié depuis le départ: selon la Torah, les juifs n´ont pas le droit de fonder un Etat, ni en Palestine ni ailleurs, ils ont le devoir d´être de loyaux citoyens des pays où ils résident, et de protéger la vie autour d´eux. Dès le Cantique des Cantiques du roi Salomon (2 : 67), sont annoncés les châtiments divins pour ceux qui se rebelleront contre le décret divin de l’exil et de la dispersion. Bafouant la volonté de Dieu, les sionistes, qui au demeurant ne sont que des matérialistes, des athées, des nationalistes et des imposteurs, et qui utilisentles références bibliques seulement pour duper les juifs et les chrétiens, n´auront jamais la victoire: la Palestine appartient aux Palestiniens, comme la France aux Français, l´Argentine aux Argentins, le Chili aux Chiliens. Et sur le Mur des Lamentations, qu’ils refuseront toujours de franchir, ce sont peut-être bien des juifs orthodoxes qui ont peint le drapeau palestinien.
La foi, dans chaque univers culturel, est source de lucidité et de radicalité. Ils n´ont pas peur, les Neturei Karta, de défendre ouvertement Hamas, Hezbollah, Iran et autres instances réputées terroristes. En Argentine et au Chili, dans les pays du Cône sud où les Israéliens ont installé depuis longtemps des bases de repli pour parer à leur déroute en Palestine, ils ont répété leur message aux universitaires, aux disciples de l’abbé Pierre, compagnons d’Emmaüs qui avaient déjà accueilli roger Garaudy dix ans plus tôt, aux journalistes, aux musulmans et aux sionistes, tant juifs que chrétiens, aux Mapuches qui se disent spoliés comme les Palestiniens, aux syndicalistes, de l´extrême droite à l´extrême gauche: un seul Etat satisfaisant les légitimes exigences des Palestiniens, voilà la seule solution à tous les drames du Proche Orient. Le jour où la classe politique annoncera sa disposition à s´asseoir à la table des négociations sur cette base, tout sera réglé: l´opinion publique mondiale, le bon sens, la justice, tout cela à la fois aura gagné, et la forteresse hideuse s´évanouira telle un mirage, comme tant d´autres dans l´histoire. Du cancer et des ses métastases, il ne restera rien; il faudra bien quelques millions de millions pour reconstruire la Palestine et les autres régions dévastées par le sionisme, mais on les prendra sur les budgets des marchands de canons, et on y arrivera. Qui dit mieux?
Il faut écouter les rabbins antisionistes: c´est peut-être grâce à eux que les juifs s´arracheront à la fascination sioniste, et à la peur infondée de la vengeance arabe. Ils contribuent considérablement à réduire la colère chez les antisionistes, la violence chez tous. Ils convertissent partout où ils passent, ils élèvent chacun au dessus de son niveau d’honnêteté coutumier, ils sont bibliques. Oui, les juifs antisionistes et religieux, aussi encombrants et invraisemblables soient-ils, avec leurs exorbitantes prohibitions qui hérissent d´agacement et d’allergie tous les milieux qu’ils traversent, sont indispensables à l´équilibre du monde, et nous les protègerons, comme les Palestiniens les protègent et les chérissent. Ils sont probablement, comme ils le disent, mieux acceptés en pays musulmans qu’en pays chrétiens. Mais il est bien heureux qu’ils soient riches et nombreux à New York !
Le dégel
La domination idéologique du sionisme est un fait, et à partir du moment où on la rencontre par hasard, comme on met le doigt dans une prise de courant, il est difficile de ne pas éprouver sa présence, son jus vigoureux, et l’urgence de s’en défaire, avant de retrouver une perception normale des autres problèmes de notre temps. Le terme sionisme n’est ni une impropriété ni un euphémisme. Il embrasse un paradigme vivace, gouvernant le passé et l’avenir, la Palestine et le monde, il est l’ici et maintenant incontournable. Quand on découvre le pot aux roses, et ce qui se cachait derrière les règles du jeu occidentales qui pouvaient sembler les plus proches possibles de l’idéal démocratique, on commence par être absolument terrorisé par les juifs ; on en devient obsédé, on en voit partout, on se cache, on crypte ses messages, on parle en code, on s’explique tout avec cette clé unique autant que magique, on se fait traiter d’antisémite mais on se récrie, parce que toute cette réorientation de nos analyses ne découle nullement d’un a priori contre les juifs, bien au contraire : c’est la découverte d’une terrible trahison qui nous tracasse et nous fracasse : anciens amateurs de récits de guerre et d’holocauste, nous avions des héros pour notre temps, et voilà que nous sommes ramenés brutalement à notre rôle véritable : les épouses cocufiées, ridicules et impuissantes, d’une poignée de gens qui se prennent pour les propriétaires de notre destinée !
La judéophobie, c’est la colère provisoire assortie d’épouvante, le moment le plus sombre de la dépression, comme quand on vient de prendre son mari la main dans le sac. Aucun doute qu’elle ait gagné ces dernières années la dimension d’une pandémie ; après le carnage de Gaza et les indélicatesses de Madoff, on chercherait en vain le vaccin, mais c’est une maladie dont on peut parfaitement se relever. [71]
C’est pour les dévots les plus zélés du culte, qu'il faudrait réserver l'appellation de judéophobes, ceux qui ont été hypnotisés et qui le restent, ceux qui croient vraiment que les juifs sont les maîtres du monde, et sont sans ressort face au moindre chantage. Lorsque le culte du grand H sera par trop dévalué, il surgira d'autres histoires se prêtant à l'organisation de la génuflexion intéressée dans tout l'Occident. L'histoire montre qu'effectivement, certains spéculent très bien sur l'antisémitisme comme produit éternellement vendable, à condition de le relooker régulièrement, et de savoir en lancer commercialement les nouveaux emballages: avant même l'inauguration des grands camps de concentration allemands, la rumeur apocalyptique de millions de juifs gazés par les nazis circulait déjà! En fait, bien avant les persécutions nazies, l'habitude était prise, dans les organes de presse, de grossir les pogroms et de colporter les rumeurs les plus terrifiantes: on a repéré la première annonce de l'assassinat de six millions de juifs dans The American Hebrew, le 31 octobre 1919. Pour ce qui est de l’expulsion des juifs d’Espagne, à partir de 1492, on a des documents précieux, transmis par un historien juif, Cecil Roth, spéciaiste des marranes, régulièrement réédité ; ils montrent que la peur bien entretenue des uns a répandu une légende disproportionnée, acceptée paresseusement par les autres, jusqu’à supplanter complètement les faits. Cecil Roth a ramené les faits à leurs proportions exactes, honnêtement. Cela devrait nous aider à comprendre que la persécution contre les faurissonniens n’a pas pour but d’empêcher les historiens d’ arriver à des conclusions rationnelles, mais d’éviter que leurs découvertes se répandent, de maintenir le peuple sous le joug de la fascination, de faire du révisionnisme un pétard mouillé, simplement en retardant le plus possible sa diffusion.
Or, depuis les masacres de Gaza, l’image des juifs en éternelles victimes est périmée, nous sommes entrés dans une nouvelle étape où la banquise fond, avec des craquements spectaculaires dans ce qui paraissait un mur compact. « Une allumette sur la banquise », voilà ce qu’était pour Serge Thion, dans les années 1980, la recherche sur les chambres à gaz. Puis, sous l’effet de coups de boutoir de toute espèce, voilà que tout bascule, le feu antisioniste se propage comme un incendie, opportuniste par définition. Nous faisons, nous les antisionistes radicaux, naturellement la distinction entre l'idéologie sournoise qui peut infecter de grands secteurs sociaux, et les efforts de chaque individu pour incarner son sens éthique en des actes précis. Il n'y a pas de tribus ni de peuples barbares et de peuples civilisés. C’est en chacun que se livre le combat de la barbarie et de la civilisation. La religión juive a maintenu des traits préhistoriques: clanique, rivée aux rituels physiques qui peuvent couper définitivement et très gravement ses membres du reste de l’humanité. L’Afrique continue d’être un réservoir de religionsen apparence semblables au départ. Et tant qu’elles n’ont pas de ressources exorbitantes, et qu’elles restent dans leur environnement d’origine, ces survivances tenaces ne constituent pas un danger pour les autres ;elles n’ont pas les moyensde s’ériger en suprématismes; en choisissant de s’emmurer, elles nous épargnent, normalement, le prosélytisme, et elles nous sont utiles comme un miroir concentrant l’origine et la richesse de nos théologies fondatrices, voire un espace de ressourcement.
Le sionisme, se revendiquant du judaïsme, est une hérésie, de quelque horizon théologique qu’on l’examine. Au stade actuel, c’est bien un concept matriciel, apte à décrire le soutien à d’autres opressions coloniales que celle qui sévit en Palestine, et elles peuvent prendre comme prétexte la défense d’une identité ethnique occidentale. Mais écoutons sainte Simone Weil :
« Les riches et les puissants trouvent le plus souvent leur raison de vivre dans leur orgueil, les opprimés doivent trouver leur raison de vivre dans leurs hontes. Leur part est encore la meilleure, parce que leur cause est celle de la justice. En se défendant, ils défendent la dignité humaine foulée aux pieds ».[72]
Un fond de l’humiliation, les Africains l’ont touché récemment avec l’affaire de l’Arche de Zoé. Rappelons l’élement clé pour comprendre l’histoire de cette association frauduleuse, soutenue depuis sa création par Bernard Kouchner : « le frère cadet de Nicolas Sarkozy, François Sarkozy -- médecin pédiatre devenu directeur médical chez Aventis Pharma puis directeur du développement international chez Roussel-Uclaf avant d'être propulsé Vice-président du laboratoire pharmaceutique BioAlliance Pharma et Président d'AEC Partners Inc -- fait également partie du Comité d'évaluation de Paris Biotech Santé et est à ce titre habilité à donner des avis, favorables ou non, sur les programmes présentés à Paris Biotech Santé, tels entre autres celui de l'Arche de Zoé. Bio Alliance Pharma est une société biopharmaceutique qui a entre autres pour objet de tester des nouveaux médicaments sur des patients volontaires avant leur lancement sur le marché. Quant à AEC Partners, société de conseil dans le domaine pharmaceutique, ses principaux clients sont l'américain Pfizer, leader mondial de l'industrie pharmaceutique , et le syndicat français de l'industrie pharmaceutique (LEEM) ».[73]
Exigeons une enquête sur ce que sont devenus les enfants africains kidnappés avant que le scandale éclate. Si Israël se permet de voler « légalement » leurs organes aux jeunes Palestiniens et de les tuer pour cela,[74] si des rabbins américains font dans le trafic de reins, nous avons, nous, en France, le champion de « l’immigration choisie ». Pourquoi donc Nicolas Sarkozy a-t-il choisi de protéger les importateurs clandestins d’enfants africains volés ?» Voilà de l’histoire à fouiller au présent, si l’on veut être digne d’attention sur d’autres sujets.
Il faut, pour démanteler les suprématismes, être à l’écoute de la banlieue, cette périphérie qui démasque si bien le centre-ville, et l'intelligentsia au service de la métropole étrangère, et qui transmet la voix de l’Afrique. L’antisionisme et l’indifférence à l’intimidation juive des nouvelles classes dangereuses sont visibles depuis avant la campagne de la liste Europalestine pour les élections européennes de 2004. Mais cela va bien plus loin, maintenant que le président Obama défie le lobby pro-israélien ! Obama est symboliquement un roi pour notre temps, celui qui a été porté au pouvoir par les meilleurs rêves des Américains, en consonnance avec les aspirations populaires du monde entier. La Liste antisioniste constituée autour de Dieudonné pour les élections de juin 2009 peut être le début d’un Front où se retrouveront, comme dans toute guerre de libération nationale, extrême droite et extrême gauche. Cette rencontre ne sera féconde que si elle produit un Extrême Centre, où les gens se reconnaîtront, dans la sagesse, la prudence, et l’acuité. Par le caractère militant du vote en faveur de la Liste antisioniste (plus de 37 000 personnes, pour la seule région parisienne), la banlieue au teint terreux a prouvé qu’elle est désormais enracinée, prête à prendre la relève des vieilles élites périmées, élites communistes et catholiques, du peuple et de l’aristocratie, de la gauche et de la droite. Certains redoutent un islam conquérant, capable un jour d’imposer une législation répressive contre les non musulmans en France. Mais ce sont ceux qui tiennent la pensée noire pour inexistante, alors même que c’est le clergé africain qui porte le timide élan évangélisateur de l’église catholique en ce moment. La fonte des neiges fait redécouvrir la richesse et la diversité du paysage, outre qu’elle fait renaître la nature : ne laissons pas les vices de pensée hérités de la période d’hégémonie Usraélienne nous dévorer.
Quand le suprématisme, qu’il soit juif ou autre, est en position de faiblesse, il lui reste une arme secrète, le pouvoir de diviser, en consolidant les appétits dominateurs et concurrentiels des uns et des autres. Une pierre de touche, pour être sûr d’y résister, est l’alliance avec les plus sensibles à la duplicité. Proche des nèg, oui, car les nègres sont, dans chaque société imbue d’elle-même, le garde-fou.
« Ils ont la haine, on a la bravoure », dit MC Solar. Inch Allah !
[2] On a retrouvé parfois ce même individu dans les colonnes de Libération, du Monde diplomatique, puis au premier rang des manifestations de soutien à la Palestine, où il cultivait le personnage de pacifiste américain.
[3] J’abrège : j’ai à la disposition de tous les curieux le dossier de mes demandes de respect des usages démocratiques, d’équité élémentaire, d’enquête, auprès des autorités universitaires. Le seul document qui m’ait été communiqué officiellement est celui du groupe de recherches (entité informelle, qui n’engage nullement la responsabilité de toute l’université) Histoire des Antilles Hispaniques, qui me destituait; maisje sais que le texte, n’ayant nullement été soumis à l’avis de tous les responsables du groupe, était réfuté par certains de ses membres ! Finalement, j’ai été reçue par le Secrétaire général de Paris VIII, M. Mavrocordato, qui a reconnu la réalité du « harcèlement moral » dont j’étais victime (février 2001), mais a déclaré être impuissant… Peu après la conférence, Mme Sokologorski a perdu la présidence de l’Université, la bibliothèque a été expurgée, les étudiants étroitement surveillés.
[4] Toute la communauté cubaine de Paris fut abasourdie de découvrir à travers mon cas qu’à Paris aussi, les mœurs universitaires étaient brutales et primitives. Les latinoaméricains en général comprirent parfaitement la cabale, et qui l’orchestrait : le théâtre de l’absurde, ils connaissent.
[5] Julio Anguita fut ensuite premier secrétaire du parti communiste espagnol ; son fils, journaliste, a été tué en Irak,au balcon de l’hötel Palestine.
[7] Après Les Mythes…, Roger Garaudy a publié plusieurs livres importants ; il mit le point final au dernier, Le Terrorisme occidental, juste après les attentats du 11 septembre 2001 (éditions Al Qalam, Paris).
[8] Variante idéologique pour dévaluer le sens du voile : il y a des sophistes pour considérer que le voile et le string, c’est du pareil au même : une écrivaine qui a sûrement une grande culture psychanalytique, et peut-être un système pileux bizarrement situé, publie dans Le Monde que les jeunes filles qui cachent leurs cheveux et celles qui montrent leurs fesses font à peu près la même chose : elles refusent d’accepter qu’on a des poils en grandissant !!!! (Alina Reyes, 18 janvier 2004).
[9] Málaga, ville maure, fut reprise par les chrétiens au terme d’une bataille féroce en 1487 ; on y fit 15 000 prisonniers qui furent vendus comme esclaves, plus sept-cents qui furent offerts à des notables en cadeau.
[10] Le livre s’intitule Las mujeres en el islam ; dans la liste de phrases incriminées, les plus scandaleuses semblent être les recommandations suivantes, qui me semblent, personnellement, de très bon conseil, si on les suit dans les milieux du showbiz et les quartiers défavorisés où le désespoir et les stupéfiants font habituellement des ravages domestiques, telles que : « Les coups ne doivent pas être forts et durs, car le but est de faire souffrir psychologiquement et non pas d’humilier et de maltraiter physiquement… On ne doit pas frapper en état de fureur exacerbée et aveugle, afin d’éviter de plus grands dégâts, ni frapper sur les parties sensibles du corps… Il faut administrer les coups sur des parties précises du corps, telles que les mains et les pieds, de préférence avec une baguette pas trop grosse ; c’est à dire assez fine et légère pour ne pas entraîner de cicatrices ou d’hématomes ». Ce jugement espagnol constitue la première condamnation pour le délit de discrimination sexuelle. Il est probable que l’on découvrira bientôt que l’auteur est également antisémite et négationniste, puisqu’il nie, de toute évidence, que la femme moderne et formatée par le féminisme étasunien soit un être très supérieur.
[11] La revue italienne Eurasia, rivista di Studi Geopolitici , www.eurasia-rivista.org , dans son numéro de janvier à mars 2007 complète cette démarche, en proposant un article de Claudio Mutti sur le processus d'intégration depuis l'empire romain, et une recherche de Come Carpentier de Gourdon sur les racines de l'identité culturelle et politique européenne.
[12] En 2009, les Français deviennent les dix-huitièmes, par la seule volonté du président.
[13] (Manuel de Diéguez, « La mort politique de l'Europe », 6 juin 2007 http://www.dieguez-philosophe.com ).
[14] Michel Dakar, par exemple, sur son site www.aredam.net , a reconstitué des bribes du tissu des accointances entre banques et magistrats de la Cour Européenne. Voilà un travail à prolonger et à étendre.
[15] A propos de l’émission Arrêt sur images du 6 mars 2005: « L’Apothéose : 4 juifs agressent physiquement Dieudonné en Martinique et le traitent de "Sale négro" (les gens mêmes qui dénoncent tous les jours l’antisémitisme, traitent un Noir de "Sale Négro" qui plus est en Martinique, terre d’esclavage !) La presse française se tait et rien ne filtre. En Martinique l’affaire fait grand bruit. Les agresseurs sont arrêtés par la police. On découvre qu’ils sont porteurs de passeports israëliens et dans l’émission "Arrêt sur image" tout est fait pour dissimuler cette information en disant que ce n’est pas vrai. Donc la police de Martinique et le Procureur de la République mentent ? Bon, a-t-on demandé, au niveau des instances dirigeantes françaises, aux représentants de la communauté juive de venir s’excuser sur les médias pour les actes et les propos injurieux de ces individus envers la communauté noire ?NON NON NON ET NON !
Au passage, ils risquent 7 ans de prison ferme et ils seront jugés le 18 mars. On le voit bien, médiatiquement il y a deux poids deux mesures, Marianne a fait son choix !
La Totale : Loin de calmer les choses, les médias se lancent alors dans une nouvelle action de grande envergure :Organiser des débats sur la Traite Négrière européenne avec des invités qui sont exclusivement européens. Des propos d’une rare méchanceté avec un niveau de révisionnisme inégalé, sont alors tenus entre descendants de négriers européens exclusivement... sans que les descendants des victimes aient la possibilité de donner leur avis ! La loi reconnaissant la Traite négrière comme un Crime contre l’humanité est tout simplement bafouée !Imaginez une seule seconde, une émission sur la Shoa avec un plateau d’invités exclusivement Allemands et vous comprendrez le niveau de mépris adressé à la communauté noire en général.
Des personnalités du monde noir, sont sommés de venir participer au lynchage médiatique de Dieudonné (pour sauver leur gagne pain) et on assiste à des scènes pathétiques d’une rare imbécilité. Sans preuve de rien, sans connaître véritablement les faits, ceux-ci viennent déblatérer sur Dieudo en se croyant à l’époque des plantations et des délations !
Enfin, les médias persistent à diffuser de fausses informations en débit des éléments fournis officiellement par l’avocat de Dieudonné. » (Extrait de l’article http://www.africamaat.com/Dieudonne-les-photos-de-son-passage-en-Martinique)
[16]L’EDUCATION NATIONALE FRANCAISE INCULQUE A SES ELEVES QUE LE NEGRE N’EST PAS UN HOMME PENSANT, par Maryse Duhamel : « J’ai été amenée à me faire cette réflexion après la lecture de l’ouvrage de Primo LEVY intitulé « ET SI C’EST UN HOMME ».
Dans cet ouvrage, qui depuis des années est au programme du bac de français dans les lycées de France et de MARTINIQUE, Primo Lévy, italien d’origine sémite de religion juive déporté à AUSCHWITZ, fait un récit poignant sur la barbarie des camps nazis.
Pendant les 184 premières pages de son récit, qui en comporte 186, Primo Lévy décrit et analyse les atrocités des camps de concentration nazis dont il a personnellement été victime.
Puis la page 185 sans que l’on comprenne de prime abord la raison, Primo Lévy nous dit : « … Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme. Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus frustre des Pygmées … » ?
En une et une seule, Primo Lévy, juif déporté au camp d’AUSCHWITZ et qui n’en a réchappé que par miracle, se range résolument du côté de son bourreau nazi blanc : le pygmée africain noir n’est pas un homme pensant.
Pour Primo Lévy, le pygmée n’est pas un homme parce qu’il a tel ou tel des comportements qu’il dénonce dans son récit, mais tout simplement parce qu’il est pygmée.
Qui aujourd’hui accepterait que soit étudié sur les bancs des écoles françaises un ouvrage qui comporterait la phrase suivante : « Celui qui a attendu que son voisin finisse de mourir pour lui prendre un quart de pain, est, même s’il n’est pas fautif, plus éloigné du modèle de l’homme pensant que le plus frustre des juifs. » ?
PERSONNE !
Pourtant à ce jour, jamais le racisme de Primo Lévy à l’égard des pygmées et par delà eux l’égard des noirs n’a été dénoncé.
Au contraire, Primo Lévy est non seulement un écrivain connu et reconnu en France, mais des milliers de lycéens blancs et noirs étudient l’œuvre de cet auteur comme un modèle de témoignage contre le racisme.
Ce faisant, l’école française inculque à ses élèves de manière douce, quasi-subliminale, au moyen de cette unique petite phrase perdue dans un récit dense et bouleversant supposé dénoncer le racisme (phrase que personne n’a jamais songé à relever) que certains d’entre eux de par leur race sont plus éloignés que d’autres du modèle de l’homme pensant qui ne peut être que blanc (caucasien ou sémite : aryen, non aryen, juif, chrétien, musulman, …).
Cette petite phrase me fait penser (si j’ose dire) à celle sortie par CHIRAC sur les odeurs des noirs quelques années avant qu’il ne soit élu et réélu (comme dernier rempart contre le racisme) Président de la république par plus 80% des français blancs et noirs.
Tant il est vrai que, notamment grâce à l’EDUCATION NATIONALE FRANCAISE, l’idée la mieux partagée par les français blancs et noirs est que LE NEGRE N’EST PAS UN HOMME PENSANT.
[17] Compte-rendu de la Première conférence européenne sur le racisme, Genève 17-18 mars 2006.
[18] Le CRAN suisse n’a aucun rapport avec le CRAN français, qui a été créé par décision gouvernementale, en 2004.
[19] Le président Sarközy officialisera cela avec le concept d’immigration « choisie », dès son entrée en fonctions.
[20] Récapitulatif : le 13 juillet 1990, fut votée par l’Assemblée nationale, à l’unanimité l’article 14bis complétant la loi de 1881 sur la liberté de la presse, proposé par le parlementaire communiste Jean-Claude Gayssot constituant en délit la contestation de « l’existence des crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par les Accords de Londres du 8 août 1945 » ; ce sont les décisions prises par le Tribunal de Nuremberg qui cernent le concept, créé pour rendre compte des persécutions nazies contre les Juifs. Le 29 janvier 2001, avec la même unanimité, une loi stipule que « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 [commis par les Turcs] » ; le 21 mai 2001, toujours à l’unanimité, est votée la loi proposée par Christiane Taubira, députée de Guyane, « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité », et recommandant une attention renforcée dans les manuels et les programmes scolaires. Enfin, le 24 février 2005, le député UMP Christian Vaneste ajoute un amendement à la loi sur les harkis et rapatriés d’Afrique du Nord, avec un article 4 qui prévoit que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ». La loi Gayssot et la loi sur le génocide arménien ont servi à prononcer de lourdes condamnations, en particulier celle de Roger Garaudy et de l’ouvrage de référence paraissant annuellement, le célèbre Quid ; ces lois ont en outre dissuadé la recherche sur les sujets concernés.
[21] La liste des 19 signataires est hétéroclite ; cette pétition a été suivie par une autre, le 23 décembre, signée de 26 autres personnalités ; certaines avaient été favorables, au départ, à la première des lois limitant la liberté d’expression, la loi Gayssot. Il semble bien que ce soit la menace de sanction d’un universitaire, en vertu de la loi Taubira, qui ait provoqué une effervescence générale. En fait, le procès d’Olivier Pétré-Grenouilleau, banal spécialiste de la banalisation du crime contre l’humanité noire, a avorté, comme c’était prévisible. Les universitaires blancs sont bouleversés de découvrir que l’un des leurs pourrait être condamné par une loi qui consolide l’égalité en droit des Noirs. Ne voyant pas le moyen d’éviter ce qu’ils ressentent comme une humiliation collective, ils sont amenés à ébranler tout un édifice législatif, qui s’écroulera sur eux. Le président Chirac a attisé l’incendie en déclarant son refus d’une histoire officielle: « ce n’est pas à loi d’écrire l’histoire. L’écriture de l’histoire, c’est l’affaire des historiens ».
[22] A nuancer : les racistes sincères et explicites existent, malgré la réprobation ; ainsi le site Amisrael, qui a été interdit, parce qu’il était un organe de ceux qui passent à l’action, et qui tabassent les innocents; ou encore le site rigolo www.marcelisme.com qui annonce : « nous sommes capables du meilleur comme du pire, mais dans le pire nous sommes les meilleurs, périodique de l’église libertaire papyaniste marcelienne mondiale, cyberpériodique interdit aux nègres, aux arabes, aux chiens et aux cons » qui incite surtout à l’incrédulité sur l’existence de la race papyaniste : et il vient d’ailleurs de disparaître.
[23] La Résolution de l'Assemblée Générale de l’ONU, votée le 1er novembre 2005, sur proposition israélienne, prévoit aussi l'enseignement de l'holocauste aux peuples du monde entier, et l'instauration du 27 janvier jour de commémoration de ses victimes. Les délégations de pays arabes et musulmans: Egypte, Indonésie, Malaisie, - et le Venezuela- ont exprimé des réserves sur cette mesure, regrettant que le texte n'évoque pas également d'autres grandes tragédies humaines de l'Histoire (session du 27 novembre2005).
[24] Le discours programmatique de ce personnage est repris par une infinité de sites noirs. Voir : lesogres.info/article.php3?id_article=1179
[25] (1) « Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur de la République Française, à l'occasion de sa visite en Martinique », par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau.( www.michelcollon.info/ articles.php?dateaccess=2005-12-10% ) Impossible de ne pas citer un fragment au moins de ce texte d'une beauté saisissante : «Les problèmes des immigrations sont mondiaux : les pays pauvres, d'où viennent les immigrants, sont de plus en plus pauvres, et les pays riches, qui accueillaient ces immigrants, qui parfois organisaient leur venue pour les besoins de leurs marchés du travail et, disons-le, en pratiquaient comme une sorte de traite, atteignent peut-être aujourd'hui un seuil de saturation et s'orientent maintenant vers une traite sélective. Mais les richesses créées par ces exploitations ont généré un peu partout d'infinies pauvretés, lesquelles suscitent alors de nouveaux flux humains : le monde est un ensemble où l'abondance et le manque ne peuvent plus s'ignorer, surtout si l'une provient de l'autre. Les solutions proposées ne sont donc pas à la hauteur de la situation ».
[26] Thème d'une nouvelle de l'écrivain salvadorien David Escobar Galindo ; celui-ci, héritier de l'une des 14 grandes familles salvadoriennes, se vit contraint de puiser dans sa fortune personnelle pour payer la rançon exigée par des guérilleros qui avaient enlevé son beau-père ; à la suite de cet épisode hautement désagréable, il a eu à coeur d'être le médiateur des négociations de paix qui mirent fin à la guerre civile en 1992, et y a gagné un respect rare, y compris de la part de la gauche.
[27] L'État allemand versait en 1950 entre 60 et 80 millions de dollars aux institutions juives mondiales; les historiens israéliens reconnaissent que cela a financé entre 30 et 50% des investissements israéliens dans l'électricité et les transports. Pour les sommes versées par les États-Unis, le maire de la Nouvelle Orleáns a souligné qu'elles auraient pu servir à protéger efficacement les habitants sacrifiés lors de l'ouragan Katrina. L'opération lancée contre les banques suisses a rapporté $1,5 millards, et contre les entreprises allemandes, $2,56 milliards en 2000.
[28]« Vendredi 25 mars 2004, à l’initiative du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr et Radio Shalom, des personnalités ont signé un appel qui est une véritable incitation à la haine raciale. Sous couvert de dénonçer des « ratonnades anti-blancs » lors des récentes manifestations lycéennes, ce texte dresse les Français les uns contre les autres : d'un côté « David, Kader et Sébastien » qui ont « droit à la dignité », de l'autre les Noirs qui sont supposés être racistes. S’il est nécessaire de condamner fermement la poignée de racistes casseurs, et obtenir des condamnations sévères contre les idéologues noirs qui prônent la violence raciale, il faut en revanche dénoncer ceux qui stigmatisent l’ensemble des Noirs de France, jetés en pâture à l’opprobe national. Il est inacceptable de passer de la condamnation nécessaire d’une poignée de racistes à une diatribe violente contre des Français parce qu’ils ont la peau noire. Alain FINKIELKRAUT, signataire de l’appel, jette de l’huile sur le feu en appelant ouvertement au mépris racial, notamment contre les Antillais, dans de multiples déclarations. Lors de la conférence de presse du 25 mars, Alain Finkielkraut dénonce "un mouvement de haine judéophobe et francophobe". Et se référant à Louis Farrakhan, leader aux Etats-Unis du mouvement raciste noir "Nation of Islam", il assène : "Juifs et Français sont mis en cause conjointement". Alain FINKIELKRAUT n’en est pas à son coup d’essai. Trois semaines plus tôt, il avait déjà tenté de théoriser la victimisation des Français, sous-entendu blancs, et des juifs, « double cible » des Antillais. Le 6 mars 2005 sur Radio Communauté Juive, il stigmatise « la foule surexcitée. Les victimes antillaises de l'esclavage qui vivent aujourd'hui de l'assistance de la Métropole… ». Le même jour sur Radio Shalom, il déclare : « J'ai peur (…) que la créolité puisse aussi servir à entretenir, outre la haine de la France coloniale, la haine d'Israël, (sic) Etat juif si vous voulez, c'est-à-dire Etat non créole, non métissé. » Les juifs « sont tellement habitués, on leur a tellement enseigné que l'antisémitisme relevait du nationalisme, qu'ils ont les yeux rivés sur la France et ses mauvais démons, sur l'Etat français. Le problème ne se pose plus dans ces termes. La France et les Juifs curieusement, à la surprise générale et des Juifs eux-mêmes, sont dans le même bateau. Nous avons à défendre l'un et l'autre de la même manière, parce que la même infamie, la même calomnie est à l'oeuvre dans un cas et dans l'autre. (…) Il faut surtout ne pas se laisser intimider par ce discours qui est mensonger de part en part, et qui a, tirons-en toutes les conséquences aujourd'hui, une double cible : juive et française. » Alain FINKIELKRAUT feint d’ignorer qu’être Antillais, comme être Français d’ailleurs, n’est pas une question de couleur de peau. Blancs, noirs, métis, indiens, juifs, orientaux ont forgé une culture particulière et une identité métissée. Cette diversité et cette tolérance est un exemple pour la France. Derrière ces différentes déclarations, il y a en filigrane une tentative de constituer un front blanc, comprenant les juifs, contre les noirs. L’ennemi des juifs est clairement désigné, ce ne sont plus les idéologies nationalistes mais bien les noirs, qui sont aussi l’ennemi des autres blancs. Cette division raciale permet de transcender les divisions avec les autres Français et de rassembler les Français blancs, juifs ou non. Cette tentative odieuse de créer du communautarisme blanc est dangereuse pour l’unité nationale. La volonté de victimiser une majorité blanche, dominante socialement, ne peut que susciter un sentiment de rejet des noirs, désignés comme ennemis publics et cristalliser un racisme qui n’existe qu’à la marge. Alain FINKIELKRAUT dans son acharnement à combattre DIEUDONNE, qu’il prend pour le porte-parole de tous les noirs de France, joue avec le feu de la haine raciale. L’antisémite ou l’anti-Français n’est plus musulman ou arabe, tels que l’analysaient les mouvements juifs, mais le Noir. Les beurs - le Kader de l’énumération - sont appelés à la rescousse contre les Noirs. Les différences culturelles profondes entre Antillais et Africains et entre Africains eux-mêmes importent peu pour atteindre cet objectif. Un sursaut républicain est désormais nécessaire. Les pouvoirs publics doivent désormais siffler la fin de la partie et rappeler les règles élémentaires du savoir-vivre en commun que met en danger cette pétition.” www.collectifdom.com
[29] http://www.agence-paf.net/article.php3?id_article=7 ; Patrick Gaubert : ''Je ne veux plus d'autre Durban''
[34] Je remercie le professeur Robert Faurisson de m’avoir communiqué les remarques qu’il avait deja publiées auparavant sur le cas de M. Baron, et qui sont ici mises à profit.
[41] Ilich Ramírez Sánchez « Carlos », propos recueillis par Jean-Michel Vernochet dansL'islam révolutionnaire, Paris, 2003, p. 235.
[42] Blague israélienne : Comment faire tenir 6, 66, 666, tous les juifs qu’on voudra dans une Coccinelle : dans le cendrier, bien sûr !
[43] Un révisionniste persécuté a remarquablement expliqué comment l’inexactitude est un comparable à un marécage toxique devant être dénoncé comme péché contre l’écologie. Il s’agit de Georges Theil, qui écrivait le 26 septembre 2008 : « Permettez-moi de vous livrer une réflexion récente qui m'est venue, et qui m'envahit. Notre combat, face aux falsifications, occultations, mensonges historiques, est d’éclairer par tous moyens le grand public sur un pan de notre histoire, à la lumière des travaux et rapports incontestés des défricheurs qu’ont été Paul Rassinier, Arthur Butz, le Pr Robert Faurisson et Germar Rudolf (pour l’essentiel). Ceci est impératif puisque les conséquences des falsifications de l’histoire officielle sont mortifères. Mais alors, ce combat pour l’exactitude historique n’est-il pas de ce fait un combat éminemment écologique, face à cette pollution générée depuis des décennies par la déferlante mensongère des pollueurs planétaires qui nous ont mis en esclavage à peu près total, au service de leur hystérie?
Le combat écologique, pour la survie de l¹homme et la nature, pour l’honnêteté, passe notamment par une lutte inlassable contre les déchets et leurs auteurs: justement, nous les avons identifiés, ils ont envahi nos médiats, ils nous martèlent avec aplomb le bien-fondé de notre mise en esclavage, LEUR VERITE, C'EST LE MENSONGE!
Mais, remarqueront certains, que voilà un doux rêve! Face à la dramatique situation ctuelle, la pire des situations, la pire des pollutions n'est-elle pas celle où l’on voit les consommateurs eux-mêmes réclamer ces produits frelatés, jusqu’à s¹en repaître?! Jusqu’à en mourir? Mais alors, notre lutte anti-pollution ne devient-elle pas une lutte anti-drogue, nécessitant la cure de désintoxication? Ou aussi une lutte anti-cancer, nécessitant l’ablation de la tumeur? Et la "justice" couchée, osant juger et dire la vérité historique, n’est-elle pas ici métastase du même cancer? Vous voyez, chers amis, nous qui croyions au départ être de simples et impertinents redresseurs de la vérité, nous voilà devenus adeptes et militants écolos de la propreté historique, et puis à la fin carrément thérapeutes par nécessité, pour ne pas mourir écrasés par leurs mensonges. C’est donc bien LE REVISIONNISME OU LA MORT. » Un de ses lecteurs a renchéri :
« Voici donc comment je résume notre point de vue lorsqu'un interlocuteur quelque peu troublé de mes réserves me demande si je nie l'"Holocauste": ‘J'ignore ce que vous entendez exactement par 'Holocauste' (un holocauste est une offrande brûlée) mais, pour ma part, j'estime que la politique de l'Allemagne nazie envers la minorité juive d'Europe tombée sous son contrôle était une politique 'd'épuration ethnique' au sens contemporain du terme - ni plus, ni moins.’ Ensuite, si l'interlocuteur persiste et me demande des précisions, je continue en lui disant quelle part du récit holocaustique nous semble vraie et laquelle nous semble fausse. »
[44] Les féministes aussi ont réinterprété le mythe, en particulier le peintre Artemisia Gentileschi, vivement inspirée parce qu’elle avait été violée dans sa prime jeunesse. Mais pas plus que Médée, Judith ne peut devenir un modèlepositif pour un esprit sain.
[45] Dans le volume collectif XXIème siècle, Suicide planétaire ou résurrection
[46] Effectivement, le 14 février 2007, un jugement bénin était rendu : M. Schoemann doit 500 euros à chaque plaignant, + 800 euros à ceux qui avaient pris un avocat. Mme Skandrani s’est pourvue en cassation.
[47] Paru en français aux éditions Archipel, 2007.
[49] Manuel de Diéguez a fait l’objet d’une interview de la télévision iranienne le 17 mars 2007. Ses réflexions autour de l’Iran ont été publiées d’abord sur www www.plumenclume.net/textes/2007/diegueziran130706.htm sous l’intitulé « L’empire américain s’est déjà effondré ». Après cela, il a rédigé une série de « Nouvelles Lettres persanes ». Voir http://www.dieguez-philosophe.com/ . Sa pensée théopolitique et ses attaques directes contre le président français sont abondamment relayées par les sites internet en langue française.
[50] Voir Les misères des Lumières, sous la Raison l’outrage, éd. Lafont, 1992, réédité par Homnisphères, Paris 2008.
[51] Shamir est également traducteur de Joyce, d’Homère, du prix Nobel israélien S. Y. Agnon, et du géographe du XVème siècle Abraham Zacuto, il a publié en français aux éditions BookSurge Notre Dame des Douleurs, Le Pin et l’Olivier, La Bataille du discours, disponibles aux catalogues de la FNAC, d’Amazon.fr, dans les libraries dissidentes, et qui peuvent être commandés directement à l’association « Entre la Plume et l’Enclume », qui les diffuse (voirhttp://www.plumenclume.net/textes/2008/adhesion-commandes-epe.htm)
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[52] José Martí (1853-1895) était fils d’Espagnols très modestes. Il sut mobiliser pour son projet l’élite créole et les ouvriers noirs des manufactures de tabac, apaiser les tensions entre militaires noirs et blancs, et éduquer toute l’Amérique latine par une activité intense de journalisme, principalement en décrivant la société nord-américaine et en signalant ses tares ; puis il mourut au combat, dans la guerre qu’il avait préparée.
[53] Les recensements indiquent qu’à partir du XVIIIème siècle, la population indienne cesse de diminuer, puis augmente progressivement jusqu’à aujourd’hui.
[54] Il reste cependant des îlots noirs autour des anciens grands centres d’activité dans chaque pays d’Amérique, et dans les zones où les esclaves fugitifs trouvaient refuge.
[55] Par exemple le grand poète et réformateur de la poétique espagnole, puis l’un des premiers ministres de l’éducation du Salvador, Francisco Gavidia (1863-1955), était un indien de famille aisée qui avait séjourné à Paris.
[56] La vieille règle espagnole, inspirée des ghettos juifs, sur la pureté de sang, se réimplanta très relativement dans la caste dirigeante, pour les emplois prestigieux, et dans les collèges où se faisait l’éducation de l’élite ; mais le statut de blanc s’achetait, comme aujourd’hui les cartes de séjour.
[57] La Vierge de Guadalupe apparut à un enfant en 1531, dix ans après la prise de Mexico par les Espagnols ; l’Eglise reconnut la validité de l’apparition, après de nombreux miracles, en 1648.
[58] Au Pérou, on vénère San Martín de Porras (1572-1639), un saint noir qui était esclave, guérisseur, balayeur de son couvent, et dont les miracles relèvent du syndicalisme militant : il parvint par exemple à arrêter dans sa chute d’un échafaudage un maçon, le temps d’aller demander aux autorités la permission de le sauver ! On oublie, en Europe, l’importance de l’humour subversif au cœur des phénomènes classés, avec les œillères laïques, dans l’univers de la bigoterie.
[59] C’est une universitaire française qui a établi tout cela, Marie-Cécile Benassy, dans sa thèse Humanisme et religion chez Sor Juana Inés de la Cruz, Paris, 1982 ;c’est à partir de sa recherche que l’écrivain mexicain Octavio Paz a donné un tour réducteur, étroitement anticlérical, à cette biographie exceptionnelle, dans Sor Juana Inés de la Cruz ou les pièges de la foi, Gallimard, 1987.
[60] De là est né le tango du Rio de la Plata ; le terme vient de Changó, dieu des tambours des Yorubas ; il a mûri dans les faubourgs portuaires, avant de devenir l’expression musicale nationale des Argentins et des Uruguayens.
[61] L’exemple le plus célèbre est celui de l’extraordinaire roman en vers Martín Fierro, (1872-79) chant d’un gaucho rebelle de la pampa argentine, que l’auteur charge d’une profonde sagesse et qui rivalise avec un autre gaucho, d’ascendance africaine, en joutes poétiques ; c’est le noir qui a l’avantage, moralement et du point de vue de la logique, dans leur débat sur la société. Des prodiges littéraires de cet ordre ont existé dans chaque pays d’Amérique latine, mais n’ont pas souvent dépassé la notoriété locale. Jorge Luis Borges faisait partie des dévots inconditionnels du Martín Fierro, il a créé une revue du même nom.
[62] Anténor Firmin, anthropologue haïtien, montre ce que Bolivar doit à la clairvoyance haïtienne, dans son traité De l’égalité des races humaines (1853-55) L’Harmattan, 2004. Déjà en 1805, Dessalines, le fondateur de l’indépendance haïtienne avait reçu, conseillé et aidé Miranda. Puis Alexandre Petionreçut à deux reprises (1815 et 1816) Bolivar, l’aida en hommes et en munitions dans sa lutte pour libérer le Venezuela : "En 1815, Haiti se convertit non seulement en important fournisseur d’approvisionnement mais aussi en première base navale. Le gouvernement d’Haiti s’engagea à accorder toutes aides et facilités à la condition que soit proclamée la liberté générale des esclaves au Vénézuéla. Pétion s’engagea à dépêcher le "Wilberforce", puissant navire de guerre haïtien en assistance aux patriotes pour patrouiller devant les côtes vénézuéliennes. Voir « Coupé têtes, brûlé cazes ». Peurs et désirs d’Haïti dans l’Amérique de Bolivar, par Clément THIBAUD, http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ANNA&ID_NUMPUBLIE=ANNA_582&ID_ARTICLE=ANNA_582_0305http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ANNA&ID_NUMPUBLIE=ANNA_582&ID_ARTICLE=ANNA_582_0305
[63] Les constitutions latino-américaines prennent pour modèle la constitution des Etats-Unis.
[64] Ceci a été reconnuhttp://www.prweb.com/releases/2003/5/prweb65267.htm par Thierry Meyssan, qui consacre le premier chapitre de L’effroyable Imposture 2, Paris, 2007, éd. Demi-Lune, aux attentats de Buenos Aires. L’enquête judiciaire n´a toujours pas, permis de trouver un seul coupable, ce qui est bien normal, puisque ce sont les services de sécurité israéliens qui sont arrivés aussitôt sur les lieux, et qui ont tout fait pour garder le contrôle de l’enquête : ils ont vivement suggéré aux témoins de dire qu´ils avaient vu des camionnettes suspectes dans les parages, mais c’est un mensonge désormais démantelé, malgré mille pots de vin, menaces de mort etdocuments falsifiés : les deux explosions, faisant une centaine de morts au total, ont eu lieu à l’intérieur des bâtiments, à des heures où il ne s’y trouvait que les employés.
[65] En Europe, le fichage génétique est en train de se mettre en place : il s’agit de repérer ceux qui sont visibles lors de troubles à l’ordre public ; mais il n’est pas prévu de ficher les délinquants financiers, ni les empoisonneurs de conscience, bien sûr !!!!
[71] Le terme « antisémite » est particulièrement inadéquat de nos jours, puisque ce sont les Arabes qui sont les plus véhéments désormais, pour dire du mal des Juifs. Il était inadéquat depuis l'origine. Instauré en 1869 par le journaliste Wilhelm Marr, puis abondamment repris, c'était déjà un mot faux. Car déjà à cette époque, nombreux étaient ceux qui aimaient les Arabes et détestaient les Juifs, ou l'inverse. C'était donc déjà un amalgame, qui bafouait la réalité en tout sens, le qualificatif sémite ne pouvant décrire en toute rigueur que la parenté entre l'hébreu et les langues de la même région du monde, et l'antisémitisme équitable, si l'on peut dire, n'étant en fait qu'un trait de mentalité commun aux rustres instinctivement hostiles, en bons sauvages méfiants, à tous les étrangers de près ou de loin, mais surtout aux plus proches, comme il en va dans tous les rapports de voisinage.
[72] « Lettre ouverte à un syndiqué », in La condition ouvrière, Gallimard 2002, p. 357.
[73] Voir entre autres : http://www.egaliteetreconciliation.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=698&Itemid=109
By Maria poumier | July 19, 2010 at 01:12 PM EDT | No Comments
Qu’est-ce qu’un juif, éléments de réponse proposés par Israël Adam Shamir
Qui est juif?
Par Israël Adam Shamir
Dans son essai Qui est juif ? (publié dans le Jewish Quarterly, Londres, 1966) Isaac Deutscher proposait de distinguer entre « les juifs » et « la juiverie ». Tandis que les juifs sont des individus aux opinions variées et aux moyens d’existence divers, la « juiverie » est un organisme quasi-national qui a sa propre direction et son propre programme. A son avis, la juiverie était sur la voie de la disparition, mais voilà que des cendres de la deuxième guerre mondiale, « le phénix de la juiverie renaît ». « J’aurais préféré que les juifs survivent et que périsse la juiverie », écrivait-il, mais « l’extermination des juifs a donné une nouvelle chance à la juiverie ».
[…]Les juifs ne sont ni un peuple, ni une religion, ni une race. Il s’agit d’une organisation quasi religieuse ; quelque chose qui ressemble à une Eglise catholique qui serait intimement liée au Fonds monétaire international, de même que le courrier électronique est indissociable du téléchargement de fichiers sous Windows. On peut rencontrer toutes sortes de catholiques, mais les décisions sont prises à Rome. On peut rencontrer toutes sortes de juifs, mais les décisions sont prises à Wall Street.
By Maria poumier | June 16, 2010 at 10:42 AM EDT | No Comments
Histoire d'oursins
par Acris Oursinianova
« Provocation à la discrimination nationale, raciale, religieuse, par parole, écrit, image ou moyen de communication par voie électronique »
Une illuminée au poil hirsute, pour ne pas dire grattant, aux vastes narines écumantes de colère, vieille, moche et énervée, se trouvant un jour accusée de tout cela, s’adressa de la sorte à son avocat, qui portait d’ailleurs sur lui, comme elle, quelques traces visibles d’une origine quelque peu épineuse:
« Maître, merci de votre réponse vraiment rapide! Ne pourriez-vous pas obtenir un report de l'audience? Ne croyez-vous pas que l'enjeu en vaut la peine? Il n'est pas possible de laisser la censure s'installer ainsi en France, sur une liste de phrases rédigées de façon brutale parce que c'est l'usage des échinodermes, des crustacés, et même des Français, qui, vous ne l'ignorez pas, parlent entre eux de « race piquante » ou « lobby oursinien » sans ambages. Si vous avez vraiment jeté un coup d’œil sur mon livre, vous aurez pu constater qu'il s'agit d'une réflexion construite, qui ne débouche nullement sur l'incitation à la haine raciale, mais sur l'invitation à construire une société réellement respectueuse de tous les habitants. Ne laissez pas la justice française enfoncer la France dans une position provinciale, frileuse, minable, pour tout dire, alors que la France reste aux yeux du monde entier le pays de la liberté d'expression! Pour ma part, je pense que c'est la Ligue Oursinonoireuse contre le Racisme qui incite à la haine raciale, parce qu'elle épouse des intérêts étrangers, qui, dans l'esprit du public, sont tout simplement l'intérêt « des oursins », et non pas un antiracisme équitable, et universel. Si vous acceptiez cette tâche, de tenter de barrer la route aux délires répressifs en France, là, vous donneriez un coup d'arrêt extraordinaire à l'antioursinisme! Car vous savez qu’il y a une forte rancœur, dans ce pays, contre nous, qui sommes l’élite ; ils nous ont accueillis, et nous ont donné pleine citoyenneté, alors qu’ils en rejetaient d’autres, traités en esclaves et indigènes ; et maintenant que nous voilà bien accrochés à leurs rochers, nous piquons et nous colonisons ailleurs, sous prétexte que nous ne sommes pas d’ici. Leur réaction n’est guère surprenante. Ce serait extraordinaire pour votre image, et profondément glorieux, que de montrer votre universalité, que dis-je une oursino-humanité héroïque qui est quand même la raison d'être des professionnels de la justice, et que vous avez déjà su pratiquer dans d'autres occasions. Je me permets d'insister encore, avec un autre argument: peut-être ne vous rendez-vous pas compte que nul non-échinoderme ne peut me défendre sans être immédiatement traité comme un raciste antinoireux, comme ils disent, pour noyer le poisson, ce qu'aucun avocat ne peut se permettre, dans l’état actuel des lois. Seul un avocat noireux et d’ascendance échinoderme peut débloquer la situation. Seul un avocat pointu et prestigieux, comme vous, peut affronter les conséquences éventuelles du choix que je vous propose. Vous y perdrez le soutien de quelques trafiquants d’influence, certes, mais imaginez-vous le prestige que vous gagnerez dans l'immense majorité de la population française? Il va de soi que nul ne vous demande d'adhérer à mes opinions; il s'agirait simplement d'aller au delà des réflexes corporatistes de la partie civile, et de rejoindre le grand courant de la résistance à la pente classique, incarnée pour les siècles des siècles par un personnage, aussi historique qu'emblématique et universel: un certain Ponce Pilate. Pour des raisons que ni vous ni moi n'avons choisies, l'histoire ou le hasard vous place en ce moment dans la position infiniment désagréable d'un ponce pilate. L'histoire, ou le hasard, ou le divin, ne repasse pas toujours les plats; vous avez aujourd'hui une occasion unique de salut (je suis sûre que vous avez la culture et la conscience suffisante pour comprendre ce que j'entends par là, dans la plénitude du concept de salut, ce qui sauve chacun et tous) ».
Acris Oursinianova, auteur de La Face cachée des Oursins
P. S. Il y a 23 passages incriminés dans mon livre : ainsi prélevées, certes, quelques phrases sont aussi blessantes que des épines dans le pied. Mais notre monde n’est-il pas, oui, tout à fait goyesque ? C’est parce que la raison nous a désertés, que nous sommes effectivement des monstres ! Vous n’ignorez pas, maître, que je suis par mes ancêtres historiquement échinodermes, tout à fait redevable à la culture oursinienne de ma pugnacité, et tout à fait fière d’appartenir à cette lignée indestructible. J’ai cru bien faire en reprenant de nombreux éléments du credo oursinien tel que nous l’apprenons entre nous, et dont nous faisons en fanfare la promotion en impressionnant la flore et la faune des alentours avec nos pointes acérées. C’est pour cela que j’ai compris la profondeur de l’assertion de Victor Hugo selon laquelle « l’oursin, dont la bouche s’appelle, on ne sait pourquoi, ‘lanterne d’Aristote’, creuse le granit ». C’est par fierté ethnique, et par sens de ce que je dois à mon espèce, que j’ai tenu par mon livre à montrer les beautés éclatantes de l’Autre Face de nous mêmes, la flamboyante, celle-là par laquelle nous sommes non seulement comestibles, et donc utiles à l’humanité toute entière, et donc à notre place dans l’Arche de Noé que Dieu entend sauver, mais aussi un feu de beauté, une miniature d’univers incandescent. J’ai tellement honte, aux yeux des autres variétés dont le créateur a peuplé la Méditerranée, d’être simplement évitée en tant que sombre échantillon de méchanceté, embusquée, et empoisonnée dans chaque flèche que nous plantons dans les talons des autres ! Je voulais simplement montrer à mes frères en Oursinie que nous avons tout à gagner à montrer notre bonté cachée, au lieu de pulluler tandis qu’à coup de polluants divers, nos piquants grandissent démesurément. J’ai décidé, maître, d’être oui, lanterne d’Aristote et fruit de mer pour chacun, car j’ai considéré que nous étions bien tolérés dans ce rôle, et même souvent aimés plus que d’autres aliments plus courants, plus grossiers. C’est pour humaniser les Oursins, et nourrir de notre esprit les Humains, oui, que j’ai procédé de façon quelque peu chirurgicale, je le reconnais, à la déconstruction de l’Oursinie dans mon livre. Il faut briser la coquille, pour voir ce qu’il y a de bon au dedans. Nous savons que nous sommes aussi, comme les autres, un creuset d’humanité, de nature et de divinité. Mais pour le montrer, nous devons être plus cruels contre nous-mêmes que notre propre emballage. Je suis convaincue que si nous ne brisons pas nous-mêmes nos épines géantes, la Méditerranée, toutes races confondues, choisira de nous chasser, comme espèce nuisible. Dès à présent, bien des oursins choisissent d’épouser des étoiles de mer, afin de conjuguer comme en un mystérieux Shiva aux yeux baissés, nos forces et beautés. Je ne suis pas seule à le faire et nos enfants seront plus que la lanterne d’Aristote : le soleil du fond des mers.
Un mois plus tard, l’audience fut rendue ; nul avocat ne vint prendre sa défense, les uns pour ne pas être taxés de racisme antinoireux, les autres pour ne pas avoir leurs épines arrachées une à une à la pince à épiler, ce qui revient au même, jusqu’à se retrouver nus, comme les crânes des morts. Seul un représentant de la race tenace connue en Europe sous le sobriquet de Pestifiérés, aimant à fréquenter les abysses, était là, et il tint vaillamment tête aux hordes de la police des mers. L’oursine de la fable fut donc condamnée, puis toute vie disparut de la Méditerranée, car la prolifération des oursininomorphes asphyxia les autres espèces qui assuraient l’équilibre. Et c’est dans d’autres eaux que fleurissent désormais la vie diverse et flamboyante, et la pugnace liberté de piquer les consciences.
Voltaire, Flaubert, Baudelaire, furent condamnés par des juges français. Ils étaient pourtant aussi grands que différents. Israël Adam Shamir a été condamné par des juges français, en la personne de son éditeur musulman. Il était pourtant auteur d’un bien beau livre, L’autre Visage d’Israël. C’était un livre dur, qui attaquait notre cuirasse d’Occidentaux. Notre Dame de Douleur en est la suite, et il saigne dans l’ombre.
«Ce dont le monde a un besoin urgent, c’est d’une nouvelle Révolution américaine, aussi importante que le New Deal et l’abolition de l’esclavage. Il s’agit, en l’occurrence, de la révolution contre la monopolisation du discours – du discours des médias et des universités, pour commencer. Au début du vingtième siècle, les Américains ont démantelé la puissante
Standard Oil. Ils ont voté, pour ce faire, des lois contre la constitution de monopoles et ils ont définitivement éliminé la menace qui pesait sur la démocratie. Rien n’interdit d’obtenir un succès de la même ampleur aujourd’hui. » (Israel Adam Shamir, « Les oreilles de Midas »)
« C’est en tombant par hasard sur les écrits prophétiques et éloquents du dissident juif Israel Shamir que j’ai compris ce qui se passe en Palestine dans toute sa profondeur historique, et pourquoi, comme le dit John Pilger, la Palestine est le véritable enjeu majeur pour le monde. Comme l’explique Shamir : ‘L’Israël/Palestine est le modèle que les États-Unis veulent étendre au monde entier. Des serfs avec leurs troupeaux, en bas, mourant de soif ; et sur les collines, les villas et les piscines pour les élus. Une énorme armée et des travailleurs sans le moindre droit. Il s’agit pour eux de faire du monde entier une Palestine : et ils ont déclenché pour ce faire leur Troisième Guerre mondiale contre le Tiers monde’. On perçoit chez Israel Shamir l’influence de John Ruskin, de Simone Weil, de Franz Fanon, de T. S.Eliot, et d’Edward Said. Il rejette la ‘double tentation de Mammon et du sionisme’, au nom de la compassion envers les ‘hardis paysans’ de sa patrie d’adoption. » (Owen Owens)
« Israel Shamir est un conteur éblouissant et un historien solide. Il met en débat l’actualité et ses implications à l’échelle mondiale avec une honnêteté brutale, et avec tendresse. Sa lucidité et son sens lyrique pour faire percevoir l’enchevêtrement des niveaux sociaux, religieux et politiques en font le Khalil Gibran de notre temps. Shamir se bat pour délivrer ses lecteurs à la fois de la peur et de l’adoration des juifs. Il démystifie le chantage à l’antisémitisme, comme mécanisme de contrôle pour empêcher les juifs bons de demander des comptes aux dirigeants juifs responsables de la promotion de la guerre et des politiques d’inégalité économique... Ce qu’il propose constitue la seule option viable pour une paix durable au Proche Orient ». (Karin M. Friedemann, World View News Service, the American Journal of Islamic Social Sciences.)
« Shamir, qui n’est guère pris en compte par la presse ‘respectable’, me semble être un noble esprit et un analyste pénétrant de ce à quoi nous assistons à l’échelle planétaire. Son amour du Christ, de la Terre sainte, des Palestiniens, et d’ailleurs aussi de ses frères juifs, rayonne dans ses écrits. Je le considère comme un géant de la littérature mondiale, et comme un paradigme de la résistance politique vertueuse. Je parie qu’il sera reconnu comme tel. Pour ma part, je suis convaincu avec lui que notre ennemi commun n’est pas le juif, ou ‘les juifs’, mais ‘l’esprit de suprématie judaïque’ » (Tom White, Culture Wars Magazine)
“Shamir n’écrit pas pour se mettre en valeur, mais pour nous soutenir dans nos élans les plus purs, et même quand nous ne sommes pas d’accord avec lui, nous nous sentons poussés par lui vers de nouvelles idées, meilleures que celles dont nous partions. » (Michael Neumann)
Originaire de Novossibirsk en Sibérie, Israel Shamir s’établit en Israël en 1969 ; il a participé aux combats de la guerre de 1973 ; mais en parcourant la Palestine en tant que journaliste, il a découvert l’absurdité criminelle du projet d’un État juif. Converti au christianisme, il choisit Adam pour nom de baptême. Traducteur de Joyce, d’Homère, du prix Nobel israélien S. Y. Agnon, et du géographe du XVème siècle Abraham Zacuto, il a déjà publié en français L’autre Visage d’Israël, et Pardès, une étude de la Kabbale.
By Maria poumier | June 16, 2010 at 10:11 AM EDT | No Comments
La leçon doit servir:
a) on est paria un temps, c'est tout
b) pour toute cause où l'on s'est bien mouillé, voici l'argumentaire qui vient à bout des obstacles installés par le pouvoir
c) se mouiller c'est rentrer tel un petit ruisseau dans un grand fleuve avec l'ivresse de la mer toute entière
Fidel Castro, L’histoire m’absoudra, plaidoyer prononcé lorsqu’il fut inculpé pour avoir organisé l’attaque d’une caserne en 1953.
Plan de sa plaidoirie :
A Mise en condition des juges :
1 conditions d’infériorité dans lesquelles il s’exprime
2 rappel des faits qui lui sont reprochés : contester la version des juges (ce n’étaient pas des terroristes professionnels, des mercenaires, etc)
3 hommage aux co-attaquants, certains tombés au combat
4 rappel de la générosité dont le groupe a fait preuve envers les forces de l’ordre
5 rappel de la retraite à laquelle FC a appelé, après constat d’échec face à la supériorité de l’ennemi
6 rappel des objectifs visés, au-delà de l’échec
7 rappel : l’adversaire n’est pas le soldat du régiment qui est en face, mais contre ceux qui le commandent
8 rappel de la méthode mise en œuvre : s’emparer par surprise du contrôle et des armes, convoquer le peuple, réunir les militaires et les inviter à laisser tomber le drapeau de la tyrannie pour embrasser celui de la liberté ; reconquérir le pays avec eux
8 état des lieux, l’étendue du désastre à l’échelle du pays
conclusion : « de tanta miseria, sólo es posible liberarse con la muerte » : seule la mort peut libérer ce peuple de l’état de misère où il est plongé; et de cela, l’état s’en charge : 90% des enfants sont dévorés par les parasites [à la campagne; mais le parasitage médiatique n’a pas de frontière]
B Offensive
1 rappel : émotion face à un attentat contre un individu quelconque [par exemple prise d’otage d’un journaliste], indifférence criminelle devant l’assassinat de masse des enfants faute de nourriture [spirituelle]
2 c’est moi qui, il y a des années, avais entrepris une certaine démarche, très humblement, et avec des résultats nuls ; [voilà pourquoi maintenant je passe à l’attaque]
3 rappel : droit à la rébellion contre le despotisme
4 je ne demande pas la relaxe, comme le ferait mon avocat, alors que mes camarades souffrent de répression aggravée
5 merci de m’avoir laissé m’exprimer librement ; je n’éprouve aucune rancune envers vous, je reconnais que vous avez été humains dans une certaine mesure [il était en taule, conditions tout à fait acceptables, droits des prisonniers de conscience respectés, etc], et que le président du tribunal, qui est un honnête homme, ne peut dissimuler sa répugnance face à l’état de choses qui l’oblige à prononcer une sentence injuste.
III Envoi
"Je ne redoute pas la sanction, mes camarades en endurent d’autres bien plus féroces, condamnez moi, peu m’importe, c’est l’histoire qui m’absoudra."
By Maria poumier | June 16, 2010 at 08:55 AM EDT | No Comments
La Draculoire, Conte miorytique
par Isidore Cucasse
Il était une fois, au pays et au temps où il faisait bon vivre, un prince. On l’appelait, dans son pays, le bon roi, Dracul le débonnaire. Et dans son royaume il y avait, il y a même encore, mais on ne sait pas où, une marchande de foi. De foi, et non de camembert. En effet le pays était pauvre et austère, les vaches y étaient maigres, rares. Mais la montagne y verdoyait, pleine de gnomes et de lutins, entre autres ; parmi les habitants, certains étaient partis au loin, au delà des montagnes. Loin, très loin, ils s’en allaient courir la chance. Et l’un était rentré, du royaume de France, avec un gros pécule. Certains disaient même un magot, ou encore un butin.
Aussitôt il s’était mis à bâtir le château de ses rêves. Nous verrons, disait-il, si mon château est fort, si mon château est grand, si mon château est bon. Il fit venir ses serfs, et il fit une enceinte. Il mit dessus la porte son blason, svastika sur fond de gueules, faucille des glaneurs, et marteau de l’enclume. Puis, dès qu’il eut dressé charpente et murs et toit, il fit savoir à ses amis de par le monde que chacun trouverait là des canapés, des lits, des cabinets pour sa toilette, des livres, des fumoirs, des poêles pour chauffer, et une vaste cheminée devant la table, pour deviser et manger, pour boire et méditer en liberté, pour chercher dans les flammes de jolies salamandres, pour lire le futur en remuant les cendres, pour attiser les braises, pour voir le fil de ses pensées sous le manteau et s’engouffrant, s’envoler en fumée, rejoindre les nuées. Enfin un véritable espace pour la liberté, à l’ancienne, à tête reposée, sans que le moindre bruit des lointaines cités vînt agacer les nerfs.
Son premier pensionnaire fut parfait. Il prit sa place sous la pierre, un peu plus haut dans la montagne, on pouvait apercevoir d’en bas, et même du village, sa petite croix blanche. C’était, selon ses volontés ultimes, Maître Rissons lui-même, le vrai Rissons, dit le divin marquis, L’autre et l’Amont de son vivant. Il était atteint d’une grosse tumeur, tout le monde le savait, au testicule droit, depuis plus de trente ans. Au bout du compte, lorsqu’on parvint à l’hospitaliser, comme il s’y attendait, un chirurgien habile et juif l’aida à trépasser, car c’est le lot commun. Dans les vallées, les bonnes paysannes, qui l’avaient souvent vu marcher et randonner, le regrettent encore. Ses yeux d’azur, et son teint frais, et sa jovialité, sa belle allure, malgré le poids énorme qu’il traînait, son sourire aux dents jolies. Et la nuit, quand il ventait, on disait aux enfants : tu entends ? C’est lui qui fait craquer le sol, grincer les arbres et rouler les cailloux… il se redresse encore, chaque fois qu’il sent venir l’orage, et sa fine mâchoire claque de rire, et il vous lance, du fond de ses orbites de diamant, un petit salut tout sec, et il demande à tout venant : alors, messieurs, ça gaze ? Et les touristes se sentent tout petits, et sa blague quoiqu’éculée résonne encore à leurs oreilles. Mais pour les habitants, qui y sont habitués, cela est juste bon à calmer les enfants, et encore.
La fête de l’inauguration, longtemps retardée, se préparait enfin. Le seigneur de céans fit toutd’abord mander son compère, Guillaume Lusce Tucru, expert en artillerie lourde et légère, habile aux armes et aux lettres. Celui-ci, dès qu’il eut vu les lieux, fit disposer la cannonière, les boulets, les obus,les arbalètes aux meurtrières, et puis surtout, il prépara la paix ; sentant venir des temps nouveaux, il fit tout un chemin bien balisé, avec marchands de glace et tracts, autocollants et dépliants, en noir et blanc et en couleurs, avec des cierges et toutes sortes d’amulettes, jusqu’au sanctuaire. Car c’était là son plus cher repaire ; dans une grotte bien éclairée, mais à l’œil des profanes cachée, il adorait La Sainte, la vierge, l’immaculée. Et il ne désespérait pas d’y amener un jour les foules. Il dormait là, à même le sol glacé. Il lui parlait, et elle lui répondait. Il était sûr d’y arriver : un jour, elle obéirait, un jour, le miracle se produirait, un jour elle parlerait à tous, et les aveugles verrraient. Sainte Vérité, juste et bonne, priez pour nous, pauvres pécheurs.
C’est lui qui eut l’idée d’embaucher pour faire la sécurité sa vieille connaissance le pelé, qui tombé en disgrâce, déclinait à vue d’œil. On ne voulait plus de ses écrits ouvriers, la banlieue rouge l’avait boulé, il était affamé. L’affaire est dans le sac, avait conclu le fin Tucru, il est des nôtres désormais. Il avait consulté les bons seigneurs des environs, et c’est Fendal lui-même qui, bon prince, avait dit : justement, mon wc à la turque est désormais désaffecté, il n’y a plus qu’à le reconvertir : de cabinet d’aisance il deviendra guérite, il était à mi pente, ajoutons une échelle, un poteau, et nous l’attacherons, en vigie, et son travail sera de bien nous renseigner sur chaque mouvement, suspect ou louche à peine, un tantinet bizarre, qui pourrait révéler soit le Mossad à pas de loup, soit encore le Shin Beth, ou encore le Bêtard, à moins que le Tagare… Bref c’était lui, Didier le Lynx,qui faisait son métier, de vigilant ardent, nuit et jour, sans repos, sans relais, montant et descendant sans cesse à son échelle, inspectant les poubelles, et veillant sans relâche à ce qu’aucun sioniste s’en vînt troubler la paix.
Les convives affluent. Pour la Saint Georges, en ce frais mois d’avril, on compte sur Goering. Il a fait envoyer trois sangliers, quelques barriques, un dragon de Bavière à rôtir. Déjà les intellos s’étirent et devisent :
-Mais lisez donc la presse israélienne, vous dis-je, explique gravement le barbu débraillé.
Alors sa femme l’interpelle :
-Sergueï, voyons, tu prends des risques !
-Laisse-moi faire, avec mon charme, j’irai les infiltrer, tu verras, je sais faire, coupe Clara, la rouge et brune.
-Vous rigolez, dit Kroupskaia, il n’obéit qu’à moi.
-C’est vite dit, répartit-il, en haussant les épaules.
Bref le débat s’enlise, les messieurs voudraient bien qu’elles s’en aillent aux fours, ils rêvent du derrière de la grosse Maria, ils l’aiment tant de dos, surtout quand elle la ferme, prostrée sur sa vaisselle. Et ils ont faim.
-J’ai trouvé, dit Leuchter, qui crayonnait depuis un bon moment. Venez voir. Cette fois, vous verrez, je ferai mieux que Guillotin : propre, moderne, sans bavures, aucune éclaboussure. Venez voir, je vous prie, suivez-moi.
Un peu las, ils rechignent, mais bon, le repas n’est pas prêt, il faut passer le temps.
-Où allons-nous donc, Fredo ? Tu sais bien que Sharon a fait raser Auschwitz, après que Wolitja ait murmuré devant les caméras du monde entier : « ego tum reviso sum, et cum spiritu tuo, charogne ! »
-Hé oui, nous le savons, et même avant, nous le savions ! voilà pourquoi, dit goguenard Don Professor, par la chouette de Minerve notre héllène voisine, je suis passé par là, avec ma cylindrée, et j’en ai rapporté ces briques, dont mon château fut fait, hé hé ! Mes belles briques bleutées, vous n’aviez pas deviné ? C’est de là-bas qu’elles viennent, pardine !
-Mais où ? disent les invités, éberlués.
-Attendez, je vais vous montrer, avec mon ami Fred, avec Rudolfaussi, notre chimiste, on a tout bricolé, la maison est truffée de petits coins secrets !
Et ils descendent l’escalier. Le vieux chef du Hamas, invité, soupire tandis que l’on le tire :
-Il ferait mieux d’installer quelques rampes pour certains éclopés, fichtre, rechigne-t-il.
-L’ascenseur ! comment n’y avions nous pas pensé, s’écrient-ils tous, admiratifs !
-Ascenseur pour l’échafaud, messieurs, dit Fred, fort fier, eh oui. On fait passer en premier l’invité, et hop, arrivé au dernier, le vla qu’est consumé. C’est le progrès, je vous dit, I mean, come here, Mr Zundel,have a look, please.
Il s’était longuement entraîné sur des aristocrates –cadavérisés déjà, bien entendu- et prétendait, d’un coup de zyklon B, en appuyant sur le bouton au rez-de-chaussée, les envoyer en l’air, et telle une fusée, jusqu’au septième ciel, puis grâce à sa trouvaille, indolore, inodore et moderne, par rétropropulsion et dénazication, atteindre personnellement les sommets du Nobel.
David Irving furieux proteste :
-It’s a hoax, it’s just a hoax, MrGraf, don’t be silly.
Certes, les suisses sont naïfs, mais Amaudruz confirme :
- ça marche, dit-il, je viens d’y mettre deux poulets et ma montre, et voyez, j’ouvre la porte : plus rien, vienne l’heure, passe le temps, résonnez musettes, passez muscade, c’est nous, c’est nous, messieurs, qui l’avons inventée, cette introuvable chambre !
Mais un horrible cri nous interrompt :
-Les voilà, ils arrivent, les hordes sont là ! A vos postes, vous autres, et sus à l’ennemi !
En effet, on regarde et chacun se précipite : en bas dans la vallée, une troupe s’en vient, dans la neige gelée. On dirait les grognards, on dirait une armée. Le maréchal Potain, qui était resté en haut, hautain, car les détails ne l’intéressent guère, accourt, il est prêt à défendre la France.
Ahurissant, le lynx débite :
-Des hordes et des hordes, des juifs israéliens, des juifs cananéens, araméens et ghanéens, amérindiens, bétaréens, cyrénéens, des Esthoniens, des bons à rien, des faux aryens, il en vient, il en vient !
Norbert confirme :
- Mes explosifs sont dans le bus, sur le point de péter, le terrain est miné. Il reste à constituer le corps bolivarien, mais ce n’est rien, car tout est prêt, j’ai infibulationné la CIA, Poutine est avec moi. Et j’ai téléphoné, la Grande Colombie s’en vient, Miranda a mis Pitt au parfum, puis a rejoint l’Etoile, San Martin à Boulogne, Sucre et Garzón, et Diderot, etcétéra (qui rime hélas avecque scélérat), ils sont tous avec nous, nous allons résister, et leur administrer, à ces écervelés, à cette Europe sinistrée, le souverain remède, et la grande raclée ! Ironique l’euro, et le steak argentin, l’arsenal au complet, le pétrole et l’amphyctionique spectre….
Or cependant là haut, aux fourneaux, les femmes se méfient, et font leurs analyses :
- Enfin, messieurs, réfléchissez, vous allez embrocher, selon vos habitudes pantoufliques, de vraies négationnistes, et non pas des sionistes ! Vous êtes à nouveau pris de boisson, ou ivres de pouvoir, et donc vous croyez voir ce qui n’est, par la barbare Golda Meir (patronne des retorses), que feux follets ! C’est vos filles vous dis-je, que vous allez décimer là ! Dépassez donc, bande d’ours des Carpathes, ce rideau de fumée qui vous barre les yeux !
Car entretemps, et effectivement, le brouillard vespéral s’est levé, et l’on voit mieux la troupe qui fourmille. Elles s’approchent, et on les reconnaît : c’est Renée, c’est Paulette, Juliette et Renommée, Hava et Naguila, Bédouine et Mousmée, Sabine, Adélaïde aussi, Jacinthe, Absinthe et Plinthe, Gilberte et Séléné, Hébé, elles sont toutes là, les tondues et les crépues. Au second rang Toussainte, l’Ouverture et la Grâce. Avec elle et sur sa hacquenée, c’est Jeanne, qui surprend, car ses cheveux ont repoussé, elle est douce et martiale à la fois.
On s’excuse, on s’embrasse, on s’attable, on la caresse, Jeanne, dans le sens qui lui plaît, on lui délie ses brodequins, on panse son cheval, on lui fourbit ses armes, et tous, capitaines,manants, commandants et brancardières, font les plans de bataille : d’abord on reconquiert la plèbe, puis l’Autriche, la Hongrie, les Slovènes, les Valaques, un petit tour de Bohême, les Lettons, les Bretons, on arrondit les Angles, ont équarrit les Corses, l’Arabie file doux, et la France éternelle et Voltaire à sa tête rapatrient Lafayette, que brament les trompettes !!!!
-Mais il faut, dit le prince, que je vous fasse un conte. Autrefois, quand Hérode vivait, déjà l’on nous avait bernés. Ne vendons pas la peau de l’ourse avant que de l’avoir usée, soyons rusés….
Herr Gestapo soulève son chapeau, se gratte le cerveau, puis réfléchit :
-Dans mon pays les paysans, qui sont loin d’être hongres, ou alphabrutisés, savent leurs maîtres ridiculiser, et mieux encore qu’eux, emballer la fumée. Appelons le « Danube de la pensée, Ontario, Michigan, sources du Nul , Ô l’eau entière reglobalisée », celui qui veut nous dominer. Envoyons-le à Paris braire, et que les intellos n’aient que lui à la bouche. Dobelyoutou finira bien par s’en gargariser et tomber rond sous le pychotropique. On lui dira qu’elle est pucelle, il la suivra (Collin Powell, n’en parlons pas). Il a besoin de mercenaires, on sera là. Puis Jeanne tenant la place, et l’Otan, et l’euro, on lui fait un scandale, on découvre qu’hélas, il est nauséabond, il est raciste, il est ignare, il est lubrique, et par saint Jacques le Majeur, tandis qu’il dormira, les taupes au travail auront adoubé Jeanne, qui franchissant la Loire, et le Loiret, prenant Chartres et Nohant à revers….
Ils y passèrent la soirée, d’autres pensaient que c’est plutôt par le Mékong et le Jourdain qu’on le circonviendrait, le Ramboyet de pacotille. Le prince partit se coucher, gardant son histoire pour après, puisque nul ne l’écoutait.
La nuit a fini de noircir, comme tous les jours que Dieu fait, depuis la nuit des temps. Le seigneur de Fendal veille seul, veille à tout, fait sa ronde. Par précaution, il jette dans le puits son architecte : que nul ne trouve, après lui, les plans, et toutes les cachettes. Au temps des Turcs on faisait de la sorte, et on s’en trouvait bien. Et puis il s’assoupit, et les autres avec lui.
Le jour se lève,l’aube glacée blêmit : Jeanne est partie, sa hacquenée aussi. Il manque le maçon, un garçon jeune qu’on avait vu hier manier au loin, noble et discret, comme le peuple qu’il est, sa petite truelle aux couleurs d’arc en ciel.
Face à cette trahison, tous s’en vont. L’AG a décidé qu’on prenait le maquis, chacun dans son pays. Fendal paiera les pots cassés, tant pis pour lui. Penaudes, elles aussi, sans rien ranger, elles se sont débandées, haranguant doucement chacune son chacun, et s’en prenant aux autres. Sur le site imprenable il ne reste plus rien, que les regrets.
Seule la porte de la salle de bain bâille : on voit dépasser de la baignoire le bras blanc et ballant, et la main un peu tendue, qui nous montre un papier. Il a la tête enturbannée, et les yeux clos. Tout son beau corps trempe dans l’eau, l’eau des sources, l’eau des sommets. Il ne respire plus, il est, c’est Pym l’infortuné, criblé.
On ne retrouvera jamais le commanditaire du crime. Judas le Lynx, comme de juste, s’est pendu au milieu de la nuit. Et dans le sanctuaire, au milieu des ferventes bougies, le miracle s’est produit : la Vierge pleure, la Vérité.
Dans la vallée, on raconte aux touristes la légende, et ils achètent tristement des fioles, de l’eau de vérité, avant de repartir, emportant dans leur sac qui un petit caillou, qui un éclat de ruine. Le prince est devenu muet.
Tout ça, moi, c’est la marchande de foi, là, au beau derrière, assise au bord de la rivière, qui me l’a raconté.
Ruso e israelí, escritor, traductor, periodista, Israel Shamir nació en Novosibirsk, Siberia, es nieto de un profesor de matemáticas, y biznieto de un rabino de Tiberiada, Palestina.Estudió en la prestigiosa escuela de la Academia de ciencias y cursó estudios de matemáticas y leyes en la universidad de Novosibirsk. En 1969, se mudó a Israel, sirvió en el ejército y peleó en la guerra de 1973. Después, volvió a las leyes en la universidad de Jerusalén, pero decidió ser periodista y escritor.
Primero probó su talento en la radio israelí. Como reportero independiente, cubrió las últimas etapas de la guerra en Vietnam, Laos y Cambodia. En 1975 se mudó a Londres y trabajó para la BBC. En 1977-79 escribió para Maariv y otros diarios de Japón. En Tokyo escribió Travels with my son, su primera novela. También encontró tiempo para traducir varios clásicos japoneses.
A partir de 1980, escribe para el diario Haaretz y Al Hamishmar, siendo diputado del partido socialista israelí Mapam. Tradujo las obras de Sy Agnon, el único premio Nobel israelí de literatura, del hebreo al ruso. Se le hicieron repetidas ediciones en Israel y en Rrusia. También tradujo capítulos escogidos de l Ulises de Joyce, para editores rusos, y se le publicaron en Londres traducciones de Las guerras árabe israelíes, por el presidente Herzog.
Su obra más popular, El pino y el olivo, historia de Palestina / Israel, salió en 1988. La tapa lleva una ilustración de un pintor de Ramallah, Nabil Anani. Cuando la primera intifada empezó, Shamir estaba en Rusia, cubriendo los eventos de los años 1989 a 1993. Desde Moscú, hacía reportajes para Haaretz, pero fue despedido a raíz de un artículo donde apelaba al regreso de los refugiados palestinos y la reconstrucción de sus aldeas en ruinas. Escribió para varios diarios y revistas rusos incluyendo Pravda y el semanario Zavtra. En 1993, volvió a Israel y se instaló en Jaffa. Siguió escribiendo para la prensa rusa e israelí, para revistas literarias. Trabajó en una nueva traducción de la Odisea, publicada en el año 20000 en Rusia. Su próximo gran proyecto es la traducción de un manuscrito talmúdico al ruso.
En respuesta a la segunda insurrección palestina en trece años, Shamir ha dejado de lado sus tareas literarias y ha vuelto al periodismo. En medio de las discusiones interminables sobre la solución con dos estados separados, Shamir se ha convertido junto con Edward Saíd en el campeón de de la consigna “Un hombre, un voto, un estado” como solución para todo el territorio palestino-israelí. Sus ensayos más recientes han circulado ampliamente en internet, y se encuentran ya en muchos sitios importantes. Se le reconoce como intérprete de las aspiraciones de ambas poblaciones, palestina e israelí. Vive es Jaffa, tiene cincuenta años y dos hijos varones.
Por qué apoyo el retorno de los palestinos
Palestina no es un objeto muerto sino un país vivo, y los palestinos son su alma. Palestina es lo que los palestinos están recreando en tiempo real, de la misma forma que Francia es lo que crean los franceses y recrean cada día. Es una amplia confusión pretender que se puede amar a Francia y aborrecer a los franceses, y qué clase de Francia podría existir sin el alma francesa. Sólo los turistas tontos de países ricos, acosados por mendigos, prefieren permanecer recluidos en lujosos hoteles donde pueden disfrutar el paisaje sin toparse con los nativos. Es como amar a una dama hermosa odiando su carácter y su mera esencia. Amar un país y desear echar a los habitantes es un tipo de sentimentalidad que sólo puede atraer a los que sienten pasión por la necrofilia.
El pensador ruso Lev Gunilev describió lo que es un país como simbiosis de pueblo y paisaje. Palestina y los palestinos son inseparables, los campesinos, sus olivos, los manatiales, las montañas y cúpulas de los sepulcros ancestrales en lo alto de las colinas se necesitan mutuamente, y han crecido para complementarse.
Los palestinos no son un oscuro pueblo de mente atrasada. Crearon la Estrella de Ghassul, escribieron la Biblia, edificaron los templos de Jerusalén y Gazirim, los palacios de Jericó y Samaria, las iglesias del Santo Sepulcro y la Natividad, las mezquitas de Haram a-Sharif, los puertos de Cesárea y Akka, los castillos de Monfort y Belvoir. Anduvieron con Jesús, derrotaron a Napoleón y combatieron con valor en Karameh. En sus venas, la sangre de los guerreros de Aegea, Bene Israel, los héroes de David, los primeros apóstoles de Cristo y los compañeros del Profeta, los jinetes árabes, los cruzados de Norman y los jaques turcos se fundieron. La poesía de Mahmud Darwish, la lucidez de Edward Said, el perfecto aceite de oliva, el fervor de los rezos y la brava valentía de la intifada lo demuestran.
Sin los palestinos, muere Palestina. Sus ríos acarrean agua envenenada, las lomas y los valles están desfigurados, sus campos labrados por chinos importados, sus hijos aprisionados en ghetoos. La idea de un estado judío separado fracasó. Durante los últimos diez años, las políticas demenciales del gobierno israelí importaron a más de un millón trabajadores rumanos, rusos, ucranianos, tais, africanos. Algunos aseguran ser descendientes de judíos. Llegaron tribus peruanas, indios de Assam y el inagotable flujo de refugiados rusos de la Unión soviética. Ahora la Agencia judía está planeando la importación de una tribu lembda de Africa del sur, para afianzar el carácter judío del estado; paradójicamente, aquellos que todavía mantienen algunas tradiciones judías están aislados en el estado judío, como el difunto Doctor Yeshayahu Leibovich o encarcelados como el rabino marroquí Arie Der’i.
La fantasía de reunir a los judíos ha chocado con la realidad. Tenemos que acabar de desilusionarnos. Dejad a los hijos e hijas de Palestina volver y reedificar Suba y Kakun, Jaffa y Akka. En vez de consagrar la Línea verde, arrasémosla y vivamos juntos, hijos de Palestina, de los primeros pobladores, de marroquíes o rusos.
Deberíamos vivir en un mismo estado, no solamente por el fracaso rotundo de Oslo. La misma idea de partición es errónea. Podemos seguir el ejemplo de Nueva Zelandia, dondelos inmigrantes europeos viven juntos con los Maori naivos, o el del África del sur de Nelson Mandela, o el de los habitantes del Caribe, donde los hijos de colonos hispánicos, de esclavos africanos y amerindios de la tierra se han confundido en la hermosa raza nueva. Rompamos nuestras declaraciones de falsa independencia y pongámonos a redactar otra, una declaración de amor y mutua dependencia.
By Maria poumier | June 16, 2010 at 06:48 AM EDT | No Comments
Les retombées de La Passion du Christ
(RELIGIOUS RELATIONS THE PASSION OF THE CHRIST)
par Roy Rivenburg, collaborateur au Times.
(Traduction et Notes: MP)
On eut de furieuses rafales de prédictions, parfois tirées par les cheveux. Certains annoncèrent que l’épopée sanglante de Mel Gibson La Passion du Christ serait suivie par des incendies de synagogues et autres violences anti-juives, tandis que la claque anticipait sur un raz de marée de conversions et de guérisons miraculeuses dans les salles de cinéma. En somme, les deux côtés étaient bien d’accord pour considérer que le film était doué d’un formidable pouvoir d’intervention dans l’existence et les croyances des uns ou des autres. Mais cinq mois après la sortie du film[1], tout cela reste à voir…
En fait, oui, le film a changé bien des choses, mais peut-être pas au niveau dramatique où les médias l’attendaient. D’après certains historiens et observateurs, il s’agirait d’une inflexion subtile dans les habitudes liées au culte, sur le long terme. Commercialement parlant, le succès de Mel Gibson, qui a engrangé quelques 609 millions de dollars, a donné un coup d’envoi à la programmation de loisirs à thématique religieuse, ce qui pourrait induire certains changements enprofondeur dans la culture. Par ailleurs, comme un effet secondaire discordant, le film a donné lieu à une poignée d’aveux criminels et à un cas de violence antiromaine.
Rappelons les faits : le jour de sa sortie, le mercredi des Cendres, même un ancien président des États-Unis avait du mal à trouver une place ; en tout cas, Jimmy Carter a raconté récemment qu’il avait eu l’intention d’aller à une séance en semaine avec sa femme, en dehors des heures d’affluence, mais que les services de sécurité avaient dû intervenir pour leur trouver deux places contiguës.
La curée médiatique avait commencé l’année précédente, en mars 2003, avec un article du New York Times qui explorait la question des théories du père de Mel, Hutting Gibson, y compris ses doutes sur le chiffre des six millions de juifs exterminés au long de l’Holocauste. Aussitôt, les universitaires juifs et catholiques embrayèrent en affirmant que le film reprochait la Crucifixion aux juifs. Après quoi, on eut une avalanche d’échanges sanglants sur la liberté d’expression dans les arts, les arcanes de la Bible, et le pillage des scénarios. « Les gens manifestaient déjà alors que le film en était encore au stade de la production, raconte l’imprésario de Mel Gibson, Alan Nierob, qui déclina à ce moment une offre de l’UCLApour faire un cycle de conférences de dix semaines sur le film. Et naturellement, les pronostics les plus fiévreux se rapportaient à l’éventuel antisémitisme du film.
« Dès que le premier coup de marteau enfoncera le premier clou dans la croix, les spectateurs se mettront à aiguiser leurs couteaux en Allemagne », déclara à la radio israélienne le rabbin Tovia Singer, « et Israel va devoir absorber un exode massif de juifs européens ». La plupart des autres articles étaient un peu moins délirants, mais annonçaient tout de même quelques moments délicats, particulièrement en Europe et au Moyen Orient. Ainsi le Los Angeles Weekly comparait le film à « un torchon imbibé d’essence et lancé au milieu des flammes déjà rugissantes de l’antisémitisme », tandis que Paula Fredriksen, professeur à l’Université de Boston, l’une des premières à détester La Passion, affirmait : « Quand la violence se déchaînera, Mel Gibson sera nettement mieux placé que professeurs et évêques pour enrépondre. »[2]
Et pourtant, il faut bien reconnaître qu’il « ne s’est rien passé du tout », comme l’explique J. Shawn Landres, professeur d’une université hébraïque, compilateur d’un livre sur l’impact du film, dont la sortie est annoncée sous le titre : « La Passion est passée » (After The Passion is gone).
Quant à Paula Fredriksen, elle refuse de battre en retraite, et affirme que les fans de Mel ont redéfini la violence antisémite, qui ne saurait se passer de cadavres même virtuels[3] ; en effet, à son avis, toute « atmosphère hostile » est une forme de violence caractérisée.
Aux États-Unis, il y a eu de cinquante à cent cas de jeunes juifs traités d’assassins du Christ par leurs camarades de classe, dit Abraham Foxman, président de l’Anti-Defamation League, l’un des stentors dans cette campagne. « S’agit-il d’une proportion effrayante ? Certainement pas, mais c’est beaucoup plus qu’auparavant » signale-t-il, car on ne comptait guère que deux incidents par an, habituellement. Cela veut-il dire que le film transforme les gosses en bigots précoces ? Ou bien est-ce plutôt que les jeunes reflètent à leur façon le débat médiatique ? Il n’est pas facile de trancher….
Dans le Nebraska, le rabbin Stiel affirme qu’il connaît une demi-douzaine de jeunes juifs à qui leurs camarades ont demandé pourquoi les juifs avaient tué Jésus, ce qui les agaçait prodigieusement, ne voyant pas de raison pour qu’on fasse le lien entre eux et ce qui s’était passé il y a deux mille ans[4]. En dehors des cours de récréation, il est assez difficile de constater des retombées antisémites du film. Un sondage réalisé après la sortie en salle conclut que les attitudes antijuives sont devenues plus fréquentes. L’institut Pew Trusts a découvert que 26% des Américains croient que les juifs ont été les responsables de la mort du Christ, alors que selon l’enquête d’ABC News de 1997 ils n’étaient que19%[5]. Ce qui n’empêche pas qu’un autre sondage, fait par l’Anti Defamation League juste avant la sortie du film, donnait aussi… le même chiffre. Et d’autres sondages postérieurs ont fait état d’un déclin des convictions antisémites !
Quoi qu’il en soit, les sceptiques insistent pour dire qu’il est trop tôt pour conclure que les prédictions sur la montée de l’antisémitisme sont erronées. « Posez-moi la question dans un an », dit Foxman, qui fait remarquer que le DVD sera en vente à partir du 31 août, et que les églises vont s’en servir lors des retraites de jeunes. « Les gens qui ont vu le film en salle se situaient dans le cadre d’un débat national, ce qui a atténué son impact antisémite », dit-il, mais avec le DVD, ce contexte apaisant disparaîtra[6], ajoute-t-il. Et Foxman a repris le même sermon à propos du contexte européen et argentin, où le film n’a donné lieu à aucun incident[7].
Les temps changent
En un sens, c’est le rôle des chrétiens évangélistes qui est le plus inattendu dans le succès du film. En effet, un siècle plus tôt, ils auraient été choqués par le film, tout autant que les juifs. Dans les années 1880, les représentations de la Passion avaient été bannies de San Francisco et de New York parce que les protestants considéraient que la contemplation d’un portrait du Christ était un acte d’idolâtrie. Même dans les années 1950, le mépris des protestants pour l’imagerie religieuse était si fort que les églises du Sud couronnaient leurs clochers de girouettes à la place des croix, raconte le révérend Albert Mohler, président du Séminaire de théologie baptiste du Sud, à Louisville. L’aversion pour l’art dévot remonte à l’époque de la Réforme, quand les protestants se débarrassèrent de toutes les statues,crucifix et autres Chemins de Croix. Mais les évangélistes modernes recherchent la visualisation, affirme le professeur Richard Wightman Fox, auteur de Jésus en Amérique. Quand l’équipe de marketing de Mel Gibson commença à leur montrer des séquences du film, ils estimèrent que cela venait à point pour combler le vide ; et ils furent nombreux aussi à considérer que le film aurait un effet magnétique sur les incroyants[8].
L’association des libraires chrétiens parle d’une renaissance religieuse à l’échelle de la nation. D’autres ont vanté La Passion comme le meilleur instrument d’évangélisation depuis 2000 ans, et un télé-évangéliste au service de la Trinity Broadcast Network a annoncé que l’Esprit saint soufflerait dans les salles, guérissant le public de son addiction aux nourritures terrestres. L’idée qu’on assiste à des conversions cinématiques n’est pas déplacée, si l’on en croit James Merritt, ancien président de la Convention des Baptistes du Sud, qui a raconté sur la chaîne MSNBC comment il avait accueilli le Christ en son propre cœuren assistant à une projection du Roi des rois, en 1962. De même, le docu-drame de 1979 Jésus, basé sur l’Évangile selon saint Luc, a donné lieu à 197 millions de conversions (le film aurait été vu par 5, 2 milliards de personnes dans le monde entier !), si l’on en croit la Campus-Croisade pour le Christ, un organisme qui utilise le film pour l’évangélisation et la catéchèse[9].
Mais les chrétiens ont encore ressenti différemment le film. Ils parlent de quelque chose de surnaturel. Une partie de cet effet a été constaté dès le tournage en Italie, affirme l’historien des religions de l’Université d’Utah Colleen McDannell.
Quand l’acteur James Caviezel s’est senti traversé par des éclairs tandis qu’il jouait, « tout son corps s’est mis à rayonner et deux boules de feu sont apparues à ses côtés, comme s’il s’agissait d’une scène de Transfiguration », selon les termes du magazine du New Oxford Review. D’autres récits mentionnent des guérisons miraculeuses pendant le tournage. « C’est le film lui-même qui est devenu un événement sacré », dit McDannell, et ceci ne concerne pas seulement les protestants. Des morceaux de la croix utilisée dans le film se sont mis à circuler parmi les catholiques, version hollywoodienne des reliques que l’on rattache à la vraie Croix du Christ historique.
De sorte que les évangélistes ont simplement renchéri sur ce que l’auteur de best-sellers et pasteur dans le comté d’Orange Rick Warren appelle un « tsunami spirituel ». Les églises ont commandé des stocks de billets d’entrée, et les donnaient gratuitement aux éventuels convertis, tout en finançant des séminaires et des homélies. Quant aux éditeurs, ils sortirent des millions de livres et de tracts…
Cet effort a-t-il été payant ?
C’est ce que l’on peut se demander; tout dépend de la personne à qui vous posez la question. La Harvest Christian Fellowship (une énorme église non confessionnelle située à Riverside) fait état de mille conversions au christianisme au long d’une série de sermons étalée sur six semaines à propos du film, ce qui est quatre fois plus que le chiffre normal, estime le pasteur Greg Lauri. Et l’église de Warren Saddleback a soutenu de toutes ses forces une dynamique comparable, tant au plan des conversions qu’au niveau de la mobilisation des spectateurs. Cependant à Saint Louis, où la Campus Croisade a organisé des séances pour 1300 étudiants, moins de dix personnes ont été « sauvées ».
Selon un sondage à l’échelle du pays réalisé par le groupe Barna, un institut de Ventura qui s’intéresse aux phénomènes liés à la foi, moins de un dixième du 1% des gens qui ont vu le film déclare que le film leur ait fait reconnaître Jésus comme leur sauveur. « Il est rare qu’un événement médiatique unique bouleverse radicalement les convictions ou l’approche sur le monde d’un individu quelconque, dit le patron de l’enquête George Barna. La Passion a été bien reçue, et c’est un film qui a retenu l’attention du public assez longtemps pour les faire réfléchir à certaines de leurs opinions fondamentales sur l’existence. Mais en quelques heures, les mêmes individus se sont trouvés exposés à des messages concurrents qui ont commencé à affaiblir l’impact de ce qu’ils avaient vu », explique-t-il.
Jody Hanford, aumônier de quatre collèges en Californie du Sud, est sceptique : « Est-ce que cela a changé la vie de certains ? Personnellement, je n’ai rien constaté ». Mais le film a permis aux évangélistes de faire un pas en avant dans le ralliement des non chrétiens, souligne-t-il.
« C’est l’effet de publicité de la controverse autour du film, plus que le film lui-même, qui leur a offert une occasion exceptionnelle, parce que l’intérêt et la motivation pour débattre ont été sollicités », selon l’analyse de Tony Arnold, porte-parole de la Campus Crusade. « Cela a permis aux gens de réfléchir sur Jésus, qui il était et ce qu’il défendait ». Effectivement, des concepts théologiques aussi difficiles que celui d’expiation ont soudainement fait leur apparition dans les pages centrales du Time magazine, ou encore dans les actualités à la télévision.
Hollywood s’y met
Il se pourrait qu’on entende de plus en plus la parole de Dieu, s’il faut en croire les projets de la compagnie Walt Disney, visant à projeter l’adaptation des Chroniques de Narnia, par l’écrivain chrétien C. S.Lewis, pour Noël 2005. Quant à la maison de production Icon de Mel Gibson, elle annonce un film biblique basé sur le récit du livre des Maccabées. Comme le souligne le magazine GQ, Hollywood découvre enfin l’intérêt qu’il y aurait à capturer une partie des recettes qu’engrangent la télévision (émissions « Jeanne d’Arcadie » et « Touché par un ange »), l’industrie du livre (avec des collections sur les « laissés pour compte ») et celle du disque (avec Amy Grant, Mindy Smith, P. O. D.), grâce à la programmation de divertissements basées sur la foi..
« L’époque où les chrétiens se cachaient dans les franges de la culture pop paraît brusquement révolue », dit Stephen Prothero, auteur de Jésus américain , et président du département des religions à l’université de Boston. Le film de Mel Gibson va introduire plus de christianisme dans la culture pop, et cela influera sur tous les autres domaines de la culture. Voilà pourquoi certains évangélistes confirment leurs annonces d’un raz de marée spirituel. C’est un bouleversement sur le long terme, explique Lance Witt, pasteur à l’église de Saddleback. « Le film a donné lieu à quantité de débats spirituels, et les résultats mettront un certain temps avant de se révéler pleinement », dit-il. L’institut de sondages Barna prévoit que la sortie du DVD va aller dans le même sens : « Quand on regarde un film à la maison, en famille ou avec des amis, cela donne lieu à plus de réflexion et d’échanges spirituels. » En tout cas, pour le moment, l’impact principal semble bien porter sur les gens qui étaient déjà chrétiens ; toujours selon le même institut, environ 20% des spectateurs disent que le film leur a fait approfondir leur foi, ou leur a inspiré de nouveaux comportements (ils prient plus souvent, ils traitent les autres différemment, ils participent à des activités liées à la paroisse).
« Le film est une version chrétienne de ‘Il faut sauver le soldat Ryan’ », lance pour sa part Jody Eldred, cameraman indépendant pour ABC News, qui a récemment produit un documentaire intitulé : « Les miracles de la Passion ont changé des vies. »De même que l’épopée sanglante de Spielberg a fait comprendre le terrible prix qu’il nous a fallu payer pour la liberté, le film de Mel Gibson a fait revivre le sacrifice de Jésus pour nous sauver, et « je ne pourrai jamais plus voir la Croix de la même façon », conclut Eldred.
Malheureusement, tout le monde n’a pas parfaitement saisi le message : en avril La Passion du Christ a été le film le plus piraté au monde, sur internet !
Pendant ce temps, les universitaires en ont profité pour s’offrir une avalanche d’études savantes et de théories sur le film et ses suites. L’un a déconstruit le film en tant que métaphore sur la guerre contre le terrorisme, un autre en a analysé les effets probables sur la course à la présidence, etc. Il y a déjà au moins deux compilations de travaux de recherche à paraître : le livre de Landres After the Passion is gone (« La Passion est passée »), recueil co-signé par Michael Berenbaum, et Re-Viewing the Passion (« En revoyant La Passion ») , volume composé par S. Brent Plate de l’université chrétienne du Texas.
Par ailleurs, il est probable que La Passion soit en train de reconfigurer l’attitude des protestants envers Jésus et la foi, si l’on en croit les historiens. En effet, le style sulpicien qui dominait dans les représentations populaires de Jésus depuis plusieurs décennies se voit supplanté par le portrait selon Gibson d’un « esclave souffrant et macho », explique Prothero de l’université de Boston. « C’est une approche plus catholique, de type médiéval, qui gagne du terrain». Et c’est désormais à cette imagelà que la plupart des chrétiens vont désormais s’adresser quand ils ferment les yeux pour prier, ajoute-t-il.
« Les protestants étaient traditionnellement trop horrifiés par le catholicisme pour lui emprunter la moindre image artistique de la Crucifixion », dit l’historien McDannell. « Mais Mel Gibson, en partant du terrain neutre du cinéma, a dé-catholicisé l’image du Christ qu’ils rejetaient. Je pense que les protestants conservateurs souhaitaient désespérément qu’un phénomène semblable se produise, car même si les Américains peuvent paraître joyeux et heureux ensemble, en fait chacun a constamment les nerfs à vif, soit qu’ils soient en train de divorcer, soitqu’ils viennent de découvrir que leur gosse est gay, ou encore que leur pasteur couche avec la secrétaire ». Et le fait de centrer son attention sur un Jésus souffrant avec lequel on compatit de tout son cœur nous rappelle tout en nous soulageant que nous aussi, nous sommes capables d’endurer la souffrance et même de voir plus loin.
Réponses extrêmes
Signalons enfin les effets les plus spectaculaires du film, tels les passages à l’acte de gens qui se sont mis à avouer des crimes ou à harceler les acteurs. La liste des spectateurs à la conscience fortement ébranlée comporte un Texan qui s’est présenté aux autorités pour raconter qu’il avait tué sa fiancée enceinte et qu’il avait fait en sorte que cela passe pour un suicide (par la suite, il a quand même plaidé l’innocence), un cambrioleur de l’Arizona, et un néo-nazi norvégien qui a revendiqué deux explosions inexpliquées.
Le film a également suscité au moins un cas de violence antiromaine. L’acteur italien Dario d’Ambrosi, qui jouait le rôle de l’un des soldats romains et qui brutalisait Jésus, a raconté dans le New York Times que les gens le pourchassaient et lui crachaient dessus dans la rue. Plus encore, ses filles ont été molestées à l’école, et un prêtre l’a insulté, a-t-il ajouté.
Et en ce qui concerne Caviezel, l’acteur qui interprétait Jésus, il a eu droit à un autre type de réaction, selon la presse, comme celle des villageois qui, à l’occasion d’un voyage qu’il faisait au Mexique, lui ont demandé de bien vouloir effectuer quelques miracles[10].
De retour à Los Angeles, le directeur des relations publiques de Mel Gibson, Nierob, a désavoué en bloc toutes les théories au sujet de l’impact socio-culturel du film. Ne tenant compte que des statistiques les plus récentes du box-office, il ne reconnaît qu’un résultat: « les seules retombées, à ma connaissance, sont d’ordre financier… »
(Source : informations câblées du Times)
[1] En France, alors qu’aucun distributeur n’en voulait, c’est le producteur tunisien et musulman Tarek ben Ammar qui l’a distribué largement; il avait auparavant déjà produit Jesús de Nazareth, le film de Franco Zefirelli (1977) et Le Messie, de Roberto Rossellini, (1975). Le film Passion a été un succès mondial, jusqu’en Chine, où, avant la programmation en salle, des copies pirates sous-titrées en chinois ont circulé abondamment.
[2] Foxman est allé jusqu’à exiger de Mel Gibson la suppression de certaines scènes. En France, signalons que Marin Karmitz, président de la chaîne de cinémas MK2, a été à la pointe du boycott français du film Passion, tout en niant subir de pressions « d’un quelconque lobby juif ». Dans The Hollywood Reporter du 24 mars, ainsi que dans un entretien à l’AFP du 25 mars, il affirme que le film est « fasciste », « antisémite », « révisionniste », « lamentable sur le plan du cinéma ». Face à de telles outrances, certains juifs dissidents annoncent un sérieux retour de bâton pour les autorités juives, à court terme, tel le romancier et essayiste Gilad Atzmon, Israélien exilé en Angleterre, qui écrit : « Dans les faits, ce sont les réactions dans le style de celles de Foxman qui alimentent des sentiments anti-juifs. En outre, dans une perspective non juive, les changements que Foxman cherche à introduire dans le récit historique sont dangereux ; il est loin d’être enthousiaste quand les révisionnistes se mêlent de contester le récit sioniste officiel sur l’histoire contemporaine : or il fait tout pour que les gens fassent le lien entre les juifs de maintenant et le groupe qui avait fait pression de toutes ses forces sur Ponce Pilate pour obtenir la crucifixion, ce qui est incroyablement irresponsable… »(http://www.gilad.co.uk). D’ailleurs, l’initiateur de la campagne contre le film Eugen Korr, directeur des affaires religieuses de l’ADL, a démissionné de cet organisme, ses méthodes ayant été l’objet de vives critiques. Parmi les juifs qui ont tenu à s’exprimer pour défendre le film, il faut signaler l’association internationale Jews for Jesus, très active pour défendre l’idée que Jésus a bien été le Messie.
[3] C’est Paula Fredriksen qui avait lancé la campagne contre le film avec un article intitulé « Mel le fou » (Mad Mel)publié dans The New Republic. Elle y affirmait que « l’antisémitisme est consubstantiel au christianisme. On s’aperçoit que l’Holocauste a été le mouvement chrétien oecuménique le plus énergique et spontané depuis les Croisades : orthodoxes lituaniens, luthériens allemands, français catholiques, tous ont eu à cœur de tuer des civils juifs, des enfants ».
[4] Il est probable que bien des jeunes juifs aient été amenés par le film à prendre leurs distances envers l’héritage que les autorités juives voudraient leur faire assumer, à l’occasion de la remise au goût du jour du thème de l’innocent légalement persécuté pour le seul délit de blasphème, ce qui est l’une des interprétations possibles de l’histoire de Jésus, vivement soulignée par Mel Gibson, dans la scène de la condamnation par le Grand Sanhédrin. Cet effet dévastateur serait l’explication des campagnes pour entraver la sortie et le succès du film de la part des grandes organisations telles que ADL, Jewish Defence League etc.
[5] Chiffres d’autant plus étonnants que les autorités religieuses juives revendiquent pleinement la responsabilité de leurs prédécesseurs de l’époque pour la décision de faire exécuter Jésus, en conformité parfaite avec le texte des Évangiles, livre saint pour tous les chrétiens. Le sondage tenait à préciser que ce sont les jeunes (34% des moins de 30 ans) et les Afro-américains (42%) qui sont les plus sensibles à l'impact du film de Mel Gibson et qui en tirent des conclusions inconvenantes, selon l’ AFP. (5/4/2004)
[6] L’évocation d’un « contexte apaisant » pour situer la plus monumentale polémique qu’un film ait jamais soulevé prend sens à condition que l’on perçoive ce qui inquiète beaucoup les autorités juives, et qui effectivement, pourrait fort bien prendre de l’ampleur : le fait que chacun voie dans le martyre des Palestiniens l’amplification de la persécution du Christ par les autorités juives de l’époque. Le film n’a pas été projeté en Israël, mais des copies pirates y ont aussitôt circulé.
[7] Foxman n’ a peut-être pas la conscience parfaitement tranquille, car chacun sait aux États-Unis qu’il a reçu des pots de vin de Mark Rich, l’escroc international amnistié par Bill Clinton dans les derniers jours de sa présidence, et qui trouvait jusque-là refuge dans différents pays dont il a la nationalité, tels que l’Espagne et l’Israël.
[8] Certains parlent même d’un véritable divorce entre autorités juives et évangélistes, à partir du film, alors que rien ne semblait les opposer au niveau des grandes options internationales, et en particulier sur la question de la Palestine.
[9] Le Guide de la Passion, cent questions sur la Passion du Christ, édité en plusieurs langues, est un best-seller aux États-Unis.
[10] Il faut aussi rappeler un autre genre d’hommages, dans les jours où le film est sorti : Mel Gibson et James Caviezelont été agressés dans une rue de New York. Traités d’antisémites, ils ont été recouverts d’un seau rempli de sang d’agneau. Ils ont fait depuis lors l’objet d’une protection rapprochée.
By Maria poumier | June 04, 2010 at 01:44 PM EDT | No Comments
Les éditions "Oser Dire" ont le plaisir d'annoncer la parution de Le Pin et l'Olivier, par Israël Adam Shamir, édition corrigée et augmentée.
********************************** Voici une lecture de l'ouvrage par Maria Poumier (juin 2007; les renvois correspondent à la pagination de l'édtion antérieure, par BookSurge) Le dernier ouvrage en date d'Israël Adam Shamir, Le Pin et l'Olivier , éd. Oser Dire, est le couronnement de sa réflexion sur la Palestine , parce que c'est une encyclopédie (382 pages très serrées) sur cette intersection des civilisations, et que l'auteur y déploie la méthode dialectique dont ses articles de combat semblent parfois nous éloigner, par leur tir à répétition sur une cible privilégiée, l'idéologie judaïsante, ses métastases cachées et ses méfaits qui crèvent les yeux. Depuis la nuit des temps, le messager de nouvelles qui font mal attire sur lui la haine. Mais la haine hystérique des borgnes et des aveugles est en elle-même un certificat de qualité, de lucidité. Plaignons-les, les « malsins »[1], ces formatés par la terreur à l'intérieur d'un quelconque ghetto de leur choix, qui ne savent échapper à leurs hantises que par la manie du harcèlement policier, partout où la pensée respire, où la pensée déborde !
« La mauvaise monnaie chasse la bonne […] et nous qui avons survécu [à cette loi de la sélection dans notre monde docile au marché] , nous sommes peut-être la mauvaise monnaie chassant la bonne», écrit Shamir (p. 31). Avec ce « nous », l'essentiel du livre est dit. Nous, c'est le couple infernal, les Guëlfes et Gibelins du temps présent, ceux que le camp dominant appelle les Juifs et les Antisémites, « nous », c'est cette médiocrité commune qui nous ressemble et nous rassemble. Shamir écrit à partir de son horizon russo-palestinien, c'est-à-dire eurasiatique, pour des lecteurs occidentaux. Avec une prudence louable et respectable, il évite de s'engager sur les terrains culturels qu'il connaît moins. Dans ce livre, son « nous », ce sont d'abord les gens qui lisent en russe, la langue originale de ce livre, certainement ses lecteurs les plus exigeants, parce qu'ils glosent avec lui le même héritage, les mêmes aïeux et les mêmes livres inépuisables ; puis la famille de Shamir s'est élargie, depuis le début du siècle et de l'intifada, moment où il a choisi de s'exprimer en anglais et de prodiguer son talent dans le monde riche, celui pour qui le web est une caverne d'Ali Baba, un inépuisable gisement des joyaux de la féérie mentale. La première traduction de Le Pin et l'Oliver est cependant la traduction française, parfaitement maîtrisée [2]. A partir de ce moment, le « nous » du livre est devenu un nous français, Shamir a trouvé une nouvelle écoute privilégiée, celle du pays agité dont le Finisterre regarde toujours un peu plus loin, un peu avant les autres, à la pointe de l'Eurasie.
Pour retrouver une monnaie de bon aloi, en soi et en nous autres, Shamir s'enfonce dans les époques les plus reculées, pré-bibliques, ces temps sur lesquels les militants ordinaires, lecteurs de ses articles, croient n'avoir nulle prise, et s'en remettent aux spécialistes, abdiquant leur esprit critique, et manifestant parfois un ressentiment d'esclaves, devant des herméneutes moins submergés qu'eux par la matière. Première leçon de méthode : les origines sont là, elles ne nous quittent pas, les ancêtres réclament en offrande notre reconnaissance de leur existence pleine, augmentée, et non pas amoindrie, du poids des millénaires. Shamir introduit d'ailleurs, comme d'autres penseurs occidentaux, une réhabilitation du polythéisme, dit primitif, qui ouvre d'immenses perspectives, pour sortir des impasses monothéistes ou se disant athées. [3]
Pour fil d'Ariane, dans ce voyage au centre, cette recherche du plus profond dans les évènements disparates et les imprévisibles du passé, le pas d'un âne. Dans son ouvrage antérieur Pardes, une étude de la Kabale , Shamir avait déjà fait une place de choix à cet animal. [4] Dans d'autres articles, il a repris plusieurs vieilles fables palestiniennes qui ont pour personnage central un âne, sans oublier celui qui porte Jésus à Jérusalem le dimanche des Rameaux. Ici, c'est l'ânesse Linda qui commande : elle a promené Shamir de Judée en Samarie et Galilée, dans les années où, jeune immigrant soviétique, il découvrait son nouveau pays. La deuxième leçon de méthode, c'est donc Linda : les bêtes tracent les chemins des hommes, et ce sont elles qui nous portent. Le sens de l'histoire, l'homme le trouve à parcourir son territoire, au pas sûr de plus petit et plus solide que soi. Et c'est le paysage qui révèle, qui est le grand tableau divinatoire.
Le Pin et l'Olivier est donc un récit de voyage, écrit à la façon des romantiques, le voyageur rêveur étant en lui-même la mesure de toutes les curiosités. En parfait respect des priorités naturelles, c'est entre autres qualités un guide de la gastronomie palestinienne, et un guide des chemins de traverse pour touristes et pèlerins de toute farine.
Les époques, les invasions, batailles, énigmes, forteresses, clochers, minarets, palaces et ruines se succèdent et s'entassent : Sarrazins, Croisés, Perses, Grecs, Turcs, Byzantins, Thaïlandais, Ethiopiens, Marocains ou Russophones : la leçon pour le présent en est que l'invasion ashkénaze du XXème siècle est bien moins singulière qu'il ne nous paraît : comme les autres, elle sera absorbée, naturalisée, digérée par la terre. La singularité de notre temps est dans le fait que nous en ayons été pris tellement au dépourvu, nous, les Occidentaux suffisants. Shamir reste froid et hardi, dans l'analyse du mal comme dans les remèdes : « La perte de l'indépendance n'est pas plus mortelle que celle de la virginité » (p. 96).
Cette grande compilation de batailles et de sièges témoigne du goût imperturbable de l'auteur, (fier des qualités de Tsahal, dont il a été), pour la guerre. Comme pour ses héros, les blessures que tentent de lui infliger ses ennemis, les parangons du venimeux, n'en sont pas pour lui. Entre les lignes, voici ce qu'on entend, surtout dans la dernière partie du livre : Raciste, moi ? Si je ne m'apitoie pas, comme il est de bon ton de le faire, sur les souffrances des vaincus ni même sur celles des juifs, c'est parce que je suis capable d'en supporter bien plus encore, des coups d'épingle empoisonnée de vos hypocrisies féroces ; et je tiens à porter le fer dans la plaie parce que la douleur que j'inflige fait hurler et donc parler, vous fera cracher votre vérité. Je vous attends au tournant, je vous laisse venir, vous les véritables racistes, dans toute la dimension hideuse de la chose ! Dégoisez, dégoisez, j'écoute… Shamir donne d'ailleurs une clé de déchiffrement du racisme institutionnel et actif même chez les contempteurs officiels des discriminations, à partir du cas des Israéliens de gauche qui agissent « comme les Américains d'aujourd'hui renient les colons qui ont égorgé les Indiens, sans pour autant renoncer au territoire de l'Amérique qu'ils ont acquis par cet égorgement » (p. 240). Le nez écrasé dans ce cinglant portrait qui englobe tout l'Occident, il nous faudra bien un jour aller au-delà des « yaka » incantatoires…
De fait, la parole brûlante de Shamir, qui fait glapir les douillets, nous a déjà rendu beaucoup de santé. L'idée impensable d'un seul Etat pour tous, avec le miracle sud-africain pour modèle, il en a été le pionnier. Malgré la farouche obstination de l'antisionisme officiel, celui qu'Israël considère comme tout à fait tolérable dans ses marges, l'idée du mariage forcé et fécond entre le Blanc et le Noir, la Victime et le Bourreau, le Néo-nazi juif et le Palestinien normal, sur tout le territoire naturellement délimité du Jourdain à la mer, et du Liban à l'Egypte, cette idée, la seule digne de ce nom, avance, et commence à percer avec force (voir Steven Friedman et Virginia Tilley - " Taken for a ride by the israeli Left ", The Electronic Intifada, 26 janvier 2007, traduit par Michel Ghys sur
Un chapitre dans Le Pin et l'Oliver , surprend, c'est « L'intermède espagnol » ; l'auteur tire d'un parcours de Tolède à Gibraltar la conclusion qu'on n'attendait pas de celui qui a été sacré champion de l'antisémitisme érudit par ses ennemis incultes, et insensible à la bienséance idéologique : les chrétiens étaient les sionistes de leur époque, et les Rois catholiques n'auraient pas dû expulser ni les Juifs ni les Maures, ils ont entamé le processus de désertification spirituelle de l'Andalousie ; la preuve en est, cinq cents ans plus tard, que les habitants côtiers vendent stupidement leurs rivages aux promoteurs véreux qui ont en un demi-siècle massacré le littoral ; les Andalous ont perdu leur ressort, leur lien viscéral et sacré avec leur propre paysage. Le raccourci dans le temps est osé, les antisémites (im)purs et (dur)durs vont pousser de hauts cris : "voilà le juif qui montre le bout de l'oreille, au final ! A travers la métaphore espagnole, ce qu'il suggère, c'est que les Palestiniens gardent les juifs envahisseurs parmi eux, comme si de rien n'était, comme si cette racaille n'allait pas aussitôt recommencer à les saigner !" [5] Mais Shamir est aussi le traducteur de Abraham Zacuto[6], le grand géographe et penseur judéo-espagnol du XVème siècle, et il sait de quoi il parle, en matière de judaïsme, hispanique ou autre. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, ce chapitre nettement philosémite ne calmera en rien le zèle inquisitorial des judaïsants espagnols contemporains. Il est probable que Shamir ne l'a pas rédigé pour rentrer dans leurs bonnes grâces, et un jour viendra où les meilleurs parmi les Espagnols classeront Shamir comme un des leurs, un héritier fidèle de la grande famille des juifs sincèrement convertis saint Jean de la Croix , Bartolomé de las Casas, sainte Thérèse d'Avila, écrivains, batailleurs et bâtisseurs autrement profonds que les censeurs de Shamir.
Shamir surprend, parce qu'il voit plus loin que ses lecteurs, non seulement dans le passé mais aussi dans l'avenir.
Entre le Pin, l'arbre que les immigrants russes et canadiens ont planté pour rayer de la mémoire les villages palestiniens, et l'Olivier tragique qu'on arrache tous les jours à ses cultivateurs, il y a tout ce qui fleurit : le bon sens chevronné, celui des fables datant d'Adam et Eve, celui des blagues de la rue anonyme (celle qui nous venge des censeurs de tout poil), l'élégance dans le récit et la fulgurance argumentaire; il y a aussi le parfum que la terre saignante elle-même exhale : le chapitre sur le péché originel de l'Etat d'Israël, le vol des terres, est une ancre, qui ramène chaque autre crime à ses proportions subséquentes : « Deir Yassine Remember », reste le mot d'ordre de toute réparation vraie (« La source du mal », pp. 160 et suivantes).
Shamir, qui n'a même pas peur de son ombre, raconte et explique son étape sioniste, dans le sillage de Gershom Scholem, avec émotion, et fierté. On comprend ses contradictions lorsqu'il fait la comparaison avec d'autres épisodes historiques sur lesquels l'amnésie sélective semble la seule issue de secours du croyant: « Aujourd'hui, il est difficile d'ajouter foi aux belles chansons de Palmah, comme aux belles chansons des constructeurs du Komsomolsk : l'expulsion, comme le Goulag, recouvre tout ce que l'époque eut de bon (p. 181).
Le livre se termine par des développements sur les différentes tendances du judaïsme à l'époque moderne, et les occasions qui se sont présentées pour que cette religion retrouve une validité universelle, échappe à son usage actuel et trivial, tribal et sans scrupules. Le commentaire sur l'apostasie de Sabbataï Tsevi, « le Messie hérétique » du XVIIème siècle, (pp. 359-367) peut être lu comme fable résumant les rapports entre le mythe et l'histoire factuelle. La source en est Renan.
Encore une fleur à cueillir au passage, dans ce livre paysage et fourmillant : l'origine de la parabole du bon Samaritain, l'une des plus révolutionnaires de l'Evangile ; et Shamir tend la main aux athées honnêtes dans sa conclusion : « Jésus, descendant de l'antique famille royale juive et d'un lignage sacerdotal, rendit les idées de la Tora à toute l'humanité, et son origine sacerdotale et royale nous rappelle les nobles qui, comme Lénine, Mirabeau ou les Gracques, prirent le parti du peuple contre « leurs frères de classe » (p. 140).
Ce livre donne sens à la Palestine en tant que Terre sainte pour tous, sans la moindre bigoterie. Il nous concerne tous, nous qui pouvons le lire. Les leçons qu'il donne, à nous de les transposer sur chaque autre Terre sainte où se posent les questions des invasions et du pillage des richesses naturelles et spirituelles. Nous sommes la fausse monnaie, oui, il faut le reconnaître, falsifiée par l'arrogance tartuffique que nous admirons, partageons et attribuons parfois aux sionistes seuls, dans un effort incomplet de distanciation ; par la vertu de l'esprit, « la fontaine miraculeuse, la seule : plus on y puise, plus il y en a », nous pouvons, c'est à portée de flèche, redevenir personnes ne bon aloi, la bonne monnaie qui permet le véritable échange.
Les musulmans qui aiment Shamir considèrent qu'il est à mi-chemin de sa conversion à l'Oumma. Inch Allah, que Dieu lui prête vie pour découvrir encore d'autres territoires, encore plus universels que ceux qu'il connaît à ce jour. Il faut d'abord qu'il soit lu, pour que lui revienne en miroir ce qui, dans ses écrits, vaut le plus, est fondateur, et ce qui, comme en chacun de nous, n'est guère que le reflet indompté de préjugés dont il a hérité, et qui peuvent être surmontés.
De cet écrivain rare que recherchent les assoiffés de justice et de sens, une forte métaphore, en sa forte traduction par Marie Bourrhis : « J'aime à cheminer dans le désert sans gourde: ainsi, mourant de soif, j'atteins à grand-peine une source et je m'y jette pour boire jusqu'à plus soif. Pour moi, c'est une métaphore de la vie en soi: un désert avec des sources; dans la vie aussi, je vais sans gourde et un jour peut-être, je ne trouverai pas la source de l'eau, ou de l'argent, ou de l'amour. Cette incertitude fatale est le prix de l'insouciance. Mais si l'on cède à la tentation de rester à la source, on se souvient des autres sources, celles que l'on ne connaît pas encore, et l'on reprend la route. » ( Le Pin et l'Olivier , p. 142)
Notes :
[1] « Malsines » est le nom espagnol des délateurs qui, dans les communautés juives médiévales, mettaient tout leur zèle à renseigner les autorités rabbiniques sur les mal pensants ; les historiens espagnols considèrent qu'ils se sont recyclés parmi les rabatteurs pour l'Inquisition catholique, dans le sillage de Torquemada, juif converti.
[2] Le livre peut être commandé, pour l'instant, dans toutes les librairies franchement malpensantes, sur les sites de vente par internet, et à l'association Entre la Plume et l'Enclume , chez M. Sfar, 1 rue Cassini, 75014, Paris, accompagné d'un chèque de 28 euros, incluant les frais de port pour la France.
[3] « L'origine commune du judaïsme, de l'orthodoxie, du christianisme latin et des deux rameaux de l'islam entretiennent l'illusion que le monothéisme est une évidence. On parle «du dieu unique» en regardant de haut les polythéistes. Mais ce n'est qu'une aberration culturelle. Comme toutes les théories religieuses propagées de nos jours (le léninisme, le maoïsme, le monétarisme de Milton Friedman), le monothéisme donne l'impression d'être le seul possible et le seul exact. Mais si on réfléchit, la vision du monde d'Homère correspond bien davantage à la réalité. Il est bien plus facile et bien plus logique d'expliquer les malheurs et le salut, les catastrophes et l'épanouissement par un conflit entre plusieurs dieux, que par un changement d'humeur du dieu unique. Pour expliquer pourquoi le bon souffre tandis que le méchant prospère, le monothéisme doit introduire le concept de vie après la mort où tous seront traités selon leurs mérites. Le bouddhisme, quant à lui, recourt à la réincarnation et au rachat des péchés dans une prochaine vie, alors que les polythéistes l'expliquent plus simplement par l'intercession ou l'hostilité de tel ou tel dieu. Dans ces conditions, plus besoin de vie éternelle ou de métempsychose.[…] Nous rencontrons de plus en plus souvent cette idée: Marek Glogoczowski, philosophe hérétique polonais, propose d'identifier «le dieu «juif» avec Mammon et attrtibue à Allah la destruction de son temple à New-York. Il est tout simplement impossible d'expliquer les catastrophes naturelles sans le polythéisme: la Bible elle-même a dû introduire Satan (dans le livre de Job) comme divinité inférieure. Les cabalistes juifs sont carrément revenus à un polythéisme évolué. Conscients des insuffisances du monothéisme, les orthodoxes et les catholiques ont complété laTrinité avec le culte des saints, et Daniil Andreïev a élaboré un système néoolympien fondé sur les Outsraors. Et maintenant que l'européocentrisme du XIXe siècle a disparu et qu'on s'est familiarisé avec le polythéisme de nations évoluées comme la Chine , le Japon, l'Inde, on comprend plus facilement le polythéisme antique ». (p. 334-335)
[4] « L'Ane du Messie », selon le prophète Zacharie, l'âne d'Abraham, celui de Moïse, et d'autres ; voir Pardes, Une étude de la Kabbale , éd. Alqualam, 2004 (diffusion : association Entre la Plume et l'Enclume, plumenclume@yahoo.net )
[5] « Ce qui s'est passé il y a si longtemps en Espagne peut se comparer à l'histoire de la Palestine. Les chrétiens d'Espagne, repoussés vers le Nord, ont choisi une idéologie qui ressemblait beaucoup au sionisme. Ils se sont efforcés de reprendre leurs lieux symboliques: toute l'Espagne était chrétienne, en effet, à l'arrivée des Maures. Ils ignorèrent le fait que la majorité de la population du Sud de l'Espagne était restée sur place et s'était en partie convertie à l'islam, et que même ceux qui étaient restés chrétiens avaient subi l'influence tolérante du califat de Cordoue avec son pluralisme. Ils ignorèrent le fait que la population du centre et du sud de l'Espagne s'était jetée dans les bras des Maures et que les envahisseurs et les gens du pays étaient de la même famille ethniquement et culturellement. Les chrétiens du Nord préférèrent une histoire mythique plus simple: les Maures avaient conquis l'Espagne, il fallait les chasser et rendre l'Espagne aux Espagnols, comme s'il s'agissait d'un peuple étranger qu'on pouvait chasser en conservant son propre peuple et sa propre terre ». (p. 249) « L'exemple espagnol devrait être présent aux yeux des Israéliens et des Palestiniens: l'expulsion en masse de la population détruit un pays non pas pour des années mais pour des siècles, et la richesse confisquée aux expulsés est une malédiction. Dans la lutte contre la culture de l'autre, la culture du destructeur périt elle aussi, tandis que la persécution d'une minorité ethnique peut amener la perte des libertés de la majorité. » (p. 256)
[6] Rabbi Abraham Zacuto, The book of Lineage or Sefer Yohassin , Translated and Edited by Israel Shamir, Zacuto Foundation, 2005.
By Maria poumier | June 04, 2010 at 01:26 PM EDT | No Comments
PROCHE DES NEG’, par Maria Poumier
On ne peut comprendre la vie qu’en regardant en arrière : on ne peut la vivre qu’en regardant en avant.
Soren Kierkegaard
Pour Paulette et Roger
Comment je suis devenue antisioniste
Tout a commencé avec Roger Garaudy. J’avais dix-neuf ans, le grand souffle de mai 1968 venait de retomber, sans accoucher de rien de spécial. La vie avait repris son cours, et la France me semblait manquer terriblement d’élan. Je n’avais personne à admirer autour de moi, situation classique chez les gens prétentieux. Je cherchais des héros, et ne tombais jamais dessus. Je suis alors partie à Cuba, à la recherche d’une vraie cause libératrice. La révolution cubaine avait besoin de moi comme de bien d’autres, et j’ai été chargée de faire le cours d’esthétique à l’université de la Havane. Dans les années 1970, il allait de soi qu’il s’agissait de faire une esthétique marxiste. Cela signifiait prendre les problèmes dans l’ordre chronologique où ils s’étaient posés aux hommes de l’art et aux penseurs de l’expression artistique, méthode qui reste la plus recommandable. Le marxisme avait réduit les questions théologiques à la portion congrue, mais les marxistes exaltés reconvertissaient leur recherche du sublime en défense de l’art au-dessus de la science et la philosophie, le tout investi dans une spécialité universitaire, l’esthétique. Nous nous jetions avec passion dans la défense et la glose des belles choses, des beaux textes, des grands créateurs, des génies qui dépassent notre attente. C’est ainsi que, chassée par la porte des urgences pour l’action militante, une spiritualité souriante rentrait par la fenêtre, comme un rayon de soleil qui chassait dans l’ombre tout le reste, qui nous dilatait le cœur, et qui nous soulageait infiniment de l’angoisse de ne pas savoir vraiment vers quoi notre action poussait le destin. Les éditions du Progrès, de Moscou, avaient publié des livres magnifiques, dont celui de Boris Suchkov, sur le réalismeen littérature. Ce livre aurait été lu en France comme un réductionnisme, mais pour les jeunes Occidentaux épouvantés par l’aigreur générale chez nos enseignants, il légitimait enfin complètement, sans restriction, le grand roman documentaire du XIXème siècle. Auréolés de l’imprimatur soviétique, nous avions aussi Moisej S. Kagan et Stephan Morawski, avec plus d’envergure, et tous ces slaves qui réduisaient les Français à leur juste proportion de sophistes frileux : Mikhaïl Bakhtine, Iouri Lotman, Tsvetan Todorov, Georges Lukacs. Pour le monde hispanique, l’anthologie des meilleurs textes marxistes avait été constituée par Adolfo Sánchez Vázquez, républicain espagnol réfugié au Mexique. Parmi les communistes français, il y avait le subtil Pierre Barbéris, qui approfondissait sans limite l’œuvre de Balzac. Et il y avait Garaudy, qui osait affirmer que tout grand art se rattache à la passion pour le réel, même s’il semble éloigné du naturel tel qu’il s’impose à nous dans notre quotidien. Son livre D’un réalisme sans rivage ouvrait toutes les vannes, il réhabilitait tous les efforts créateurs, par delà l’appréciation aléatoire des résultats. C’était un titre de poète, qui autorisait l’entrée de tous les grands vents de pureté.
Roger Garaudy était bien connu à Cuba depuis les années 1960. Le gouvernement lui avait demandé de mettre au point un projet marxiste d’enseignement de la philosophie, adapté au pays. Puis un autre Français était arrivé, Régis Debray, plus jeune, qui semblait prodigieux, qui avait rédigé en deux temps trois mouvements l’argumentaire théorique dont la révolution victorieuse avait besoin pour justifier sa méthode, et on lui avait demandé un nouveau projet pour l’enseignement de la philosophie, adapté au contexte : un clou chasse l’autre. 1968 arriva, et Garaudy, membre du Bureau politique du parti communiste français, critiqua l’intervention militaire soviétique en Tchécoslovaquie, tandis que le gouvernement cubain, au contraire, choisissait de la soutenir. C’est ainsi qu’en 1971, à La Havane, année de congrès du parti communiste, Garaudy n’était déjà plus tout à fait en odeur de sainteté. Là-bas comme ailleurs, les intellectuels sont très sensibles aux modes officielles, et dans les années suivantes, on me suggérait de ne pas trop insister sur son œuvre, jugée trop libérale, trop bienveillante envers des gens pas aussi communistes qu’ils auraient pu l’être. Le terme magique pour démolir quelqu’un, à l’époque, dans tout l’univers communiste, était celui de diversionnisme idéologique. Je n’étais pas loin du diversionnisme idéologique, donc, en m’inspirant beaucoup de l’ouverture d’esprit remarquable de Garaudy. Mes étudiants étaient enchantés de découvrir avec moi des œuvres immensément éloignées de l’économisme marxiste, comme la Divine Comédie de Dante, et je leur donnais les outils conceptuels pour réhabiliter des œuvres issues des horizons idéologiques les plus éloignés, et cela en dépit de la restriction officielle de la curiosité ; nous adorions ensemble, sereinement, tous les aliments de l’esprit, parce que tous ont leur place dans le rassemblement de l’énergie nécessaire aux grands chantiers de notre temps. Je ne savais même pas, à l’époque, que Garaudy était aussi poète, et qu’il était en train de mettre en place les passerelles sur les abîmes de notre temps : entre marxisme et christianisme, puis bientôt entre islam et Europe.
Vingt ans plus tard, à Mantes la Jolie, le choc de l’immigration en provenance d’Afrique faisait des morts : un jeune homme pourchassé par la police mourait au commissariat, faute de soins, et une femme policière était abattue en pleine rue, dans l’exercice de ses fonctions. L’idée vint à un petit groupe de femmes qu’il était temps de reprendre les choses en main, et qu’il fallait avant tout donner aux mères de famille les outils pour jouer leur rôle dans leur famille désorientée au sein d’une société qui les rejetait. Avec Jamila Bahij,[1] une personnalité rayonnante, jeune, aide soignante proche de toutes les misères, et entourée d’une famille marocaine respectée, bien imprégnée du terrain, nous avons monté une association, mis en place des cours d’alphabétisation, un réseau de médiation sociale, et organisé des conférences au Val Fourré, le quartier neuf à la réputation dangereuse. Nous avons eu nos plus grands succès avec une conférence de Mgr Gaillot sur la violence en 1996, une autre, avec projections, sur la résistance des femmes palestiniennes, en 1997, avec la participation du journaliste Walid Charara ; mais avant cela, il y avait eu un formidable enthousiasme, avec Roger Garaudy, venu parler du droit de la famille dans le monde musulman. C’était en mai 1994 : il était complètement ostracisé en France depuis 1982, l’année de la publication de son premier ouvrage soutenant explicitement la résistance palestinienne ; et quelque peu étonné de se trouver invité dans cette banlieue aimable, alors que tout le monde le fuyait…. Y compris ses amis arabes en France, qui se cachaient.
J’étais alors maître de conférences à l’université de Paris VIII. Habilitée à diriger les recherches dans mon domaine, le monde hispanique, j’avais l’ambition de me faire nommer professeur, de façon à transmettre vraiment ce que j’avais à dire : que la littérature s’adresse à l’âme, et qu’il faut la faire respirer par-dessus toutes les théories dont le monde universitaire est friand. Paris VIII a la particularité d’être en banlieue nord, dans le vieux fief communiste de Saint-Denis, et les musulmans y sont environ la moitié des étudiants. J’avais été très impressionnée de faire enfin connaissance de mon maître lointain des années 1970, quand je l’avais invité à prendre la parole à Mantes-la-Jolie. Il était simple, il était solidement soutenu par sa femme Paulette. Je lisais tous ses livres, et j’étais bien à jour désormais sur l’œuvre de Garaudy le musulman, et sur le scandale de son élimination du paysage intellectuel français. Aussi je l’invitai à la fac pour faire une conférence sur islam et modernité. Se méfiant à juste titre des pressions qui n’allaient pas tarder à se manifester, il m’avait demandé une invitation écrite signée de la présidence de l’université. Normalement, cette formalité est parfaitement superflue, les enseignants invitent qui ils veulent. La présidente, Mme Irène Sokologorski, spécialiste du monde russe, considérait comme moi qu’il était bon qu’une grande voix comme Garaudy s’exprime chez nous, dans cette université qui était d’abord née en 1968 à Vincennes, comme un haut lieu de la pensée dissidente de gauche. La conférence eut lieu, malgré des pressions tout à fait concrètes et des empoignades, certains trublions prétendant empêcher physiquement la rencontre et barrer l’accès à l’amphithéâtre. C’était en plein ramadan, en décembre 1995, mais le public était là, et savait pourquoi il était là. Dans les semaines suivantes, les soi-disant anarchistes de la CNT ou antifascistes du groupuscule « Réflex » affichaient sur les murs des tracts incendiaires concluant sur l’appel au lynchage : « Poumier, tu ne passeras pas l’hiver ». Tout cela parce que Le Monde et Le Canard Enchaîné venaient de signaler, justement la veille, que Garaudy avait publié aux éditions de la Vieille Taupe un livre contestant la version officielle de l’Holocauste : Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Ce livre, personne ne l’avait encore lu : mais la malédiction le précédait.
J’étais, je l’avoue, assez amusée de me retrouver au milieu d’une de ces tourmentes honteuses dont les intellectuels sont des spécialistes, dans tous les régimes politiques pesants. Leur lâcheté, une deuxième nature qu’on acquiert vite quand on est fonctionnaire et habitué à ses rentes à vie, devient spectaculaire et cocasse. Ils se battent pour préserver leur confort matériel et mental, mais transpirent l’angoisse dans leurs moindres initiatives... (Suite: COMMANDER MON LIVRE...)